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Bande dessinée - Page 4

  • Les bourrins de la Terre

    Les Bourrinologues,  Bande d’Ados, éditions Milan, Lucie Castel, Nicole Augereau, Grégory Jarry, Géo Ado, pollution, collapsologie, stage de 3ème, janvier 2022« L’époque dans laquelle nous vivons est extraordinaire ! », « On assiste à la destruction de l’ensemble du vivant », « Et c’est à l’humanité qu’on le doit ! C’est pas génial ? »

    Lasse de dénoncer les scandales écologiques, la pollution, l’inaction humaine ? Lucie Castel, Nicole Augereau et Grégory Jarry prennent le contre-pied avec Les Bourrinologues dans la nouvelle collection Bande d’Ados aux éditions Milan et Bayard. Les épisodes ont d’abord été publiés dans le magazine Géo Ado. Dans chaque mission, il est en effet question de se rendre quelque part sur la planète pour montrer le triomphe de l’humain sur la nature ou plutôt des grandes entreprises ou États sur le reste des êtres vivants, homo-sapiens compris. En s’appelant Donald, on pourrait applaudir face aux bulldozers et autres machines infernales inventés par des êtres fascinants d’ingéniosité et de rapacité (quoi qu’un rapace ne tue que ce qu’il mange).

    Les auteurs se mettent en scène dans la bande dessinée sous les noms de Grégory Bour, Nickye Rino et Lucie Logue. Ces trois Bourrinologues reporters se délectent de la suprématie humaine qui va d’ailleurs souvent de paire avec une certaine « supériorité occidentale » ou du « monde moderne » sur le reste des populations de notre planète. C’est à la fois cynique, effrayant et drôle. Les stagiaires de 3ème, qui changent à chaque nouvel épisode apportent réconfort et espoir puisque la plupart sont scandalisés par les découvertes à l’opposé de la fierté de la rédac’ de la Bourrinologie (« l’étude de l’effondrement du vivant »). Malheureusement, ils ne s’en sortent pas toujours mais c’est le prix à payer pour comprendre l’envers du décor !

    Indignez-vous disait Stéphane Hessel, il y a de quoi avec l’étendue des actions humaines plus néfastes les unes que les autres : assèchement des mers pour implanter une agriculture intensive, enfouissement des plastiques et rejets de produits polluants dans l’océan, destruction des forêts tropicales et des peuples qui y vivent sans parler de la place d’internet qui fonctionne avec l’équivalent de 200 réacteurs nucléaires (enfin pour l’instant). Visiblement, l’indignation ne suffit pas, les bourrinologues sont donc passés mettre dans l’art de célébrer : « les déchets, l’avenir de la planète », « place à une belle forêt de palmiers à huile bien rangés », «les bateaux-usines prennent à eux seuls 50 % de la pèche mondiale, un bel exploit ».

    Avec Les Bourrinologues, les rencontres sont toujours instructives comme avec Léonid Brejnev, dirigeant de l’URSS dans les années 60, Larry Page, cofondateur de Google ou Taib Mahmoud, premier ministre de la Malaisie. De plus, les auteurs mélangent traits de crayons et photos qui permettent de voir les conséquences de l’activité humaine de plus près, du septième continent de plastique aux immenses champs produits en plein désert en passant par les régions où l’on extrait des terres rares. Une bande dessinée édifiante et indispensable à tous les futurs stagiaires de 3èmes !

    « Pour faire un stage de 3e vachement plus fun que dans le cabinet comptable de votre mère, contactez-nous ! »

