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festival des nuits de fourvière

  • Positive vibration

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    C'est le cœur qui résonna hier au théâtre antique de Fourvière pour une version symphonique du répertoire de Camille. L'ONL dirigé par Dylan Corlay apporta profondeur, grâce, légèreté ou gravité au fil des reprises (le sixième album "the sound of milk" sort en septembre, après la récompensée BO d'Emilia Perez) sur 20 ans de création.
    Des moments suspendus, notamment pour ses trois nouveaux titres, de danse-transe parfois, de refrains repris en chœur par un public conquis, de joie toujours pour celle dont le corps est instrument et le souffle note. Accompagnée par ses proches - Clément Ducol au piano-chœur, qui signe aussi les arrangements classiques et Martin Gamet à la basse-batterie - et son merveilleux quatuor de choristes - Lucile Chriqui,
    Christelle Lassort, Gisela Razanajatovo et Andres Guevara - Camille donne libre cours à sa folle fantaisie tout en portant haut et fort la note juste. Avec ses deux enfants, ce cadeau de Clément Ducol, son compagnon de vie, constitue selon elle un climax et sous un climat tropical, l'instant s'est transformé en paradis, soit "l'amour sur terre" (une parole de "la terre").
    L'artiste, au final, poussa le luxe d'inviter un couple ami fraîchement marié sur scène, pour mieux le célébrer en chantant. Un concert qui fit énormément de bien commun, un répit maternel pour la planète qui en ce moment en avait bien besoin.

     

  • Frère d'arme

    Massive attack,Festival des nuits de fourvière,Robert del Naja (3D),Grant Marshall (Daddy G),Horace Andy,Elisabeth Frazer,

    Qui suis-je ? Quel mouvement musical pour la résistance au nouvel ordre mondial ? Quel est mon degré de conditionnement face aux réseaux/médias et de sensibilité face aux morts des guerres économiques ? Autant de questions suscitées dans cette soirée d'"edutainment" proposée par le groupe de Bristol, Massive Attack, au deuxième soir de représentation bondé, du festival des Nuits de Fourvière.
    Robert del Naja (3D) et Grant Marshall (Daddy G) se sont entourés pour leur retour sur scène (plus d'une décennie) de 5 musiciens (basse, guitare, clavier et deux batteurs) et 3 chanteurs.euses dont Horace Andy (très applaudi) et Elisabeth Frazer, qui se relaient à tour de rôle, comme le groupe, à géométrie variable.
    Le spectacle est total, par un éclairage au cordeau et un mur d'images graphiques reflet de notre époque, avec une forte teneur politique (paradis fiscaux, guerres économiques, manipulation de l'opinion et des émotions, ère numérique, génocide ethniques...) et des messages en français.
    Les nouvelles chansons (plus rock) alternent avec les anciennes choyées. L'impression est mitigée entre cette proposition plus oppressive et agressive : déluge sonore, saturation d'images, effet stroboscopique..., qui tranche avec les hits des premières heures, planants, dépouillés et plus introspectifs. 
    Bonne surprise néanmoins d'un son bien calibré et de voix justes pour délivrer comme des prières (ou des colères tempérées) face à tant d'injustice, d'atrocités ou de malignité.
    Le groupe phare des années 90 dérange et titille toujours autant nos consciences à propos d'humanité, d'ouverture et de discernement. Son engagement politique rassure et le propulse fer (frère) de lance d'une résistance face au diktat de l'argent, de l'apparence et de la coercition.    

