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Arts martiaux

  • IAM : Une parole de poids

     

    Nous proposons une autre vision de la société, en quête d'un projet constructif plutôt que destructif, d'une ouverture plutôt que d'une fermeture...si nous pouvons encore éveiller quelques consciences et encourager l'empathie et la cohésion de notre humanité fragmentée, ce sera notre pierre à l'édifice” (Entre la pierre et la plume – IAM).

     

    IAM,Entre la Pierre et la Plume,Baptiste Bouthier,Editions Stock,Octobre 2020Le collectif IAM (Akhenaton, Shurik'n, Kephren, Kheops, Imhotep et peut-être aussi Saïd ?) signe avec Baptiste Bouthier, journaliste socio-politique à libération, un livre témoignage “Entre la pierre et la plume” paru chez Stock éditions, sur leurs riches parcours dans le secteur culturel. L'ouvrage est émaillé de sentences puisées dans la discographie et de bulles focales sur chaque membre du crew phocéen. 

     

    Pour qui suit leur carrière, les textes parlent d'eux-mêmes mais l'intérêt du livre c'est de développer la pensée (des chapitres entiers sur 9 thématiques dont le cinéma, le langage et l'argot, Marseille la ville ou encore la domination et le racisme...), expliciter le processus créatif (Le concept IAM, l'influence des membres sur les plans socio-culturels ou politico-spirituels) et replacer dans son contexte (Marseille, le statut des français issus de l'immigration, l'influence et le statut du rap) un groupe (et les techniciens qui gravitent autour) qui perdure depuis plus de trente ans.

    Avec 9 albums concepts au compteur, des albums solos, des productions de talents marseillais (FF, L'Algérino, Psy4 de la rime,Veust Lyricist, Faf Larage, Bouga, chiens de paille...), des réalisations cinématographiques, le groupe n'a pas à rougir de son bilan auditif avec des salles toujours pleines, sans véritable campagnes de promotion et surtout l'aura respectueuse due à un pilier mythique de l'histoire du rap (français), droit dans ses bottes et ses choix artistiques.

     

    Le groupe dévoile notamment sa formule secrète appliquée à chaque missive : des albums conceptuels basés sur six piliers : des titres politiques et engagés, introspectifs, historico-mystiques, à base d'humour, de storytelling ou d'égotrip.

    Autre point crucial l'effort porté sur l'écriture : un “verbe ciselé et travaillé mais qui reste accessible”, érudit mais pas élitiste, complexe mais pas compliqué, technique mais pas ampoulé, à base de sentences (une phrase qui marque en profondeur) plutôt que de punchlines.

    Mais sa véritable richesse reste son ciment collectif. IAM est le seul groupe soudé depuis ses débuts (à part le départ de Freeman, au nom prophétique ?), uni par ses passions communes (la civilisation égyptienne, le cinéma de genre, la culture asiatique ou l'amour du hip hop, donc de New York...), sa foi et sa fidélité à toutes épreuves. Le microcosme est en soi une démocratie qui valide chaque décision à la majorité absolue.

     

    Éternels challengers au sein d'un mouvement originel qui ne cesse de se régénérer, les jeunes vétérans d'IAM acceptent volontiers l'esprit de compétition et remettent en jeu leurs lauriers à chaque nouvel album. Leur vécu leur donne avec l'âge un poids politique intéressant et important en particulier sur la culture dominante qui selon eux, méprise encore le rap, alors que sa diffusion est majoritaire en France. Un mépris à la fois de classe et ethnique, s’appuyant parfois sur un schéma raciste envers ceux dont “l'expression est populaire, le langage issu de l'oralité, affublés en plus d'un accent ou de termes argotiques”.

    Deux mondes sociaux-politiques qui s'opposent à travers le monde, même si des ponts existent pour “dénoncer oppressions, racisme et injustices” dans les deux camps opposés. Cette voie du milieu est celle prônée par l'entité IAM depuis le début avec une richesse symbolique et lexicale qui invite à l'ouverture d'esprit plutôt qu'à l'individualisme et au repli sur soi, constaté ces dernières années.

     

    Reste le futur à inventer puisque le mouvement hip hop s'écrit au présent. Lourd de son concept dont l'acronyme IAM est multiple : à la fois “j'existe”, “Imparial Asiatic Men”, “Invasion Arrivant de Mars”..., reste peut-être sa dimension mystico-spirituelle à investiguer, à savoir le fameux “Je Suis” divin, l'essence du nom ?

