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voie non duelle

  • La grandeur en Soi

    "Ramana est l'Esprit suprême (Paramâtman) qui, sous la forme de la Connaissance, demeure dans la caverne du Coeur (bridaya guyha) de chacun, descendant de Vishnou, et si vous plongez dans le Cœur, l'esprit tout pénétré d'amour et voyez avec l’œil de la sagesse, Cela sera clair pour vous". (p.53)

     

    maharshi-ultime.jpgRamana Maharshi, l'homme, ce géant de la spiritualité, a donné un cap à tout chercheur de vérité : ravissement les yeux grands ouverts, conscience étale de jour comme de nuit ("Seul Je ou pure existence qui seul existe dans les trois états veille, rêve, sommeil, est le Réel"), fusion avec le Soi autrement défini comme Dieu ou le Guru ("le divin n'est pas séparé de vous ni de l'Univers")…avec toujours cette ultime question (c'est le titre du livre) d’investigation de l'Origine de la pensée : « Qui suis-je », afin que «  le mental devienne pur comme le cristal et s'unisse au Soi".

    Ce court traité de questions-réponses n'est qu'un avant goût d'un ouvrage de 1284 stances à valeur d'aphorismes « les paroles du guru" en cours de traduction et à paraitre à nouveau aux éditions Accarias L'Originel.

    Le Soi, que certains n'appréhendent qu'en tâtonnant, par le biais des rêves (je pense aux jungiens) et que d'autres ont payé de leur vie pour l'avoir réalisé et proclamé (« Le Père et moi sommes Un » de Jésus, « Je suis la Vérité » de Hallaj), Maharshi et d'autres éveillés plus modernes l'incarnent même s'ils se souciaient peu de leur corps transitoire ("Dès l'instant où l'ego est abandonné, le Soi resplendit"). Car l'Occident et sa sagesse issue en partie de la tradition monothéiste a créé des murs de séparation avec cette identification au corps-mental qu'il est difficile ou interdit de franchir en conscience. Ne dit-on pas que le Verbe s'est fait chair ou que le Corps-lumière, conscientisé, est Dieu ?

    Nous créons une distance et croyons être séparé de l'être pur, indifférencié, de cet état de conscience lucide , infini, éternel et de toute sagesse alors qu'il n'y a pas de connaissant mais la connaissance seule et que nous sommes déjà réalisés, toujours fondus dans le grand Je.

    Ramana Maharshi, un personnage hors du commun, une œuvre qui questionne et fait mûrir, une invitation à une identité renouvelée, retrouvée, dépassant l'histoire personnelle. Plus qu'un simple serviteur de l'Un, plus qu'une parcelle de la Lumière divine, un saut dans la Source pour une nouvelle et ultime cristallisation.

     

  • La vision sans âge

    pierre turlur,trois maîtres zen,editions du relié,dôgen,ryôkan,santôka,février 2020Pierre Turlur touche juste une nouvelle fois en peignant à travers trois portraits, l'âme du Japon.

    Dans « Trois maîtres zen - le vertueux, le rêveur et le vagabond », paru aux éditions du Relié, il est question d'éveil et de transmission mais aussi et surtout de nature et de littérature : les fameux haïkus qu'ont laissés ces moines errants (qui parsèment ce livre) et l'univers féerique et bucolique qu'ils ont inspirés à l'auteur.

    Il est bon de rappeler qu’« être né de nulle part et ne cheminer vers rien » peut s'accorder avec la plus haute réalisation au sens oriental du terme, comme « toucher la voie lactée », être uni-vers…

    L'imbécile heureux (Ryôkan) ou le vaurien (Santôka) peuvent au même titre que le vertueux (Dôgen) accéder à la vision pleine, vaste et illuminative où «  le relatif et l'absolu ne peuvent être dissociés".

    Pierre Turlur a fait œuvre de création originale en partant de presque rien, quelques haïkus sauvés à travers siècles, pour les amplifier et déployer leur histoire et contexte, réveiller le cœur de la voie commune à ces trois poètes : la simplicité et le dépouillement. L'auteur a su redonner de la chair et des sentiments, de l'humanité et de la grandeur à ceux que l'on ne voit pas ou plus. Il nous fait revivre l'épopée de trois futurs Maîtres de l'assise immobile.