  • Vivants, de corps et d'esprit

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    Soirée rayonnante ce mercredi 3 Juin au festival des Nuits de Fourvière, avec deux artistes programmés ayant en commun d'être solaire.
    Yael Naïm s'est émancipée d'une forme de classicisme avec une proposition plus électro pop et des textes introspectifs, touchant une certaine épure, dans cette première partie. Tout est drapé de blanc immaculé sur scène avec une énorme bulle gonflée, ainsi l'artiste, comme prête pour ses noces intérieures, après une période chaotique à l'approche de la quarantaine. On sent qu'elle  prend du plaisir sur scène avec ses nouveaux titres rythmés (wow, multicolor...) ou mélancoliques (la fille pas cool, when we go to bed...), issus du dernier album expérimental Solaire ; et qu'elle aime philosopher avec le public. Cette embardée sans son acolyte David Donatien explore profondeur et appréciable folie. Dommage que le public ne communie vraiment qu'à la toute fin du set, lors d'une revisite jazzy de son tube planétaire new soul.
    Bertrand Belin arrive ensuite en terrain conquis. Ce baroudeur quinqua possède un univers attachant et singulier, dans la lignée des songwriters rock ébréchés et poètes. Souvent comparé (Bashung, Nick Cave...), il apparaît solide et posé, entouré de six musiciens confirmés (dont 3 claviéristes ) qui délivrent un groove monstrueux et chavirant. On espère une trace (un album live pour marquer le coup ?) de cette tournée qui fait bien évidemment part belle au dernier album Watt mais revisite des anciens titres plus sobres, qui sonnent comme jamais.
    La fosse jubile et danse, tranche avec les arènes pleines mais figés comme la pierre. Une esquisse de l'homme nous est donnée, avec l'envie de se plonger dans son répertoire et ses textes syncopés. Son humanité transparaissait au cinéma mais transcrit sur scène une bonhomie, une joie d'être communicative avec un son orchestré, puissant et maitrisé. Malgré son charisme certain, il ne prend pas toute la lumière et invite à une vision périphérique de la scène.  
    20 ans de carrière, un déjà 8ème album, il n'est pas là pour rien...un grand monsieur de la chanson française, artiste accompli. Merci les Nuits pour ces re-découvertes atypiques !

     

  • Une nation qui fait corps

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    La compagnie australienne Circa, mondialement connue et dirigée par Yaron Lifschitz, donnait son 6ème spectacle, Revoir les étoiles, aux Nuits de Fourvière, qui fête ses 80 printemps cette année.
    Placement millimétré, corps en mouvement permanent, adresse, mélange de force et souplesse, avec toute la panoplie des circassiens modernes (Mat, tremplin, tissu aérien...), et accompagnés d'un quatuor original de musiciens (guitare électrique, cuivres, violon et programmateur électro), sous la composition musicale de Jethro Woodword ...n'en jetez plus !
    Les douze acrobates (5 filles/7 garçons) nous en mettent plein la vue, maîtres de leurs corps et solidaires dans l'effort. Il s'agit littéralement de sortir de l'enfer Dantesque (chutes et lourdeur des corps) pour s'élever, virevolter et toucher les cimes étoilées, à plusieurs c'est encore plus beau.
    Des moments de grâce individuels émergent du magma collectif, mettant à l'honneur chaque artisan de l’œuvre, en première mondiale à Lyon.
    Effrayant et haletant car souvent risqué mais merveilleux dans le résultat, de nombreux tableaux défilent sous nos yeux, certains plus inventifs que d'autres mais toujours avec poésie, soutien et une forme de ballet incessant.
    L'Australie en impose par sa force physique et sa technicité, un futur succès international amplement mérité !

  • Beauté brute

    Political mother : the Choregrapher's Cut,Hofesh Schechter Company, festival des nuits de Fourvière,25 ème édition,Marion Barbeau,Jack Butler,Chieh-Hann Chang,Jill Su-Jen Goh,Bruno Guillore,Evelyn Hart,Charles Heinrich,Philip Hulford,Evelien Jansen,Adam Khazhmuradov,Oscar Jinghu Li,Rosalia Panepinto,Attila Rònai,Hannah Shepherd,Hofesh Schechter,Lee Curran,Merle Hensel,Yaron Engler,Christopher Allan,juin 2025,Lyon