    Image:  éditions Milan

  • Neptune, cycle robotique

    Neptune, Les mondes d’Aldébaran, Léo, Dargaud, Aldébaran, Bételgeuse, Antarès, Survivants, Retour sur Aldébaran, Tsaltérians, extraterestres, épopée stellaire, 2022L’univers est-il peuplé d’autres créatures, d’autres humanoïdes ou espèces intelligentes ? Pour le moment nous n’en savons rien mais dans Les mondes d’Aldébaran de Léo (alias Luis Eduardo de Oliveira) publié chez Dargaud, c’est une certitude. Les humains n’en sont plus à coloniser des territoires mais carrément des planètes. Le premier tome du 1er cycle Aldébaran (5 albums), sorti en 1994 débute d’ailleurs bien loin de la Terre sur une planète dont les communications avec la grande bleue sont coupées depuis un siècle. C’est à dire bien avant la naissance de Kim Keller. En 2179, l’adolescente va faire la connaissance de la Mantrisse, un animal intelligent vivant dans les profondeurs de l’océan et ressemblant à une baleine. Kim deviendra l’héroïne des cycles suivants avec Bételgeuse (5 albums) et Antarès (6 albums). En parallèle nous découvrons Manon Servoz, terrienne qui a échoué dans un coin inconnu d'un système solaire au sein de Survivants (5 albums). Elles se rencontreront dans le cycle suivant suivant Retour sur Aldébaran (3 albums).

    Aujourd’hui Léo sort l’épisode un du nouveau cycle Neptune, toujours chez Dargaud. En 2203, Kim et Manon vont à nouveau faire équipe avec l’aide de leurs amis Tsaltérians (extraterrestres) pour une nouvelle mission dangereuse quelque part dans l’univers. On retrouve également Marc et Alex, fidèles des aventures de ces filles intrépides et difficiles à suivre. Comme à chaque fois, les mystères sont nombreux, les découvertes plus surprenantes les unes que les autres et le suspens toujours à son comble. La bande dessinée se lit d’une traite et on a toujours envie de replonger dans les cycles d’avant en attendant le prochain ou pour se remémorer tous les détails foisonnants de cette épopée stellaire.

    Le dessin très réaliste rend totalement crédible les étranges créatures croisées dans les différents tomes, de la plus mignonne à la plus repoussante. Il en est de même pour les extraterrestres, dont la ressemblance avec nous est troublante. On découvre d’ailleurs petit à petit pourquoi. Dans Neptune, il est moins question d’humanoïdes que de robots. Ils semblent prendre le contrôle des corps et des vaisseaux. Pendant ce temps-là Manon vient de finir sa formation sur Terre pour devenir agent spécial de l’O.N.U. Quant à Kim, elle revient sur Bételgeuse pour retrouver une ancienne connaissance. Le danger n’est jamais loin et les deux héroïnes devrons y faire face mais inutile d’en dire plus puisqu’il est temps que vous le lisiez. Et si vous n’aviez jamais entendu parler des Mondes d’Aldébaran, ne nous lamentez pas, c’est la bonne résolution de 2022 : les découvrir !

    Image: Dargaud

  • Ultime Guerre(ière)

    Bergères guerrières, L’abîme, Jonathan Garnier, Amélie Fléchais, éditions Glénat, épopée féministe,  janvier 2022«- Mais bien sûr qu’il fallait ! On ne rigole pas avec l’hospitalité, ici. Si vous avez encore faim, venez me voir ! - Ils sont chic dans ce village. - Peuh ! »

    Molly et Liam arrivent enfin au bout de leur voyage dans l’ultime épisode (n°4) des Bergères Guerrières : L’abîme de Jonathan Garnier et Amélie Fléchais aux éditions Glénat. Il est temps pour eux et les habitants du village qui les accompagnent de trouver des réponses à leurs questions, de découvrir les détails de cette guerre qui a ravagé la nature, les villes et les hommes. Cette quête s’achève sur les Terres Mortes à la rencontre de personnages plus complexes qui enrichissent et éclairent le récit. Le mal qui les rongent n’est en effet jamais loin.

    « Tu veux que Sarah se retrouve enfermée dans une cage pendant qu’on va en Terres Mortes ? On n’en parle à personne, c’est plus sûr. »

    Ce dernier tome est d’ailleurs globalement plus sombre que les précédents et l’insouciance des enfants au début de la série a laissé place à la rudesse de leur tâche et l’amertume devant les erreurs et dégâts causés par les humains, les bêtes, la maladie. Les couleurs semblent également plus sombres, pourtant rougeoyantes et toujours aussi sublimes. De même, les personnages de Bergères Guerrières sont à croquer. Pourtant, la bande dessinée fait écho aux ravages causés par la folie humaine sur la planète. Une manière d’éveiller les consciences des enfants lecteurs et lectrices devenus, au fil des épisodes, des adolescents.