    « Il convient d’ élucider les métaphores de cette poésie », nous dévoile t-il page 126, et il semble avoir été bien inspiré pour retranscrire à son tour avec moult détails cette nature propre à la vérité des bouddhas « qui traduit si justement l'interpénétration des phénomènes" .

    Après la cérémonie du shiho passée (soit la transmission de maitre à disciple) et la robe de moine reçue (le Fu-jung Tao-kai) le fraichement réalisé partait à travers monts et vallées, n'emportant que l'essentiel pour glaner ça et là, pendant quelques années, l'enseignement de maitres éminents, avant de se stabiliser et d'enseigner lui-même. Une période rituelle d'errance propice à l'émerveillement des sens au contact des éléments naturels : " Les Bouddhas vivants, les Bouddhas assis, travaillent à l'effacement des traces, ils perdent leur pas anonyme dans les foules, se mêlent å l'activité du monde, se perdent dans les vallées et les forêts profondes, dédaignent les honneurs, les titres, fuient la renommée et la gloire" (p.179).

    C'est bien évidemment le liant de ces trois historiettes à plusieurs siècles d'intervalle. Les tempéraments et inclinations diffèrent, la forme des haïkus évolue avec le temps mais la vision "exempte de corps et d'esprit", "dépouillée de tout et de soi-même" reste identique à celle de l'enfant dont l'esprit est en éveil et pour qui tout est prolongement de soi.

    En Occident le maître est choyé et vénéré, auréolé de prestige par les aspirants-adultes, en Orient rien ne le distingue des autres quidams et il lui arrive de mendier sa pitance. Seul l'Enfant parce qu'il est cœur, le voit.

    Enfin il est également beaucoup question de rencontres dans ces lignes, de l'importance d'autrui comme guide ou miroir de l’Oeil, de l'omniprésence de l'univers sublimé (la vision réelle n'est-elle pas poésie ?) autour de et en soi. Ces trois histoires finissent d'une façon juste, comme un clin d’œil du grand Ordonnateur à qui sait percevoir la beauté et la richesse de Sa création, en dépit de l'ignorance et du sommeil de la masse et de leurs autorités.

     

  • Le chemin de l'affirmation

     

    "Un enseignement spirituel efficace permet de purifier l'inconscient en profondeur, de transmuter les énergies émotionnelles négatives et d'éroder la profusion des désirs. Le mental se transforme alors en dictateur déchu, car les fausses lois qu'il a érigées (et cela depuis l'enfance) perdent de leur pouvoir. La fausse monnaie qu'il utilise est impitoyablement contestée, ses discours et arguments sont pourfendus jusqu'à la racine, laissant peu à peu la place à notre être essentiel qui avait été jusque là pris en otage".p.96

     

    eric et sophie edelmann,dites-leur de viser haut,swamji pajnanpad,g.i gurdjieff,editions du relié,février 20202019 fut une année prolixe pour la galaxie Desjardins avec l'excellente autobiographie de sa seconde épouse Véronique Desjardins (dans l'intime d'un chemin), un livre synthétique de clarification de la voie de la connaissance par Gilles farcet, le disciple beat (une boussole dans le brouillard) et une analyse de l'enseignement de Swami Prajnanpad, le "guru", par son fils Emmanuel Desjardins (vivre : la guérison spirituelle selon Swami Prajnanpad).

    L'actualité ne faiblit pas en 2020 avec des nouvelles du Québec et de l'héritier de la lignée Eric Edelmann ainsi que sa femme sophie, élève de la voie de l'Advaïta Vedanta depuis 30 ans. Après le succès public de "Jésus parlait araméen" et critique de "Mangalam" (l'Ashram qu'il a fondé en 1992 sur directive d'A. Desjardins), le couple Edelmann nous livre "Dites-leur de viser hautPromesses et défis de la voie spirituelle", toujours aux éditions (de qualité) du Relié.

