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  • Un petit truc en plus

    Ce livre est celui du contenu, de ma seconde vie. Jusqu'à présent je n'avais parlé que du flacon...je peux aujourd'hui vous parler de l'ivresse...Pour la connaitre il a fallu que je meure...pour me la faire "co-naître", c'est à dire "naître avec" (p.20).

     

    alchimie.jpegPatrick Burensteinas publie aux éditions Trédaniel un livre de connaissance synthétique : Comment l'alchimie peut nous sauver.
    Auteur d'un best seller -un alchimiste raconte- , il  a vécu en décembre 2020 une NDE, suite à un AVC, et a compris que l'âme était indépendante du corps.
    Se sentant comme missionné, il vulgarise et dévoile dans cet ouvrage, de façon habile et pédagogique, des secrets alchimiques reposant sur un ingrédient phare et invisible ; "Beau, Bon, Bien fait et Bienveillant" (les 4 B) : le spiritus.
    Dans une première partie il nous parle du temps où ce dernier inondait les faits et gestes : des prières, des chants, une présence, un repos...un temps où le corps était moins prégnant et préoccupant que l'âme. Désormais, depuis le siècle des lumières, le spiritus est d'après lui, entré en résistance ici ou là mais n'irrigue plus les tâches. C'est le temps du chaos, où la "colle" règne sans son "détachant", une époque sparadrap où l'on assemble les anciens débris sans envisager une nouvelle ère et ce qu'elle implique de regard neuf ou de vision.
    Patrick Burensteinas milite donc pour un retour du spiritus en proposant des exercices pratiques alliant symbole, couleur, son, et prière orientée. Son livre est une passionnante histoire sur les clés oubliées d'une vie heureuse, passant notamment par l'épure du cœur de ses 7 oripeaux (secret déjà consigné dans le conte de Blanche Neige et les 7 nains). Charge à chacun de réinventer le quotidien par des procédés magiques, paroles ou actes justes, afin d'élever la matière vers des contrées toujours plus spirituelles, teintées de légèreté par opposition à l'inertie ambiante.

  • Le freak c'est chic !

    Ayant forgé son style dans un cinéma d'exploitation où tout est permis, où le corps est un terrain de jeu pour les excès, il injecte de la crasse, de l'humour noir, du grotesque et une énergie punk dans des produits destinés à être lisses et universels. Son cinéma (...) issu de la marge et adoubé par Hollywood, est une remise en question permanente de l'asepsie du divertissement de masse  (p.77).


     
    Nico Prat,La perversion selon Sam Raimi,Playlist Society,evil dead,Bruce Campbell,spiderman,slapstick,Guillermo Del Toro,Nico Prat signe avec La perversion selon Sam Raimi, chez Playlist society, un essai probant et pointu sur l'ADN du cinéaste geek, fou de technique et d'idées géniales, le père du classique Evil Dead et de son acteur fétiche Bruce Campbell.
    Alternant films artisanaux plus personnels (Evil dead, jusqu'en enfer, Darkman...) et commandes de studios hollywoodiens (la trilogie spiderman avec Tobey Maguire, le monde fantastique d'Oz...), il avance serein malgré les critiques médiatiques ou mainmise des producteurs sur certaines de ses œuvres. Son plaisir c'est d'explorer les failles de ses personnages (les zones d'ombre comme la culpabilité, la perte ou le double maléfique) ou d'ouvrir des brèches "slapstick" (style d'humour impliquant une part de violence physique volontairement exagérée) dans un linéaire conventionnel. Cette forme de perversion est inédite au cinéma mais heureusement tolérée. Comme Guillermo Del Toro, il est fasciné par les monstres, les freaks, les créatures infernales et s'en amuse, leur trouvant sans doute du piquant pour relever un scénario morne. Les plus belles œuvres ne sont-elles pas la création de déviants talentueux ?
    L'humanité transparaît du coup souvent par des détails (une mimique, une parole, une blague...) injectés dans la pellicule pour rappeler peut-être que ce n'est que du cinéma et que l'intention derrière est avant tout ludique et irrévérencieuse.
    Nico Prat est fan et spécialiste de l'œuvre de Sam Raimi. Sa fidélité et son appétit de compréhension (nombreuses sources consultées) ont conféré une trame à cet essai, à laquelle nous ne pouvons qu'adhérer.
    En ressort une curiosité renouvelée pour visionner des parts manquantes de sa filmographie. Cette "perversion" assumée, loin de le disqualifier aux yeux de ses pairs, confère plutôt à son œuvre un charme majeur, sans cesse renouvelé.  