    « Pourquoi il a fallu qu’ils jouent avec la nature ? Et pourquoi c’est à moi de devoir arrêter le fléau qu’ils ont créé ? »

    Un album qui réconcilie aussi les générations puisqu’on y retrouve l’importance de la transmission mais aussi les doutes ou les incompréhensions qui se lèvent à l’aune des révélations et du temps qui passe. Les valeurs de l’accueil, de l’engagement, de sa place dans la société mais aussi le lieu où on est né, où l’on a grandit et où l’on veut vivre, sont abordés en filigrane du récit d’aventure. Nous sommes tristes de quitter Molly, Liam, Sarah et tous les autres mais rassérénés et fiers du parcours des fameuses Bergères Guerrières !

    Image: Glénat éditions

  • Une BD qui vire au culte

    Coup de Choeur BD

     

    “Je vois clairement les pensées de mes semblables et leurs émotions surgir de leurs crânes sous forme d'abstractions lumineuses”... C'est l'expérience la plus passionnante et intéressante qu'il m'ait jamais été donné de vivre, aussi grisante, irrationnelle et obsédante qu'un rêve”. (p.36 et 39)


    “Dieu est un virtuose synesthésique. Il joue une symphonie démiurgique et nous entendons les couleurs du monde, les formes des galaxies, les émotions de l'univers. Il a créé ce monde de dingues dans une impro sous acide avec une guitare électrique branchée sur un ampli réglé à plein volume”. (p.42)


    ledroit.jpegAvec le troisième œil (acte I-La ville lumière) paru chez Glénat, Olivier Ledroit signe seul un roman graphique initiatique et fantastique, hallucinant et total, mêlant ésotérisme et occultisme, magie et alchimie, métaphysique et eschatologie.
    Mickaël Alphange, le héros de cette BD, est un jeune homme, apprenti vitrailliste, aux perceptions synesthésiques, habitant Paris. Un soir, à l'aide de substances psychédéliques, s'ouvre à jamais son œil spirituel, visionnaire et il perçoit dès lors l'invisible éthérique des êtres, des lieux, des objets, pour le meilleur (un monde lumineux) mais aussi le pire (des entités ou forces ténébreuses).
    Guidé et formé patiemment par ses pairs, il participe à un rite initiatique lors d'une nuit astrologiquement propice, en arpentant la capitale occulte pour renaître, par un processus alchimique, à son corps immortel et divin.
    Il est désormais élu à un destin hors du commun et possesseur d'une lame magique...
    Les références fusent et sont assumées dans cette œuvre graphique hallucinée, Lynch, Carpenter (the thing, invasion Los Angeles) ou encore Kubrick (2001) pour le cinéma fantastique, Herbert (le rêveur de Dune qui doit se réveiller) ou Dantec pour le thriller esoterico-futuriste.
    Olivier Ledroit dépeint aussi comme personne l'époque, ses enjeux, ses dilemmes et sa dimension eschatologique. Il est rare de condenser en si peu de pages un univers en soi, attendu et pressenti par beaucoup, ce qui fait de lui, à l'instar d'un Druillet ou d'un Moebius, un chef de fil artistique de sa génération.

    Ce premier tome est une œuvre crédible qui se suffirait presque à elle-même, empreinte de luminosité aux teintes bleutées. Les visions de Mickaël Alphange détonnent de réalisme, entre onirisme et expérience chamanique. Une réussite et un ovni, comme le fut Blueberry de Kounen à l'époque.

    En bonus, un entretien téléphonique avec Olivier Ledroit (22 min) :


    podcast

     

  • Le japon flottant de Catherine

    La jeune fille et la mer, Catherine Meurisse, Dargaud, octobre 2021, Les grands espaces, Oreiller d'herbes, Soseki, Hokusai, Basho, Hayao Miyazaki, Jiro TaniguchiInstallez-vous confortablement, ouvrez grand vos yeux et soyez attentif au détail le plus infime. Voilà, vous êtes prêt à embarquer avec Catherine Meurisse à la découverte du Japon. Après Les grands espaces, où l’autrice nous conte (entre autre) son amour pour la nature et le dessin, La jeune femme et la mer, publié chez Dargaud, pourrait être la suite logique tant l’art et la nature sont entremêlés au pays du soleil levant. Comme elle, nous faisons nos premiers pas dans cet univers lointain, fascinant et « étrangement familier ». La poésie, les couleurs, la communion avec les éléments fait partie intégrante de la vie des japonais. Au fil des pages nous découvrons, comme Catherine Meurisse, le décor, les habitants et les croyances de l’île. Tanuki affable, haïkus prophétiques, visage de « femme des eaux » nous suivent et nous poursuivent dans cette quête de l’esprit du japon. Sans oublier l’humour constant de la caricaturiste.

