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Aventure

  • La culture tous azimuts

    Depuis les Yvelines se fomente donc quelque chose, né de cette idée encore embryonnaire que l'on peut percer la muraille, imposer une ligne éditoriale sans compromission - inrockuptible, donc - et aller chercher les lecteurs curieux de sentiers culturels parallèles là où ils se trouvent et les détourner de la presse dominante (p.29).

     

    Christophe Conte,On aurait fait un groupe on a fait un journal,Flammarion,les inrockuptibles,les inrocks,Christian Fevret,Serge Kaganski,J.D Beauvallet,15 Mars 1986,Mathieu Pigasse,indie rock,culture,Christophe Conte relate avec verve, humour et enthousiasme, l'épopée des Inrocks, depuis sa création (sur demande de Christian Fevret, Serge Kaganski et J.D Beauvallet ) en 1986 et jusqu'à ses quarante ans d'existence, même si les piliers ont tous quitté le navire depuis.
    On assiste à l'essor d'un fanzine en magazine bimestriel puis mensuel et hebdomadaire, avec ses changements de locaux nécessaires, son évolution éditoriale et journalistique (plus de monde plus diplômé au fil des ans) et  ses savoureuses anecdotes racontées de l'intérieur.
    C'est toute une époque qui défile également dans "On aurait fait un groupe on a fait un journal", publié chez Flammarion : la riche moisson indie-rock des années 90, l'avènement du Net, les attentats de Charlie et du Bataclan, la vague #metoo, la politisation toujours à travers un prisme culturel, le rachat par l'intrusif banquier Mathieu Pigasse..., soit l'histoire d'un média, d'émérgent à influent, et des inévitables infidélités à son esprit créateur originel.
    L'auteur, qui a travaillé 28 ans pour le magazine, revient sur les ratés (les unes de Cantat ou Depardieu, les opérations marketing insipides...) mais surtout sur les coups de génie de certains journalistes (les interviews de Mac Cartney, Pialat, Carax par exemple ou le festival des inrocks et son rayonnement multi-géographique) restant pertinents dans l'attitude malgré l'impertinence de mise affichée.
    Un récit passionnant par un passionné de culture, qui a vu s'étendre le spectre des mouvances chroniquées (cinéma, rap, littérature, mode, BD...) au gré des ventes et parutions exponentielles (40 fois plus au bout de 6 ans). Une belle histoire aussi de culture d'entreprise et d'état d'esprit opportuniste mais droit et découvreur de talents, avant de passer le flambeau.

     

  • L'énergie des espoirs

    miracle.jpgL'auteur Jean-Philippe de Tonnac a vu sa vie et ses projets bouleversés lors de l'annonce à l'été 2023 de sa maladie de Charcot. En Quête du Miracle - l'âme et le corps face à la mort, publié chez Albin Michel, relate de sa nouvelle vie, mélange de voyages thérapeutiques, séjours hospitaliers, excursions spirituelles ou religieuses (depuis sa rencontre avec le moine Charbel) et bien sûr actes bienveillants du quotidien (les chats, les amis, les rencontres fortuites...). Bien loin de se laisser abattre par la (mauvaise) nouvelle, il met toutes les chances de son côté pour prolonger son espérance de vie, par la foi, le régime alimentaire, les avancées et expérimentations médicales ou encore l'exploration de sa psyché s'entendant au corps tout entier (plantes maîtresses ou enthéogènes, guérisseurs à mains nues, thérapies holistiques...).
    Son corps le lâche un peu plus chaque jour néanmoins, le rendant lourd et dépendant, à l'opposé de son âme qui s'allège par la connaissance ou l'entourage aimant/aidant.
    Ce livre est avant tout celui d'un résistant et d'un amoureux de la vie, sonné mais pas k.o et qui est conscient qu'en "partageant l'intime réduit, dans l'épreuve terminale, à sa plus simple nudité, (cela) acquiert valeur universelle (p 151)".
    On sort galvanisé par ce témoignage résolument tourné vers la vie, la mansuétude et la gratitude (sa femme Renata la première). Le voyage est total, dépaysant et sidérant de pistes explorées. Le miracle (retrouver ses facultés motrices) n'a pas (encore) eu lieu mais le Vivant, lui, ne meurt pas et traverse déjà  l'ouvrage de toute part, rien qu'en termes de synchronicités ou de cœurs qui s'ouvrent sur ce chemin de libération du moi. 

