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société

  • Un réel apocryphe

    Crumb,paranoïa,éditions Cornélius,doute,complotisme,esprit critique,réel différent,Carlos Castaneda,angoisse,souffrance,février 2026Chroniques de la Paranoïa, du mythique Crumb, est une courte BD jouissive de douze histoires autour de l'intention des puissants à vouloir ou non le bien de l'humanité et de l'angoisse que cela génère chez les personnes les plus sensibles. Elle paraît aux éditions Cornélius.
    L'auteur de plus de 80 ans n'avait rien publié depuis 13 ans et nous livre ses ruminations parfois teintées de complotisme (le vaccin ARN contre la COVID, l'élite corrompue et prédatrice, la manipulation psychique et émotionnelle de masse...), mais toujours argumentées et sourcées.  Il nous fait donc part de son esprit critique tout en se demandant si sa vision est juste ou s'il est juste parano, comme l'était sa mère gavée d'anxiolytiques, ou peut être suite à une séance sous LSD, jeune hippie, contrôlée par des personnes un peu louches.
    La BD est un art pertinent et percutant, comme l'est la musique par exemple, pour relater d'une perception autre de la réalité, voire de la notion de réalité elle-même.
    Le trait de Crumb si caractéristique, se mettant ici en scène avec forte expression, est plus parlant qu'un long discours et frappe l'imaginaire.
    Croyant, il s'en remet au Créateur, qu'il prie, pour qu'advienne un monde meilleur ou que lumière se fasse sur le sens ultime de la vie.
    La peur, plutôt que la confiance, domine cependant sa raison et la BD tout du long, allant même jusqu'à douter, par principe, de l'existence d'un Dieu de l'Univers.
    Sa perception du monde se rapproche par endroits de celle de l'anthropologue Carlos Castaneda, initié par un sorcier yaqui, qui évoquait l'existence d'entités prédatrices (les flyers) se repaissant de nos souffrances et humeurs noires.
    Un retour de Crumb original, étonnant et passionnant d'acuité.

      

  • Un rythme augmenté

    L'Occident est malheureux parce qu'il a oublié le message de ses mystiques (p.167).

     

    Stan Rougier,Béatrice Guibert,entends-tu battre le coeur des autres,éditions du Relié,père Philippe Maillard,Avec Entends-tu battre le cœur des autres, aux éditions du Relié, Stan Rougier publie un livre testament dense et instructif, co-écrit avec Béatrice Guibert.
    Amour, écoute, fraternité, solidarité, dialogue inter-religieux, esprit et vérité...autant de mots-clés, leitmotivs de cet ouvrage qui retrace les grandes lignes de son parcours bien rempli. Guéri de son athéisme par des musulmans (lors de son service militaire), Stan Rougier trouve sa vocation de prêtre à 30 ans par la fréquentation du père Philippe Maillard. Depuis il n'a jamais cessé de rencontrer son prochain : des jeunes en tant qu' aumônier, des croyants ouverts en tant qu' émissaire chrétien (bouddhistes, musulmans, juifs, hindous, adeptes du zen) mais aussi des athées ou des agnostiques, pourvu que le cœur y soit.
    Ce partage d'expériences et de valeurs n' a jamais ébranlé sa foi mais lui a permis au contraire de mieux approfondir le mystère christique, présent sous d'autres formes, ici ou là.
    Féru de mysticisme, il sut entendre l'Esprit qui vivifie les différences plutôt que la lettre qui parfois confère à l'indifférence, au rejet, à la haine.
    Sa vie pleine en fait un témoin de la sagesse humaine, après avoir côtoyé de nombreux saints, sages ou chercheurs de vérité d'autres cultures, en discernant habilement les points de convergence et de divergence avec sa chrétienté, dans un respect ecclésiastique.
    Le témoignage vaut aussi et surtout pour une jeunesse désœuvrée, parfois ignorante de toutes ces racines d'un même arbre, dont la sève est ivresse, pour ne pas dire joie de vivre et sens, à cette vie sur terre. 

     

  • Le tranchant d'une épée

    Dogen Zenji nous a montré comment lui ressembler : vivre parmi les gens, au cœur de la confusion, tout en restant indépendant de cette confusion - voilà le cœur de notre pratique (p.95).

