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Voyage

  • L'union du Ciel-Esprit et de la Terre-Mère

     

    L'objet du yoga est de faire descendre la conscience supramentale sur la Terre, de l'y fixer, de créer une espèce nouvelle où le principe de la conscience supramentale régira la vie intérieure et extérieure, individuelle et collective” (p.187)

     

     

    Aurore-900x1447.jpgLes éditions Massot signent un très bel essai de Cristof Alward-Pitoëff : “L'aurore d'une vie nouvelle”, sur les vies parallèles et singulières de Sri Aurobindo (Aurobindo Ghose :1872-1950) et Mère (Mirra Alfassa née en France :1878-1973) qui finiront par œuvrer de concert en Inde, pour un changement spirituel et politique d'envergure (en tant qu'indien, Aurobindo voulait donner une vision exemplaire de la spiritualité).

    L'auteur est un témoin participatif de l'aventure. Il a connu Mère, la naissance d'Auroville (une ville créée en 1965 et vouée à l'unité humaine proche de Pondichéry), dans laquelle il réside actuellement et nous propose une brillante synthèse de l'enseignement de ces deux grands géants de la spiritualité.

    L'ouvrage, lettré, poétique et truffé de hautes envolées de l'esprit, est émaillé d'extraits de poèmes, lettres et paroles qui suscitent l'envie de connaître d'avantage cette philosophie novatrice.

    Ce binôme légendaire prônera donc la descente et l'intégration du “supramental” sur Terre, cette “simple présence au monde et impensable légèreté d'être (p.92)...ce pouvoir de connaissance et d'action naturellement conscient de la Vérité (p.142)”, devenant eux-mêmes découvreurs et terreau d'expérimentation de cette “influence divine, paix, Lumière, force qui travaille”.

    Ils rayonneront de cette mutation en profondeur malgré et envers les forces destructrices à l'oeuvre dans le monde au début du 20ème siècle, puisque, comme le rappelle Mère “La seule attitude vraiment efficace est un don parfait, total, fervent, de son être à Cela qui est au-dessus de nous et qui seul a le pouvoir de tout changer” (Entretien du 29 Oct 58).

    Bien entourés (Alexandra David Neel ou encore Satprem...) et bien guidés (ils eurent tous deux de grands rêves numineux et visionnaires), leur cheminement fut parsemé de synchronicités heureuses (l'indépendance de l'Inde, la construction d'Auroville...) et ils furent, de leur vivant, élevés à un rang quasi divin, couple mythique par excellence. A la mort d'Aurobindo, Mère saura notamment se connecter à son esprit, elle qui avait des connaissances en occultisme, confirmant l'immortalité de ce dernier.

     

    Leur philosophie offre de nombreux parallèles avec l'enseignement des “Dialogues avec l'Ange” qui furent révélés à la même période (pendant la seconde guerre mondiale) mais connus du public seulement dans les années 80 par Gitta Mallasz.

    On y parle aussi des noces entre matière et esprit, Amour et Lumière ; de la naissance du Nouvel Homme ; d'une Conscience cellulaire transcendant la mort ou Co-naissance ; d'une union de l'homme et de l'Ange assimilable au “supramental”, sans religiosité aucune.

    Un mode de vie ou une façon d'être “naturelle” selon Gitta, réconciliant “vie matérielle et spirituelle” d'après Mirra.

    Même si l'Inde est le modèle et cadre spirituel (les Védas, la Gita...), comment ne pas évoquer les similitudes entre ce “supramental” et l'Esprit-sain, le symbolisme du Matrimandir (le dôme méditatif au centre d'Auroville) et la Jerusalem céleste dans l'Apocalypse (les chiffres 4 et 12 par exemple) ou la Sphère présente au centre du Dôme et dans les Dialogues avec l'Ange...

    Cet essai vient nous rappeler que la tradition est une, sœur et science de l'esprit et que, comme annoncé dans les textes sacrés, la conscience humaine vit une évolution, un changement de paradigme tout en retournant à la Terre et donc à la Vie (la Mère). Ce “yoga de transformation de la nature” est une interprétation ésotérique possible (ou spirituelle) du message religieux (qui est Un), son application pratique à l'approche d'un nouveau monde régi par l'esprit, dont le Christ fut précurseur et modèle parfait.