    «- Si je pouvais renouveler ma banque d’images mentales, par trop occidentale, ce serait formidable. - Vous parlez japonais ? »

    A travers ce surprenant pays, la dessinatrice cherche à percer le mystère de l’esthétique, l’essence de la peinture et la posture de l’artiste. La maîtrise de son sujet se déploie tout au long de l’album par touches subtiles, éléments d’abord délicats, couleurs simples puis tout devient de plus en plus profond et intense. Lorsque le dessin tient sur une page, tel un tableau, on ne peut être qu’ému et transporté dans ce « monde flottant », moment éphémère capté par l’artiste, selon les japonais. Le lecteur pense forcément à Hokusai (1760-1849), peintre le plus connu dans l’archipel. Catherine Meurisse fait en effet référence à La Vague, son tableau le plus célèbre mais aussi à Sosêki (1867-1916) dont elle s’est inspirée pour composer La jeune femme et la mer. Cela donne immédiatement envie de découvrir le roman Oreiller d’herbes écrit par ce poète.

    « - Il est écrit : L’ombre d’un bambou nettoie l’escalier mais la poussière ne bouge pas. - C’est joli. - Oui, c’est joli la poésie. Mais ça ne m’aide pas à faire le ménage dans cette baraque ».

    La nature, personnage central, est aussi complice que dangereuse, tour à tour belle et terrifiante. En effet, pour les habitants, tempête, tsunami et tremblements de terre sont presque banals, la dessinatrice, elle, n’en a jamais vécu. De quoi paniquer au moindre souffle de vent ou à une légère montée de l’eau. Marcher dans ces espaces devient donc épique, le trait et le reflet n’en est que plus grandiose. Sauf lorsque le paysage est remplacé par une dalle de béton censée protéger les côtes. Les peintres japonnais préfèrent alors le sublime à la réalité crue. Cela ne nous empêche pas, en refermant l’album, de chercher le premier billet pour voyager vers le pays de Miyazaki, Bâsho et Taniguchi. Oui, Catherine, on peut l’appeler par son prénom maintenant, a semble-t-il réuni les trois dans sa bande dessinée. Seule question qui nous taraude : Le tanuki va-t’il nous accueillir à notre arrivée pour nous guider dans ces lieux incroyables et foisonnants ?

    À paraître ce vendredi 29 octobre 2021.

    Image: Édition Dargaud

  • Ados, l'essence !

    l'année où je suis devenue ado,nora dasne,casterman,2021,aude pasquier,bd jeunesse« Franchement, aujourd’hui, il y avait quelque chose de différent au collège. Une DRÔLE D’AMBIANCE pendant qu’on attendait dans le couloir. Comme si TOUT LE MONDE avait appris un truc pendant l’été et que maintenant, on se baladait chacun avec un secret au fond de nous. Sauf que moi, je n’ai aucune idée de ce que c’est, ce SECRET ??? »

    Passer de l’enfance à l’adolescence, pas le moment le plus facile de l’existence. Heureusement, grâce à Nora Dasne et sa bande dessinée L’année où je suis devenue ado, aux Éditions Casterman jeunesse, les futures jeunes filles pourront vivre cette période charnière avec un peu plus de douceur et du baume au cœur. Peut-être parce qu’elle nous vient de Norvège, cette pépite graphique évite les clichés de toutes les filles qui deviennent « forcément » tout à coup romantiques, se découvrent une passion pour le maquillage ou passent des heures en shopping. En effet, chacune est différente et grandit à son propre rythme avec ses passions, ses envies qui évoluent ou pas encore ou pas du tout.