    Il s'agit avant tout d'un livre de connaissance ou de science de l'être, reposant sur une pratique de la voie et une certaine maturation spirituelle. Autant d'états d'être que de progression sur cette voie de prises de conscience concernant les désirs inassouvis ou les émotions refoulées pour aller vers le sentiment (qui lui, est stable) ou l'équanimité de cœur. Tous les jalons sur le chemin sont évoqués et la parité de point de vue ne souffre pas de redite mais encourage la complémentarité avec une énergie et un style différents et plaisants.

    Le titre renvoie à un souhait d'Arnaud Desjardins pour tout apprenti ou disciple de la voie, d'afficher un but personnel de grandeur : mourir à la structure égotique avant la mort biologique, sortir de la prison de l'identification au corps ou viser l'éveil ou la libération en cette vie...

    C'est également un livre pratique qui multiplie les références biographiques comme autant d'outils sur le chemin. Sont cités également de nombreux éveillés et l'on comprend qu'il existe aussi une communion de sages, tous tributaires d'une lignée ou tradition dont les grâces et bénédictions se perpétuent d'âge en âge.

    De nombreuses anecdotes concernent Arnaud Desjardins en situation de vigilance (contrairement à l'attention, elle est le signe d'une détente ou libération) ou d'ouverture de coeur, pour mieux nous rappeler qu'il n'usurpa pas son titre et rôle de maître spirituel. Il était au moins parvenu à ce stade de décristallisation de l'ego (dépassement du trait principal de la structure égotique) où l'émotion n'est plus qu'énergie et l'identification au corps une illusion de plus.

    De nombreux parallèles avec l'enseignement de Gurdjieff ou voie de l'homme avisé jalonnent également le livre. Swamji Prajanpad aurait souhaité le rencontrer (ils avaient des disciples en commun) sans doute pour mieux savourer de visu une même profondeur de vision ou de compassion envers l'humanité non libérée de ses mécanismes de fonctionnement.

    Des concepts clés de son enseignement sont ainsi éclairés (l'organe Kundabuffer par exemple) comme d'ailleurs certains passages des évangiles (le mental identifié au malin) et la notion de rappel chère à Gurdjieff trouve dans la voie de l'Advaïta Vedanta tout son sens en prenant l'émotion comme moyen de pratiquer le oui, l'union à ce qui est. A la différence du sentiment en effet, celle-ci amène son cortège de faux et décentre ou désaxe souvent l'être spirituel en amenant des pensées ou comportements erronés.

    Convergence donc des termes ou du vocabulaire employé entre les deux écoles (un chapitre entier y est consacré). Même si A. Desjardins fréquenta les groupes Gurdjieff durant une quinzaine d'années avant sa rencontre avec son futur maître spirituel Swamji Prajanpad, la filiation avec le maître caucasien est somme toute assez récente (y compris chez Gilles Farcet) peut-être dans un souci de fusionner ou créer des ponts entre les deux voies ou de montrer la continuité de perspective entre l'une et l'autre.

    Le travail selon la lignée de l'Advaïta Vedanta ou voie de la connaissance est une pratique quotidienne qui porte ses fruits au fil des ans auprès d'un maître ou instructeur spirituel en parvenant à se lester de ses oripeaux égotiques ou égoïstes et à être moins dupe de ses mécanismes de défense. Le point d'orgue de ce chemin concerne le "trait principal", qui est la structure égotique bancale de base, vue ici comme un verrou accessible de ce quoi il est bon de se libérer de son vivant pour progresser vers un état de conscience étale et équanime.

    Seul regret sur ce chemin spirituel c'est le silence de Dieu sans qui pourtant, pour le croyant, rien ni aucune avancée n'advient. Un mystique de la pure lignée monothéiste y perdrait sans doute son latin et à terme, sa joie ou folie de vivre, au milieu de cette ascèse somme toute très scientifique.

     

  • La miséricorde sensible

     

    Une pensée ou un sentiment n’a pas vocation à être soigné, ami, mais à être embrassé avec douceur, dans l’étreinte aimante de la conscience du présent

     

    Jeff Foster - La joie de la vraie méditation – Editions Almora – Janvier 2020Jeff Foster est un jeune homme très écouté, qui a vécu un éveil sauvage, soudain, sans référence à un quelconque maître spirituel.