     

    Chacun doit savoir s'il veut s'associer à un vieux monde prêt à mourir, ou travailler pour un monde nouveau et meilleur qui se prépare à naître...avant de mourir, le mensonge se déchaine. Pourtant les gens ne comprennent pas la leçon de la catastrophe. Devra t'elle arriver avant qu'ils ouvrent les yeux à la Vérité ?”

    (Paroles de Mère vol 1-p.212).

     

  • L'âme animale

     

    Le vrai sentiment est immobile,

    IL AIME TOUT ET RAYONNE.

    Entretien 10 des Dialogues avec l'Ange

     

    Les récits extraordinaires évoquent un climat de bonté, de joie, de paix, d'amour offert à tous, hommes et bêtes, et se situent dans un lieu où tout est possible : la chambre intérieure éclairée par l'Esprit. A ceux qui les écoutent ils donnent de raviver leur foi, de recouvrer leur innocence et de rappeler la puissance miséricordieuse de Dieu”. (p.77)

     

    Jacqueline Kelen,Les compagnons de sainteté - Amis de Dieu et des animaux,Editions du Cerf,G.I GUrdjieff,Récits de Bellzébuth à son petit fils,Charbonneau-Lassay,le Bestiaire du Christ,Octobre 2020Tout juste auréolée du prix de la liberté intérieure pour "Histoire de celui qui dépensa tout et qui ne perdit rien", la prolixe Jacqueline Kelen revient chez Cerf Editions avec  " Les compagnons de sainteté - Amis de Dieu et des animaux".
    Il s'agit d'un livre thématique qui recense les occurrences et édifications animalières au sein des religions monothéistes (Bible, Coran, récits de saints de toute confession) et des philosophies ou doctrines orientales (anecdotes de sages). Chaque historiette est classée, contextualisée et analysée et l'on s'instruit autant que l'on découvre une sagesse universelle dont l'animal est la clé.
    C'est un ouvrage plaisant, assez exhaustif et riche sur le sujet des relations de communion entre hommes sages/saints et animaux sauvages ou domestiqués. Comme d'habitude avec Madame Kelen, nous sommes pris dans un voyage spirituel avec quelques sermons de bon ton.
    En filigrane se dessine la sensibilité et amour de l'autrice pour ces deux protagonistes de l'Histoire spirituelle (sans oublier végétaux et minéraux), qu'aurait apprécié G.I Gurdjieff qui mettait en scène un Belzébuth compassionnel avec la gente animale à travers l'histoire de l'humanité.
    Et Jacqueline Kelen de rappeler le caractère sacré et non déchu ( de l'état édénique) de tous les animaux aidés ou aidants, sauvés ou sauvants, sur le chemin des hommes de vertus.
    Parfois plus proches des mystiques que des hommes, ces compagnons de route sont ici magnifiés et mis à l'honneur pour leurs qualités étriques ou leur amour désintéressé, suscitant parfois vocations ou illuminations auprès de cœurs aimants ou épris de Dieu.

    L'autrice insiste sur ce cœur, “ lieu où se manifeste l'Esprit, lieu de la connaissance supérieure...qui octroie la communion”, par rapport au savoir, intellectuel par définition, qui “crée souvent séparation et division”. La compagnie des animaux ou des plantes permet parfois cette décentration de la tête au cœur et la fortification de cet organe subtil, presque invisible à l’œil nu, mais d'une puissance à faire trembler les montagnes ou à discerner l'essence des êtres dans l'instant, organe visionnaire coutumier chez les chamanes, sages et saints de tous bords, mais aussi des éternels enfants.

    Même si l'histoire publique du Christ est assez pauvre en “compagnons de sainteté” (l'âne, le bœuf, le coq...), Louis Charbonneau de Lassay consacra une partie de sa vie au Bestiaire du Christ, nous rappelant par la symbolique, le lien sacré et indéfectible entre toutes les parcelles de la Création.