    Le temps file et la sagesse accumulée (Égypte, Islam, Zen...) pourrait devenir pierre de taille, dans son intériorité, pour de prochaines thématiques métaphysiques, en venant parachever l'édifice...

    Un livre de poids donc à mettre entre toutes les oreilles attentives, et de bonne volonté.

     

  • L'oeil de l'orfèvre

    Pâcome Thiellement,Tu m'a donné de la crasse et j'en ai fais de l'or,Massot Editions,Janvier 2020L'homme est à moitié fou : il parle aux animaux, aux morts, voit des signes partout et possède une conscience apocalyptique ! Bienvenue dans la tête et le cœur d'une âme sensible et donc, de notre point de vue, profondément humaine, qui se dévoile intimement peut-être pour mieux saisir la genèse et l'orientation de son œuvre.

    Pâcome Thiellement aime passionnément l'art, il est lui-même un être singulier producteur de richesses. On lui doit des essais cinématographiques et littéraires, sur Twin Peaks, la culture pop (Zappa, les Beatles) les gnostiques (la victoire des sans rois) plus récemment sur la série the Leftovers de Damon Lindelof (il avait auparavant disséqué la série Lost du même showrunner). Dans cet essai autobiographique "Tu m'a donné de la crasse et j'en ai fais de l'or" il s'adresse à la fois aux bons entendeurs que nous sommes mais aussi au Démiurge qui est le Dieu pervers et narcissique des gnostiques et le créateur factice de ce monde mauvais (et non pas le vrai bon Dieu) pour mieux lui faire la nique.

    Car ce livre important et passionnant est aussi un livre de combat, une sorte de manifeste d'un guerrier spirituel dans un monde qui ressemble de plus en plus à l'enfer. De nombreuses références aux sentences des guerriers chinois mais aussi à Carlos Castaneda et son mentor Don Juan parsèment l'ouvrage qui se rapproche d'une sorte d’exégèse de sa vie ou plutôt de son âme puisque les moments clés de son histoire personnelle sont revus à l'aune de l'écrivain à succès et de l'homme équilibré qu'il est devenu. On parlerait volontiers ici de récapitulation de certains traumatismes ou malheurs (la crasse) sublimés par la connaissance quintessentielle qu'ils véhiculent à rebours (l'or), une sorte d'alchimie qui est à la fois guérison et grille d'interprétation lucide et froide (comme la lame d'un sabre) des événements marquants de son vécu, car "toute souffrance s'évapore dans la juste conduite de vie"et "la condition du bonheur c'est la transformation de la crasse"

    Ceci étant dit, même si l'on ne partage pas sa vision gnostique du monde (où cathos, riches et "sans-dents" sont dans le même panier), on reconnaît à l'âme adventice ("l'âme infiltrée en nous qui ne cherche qu'à vampiriser notre puissance par le cynisme et vaporiser notre volonté par la dépression") d'être comme notre fameux ennemi intérieur avec sa qualité de sape du moral quand on fait ou dit l'inverse de ce que nous voudrions pour soi ou autrui. Castaneda parlerait du flyer qui se repait de notre culpabilité...(le vieil homme et ses multiples "je" pour les chrétiens, les nafs des soufis...).

    Mais le message est ailleurs. Ce fameux adorateur obscur de Jésus, ce praticien du voyage astral, ce voyant de l'invisible (c'est la définition du prophète jadis) nous parle du fait de se sentir réssuscité en cette vie après avoir il est vrai eu des preuves tangibles d'un au-delà. "Nous ne sommes vivants que lorsque nous avons "ressuscité dans la vie" et que la mort n'a plus sur nous aucun pouvoir". Comment sinon percevoir la beauté de ce monde agonisant, le rôle finalement salvateur du Diviseur (le Démiurge ou le Satan au choix) pour l'élévation de l'âme ?

    Évidemment l'homme se défend d'être saint ou gourou, plutôt guerrier de lumière contre les ténèbres extérieures ou intérieures. Végétarien, non-violent, hypersensible, soucieux d'amener du beau dans un monde contaminé par le faux (ou laid au choix) on pourrait juste lui reprocher son snobisme ou son point de vue hautain à l'importance que l'on peut s'accorder parfois mais son exigence et son souci d'attirer le lecteur vers le haut font de ce livre une œuvre singulière, qualitative et réussie.

    Peut-être fait-il partie de ce reste dont parle le prophète Isaïe qui à la fin des temps (si toutefois nous y sommes) sauvera l'humanité de sa folie destructrice en transcendant la barrière de la mort.