     

  • Stephan nous est cher

    Stephan Eicher,Martin Gallop,Simon Gerber,Tom Vanstiphout,Tommy Baldu

    C'est sur le dernier album, Poussière d'or, particulièrement réussi - un bijou d'orfèvrerie - que nous sommes allés voir Stephan Eicher pour la première fois en concert à Lyon, où il se posait deux soirs de suite au Radiant Bellevue.
    Âgé de 66 ans et très bien entouré, c'est à une leçon de Vie que nous avons assisté.
    Loquace et drôle, il fustige les retardataires et annonce d'emblée vouloir jouer son dernier né (écrit à nouveau en majorité par Philippe Djian et aussi Martin Suter) avant les chansons pour lesquelles le public a payé, sous-entendu ses classiques intemporels.
    Et bien lui en a pris. Devant un drapé représentant un paysage naturel avec pins et montagnes, magnifiquement éclairé, le quintet aligné dégaine les ballades folks acoustiques (Poussière d'or, Je plains celui, Sauvage continent, On dit...) avec embardées électriques par le virtuose Tom Vanstiphout. Le public écoute et applaudit. C'est beau, entraînant et surtout ça joue "sévère" avec une connivence évidente entre le producteur (de poussière d'or) multi-instrumentiste Martin Gallop, le bassiste Simon Gerber et le batteur Tommy Baldu.
    Puis c'est le switch (par un effet que nous ne dévoilerons pas) avec 3-4 classiques et des chansons puisées ici et là dans son large répertoire (18 albums au compteur pour 45 ans de carrière !), rendant cette seconde partie électrisée plus enjouée. Le niveau sonore monte, le public s'y retrouve, participe et se réjouit de pouvoir chantonner quelques refrains jusqu'au tubissime "Déjeuner en paix", ou la reprise bien barrée de "Ich Möchte ein Eisbär sein" (Grauzone, groupe de son frère Martin)
    Au final presque deux heures de show et l'impression d'avoir rencontré un artiste valeureux, humble et chaleureux. Le groupe scénique était celui présent sur l'album phare (et lumineux) et son interprétation d'hier, soudés comme un seul, a résolument déplacé des montagnes. 

    @Crédit photo : stephan-eicher.com

  • La culture tous azimuts

    Depuis les Yvelines se fomente donc quelque chose, né de cette idée encore embryonnaire que l'on peut percer la muraille, imposer une ligne éditoriale sans compromission - inrockuptible, donc - et aller chercher les lecteurs curieux de sentiers culturels parallèles là où ils se trouvent et les détourner de la presse dominante (p.29).

     

    Christophe Conte,On aurait fait un groupe on a fait un journal,Flammarion,les inrockuptibles,les inrocks,Christian Fevret,Serge Kaganski,J.D Beauvallet,15 Mars 1986,Mathieu Pigasse,indie rock,culture,Christophe Conte relate avec verve, humour et enthousiasme, l'épopée des Inrocks, depuis sa création (sur demande de Christian Fevret, Serge Kaganski et J.D Beauvallet ) en 1986 et jusqu'à ses quarante ans d'existence, même si les piliers ont tous quitté le navire depuis.
    On assiste à l'essor d'un fanzine en magazine bimestriel puis mensuel et hebdomadaire, avec ses changements de locaux nécessaires, son évolution éditoriale et journalistique (plus de monde plus diplômé au fil des ans) et  ses savoureuses anecdotes racontées de l'intérieur.
    C'est toute une époque qui défile également dans "On aurait fait un groupe on a fait un journal", publié chez Flammarion : la riche moisson indie-rock des années 90, l'avènement du Net, les attentats de Charlie et du Bataclan, la vague #metoo, la politisation toujours à travers un prisme culturel, le rachat par l'intrusif banquier Mathieu Pigasse..., soit l'histoire d'un média, d'émérgent à influent, et des inévitables infidélités à son esprit créateur originel.
    L'auteur, qui a travaillé 28 ans pour le magazine, revient sur les ratés (les unes de Cantat ou Depardieu, les opérations marketing insipides...) mais surtout sur les coups de génie de certains journalistes (les interviews de Mac Cartney, Pialat, Carax par exemple ou le festival des inrocks et son rayonnement multi-géographique) restant pertinents dans l'attitude malgré l'impertinence de mise affichée.
    Un récit passionnant par un passionné de culture, qui a vu s'étendre le spectre des mouvances chroniquées (cinéma, rap, littérature, mode, BD...) au gré des ventes et parutions exponentielles (40 fois plus au bout de 6 ans). Une belle histoire aussi de culture d'entreprise et d'état d'esprit opportuniste mais droit et découvreur de talents, avant de passer le flambeau.

     

  • Une oeuvre alignée

    judas-404-comics.pngJudas est une œuvre singulière qu'on découvre haletant. Où Jeff Loveness, l'auteur, va t'il nous emmener ? Quelle est sa version des faits ? Comment comprend t'il cet archétype du traître ?
    L'histoire se situe en enfer et intègre des passages d'Isaïe et de l'Apocalypse (les créatures de l'enfer), faisant de Judas la figure du serviteur souffrant rejeté par Jésus et Dieu, évangélisant à son tour jusqu'à la fin des temps, ce lieu de damnation, après le passage éclair et le pardon du Christ à son égard...car il faut bien un vilain, bouc émissaire, dans l'affaire !
    Les dessins et couleurs de Jakub Rebelka et le lettrage de Colin Bell presque cubiques et souvent épineux (anguleux), soulignent l'aridité et le désespoir du lieu, avec des tons crépusculaires ou des représentations infernales.
    Lucifer y joue aussi un rôle central dans la première partie, brouillant la piste d'une possible rédemption finale de l'humanité.
    Le graphisme associé au destin surprenant de Judas outre tombe marque l'esprit d'idées neuves et irrigue l'imaginaire en positif, avec une traduction française d'Aurélien Lemant (Marie-Paule Noël à la relecture).
    Pour construire sa trame, Jeff Loveness a puisé dans des versions alternatives (apocryphes et gnostiques) qui sonnent plus juste (ce qu'a bien rendu l'illustrateur) qu'une simple trahison mythique, un projet qui faillit ne jamais voir le jour sans un salvateur assentiment d'un collectif.      