     

    Les liens tissés sur un plan profond entre un homme et un animal s'avèrent impérissables. Leurs âmes se retrouveront toujours. Ceux qui sur terre sont aimés sur le plan supérieur de l'Esprit se retrouveront dans l'Esprit (l'Un, l'Absolu, le Soi...). Ce n'est pas là un vœu légitime mais une limpide évidence”. (p.194)

     

  • Une révolution psychédélique souhaitée

     

    Olivier Chambon,Jocelin Morisson,La révolution psychédélique  - une médecine de la conscience,GUy Trédaniel éditions,Marc Brami,ALexandre Quaranta,ALexandre Peyret,Romuald Leterrier,Isidore Moubengui,Arthur Waisblat,Vincent Basset,Octobre 2020Dix ans après “la médecine psychédélique”, le docteur psychiatre Olivier Chambon co-publie aux éditions Trédaniel avec le journaliste scientifique Jocelin Morisson, “la révolution psychédélique – une médecine de la conscience”.

    Il s'agit d'une réactualisation du livre originel avec un addendum sur les nombreuses expériences cliniques menées ces dix dernières années sur les huit principales substances psychédéliques : la kétamine, la MDMA ou ecstasy, le LSD, les champignons à psilocybine, l'Ayahuasca, l'iboga et le cactus à mescaline. Chaque substance est traitée par un spécialiste sur le sujet, la replaçant dans un contexte historico-culturel et médico-spirituel.

    L'ouvrage est à visée thérapeutique clinique puisque la pseudo dangerosité de ces substances vient essentiellement d'un manque d'informations, d'une ignorance du dosage et de la substance ingérés et d'un contexte expérimental parfois peu propice à un “bon voyage” (good trip).

    L'intérêt d'une “prise en charge” scientifique permet de jouer sur l'effet escompté en terme d'élargissement de conscience : performatif (en microdose), thérapeutique (psycholytique ou dose moyenne) ou mystico-spirituel (forte dose). Le spectre allant d'un contrôle absolu (l'homme augmenté en quelque sorte) à une capacité de décentration (assouplissement des défenses du moi permettant libérations émotionnelles et prises de conscience), jusqu'à une possible dissolution de l'égo (on touche la conscience imprégnant tout l'univers, la sensation océanique, le Tout).

    On se souvient en général pour toute une vie, d'une expérience psychédélique. Elle peut parfois même être à l'origine d'une métanoïa, soit un changement radical, une prise de conscience éveillée sur soi et le monde sur un plan personnel ou professionnel et dans un domaine sociétal, écologique, spirituel ou religieux. Cliniquement, à moyenne ou forte dose, elle peut aussi tout simplement guérir certaines pathologies comme la dépression, l'anxiété, l'addiction ou le stress post-traumatique.

    Dans un cadre local et chamanique (ayahusca ou iboga) l'expérience frôle l'initiation avec des guides horps pairs que sont les curanderos et peut flirter avec les mondes invisibles (esprit des ancètres, sensation de mort mentale., connections hors espace-temps..). Mais là aussi le tourisme international à la recherche de fortes sensations gangrène le tissu et l'éthique locales.

    Pour conclure, jamais les études cliniques (notamment aux Etats-unis) n'ont été aussi prolifiques que ces dernières années sur ces substances qui, validées par la psychiatrie moderne, permettraient d'enrichir grandement la pharmacopée et la durée des traitements proposés (quelquefois une à cinq séances peuvent suffire à guérir une pathologie aigüe). Reste aussi et surtout un changement de paradigme à inventer pour replacer l'expérience dans un modèle sociétal propice à l'ouverture de conscience ou ouverture de coeur suscitée...l'avenir le dira.

    Remise en lien de l'entretien qu'Olivier Chambon nous avait accordé il y a dix ans, en collaboration avec Radio Lumières (2 fois 20 min) :


    podcast


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  • Nous sommes vivants dans l'éternité

     

    Il y a beaucoup de curieux,

    Mais il y a eu des émerveillés.

    Eux aussi, ils étaient des envoyés.

    Cherche-les ! Ils t’enseigneront.

    L. Les livres ou les hommes ?

    - C’est la même chose.

    Fais bien attention que ce soient des émerveillés.

    A celui qui cherche, le maître est donné.

    Soit dans les temps très anciens,

    Soit maintenant, tu peux les trouver.