     

    Shunryu Suzuki,devenir soi-même,ALmora éditions,zen Soto,Luc Fontaine,San Francisco,Hara,Parole juste,tsuneko,16 préceptes du Bodhisattva,Devenir soi-même, paru chez Almora Éditions, est un ultime recueil de paroles orales de Shunryu Suzuki (1904-1971) récoltées par ses proches disciples  dans ses centres zen à San Fransisco. L'auteur du classique  "Esprit Zen, Esprit neuf" exporta en effet le zen japonais de l'école Sōtō dans l'Amérique beatnik (de terreau chrétienne), en lui insufflant une forme de pureté originelle.
    Zazen, simplement s'asseoir et réaliser la vacuité de l'esprit vaste, s'apparente en effet à une prière qui nécessite un silence mental, prélude à toute Parole/Action juste ou sainte. Le Hara est le siège de ce Centre d'où tout émerge, étant connecté au Tout.
    Dans l'idée, Devenir soi-même consisterait à être parfaitement là, dans l'instant, sans pensée associée ou émotion (ou dualité). Cette essence pure s'apparente d'ailleurs sur certains aspects à l'avènement du Christ en soi, l'Homme Nouveau, de naissance virginale,  relié sur un plan vertical, court-circuitant le mental et s'exprimant par un Verbe affûté.
    L'ouvrage hommage est additionné des 16 préceptes du bodhisattva, explicitées par l'auteur (Luc Fontaine est le traducteur français), ainsi que les raisons de sa venue en Occident et des anecdotes de sa femme Tsuneko le concernant.
    On y retrouve l'acuité, le discernement et la simplicité d'une vision d'éveillé.  

     

  • Une exigence spirituelle

    Coup de chœur spiritualité


    Claude Plettner,soufler sur quelques lueurs,édition Nouvelle Cité,Apocalypse,maladie,essouflement,Bible,espérance,Claude Plettner, éditrice et théologienne, publie "Souffler sur quelques lueurs" aux éditions la Nouvelle Cité.
    Ce court mais dense récit de 115 pages est intéressant dans sa structure tripartite et montre comment l'autrice est parvenue à une grille de lecture apocalyptique des évènements, après être tombée malade (un cancer du colon) et avoir pris conscience d'une planète elle aussi malade, en ses signes d'essoufflement.
    De souffle il est en effet question au fil des pages, dans la narration de syncopée à posée ; dans le choix des supports de réflexions (le titre est attribué à René Char) épars et variés, mais aussi dans cette sensation d'étouffement personnel et collectif ; enfin dans des textes bibliques où la thématique du souffle ou âme (ruah en hébreu) est souvent présente (Elie, les Psaumes, les Evangiles ou encore l'Apocalypse).
    Claude Plettner montre bien le parallèle entre l'état de délabrement et de lâcher prise total lors de sa cure hospitalière (souvent inhospitalière d'ailleurs) et l'espérance qui prend racine alors que tout est vain, échec et souffrance. Plus tard, après avoir retrouvé le goût et le joie de vivre avec les petits riens du quotidien, elle reliera son expérience avec celle du dévoilement (une exigence spirituelle), sens premier de l'apocalypse, qui est surtout celui d'un fol espoir en un monde et un homme nouveau, peut être à trouver et faire grandir en soi, afin qu'il contamine de ses rhizomes luminescents (l'homme est aussi une plante) chaque parcelle de matière enténébrée sur cette chair planète.  

     

  • Un Livre vénéré

    On conseillera donc à celui qui cherche la paix de s'attacher au Coran, d'y plonger et de s'y abandonner. Il y trouvera un "compagnon" qui ne trahit pas, une lumière qui ne s'éteint pas, une sagesse qui ne tarit pas.
    Car, en vérité, ceux qui vivent avec le Coran vivent sous l'ombre de la Miséricorde divine, marchant sur la voie des biens-aimés de Dieu, exalté soit-Il (p.7).