    Dans son dernier livre paru aux éditions Almora, “la joie de la vraie méditation” Il part de son expérience personnelle de reconnexion avec l'Enfant intérieur, qui est proche de la Source universelle (le Soi dont parlent les orientaux), pour proposer une méthode d'écoute plénière à l'autre et qu'il nomme la vraie méditation.

    Son enseignement, puisqu'il écrit, est de retrouver le chemin du corps et du cœur et du souffle aussi. Quitter la tête, respirer, revenir à l'instant et à ce qui se joue dans le corps cuirassé, être pleinement écoute, se reposer dans la Présence inconditionnelle de l’ici et maintenant.

    N'étant d'aucune tradition (même s'il rejoint l'enseignement non dualiste), il élude la mouvance new age et son programme de développement personnel, préférant se sentir entier qu'heureux ou être “simple présence attentive” plutôt qu'en “quête épuisante d'un moi meilleur”, toujours dans la fausse attitude de l'aide à autrui.

    Jeff Foster est un être de et en relation qui est un jour tombé amoureux de son ennemi intérieur, “un ennemi qui s’est avéré être un enfant innocent, qui criait et se débattait pour obtenir son amour”. Désormais il se dit au service des cœurs brisés, comme s'ils étaient Dieu lui-même, ce qui change de la récompense au mérite qui sévit dans les lieux d'enseignements traditionnels, là où l'enfant terrible est souvent rabroué.

    Jeff Foster sait désormais qu'en chaque adulte blessé se cache l'Enfant qui veut, par blessure primale, accaparer l'attention avec peur, colère ou tristesse et il lui prodigue toute son attention, tel un frère aimant qu'aurait pu incarner Jésus, qu'il cite de temps en temps. Un enseignement réconfortant, un amour inconditionnel qui flirte entre folie et universalité et qui rappelle par moments dans l'esprit, le chef d’œuvre de spiritualité qu'est le “fou et le Créateur” de Daniel Pons, qu'il transcrivit en écriture inspirée.

     

    La joie est là dans le sentiment d’être en vie, le ventre qui se soulève et retombe, le cœur qui bat, les bruits surprenants de l’après-midi.

     

  • L'essence de la vie spirituelle

    Être un miroir, c'est accueillir tout ce qui apparaît dans l'instant – pensée, émotion, sensation physique – sans s'identifier et sans en être affecté. Être vigilant, c'est être pure lumière qui éclaire ce qui est, pur témoin qui voit tout – Marie Chantale Forest.

     

    Marie Chantale Forest,Anthologie de la vigilance-un chemin vers la lumière,Editions Accarias l'Originel,Eric Edelmann,Arnaud Desjardins,Novembre 2019Les éditions Accarias l'Originel viennent de publier une "anthologie de la vigilance – un chemin vers la lumière", réalisé et écrit par Marie Chantale Forest. Cette dernière, québecoise, est une élève d'Eric Edelmann, lui-même héritier de la tradition de l'Advaïta Vedanta prônée par Arnaud Desjardins (1925-2011).

    Ce livre vient combler un appel du Maître spirituel disparu à disposer d'un outil pratique et synthétique pour tout aspirant à la voie spirituelle, tant la vigilance ou "lucidité accrue" semble être le ciment de toute démarche d'éveil.

    L'autrice a lu attentivement (ce qui est en soi un excellent exercice de vigilance) bon nombre de textes sacrés, écrits de maîtres spirituels, sages, saints ou auteurs de toutes traditions occidentales ou orientales. Elle a constitué un large panel de propos sur et autour de la vigilance (bibliographie complète de 27 pages !) qu'elle a regroupé par thèmes en trois parties : la prison, la clé et la liberté. Elle s'est également impliquée en tant que chercheuse spirituelle, en proposant de courts paragraphes résumés inspirés et inspirants, sortes d'aphorismes mûrement réfléchis (au sens de médités).

    Le résultat est une anthologie de 160 pages (hors préface et bibliographie) qui se lit à petites doses et qui a vocation d'enseignement pour les débutants ou les chercheurs plus avancés sur la voie. La part belle est accordée proportionnellement parlant aux propos d'Arnaud Desjardins, l'inspirateur du projet et celui qui sema de nombreuses graines de sagesse en proposant un enseignement syncrétique ancré et adapté à la modernité.