  • Une oeuvre alignée

    judas-404-comics.pngJudas est une œuvre singulière qu'on découvre haletant. Où Jeff Loveness, l'auteur, va t'il nous emmener ? Quelle est sa version des faits ? Comment comprend t'il cet archétype du traître ?
    L'histoire se situe en enfer et intègre des passages d'Isaïe et de l'Apocalypse (les créatures de l'enfer), faisant de Judas la figure du serviteur souffrant rejeté par Jésus et Dieu, évangélisant à son tour jusqu'à la fin des temps, ce lieu de damnation, après le passage éclair et le pardon du Christ à son égard...car il faut bien un vilain, bouc émissaire, dans l'affaire !
    Les dessins et couleurs de Jakub Rebelka et le lettrage de Colin Bell presque cubiques et souvent épineux (anguleux), soulignent l'aridité et le désespoir du lieu, avec des tons crépusculaires ou des représentations infernales.
    Lucifer y joue aussi un rôle central dans la première partie, brouillant la piste d'une possible rédemption finale de l'humanité.
    Le graphisme associé au destin surprenant de Judas outre tombe marque l'esprit d'idées neuves et irrigue l'imaginaire en positif, avec une traduction française d'Aurélien Lemant (Marie-Paule Noël à la relecture).
    Pour construire sa trame, Jeff Loveness a puisé dans des versions alternatives (apocryphes et gnostiques) qui sonnent plus juste (ce qu'a bien rendu l'illustrateur) qu'une simple trahison mythique, un projet qui faillit ne jamais voir le jour sans un salvateur assentiment d'un collectif.      

  • Un nouveau centre

    disclosure.jpg

    Disclosure Day (Jour de la révélation), le dernier Steven Spielberg, frappe moins l'imaginaire que Ready Player One mais révèle l'enfant candide et émerveillé qu'il est resté.
    Le monde est au bord d'une troisième guerre mondiale avec une nation experte en cyber défense-sécurité. C'est le moment que choisit Daniel (Josh O.connor) pour dévoiler 79 ans (l'âge de Spielberg) de vidéos classifiées par les services secrets furibards et à sa poursuite (Dont le chef est Colin Firth), sur la présence extra-terrestre, leurs sévices par les humains ainsi que leur appropriation technologique à des fins quasi militaires. Il rencontre dans sa quête Margaret (Emily Blunt), une possible âme sœur speakerine de météo, qui a le don soudain et mystérieux d'entrer en empathie salvatrice avec chacun. Ils sont persuadés (aidés par une équipe d'aliens-friendly) que cet insight changera définitivement la face du monde, en terme de vérité, de foi et de place au sein de l'univers.
    Spielberg s'amuse avec la caméra, en mouvement perpétuel, mais aussi avec les références, à ses films ou à d'autres, marquants le style SF américain. Un foisonnement d'idées (la représentation alien, le lien entre foi et vie extra-terrestre, l'outil alien de bilocation, une femme élue...) parcourt le film de ce couple sauveur d'une humanité devenue presque auto-destructrice.  
    Spielberg a retrouvé la foi et l'espoir dans le surnaturel et le non-humain ou peut-être aussi dans ce qui définit l'humain lorsqu'il est dans l'ouverture totale à l'Autre : un être sacré.

     

  • Notre devoir d'être

    Dans l'amour inconscient, on aura tendance à aimer pour être aimé en retour, ce qui va évidemment faire que très souvent, on est concentré sur le fait de savoir si on est aimé ou pas, donc concentré sur notre peur de ne pas l'être ou de manquer d'amour. Alors l'amour que l'on voudrait donner deviendra conditionnel (p.159).

     

    Sébastien Cazaudehore ,l'inconscience de l'amour,raccourcis inconscients,prise de conscience,Dialogues avec l'Ange,Amour inconditionnel,Juin 2026Sébastien Cazaudehore revient à compte d'auteur avec l'Inconscience de l'amour.
    Cet explorateur de la conscience, rodé à des années de chamanisme en Équateur, décortique longuement dans cet essai ce que l'amour n'est pas : ces "raccourcis inconscients" hérités de notre enfance ou transgénérationnels, dont le terreau est globalement la peur de ne pas être assez aimable. Notre inconscient profond nous fait rencontrer des "hameçons" (les relations conflictuelles) pour grandir et conscientiser nos processus et traumas répétitifs, avant d'élargir et d'éclaircir notre vision pour être prêt à éventuellement  rencontrer l'âme sœur-frère  et/ou l'Amour inconditionnel.
    Sebastien Cazaudehore est pragmatique. Son étude précédente sur la plasticité du cerveau donne ici des limites, sans nécessaire reprogrammation ou vision libératrice.
    L'auteur oppose aussi individus (dont une des tâches est de conscientiser ces schémas sous-jacents pour s'en libérer) et "gens", dont la dilution collective amène peur et ignorance, oubli de soi.
    Avec un ton mature (dénué d'illusions), de l'humour et des cas pratiques, il fait preuve de réalisme, de clarté et de discernement sur le jardin d'enfants qu'est le monde.
    Il évoque également cet Amour divin presque inaccessible en une vie mais pas impossible, par bribes en tout cas. Mais ce qu'on appelle le hasard n'obéit-il pas finalement à un Plan divin (c'est notre hypothèse)?
    "Aime tout, car tout est de Dieu" ou "quand tu aimes toute la Création alors c'est LUI en toi" : ces phrases d'enseignement tirées des Dialogues avec l'Ange rappellent également la grandeur de certains tâches, pourvu qu'on ait la foi, afin que l'Oeil opère et voit, que mains et cœur soient Siens (le Nouveau), en court-circuitant le mental qui n'est qu'empreinte de "l'ancien".