    Lundi 2 Juin, ouverture des 25èmes Nuits de Fourvière avec la reprise de Political Mother d'Hofesh Schechter. Une attente sous une pluie drue qui s'estompera le temps du spectacle sonore et visuel avec 23 musiciens et 13 danseurs. Le mur du son (sur trois étages) est un mix entre musique folklorique traditionnelle, déluge de guitares avec une formation limite métal et rythmes martiaux. Le mélange évoque une situation de totalitarisme avec quelques restes de civilisation et les corps des danseu.rs.ses (en parité) reflètent bien ces élans de vitalité, espoir, délivrance malgré les embrigadements, conformismes ou injonctions moralisantes.
    L'intrusion rock subjugue et happe l'énergie. Difficile de s'émanciper librement dans ce déluge sonore si ce n'est par la transe qui découle de mouvements répétitifs et saccadés. On retrouve des traces de folklore juif, de taï chi, des gestes débridés...mais globalement le magma collectif évolue groupé, soudé, solidaire dans une forme de servitude machinale. Les embardées solitaires affleurent ici et là, parfois un.e danseu.r.se, une couleur ; un individu, un détail. Puis la pièce s'achemine vers une percée de l'être contre la voix éructante qui s'affaiblit et c'est la libération, l'espoir retrouvé mais jamais vraiment occulté.
    Marion Barbeau, héroïne du film de Cédric Klapisch "En Corps" était de la partie, avec 12 autres brillant.s.es performeurs. Ils formaient un tout, une unité, une belle solidarité que le public lyonnais a acclamé a sa juste valeur.

     

    @Crédit photo Gabriele Zucca - Shechter.co.uk

  • Totale osmose

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    Le bal de l'amour s'est deroulé au Musée des confluences jeudi 6 Juin 2024, une soirée estampillée Nuits de Fourvière. Au programme 3 formations scéniques. La première, plus contemplative et indoor célébrait l'amour spirituel via une danseuse hindoue (sud) qu'accompagnaient 3 musiciens (violon, flûte et mridangam) et un chanteur traditionnel. Les mouvements précis et semi-improvisés étaient scandés à l'unisson par le quatuor aligné en tailleur. La seconde formation, Ultrabal, officia sur le patio extérieur du musée. Dans l'esprit guinguette modernisé, 4 musiciens dont un accordéoniste magnifiait un trio de chanteuses hautes en couleur. Le(s) public(s) bigarré et de tous âges (peut être l'élément le plus important ?) qui avait répondu présent pour ce manifeste commençait à sérieusement se déhancher puis à se lacher complètement pour le dernier set de Scorpio Queen, à la fois DJ et ambianceuse, accompagnée de deux danseuses déchainées sur des rythmes caribéens.  

    La femme fût donc à l'honneur tout du long dans une ambiance empreinte de douceur et de suavité. Cette nocturne de Confluences (jusque 22h le 1er jeudi du mois) passiona aussi la jeunesse qui investit, entre autre, la très réussie et ludico-pédagogique exposition à nos amours. Éternel amour donc, présent sous toutes ses formes, couleurs et variétés, qui se concentra ce soir là dans un vaisseau de verre tout de feux et de flammes éclairés.

     

  • Moment suspendu

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    La compagnie galloise NoFit State Circus donne autant de cachet et de prestige que la  compagnie Trotolla l'an dernier, au domaine féérique de Lacroix-Laval investi par le festival des Nuits de Fourviere. C'est là que l'aventure humaine, les prouesses techniques et la magie du cirque opèrent une adhésion évidente des publics.
    Spectacle total avec Sabotage, orchestré par Firenza Guidi à la mise en scène et Tom Rack à la production (un membre fondateur), dans un cirque de 600 places soutenu par 4 colonnes d'acier qui, par des systèmes de poulies, deviendront les escaliers célestes des voltigeurs aux multiples accessoires. Les talentueux artistes circassiens se relaient dans  de courts numéros tantôt athlétiques, poétiques ou gracieux. Certains se retrouvent dans le chœur ou instrumentiste au sein du "live band" électrifié et électrisé : un combo qui fait mouche dans le cirque moderne.
    Sabotage casse en effet résolument les codes du théâtre traditionnel en questionnant les genres, les apparences et les places attribuées à chacun avec un casting aux morphologies atypiques. Les protagonistes passent de l'ombre à la lumière, de la fanfaronnade à la prouesse, de la force à la légèreté, dans une ambiance feutrée et changeante, de rock à cabaret et disco,  solo de trompette ou piano pour des moments plus intimes.
    Le talent scénique se mesure à la facilité dans laquelle se déroule chaque saynète et c'est portés par une foi enfantine et une confiance saine en autrui que chaque élément de la troupe (créée en 86 à Cardiff) se livre à cœur ouvert et corps au vent.
    Au final le public debout applaudit à tout rompre et de joie, cette subtile alchimie trouvée dans tous les recoins de la création. C'est jusqu'au 8 Juillet.

    @crédit photo : NoFit State fb