     

    Le moine doit, comme les chérubins et les séraphins, n'être qu’œil – Abba Bessarion

     

  • Le Soi n'est qu'Amour

     

    "Quand la conscience médite sur elle-même, sa conscience de soi disparaît, ce qui implique qu'elle s'oublie. Ceci est appelé samadhi (l'union avec le Soi)"

     

    L'Amour de Soi-le rêve originel-enseignements directs de Nisargadatta Maharaj,Les Deux Océans, Shri Nisargadatta Maharaj,Shri Dinkar Kshirsagar,Mohan Gaitonde,Karina Bharucha,Novembre 2019"L'Amour de Soi" paru aux éditions les Deux Océans est un recueil d'enseignements oraux (notés par le disciple Shri Dinkar Kshirsagar) de Shri Nisargadatta Maharaj (1897-1981) qui fut un éveillé et Maître spirituel issu d'une lignée de Gurus en Inde.

    Ce livre volumineux (plus de 500 pages !) relate de son message des deux dernières années de sa vie et s'adresse à deux types de dévots ou disciples plus ou moins avancés sur le chemin de la désidentification au corps, d'où l'impression de confusion parfois lorsqu'il parle de la conscience comme étant le tout ou le rien.

    Ce volume ne se lit pas comme un roman. On y rentre de façon ardu, dérouté par le lexique indien et la précision chirurgicale des termes employés qui nécessitent une attention accrue et soutenue.

    Par ailleurs il est réservé aux adorateurs du Soi (s'entend "la conscience auto-lumineuse, comme Dieu") néophytes ou convaincus et, comme le Coran par exemple, est un texte à clés dont la foi est le verrou.

    L'enseignement en Soi est assez simple : "en réalité notre vraie nature est la félicité suprême et inconditionnée (le témoin qui est conscient de la veille et du sommeil) mais nous nous prenons pour des individus...et cette identité du corps donne lieu à l'orgueil, ce qui entraine de la souffrance".

    Cette réalité vue et vécue par Shri Nisargadatta (qui signifie le Soi infini, complet et réel) Maharaj est martelée au cours des presque 150 journées d'enseignements (pas plus de trois pages à chaque fois) retranscrites et traduites avec précision du marathi en anglais (Mohan Gaitonde) puis en français, pour les besoins de la présente édition (Karina Bharucha).

    L'ensemble agit comme un mantra et le cœur du message peut représenter un diamant que l'on envisagerait à chaque fois par une facette différente.

    Notre culture judéo-chrétienne qui a fait de Jésus un Dieu a assimilé Son corps à la divinité, or ce concept est limité pour la lignée des sages indiens puisque le corps advient et se développe sans participation de l'individu conscient. Différent est Celui qui se place à l'origine de la conscience, qui oublie d'être quelqu'un et ne s'attribue ni nom ni forme. Celui-là serait alors comme Dieu avec "seulement de l'amour et de la joie d'être" comme besoins. Jésus n'aurait-il pas déclaré: "...vous êtes des dieux" (Jean 10,34) ? D'autres voix s'élèvent cependant (je pense ici aux Dialogues avec l'Ange ou à Satprem) qui redonnent au corps-lumière (plutôt qu'une lumière sans corps) toute sa noblesse et son potentiel illuminatif.

    C'est au fruit de cette méditation soutenue et d'une certaine maturation spirituelle que nous invite feu Shri Nisargadatta Maharaj dont il ne nous reste que des paroles issues d'une source qui représente la quête absolue de tout chercheur de vérité : "En vous parlant, je ne vous considère pas comme un être humain mais je m'adresse à la Réalité qui est mon propre Soi en vous".

    Un enseignement important, un livre opportun, balise et de bonne compagnie.

     

  • Yvan AMAR ou l'obligation d'aimer

    En étant frères, vous serez les fils du Père (p.138)

    Yvan Amar,Le Maître des Béatitudes,ALbin Michel,Grandir ensemble,Edition du Relié,Gurdjieff,Arnaud Desjardins,Gilles Farcet,Juin 2019A l'occasion des vingt ans de la disparition d'Yvan Amar (1950-1999), l'actualité de son message ressurgit avec une réédition en poche du Maître des béatitudes (1996) chez Albin Michel (citations de ce livre en gras) et un livre-cd anniversaire Grandir ensemble, compilation et quintessence de son enseignement paru aux éditions du Relié, qu'il fonda de son vivant.