  • La transe formation

    L'expérience de la transe ne peut donc être assimilée à un outil d'analyse et d'explication de nos souffrances...car en plongeant l'individu dans son espace intérieur où la pensée raisonnante, discursive, se dissout, la pleine présence induite par la transe conduit à "laisser faire le travail de la vie en soi" et facilite l'émergence de potentialités jusque là insoupçonnées...une nouvelle façon d'être au monde, un nouvel art de vivre (p.219)

     

    abecedaire.jpegLe docteur Gérard Vigneron publie aux éditions du Relié un Abécédaire des Médecines de l'Âme, en 80 entrées.
    Se dessine le fil d'une tradition qui perdure depuis la préhistoire jusqu'aux chamanes et curanderos modernes, en passant par les mystères initiatiques des périodes antiques (Eleusis, Hyperborée) et dont le liant est la transe. Transe induite par des substances psychédéliques ou enthéogènes, des sons ou instruments, des pratiques méditatives ou hypnotiques.
    L'idée c'est toujours de court-circuiter le mental fou, de créer une brèche ou un état de "non savoir" (terme propre au psychanalyste et hypnothérapeute François Roustang, auteur à découvrir) et qu'advienne un silence salvateur propice à la venue d'une information transpersonnelle (le passage du seuil) voire sacrée pour certain.s.es. A l'image de la vague dans l'océan, nous sommes des récepteurs  de conscience modulables à plus ou moins large spectre (les états modifiés de conscience).
    Malgré les redites, le style de Gérard Vigneron est clair et plaisant. En filigrane se dessine son parcours, sa maladie et les thérapies holistiques qu'il a entrepris, le faisant changer de paradigme sur la nature de la réalité et englobant une vision post matérialiste de l'être humain.
    La transe nous fait également penser à l'ivresse, qui advient au bout du Donne, dans l'oubli de soi et la combustion du bois de la personne. Un moyen de dresser aussi un pont entre spiritualité et religion, dont l'une des étymologies religare signifier "relier", comme le ciel (invisible) à la matière-corps, dans un axe vertical, pour que naisse le Verbe ou l'Autre en soi, le co-naissant.

  • Vivants, de corps et d'esprit

    concert.jpg

    Soirée rayonnante ce mercredi 3 Juin au festival des Nuits de Fourvière, avec deux artistes programmés ayant en commun d'être solaire.
    Yael Naïm s'est émancipée d'une forme de classicisme avec une proposition plus électro pop et des textes introspectifs, touchant une certaine épure, dans cette première partie. Tout est drapé de blanc immaculé sur scène avec une énorme bulle gonflée, ainsi l'artiste, comme prête pour ses noces intérieures, après une période chaotique à l'approche de la quarantaine. On sent qu'elle  prend du plaisir sur scène avec ses nouveaux titres rythmés (wow, multicolor...) ou mélancoliques (la fille pas cool, when we go to bed...), issus du dernier album expérimental Solaire ; et qu'elle aime philosopher avec le public. Cette embardée sans son acolyte David Donatien explore profondeur et appréciable folie. Dommage que le public ne communie vraiment qu'à la toute fin du set, lors d'une revisite jazzy de son tube planétaire new soul.
    Bertrand Belin arrive ensuite en terrain conquis. Ce baroudeur quinqua possède un univers attachant et singulier, dans la lignée des songwriters rock ébréchés et poètes. Souvent comparé (Bashung, Nick Cave...), il apparaît solide et posé, entouré de six musiciens confirmés (dont 3 claviéristes ) qui délivrent un groove monstrueux et chavirant. On espère une trace (un album live pour marquer le coup ?) de cette tournée qui fait bien évidemment part belle au dernier album Watt mais revisite des anciens titres plus sobres, qui sonnent comme jamais.
    La fosse jubile et danse, tranche avec les arènes pleines mais figés comme la pierre. Une esquisse de l'homme nous est donnée, avec l'envie de se plonger dans son répertoire et ses textes syncopés. Son humanité transparaissait au cinéma mais transcrit sur scène une bonhomie, une joie d'être communicative avec un son orchestré, puissant et maitrisé. Malgré son charisme certain, il ne prend pas toute la lumière et invite à une vision périphérique de la scène.  
    20 ans de carrière, un déjà 8ème album, il n'est pas là pour rien...un grand monsieur de la chanson française, artiste accompli. Merci les Nuits pour ces re-découvertes atypiques !