    ET ILS VIENNENT…

    entretien 12 Lili - Dialogues avec l'Ange

     

    "Toute l'information relative à la vie est donc stockée quelque part, et cette information, au terme de l'évolution du cosmos, pourra être restituée, ce qui équivaut à une résurrection physique des morts dans une zone de cyberespace. Ce point de basculement est le point Oméga, une limite, une singularité en termes scientifiques, mais il est aussi l'équivalent de Dieu. Le cyberespace devient quant à lui l'équivalent du paradis puisque les êtres ne meurent pas et que tous leurs souhaits peuvent se réaliser"(p.200).

     

    se souvenir.jpgRomuald Leterrier et Jocelin Morisson remettent le couvert avec "se souvenir de l'au-delà" paru chez Guy Trédaniel. Il ne s'agit pas d'une suite à "se souvenir du futur" mais d'une ouverture, un complément d'informations, un supplément d'âme. Ce duo d'auteurs fonctionne à merveille avec d'un coté l'experienceur, le rêveur et de l'autre le pragmatique, qui analyse et synthétise le flux de matériaux sur l'au-delà (expériences cliniques, témoignages scientifiques), avec une préface de Jan Kounen en bonus.

    On sait et on sent que le gros intérêt de ce énième livre sur l'au-delà sera un condensé actualisé et brillant sur le sujet, à l'aune de la connaissance empirique des peuples indigènes.

    La personnalité, le bagage professionnel récent (ateliers de rétrocausalité pour l'un, haut-parleur des peuples premiers pour l'autre) et la culture (littérature inspirée, filmographie de science fiction) des deux compères font fructifier le débat et les hypothèses où sont évoqués pèle mêle synchronicités et alchimie (C.G Jung), visions et phénomènes extra-terrestres (Pablo Amaringo), noosphère et point Omega (Pierre Theillard de Chardin), temps du rêve ou huitième climat (le temps mythique et symbolique des religions), ateliers de rétrocognition et bug informatique. Un riche cocktail donc, agrémenté de rêves numineux et visions personnelles concourant parfois à l'universalité.

    Au terme de la réflexion l'apocalypse telle que décrite par Saint Jean finit par être convoquée, dans son aspect lumineux de révélation, avec la descente de la Jérusalem céleste. Soit un espace-temps à faire advenir par un collectif éveillé aux réalités de l'invisible, qui se situe justement dans un ailleurs, un point foyer nodal en dehors de l'espace-temps, une éternité que les "Dialogues avec l'Ange", livre pivot, essaient de dépeindre à travers le prisme de ses entretiens.

    Ce livre prône aussi l’avènement de l'homme divinisé, complet et réunifié. Peut-être les temps sont-ils advenus, convergence de catastrophes pour les uns, intentions et vibrations positives, lumineuses pour d'autres. Un temps de fusion entre le conscient et l'inconscient collectif, entre le visible et l'invisible, pour un relèvement des morts, un à-venir de l'au-delà, paradis ou enfer sur la terre restitués.

    Un livre précieux, jalon ; une pierre de taille à l'édifice "conscience-cieux".

     

    "Le surgissement de messages, de signes, d'événements extraordinaires dans notre réalité dépend de notre capacité à élaborer un espoir, un royaume des possibles...Ainsi les événements de la fin des temps qui cristallisent les espoirs de l'humanité pourraient bien se manifester dans la réalité, à condition que notre conscience individuelle et collective s'éduque à la possibilité de l'advenir événementiel". (p.219)

     

  • L'être (de) Gérard Depardieu

     

    "Oui, on abolit le temps de l'amour, de l'amour des autres, de l'amour des choses et de la nature, ce temps de l'amour où tout peut arriver. Ce temps scandaleux pour l'idéologie parce que gratuit. Gratuit comme la joie et le bonheur. Scandaleux parce qu'il ne rapporte rien, alors qu'il apporte tout". p.152

    Gerard Depardieu,AIlleurs,Cherche-midi,Octobre 2020Après "Monstre" et "Innocent", le Cherche midi éditions publie "Ailleurs", les dernières paroles écrites de Gérard Depardieu. Cet opus sonne comme un livre testament dans lequel l'auteur-acteur nous livre la quintessence de son vécu, une somme de sagesse, une ode à l'instant et à la perception directe des êtres et des choses.