    Il y a du Maurice Dantec sauce zen chez Pacôme Thiellement, dans la vision et l'image de l'écrivain croyant en proie aux ténèbres pour qui l'écriture est une catharsis et l'auteur une sorte de psychopompe entre ciel et terre. L'année et la décennie démarrent en fanfare.

     

  • André Cognard, l'esprit libre

    cognard.jpgRencontre avec André Cognard Hanshi So Sihan à Vienne, dans le dénuement et la simplicité du quotidien.

    Discussion libre autour de son maître d'Aïkido Kobayashi Hirokazu Sensei, de la transmission et de l'esprit qui, à terme, au long d'une longue ascèse, demeure le seul propriétaire du corps...

    Aux hommes de bonne volonté, deux podcasts de 15 et 17 minutes.

    podcast
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    Credit photo : Aikidojournal.fr

  • André Cognard convoque l'esprit de l'Aïkido

    André Cognard,Aïkido,Editions Dervy, Sensei Kobayashi Hirokazu,Académie autonome d'Aïkido,Morihei Ueshiba,Mai 2019Dans Aïkido, paru aux éditions Dervy, André Cognard rend hommage à l’enseignement de son maître Sensei Kobayashi Hirokazu (1929-1998) qu'il côtoya pendant 25 ans et avec l'autorisation de qui il fonda l’académie autonome d'aikido.

    La pratique auprès de ce dernier fut une voie au sens spirituel du terme car ce disciple d'Ueshiba Sensei était comme le fondateur de la discipline, à la fois mystique et guerrier.

    L'auteur et enseignant 8eme Dan de la voie (do) de l'harmonisation () des énergies (ki) prône la paix et le retour à l’unité (donc la liberté) par la pratique. Le livre révèle de nombreuses anecdotes sur ce maître dont il fut l'élève, le soutien et le confident. On y parle de techniques, d'attitudes et d'état d'esprit mais aussi beaucoup d'états intérieurs et de passages comme autant de morts successives. La concision est de mise dans l'écriture (147 pages denses) virant parfois à l'abstraction ardue lors de certaines théorisations de "ressentis" mais l'ensemble est équilibré et les derniers chapitres lumineux, plus clairs et aérés lorsque Sensei Cognard évoque la liberté que procure la pratique de l'aïkido.

    Les "hommes volants" le sont par échappement momentané à la loi de la gravitation, lorsque l'ego se dissout dans le jeu et que le "je" mental a totalement laissé la place à l'esprit.

    Ce livre sous titré "l'enseignement secret d'un disciple de Morihei Ueshiba" relate notamment un processus de naissance à l'esprit car Maître Kobayashi "était insaisissable au sens propre en ne laissant jamais l'attaquant fixer son attaque mais l'obligeant sans cesse à fixer son esprit".

    De longues années de pratique amènent l'individu à se fixer dans son centre soit "la profondeur de l'être en soi", en quittant les tensions égotiques. Cette ascèse de "polissage de l'égo" sape ses résistances (ou forces) en "renonçant au pouvoir sur autrui et donc sur soi-même".

    Pour André Cognard il s'agit ici de la première étape, celle de "l'esprit qui fait bouger le corps".

    Mais la voie alors reste un cheminement en territoire inconnu car c'est "quand le corps fera bouger l'esprit que se fera le pas ultime" (p.147). Ainsi des mémoires ou scories "transgénérationnelles" voire mêmes "transincarnationnelles" dont semble s'être affranchi l'auteur auprès du maître qui sut l'amener à mourir à lui-même et à l'image de soi dans autrui. Et l'on pense ici au fameux "fana" des soufis, soit l'extinction de la personne en Dieu ou à la parole de Jésus de renaître d'en haut que ne reniait pas le Sensei ou encore au célèbre koan "qui étions-nous avant de naître".andré cognard,aïkido,editions dervy,sensei kobayashi hirokazu,académie autonome d'aïkido,morihei ueshiba,mai 2019

    On le voit, l'Aïkido est un chemin qui a du cœur également et qui interpelle les corps avant tout. Cet art martial est une nouvelle façon de tisser des relations qui ne soient pas de l'ordre d'un pouvoir de domination mais bel et bien de compassion envers autrui et sa demande d'aide (plaidoyer de l'être séparé pour un retour à l'unité) que représente toute attaque verbale ou physique.

    Tout se recoupe et apparaît en filigrane un langage presque objectif d'une relation autre basée non plus sur l'apparent ou l'illusion mais le réel, le vrai monde, le monde de l'esprit, l'invisible senti, ji sekaï selon l'expression de Sensei Kobayashi, où tout est harmonie...

    @credit photo : Dervy et aïkidojournal.fr