    Les amitiés et les amours viennent les chambouler et les grandes questions d’adultes pointent le bout de leur nez. Faut-il se laisser influencer par les autres, peut-on y résister ? Comment conserver sa singularité en grandissant ? Qui ai-je le droit d’aimer ? Suis-je obligé de tomber amoureuse ? Aurais-je toujours les mèmes amies ? Les parents sont-ils utiles ? Autant de questions vertigineuses et essentielles qui nous replonge dans cet âge flottant, unique et qui forge notre future vie d’adulte.

    « Je ne savais pas que c’était SI DIFFICILE que ça de tomber amoureux. Et on dirait que Bao n’a même pas l’intention d’essayer. Pour commencer, c’est possible de DÉCIDER de tomber amoureux ? Maintenant, je vais finir d’écouter la playlist de papa avant de dormir. Sincèrement, elle est pas mal, sauf qu’elle donne pas franchement sommeil ».

    La bande dessinée, traduite par Aude Pasquier, est sous la forme d’un journal intime, coloré où l’écrit et le dessin se mélangent. Certaines pages semblent écrites sous forme manuscrite, d’autres recèlent un magnifique paysage et les dernières retrouvent la forme habituelle case plus bulles. Ainsi le lecteur se retrouve dans la tête d’Emma, puis voit à travers ses yeux les endroits qu’elle traverse, les visages de ses amies et retourne à sa place de lecteur. Petit bonus, on peut suivre aussi les conversations sms. Tout ce mélange qui peut paraître un peu fouillis est plutôt détonant et reflète la réalité d’aujourd’hui avec les multiples supports utilisés par les ados. La musique est également très présente dans cette BD. Écouter les playlists proposées tout en lisant l’ouvrage de Nora Dasnes :À tester !

    En conclusion, un exemplaire pour chaque pré-adolescente à la rentrée du collège ne serait pas superflu et pourquoi pas aux garçons et aux parents aussi ?

    Source Image: Casterman

  • L'esprit du Tibet animé

     

    Invincibles-900x1278.jpgLe bouddhisme tibétain vise la conversion des cœurs plutôt que le ressentiment ad nauseam. La compassion et le pardon sont les maîtres-mots de ce manga à destination de la jeune génération, la dernière selon le Dalaï-Lama à pouvoir sauver notre planète de son extinction, par la force de l'esprit et avec des actes qui partent du cœur. Le titre "Les invincibles" qualifient leur grandeur d'âme (endurance, empathie...)
    Depuis l'ingérance (ou colonisation) de la Chine sur le Tibet en 1959 (1/6ème de la population décimée) beaucoup ont fui en Inde dans l'espoir un jour de retrouver leur patrie et son chef spirituel. Ce dernier, s'il prie pour ses persécuteurs, s'est fait moine errant pour défendre la cause, en édifiant un Potala intérieur, en souvenir du palais de Lhassa, demeure des lamas.
    De tout cela il est question dans cette BD écrite par Sofia Stril-Rever qui se met en scène dans une histoire inspirée de faits réels. Elle commence par la rééducation physique et mentale de Maya, qui vient de perdre une jambe dans un attentat terroriste. L'héroïne va ainsi découvrir et s'intéresser à la tragédie tibétaine à travers la méditation. Cela la conduira jusqu'en Inde et au delà vers une renaissance et une aventure humaine à déplacer les montagnes. L'histoire touche même au merveilleux (les pouvoirs secrets) et à l'invisible (la prescience du massothérapeute Bernard Dubreuil) par le biais ingénieux et intelligent de cette anime-action dessinée en(tre) ombre et lumière par la mangaka Kan Takahama (merveilleuse auteure de La lanterne de Nyx et Le dernier envol du papillon, à découvrir). Il y a une certaine fraîcheur à voir le dalaï-lama et son histoire, ainsi croqués, à destination d'un lectorat plus jeune ( de 14 à 90 ans...), à l'initiative de Massot éditions.
    On mesure également à la lecture de ce roman graphique, l'importance de l'alliance franco-tibétaine, pays proches en philosophie spirituelle et conception des droits de l'homme. Une forte mobilisation sur les réseaux sociaux a permis de faire connaître et avancer la cause tibétaine, un exemple de dépassement de soi en vue d'un meilleur vivre ensemble.