    On connaît l'homme comme bon vivant, adepte des polémiques (ici d'aucuns insisteront sûrement sur sa vision des écolos comme des terroristes, d'autres sur la France qui est selon lui un pays déprimé ou encore son dédain de la politique...) et frasques en tout genre mais c'est un être pleinement spirituel qui se dévoile à chaque fois plus, pleinement vivant, poète de surcroit et qui va chercher ailleurs (Russie, Éthiopie, Asie...) ce qu'il ne trouve plus en occident : une matière à rire, à échanger, à observer, dans ce qu'elle a de plus touchant, de plus humain, de plus naturel qui soit.

    On pourrait objecter une fuite de l'intériorité mais son rapport au corps, au souffle et à l'instinct le font vivre au quotidien dans un état proche de l'innocence ou du monstre facétieux (son animalité), court-circuitant tant qu'il le peut la pensée ratiocinante pour évoluer tel un équilibriste ou samouraï de la verve.

    Le livre est centré sur l'Ailleurs, chez Autrui et en soi, construit comme un mantra avec de courts paragraphes réflexifs et réflectifs, sur sa vie de funambule, de sa naissance à l'automne de sa vie

    C'est une voie précieuse car excentrée (de France), qui sent venir, avec son recul, un monde expurgé de sa chaleur, vide de sens ("ce grand réseau comme une dépression quotidienne" ou "le dieu argent") et désincarné car coupé de ses racines universelles que sont l'amour, le respect, la beauté.

    En Afrique on dit qu'un sage qui meurt c'est une bibliothèque qui brûle. Ici c'est autant de visages et de figures en humanité rencontrés sur le chemin...

    "Je ne pense pas que la mort soit un point final. Pour moi, c'est plutôt un point d'interrogation, dont la réponse est véritablement ailleurs". p.211

     

  • un rap visionne-ère

    "Tout le monde détient sa vérité, ça parle sans s'écouter donc les thèmes tombent" (en haut du trône)

    432,Rockin squat,New York,rap,mai 2020Le nouvel opus de Rockin Squat intitulé 432 s'avère de prime abord massif, puissant, monolithique tel un roc, un gemme sans aspérités. Le Christ est peut-être une clé de lecture (le Roc) comme aussi l’œuvre (la construction) d'un guerrier de l'esprit. Ce n'est qu'après quelques écoutes qu'apparaissent quelques imperfections, faiblesses ou faussetés.

    Enregistré live à New York, là où tout a commencé (NY Netwok), avec des musiciens chevronnés (jouant avec Kendrick Lamar par exemple), Squat annonce la hauteur. En brassant ses influences (funk, blues, rock, soul, samba brésilienne) il revient aux racines du hip hop, son origine et parfait son identité musicale rap avec énergie et voix rauque.

    L'enregistrement de l'album en 432 Hz, une fréquence plus naturelle que l'habituel 440 (c'est la vibration de l'eau par exemple) amène une écoute peut-être plus apaisée. Sans surcharger les titres en instruments et paroles, l'album gagne en lisibilité. Le son est épuré et la parole s'approprie l'espace pour un raisonnement et une résonance clarifiés. Instruments et voix au naturel également où la batterie prend une place conséquente au milieu des guitares, cuivres et synthés.

    Habitué à délivrer des messages, le baroudeur dépeint sur fond mélancolique, le règne de la quantité : un monde froid et calculateur où l'argent et le vice gangrène l'esprit des gens, où l'apparence et la superficialité, le diktat des rėseaux sociaux, riment avec existence. Conséquence sur le poids des mots ou de la personne qui devient un clown, un clone ou un ersatz balayé par le temps. A contrario de l'or, il rappelle son obsession pour la vérité et l'accession à la lumière intérieure. "La vie est aussi un miracle" pour celui qui surfe, tel un équilibriste, sur la vague de l'instant, neuf à chaque seconde s'il prête attention.

    "T'as l'équilibre du monde t'es un exemple à suivre" (rap de mon âge)

    La cinquantaine sonnante et désormais père de famille, Mathias Cassel aborde des thèmes plus générationnels comme les changements hormonaux, le soutien familial, la culture physique et alimentaire, la transmission, l'importance d'être en quête, la recherche de l'équilibre...même s'il flirte parfois avec l'inflation égotique ("Je suis responsable comme un père envers l'humanité..." dans rap de mon âge, "J'ai tout vu, tout senti, tout prévu, tout prédit..." sur leaders...). Certains refrains sont très travaillés (vocab, rap de mon âge...), complexes, d'autres pauvres et bâclés ("ça sent la carotte"...dans fondation, "occupe-toi de toi" sur Mieux vivre...), certains titres sont très produits d'autres presque minimalistes. Inégalité des titres donc mais homogénéité par couple et cohérence de l'ensemble pour un voyage musical digne des grands artistes.