    Comme Arnaud Desjardins, il fut le disciple en Inde d'un éveillé, Chandra Swami, de qui il reçu après quelques années l'autorisation d'enseigner dans le Vaucluse.

    Maillon essentiel de la spiritualité vivante au XXème siècle (né d'un père juif et d'une mère chrétienne) il demeure très présent et vivant dans la mémoire de ses amis, de sa famille et de ceux qui l'ont approché.

     

    Sa conversion fut une ouverture du cœur, habité dès lors par la joie et innervant un regard compatissant. Il aimait instruire par des histoires (Mullah Nasruddin entre autres) et son rire, que l'on entend sur le CD, était fort, enfantin, communicatif et libérateur.

    Il dira être passé d'une incompréhension triste à une incompréhension joyeuse. Pour lui, "ce qu'on réalise, ce n'est pas connaître le mystère mais le devenir soi-même, être l'inconnu, le non-savoir, la mouvance et dans ce regard là dire tout en vérité est le Brahman".

    De fait trois "affirmations-arguments" ont jailli de cet éveil : "Je ne sais pas", "Tout change" et "Tout est le Réel". (p.63)

    Marqué par la personne et le coeur de Jésus, il n'hésite pas à relire et actualiser son message dans le Maîtres des béatitudes, en affirmant que "le monde c'est le royaume livré en pièces détachées et les béatitudes sont le mode d'emploi pour en faire l'assemblage".(p.76)

    Sa relecture traditionnelle du sermon sur la montagne devient un cas pratique de son enseignement qui évoque la conversion, le passage du dehors au dedans, l'entrée dans le Royaume dont parle Jésus.

    Cela demande concrètement un effort conscient pour passer de l'état de victime à celui d'élève responsable. Et il affirmera jusqu'au bout qu'il eut trois maîtres : son guru, Chandra Swami, sa femme Nadège et sa maladie contractée en Inde, preuve qu'il ne se considéra jamais comme assis dans son éveil.

    L'élève selon lui, c'est celui qui est dans l'obligation de conscience (naissance au "je dois"), qui a sacrifié l'idée du bonheur et de l'image de soi idéalisée. C'est aussi celui qui prend le risque d'aimer son prochain, qui doit mettre le royaume au monde, étant lui-même né de la miséricorde.

    Son enseignement toujours en mouvement n'était pas une ascèse ou une voie de renoncement. Plutôt une voie dans le monde, comme le fut celle d'un homme qu'il aimait citer : Monsieur Gurdjieff.Yvan Amar,Le Maître des Béatitudes,ALbin Michel,Grandir ensemble,Edition du Relié,Gurdjieff,Arnaud Desjardins,Gilles Farcet,Juin 2019

    Même si le silence est d'or, le but n'est pas d'arrêter le mental mais que la pensée soit au service de l'intention. L'identité égotique doit être à son sens, transcendée au profit de la conscience planétaire et universelle, reliée. "Le royaume nous apprend l'intimité du "nous" (p.100), ...Il est dans le regard qui voit par Dieu, regard issu d'un cœur qui n'est plus partagé, qui ne sert pas en même temps Dieu et Mamon, la volonté divine et l'intérêt personnel" (p.138).

    Pratiquement et au fur et à mesure de la conversion par l'effort conscient, le doute, la colère et la peur disparaissent, faisant place respectivement à la sagesse, la compassion et la joie cachées.

    C'est donc dans et grâce à la relation consciente qu'une maturation peut advenir. Yvan Amar considérait que nous avions aussi un inconscient extérieur et que par conséquent, tout et chacun est et devient le chemin vers la réunification et l'unité. Grandir ensemble enfin, puisque l'identité messianique est un collectif qui doit faire advenir le Royaume de Dieu annoncé par Jésus.

    Ouvrez l’œil par lequel Dieu se voit (p.174)