     

    Le Coran au temps du Prophète,Maxime Fréry,éditions du i,Coran,Allah,musulman,compagnons du prophète,sunnisme,psalmodie du CoranLe Coran au temps du Prophète, paru aux éditions du i présente succinctement l'attitude des pieux compagnons envers le Livre sacré. Comment il fut mémorisé, psalmodié, médité et mis en pratique en un temps où la crainte d'Allah était de mise. Cette vision de l'adoration due se perpétue encore de nos jours au sein de la branche sunnite, preuve de la survivance d'une pratique religieuse avant tout orale et identique à l'origine.   
    L'enseignant et traducteur Maxime Frery commente également les nombreux hadiths affiliés à la thématique. Il s'en dégage une gradation dans la piété, pour ceux rivalisant d'excellence, qui impose le respect, loin des quolibets ou comparaisons douteuses avec la vie de consacrés ou mystiques d'autres religions. La forme prise par la vénération à Allah passe par celle du Coran, miracle de la révélation et baume pour le cœur et l'âme en sa qualité de Critère, ses invectives ou ses illuminations...un Texte saint qui se dévoile en effet lumineux pour celui dont le cœur reste ouvert. 

  • I'm a crip (Ready-Ahead)

    Plutôt vivre: Comprendre le validisme et valoriser une culture crip,Charlotte Puiseux,Chiara Kahn,éditions du Cavalier Bleu,mouvement crip,société validiste,vision collective,avancées sociales,Janvier 2026Plutôt vivre: Comprendre le validisme et valoriser une culture crip, paru aux éditions du cavalier bleu, est un ouvrage collaboratif entre Charlotte Puiseux et Chiara Kahn, journaliste handi-féministe.
    Leurs témoignages d'une société essentiellement validiste convergent et se rejoignent dans la vision juste à apporter à cette idéologie du mépris et du déni, à savoir un modèle social où repenser la place du handicap dans une identité dite normale.
    Plutôt que d'opposer les deux statuts (20% de personnes handicapées en France), les autrices proposent un mélange, tel le sigle du tao, pour reconnaître que chaque valide est porteur d'un handicap (par exemple ne pas être empathique...) et inversement (la sensibilité des handicapés n'est-elle pas un de leur atout ?...). Ainsi envisagée, l'identité demeure hybride, respectueuse les uns des autres et arme envers toute perspective clivante extrême.
    Ce combat portera peut être des fruits dans un futur lointain mais il s'appuie sur des antécédents significatifs aux États-Unis ou en Angleterre, depuis les années 70, ayant amené des lois, des créations d'associations et toute une littérature de lutte contre un modèle dominant, toujours le même : blanc, masculin, capable et d'obédience libérale...
    Le mouvement "crip" notamment, qui valorise le handicap face au système validiste et qui signifie littéralement "estropié" ou "infirme", insiste sur le côté boiteux de l'être humain, ce qui spirituellement parlant est un fait.
    L'idée générale reste toujours de puiser en soi, dans ses ressources vitales (énergie, profondeur, émotions...) pour transcender le prisme purement mental et superficiel d'une vision dualiste des personnes et des événements. 

     

  • Déconstruire le validisme

    Le validisme existait avant le coronavirus - et il perdurera sans doute après la crise sanitaire -, mais il s'est amplifié durant cette période par un phénomène de banalisation du mal quand il est devenu tolérable de sacrifier des vies sous prétexte qu'elles ne correspondent pas à notre idéal d'humanité (p.171)

     

    De Chair et de fer,Charlotte Puiseux,éditions de la Découverte,mouvement crip,anticapitalisme,féminisme,De chair et de fer (première édition de 2022), de Charlotte Puiseux, ressort en poche aux éditions de la découverte.
    Le livre raconte son parcours, de sa naissance problématique (une maladie génétique rare diagnostiquée) à ses années d'études (en philosophie et psychologie) puis de militantisme (elle est spécialiste du mouvement crip), sans oublier sa jeunesse compliquée auprès des institutions   médicales ou éducationnelles.
    La particularité de Charlotte Puiseux, sa force, sa sensibilité et son intelligence l'ont très tôt définie rebelle au système qu'elle considère à juste titre comme validiste, puisqu'il définit les handicapés physiques ou psychiques de moindre valeur que les gens capables...de travailler, de vivre en société, d'être en couple ou encore de consommer.
    Sa lutte pour la vie (elle est mère désormais) fut de s'armer et de s'élever par des lectures, des études, des réunions militantes (anticapitaliste, féministe et queer/crip), afin de redéfinir et se réapproprier son identité êtrique et d'en être fier plutôt qu'honteuse.
    Après lecture de l'ouvrage, on ne verra plus jamais le handicap comme un problème mais un atout, malgré les souffrances endurées, pour forcer l'idéologie dominante à ouvrir les yeux sur sa pseudo normalité et son mépris de toute différence.