  • L'universalité du trauma

    Que ce soit par la respiration Rebirth ou une autre technique, revivre sensoriellement le trauma d'origine permet effectivement de se libérer de la répétition, à condition d'être capable, en tant qu'adulte, d'accepter de vivre ce processus sensoriel et de se laisser, en quelque sorte, crucifier par ce qui nous effraie (p.184).



    Jean-Charles Bouchoux,Ces traumas qui nous possèdent - comprendre pour guérir,trédaniel éditions,Jean-Charles Bouchoux, écrivain, psychanalyste et hypnothérapeute, publie chez Trédaniel éditions Ces traumas qui nous possèdent - comprendre pour guérir.
    L'ouvrage est une enquête à l'échelle internationale avec des psy, guérisseurs, chamanes ou pasteurs exorcistes qui, à l'image de la description d'un éléphant dans le noir, possèdent chacun un lexique et une grille de lecture psycho-culturelle pour qualifier une sensation d'être possédé par un mauvais génie/esprit/entité parasite/démon intérieur...que l'auteur qualifie après analyse syncrétique, de trauma. Ce trauma peut être lié à la naissance, l'enfance, être transgénérationnel ou même métaphysique...L'antidote consistera toujours, selon lui, à revivre sensoriellement la peur inhérente  en la laissant nous habiter pleinement. Un petit bémol néanmoins, J.C Bouchoux insiste sur l'importance d'avoir un centre, un socle, un témoin différencié en soi, ce qui nécessite une certaine pratique spirituelle ou thérapeutique (méditation, analyse, thérapie holotropique, sessions chamaniques...), pour ne pas se laisser submerger par une vague dissociative (issue de l' inconscient). Cela ressemble un peu à l'imagination active chère à C.G Jung ou au rêve des sorciers tel que décrit par Carlos Castaneda.
    En conscience, le sujet revit une sensation ancienne, une mémoire inscrite dans son corps (spasme, contraction, douleur...) pour mieux l'intégrer et la dépasser car, de l'ombre, jaillit parfois un trésor initiatique.
    Un livre clair, intéressant et intégratif qui milite pour la coopération des savoirs anciens/nouveaux, Orientaux/occidentaux, scientifiques/spirituels.

     

  • Un engagement qui fait écho

    Feu Chatterton,Terrenoire,Dinaa,festival Paroles et musiques,Zénith de Saint-Etienne,Marc-ANtoine Perrio,Arthur teboul,Protégé.e,Labyrinthe,Maison vide,Saint-Etienne,Mai 2026

    Feu Chatterton est un grand groupe, solide, uni et généreux. En tête d'affiche pour la dernière date du festival Paroles et Musiques avec les locaux Terrenoire et la jeune Dinaa, ils ont mis le feu au Zénith de Saint-Etienne.
    Fraîche et engagée, Dinaa a bien lancé la soirée avec sa pop simple et décomplexée, à découvrir, avant les deux poids lourds de la soirée, qui firent monter la température du Zenith.
    Six mois après son concert au Fil, Terrenoire revenait dans le chaudron stéphanois avec les frères Herrerias toujours aussi enthousiastes, après la tournée sobre et éthique Protegé.e, et entourés d'une belle équipe dont le talentueux Marc-Antoine Perrio à la guitare et basse. Le show a gagné en maturité et dégage une force tranquille avec toujours ce travail magnifique sur les harmonies vocales, seul (Théo) ou à deux (avec Raphaël). Le show est carré, engagé et dansant. Attachant comme celui de Feu Chatterton, sensiblement de la même génération.
    La part belle au dernier album Labyrinthe, dans ce dernier set festivalier, avec le très beau et mélodieux Ce qu'on Devient, le monumental et cristallin Sous la Pyramide ou le lourd péchu électro Le Labyrinthe. Les hits furent aussi de la partie avec Allons voir, la Malinche, Mille Vagues, Nouveau Monde ou encore l'Affiche Rouge de Louis Aragon, d'actualité récente. Le concert fut un mix entre moment suspendus, forts en émotions et morceaux transe ; entre son  massif et versions plus acoustiques, avec toujours cette voix décalée et subtilement incarnée d'Arthur Teboul, également auteur. Le groupe a cette capacité à arrêter le temps et nous offrir des instants de grâce parce qu'il donne et se donne beaucoup mais aussi en proposant un univers en phase avec l'époque, avec des thématiques et des mots qui résonnent profondément en soi. Ils sont vrais, tout simplement, authentiques en émotions et engagement...ligne directrice de cette soirée de clôture.