    A la fois sérieux et grave (en haut du trône, clown), explosif et énergique ( leaders, NY Network) ; tantôt chantre de l'amour (a lingerie ô cabernet, bidonville), sage et avisé (mieux vivre, I hear that), tantôt introspectif ou dans l'espièglerie (vocab, verlaine, rap de mon âge, fondation), il se dégage une force générale qui va dans le sens de l’impeccabilité du guerrier (grandir, omerta) à l'écoute de cet album de retour aux sources.

    Côté texte et vécu on arrive à l'âge de l'équilibre des paradoxes : sans remettre en question la nouvelle richesse des propos partagés, la solitude du trône (de celui qui vend des millions de disques) est suspecte à ses yeux mais pas celle du guerrier spirituel sans plus de modèle, qui "n'écoute plus que ses jedis" : le savoir est plus important que l'or. De même on ne peut être en lutte contre l'importance personnelle et se réjouir de ne travailler qu'avec les meilleurs...

    Même si le rap game n'est désormais plus une lubie, on sent à l'écoute de ce nouveau projet une détermination à perdurer et à marquer l'époque par sa différence et son attitude. RCKNSQT, le créateur de la formule secrète (savoir, amour et humour ?) est de retour après la trilogie de ses confessions il y a 10 ans déjà, avec moins de bruit mais plus de jugeote et de prudence, moins d'abstraction mais plus de verve et de lucidité.

    "Ma parole vaut la Vie, la tienne ne vaut que l'or" (grandir)

    L'album est disponible sur commande uniquement.

     

  • Enfanter la lumière

    femmes chamanes – rencontres initiatiques,audrey fella,mama editions,maud sejournant,lorenza garcia,myriam beaugendre,brigitte pietrzak,sandra ingerman,printemps 2020.Après la mystique chrétienne au féminin, Audrey Fella explore dans « femmes chamanes – Rencontres initiatiques" paru chez Mama Éditions, différentes pratiques chamaniques incarnées par six femmes reconnues expertes en leur domaine.

    En quête de réponses personnelles intimes liées à l'enfantement, ce livre parle de l'œuvre au féminin, une épopée universelle qui n'est pas genrée puisqu'il s'agit de libérer la lumière en soi, de se relier à l'être divin que nous sommes en vue de "prier, aimer, rayonner".

    Le lecteur entre dans l'univers de ces six enseignantes-thérapeutes, Maud Sejournant, Lorenza Garcia, Myriam Beaugendre, Brigitte Pietrzak et Sandra Ingerman, et participe avec l'autrice à son initiation chamanique et son ouverture spirituelle jusqu'à une quasi renaissance ou nouvelle vision de paradigme.

    Chacun des six épisodes est suivi d'un long entretien pour mieux cerner la particularité, s'il en est une, du chamanisme au féminin.

    Sans dévoiler l'intégralité de l'enquête, on peut dire que malgré la diversité de ses techniques le chamanisme est un en pratique, laissant alliés et esprits de l'invisible revéler les maux non apparents du patient. Et la guérison du féminin blessé reste un classique pour ces six femmes-médecines , reliquat hérité des dysfonctionnements d’une société patriarcale, d’une culture monothéiste ou d'un conditionnement transgénérationnel.

    A noter néanmoins que pour certaines le christianisme n'est pas incompatible avec la pratique chamanique et permet même un approfondissement ou une régénération de son message.

    Femmes chamanes est un livre important, sur les femmes, écrit par une femme et qui en présente une image positive, renouant avec ses forces, dons ou visions propres pour celles dont le corps est peut-être plus proche de la terre-Mère nourricière, de ses cycles, de la nature et de son sentir.

    Un mot sur l'Esprit ou plutôt les esprits qui décident de la destinée puisqu'on nait chamane. Le projet du livre et son corps semblent avoir pris forme avec l'accord de ces derniers, multipliant les synchronicités et signes, tel un long fleuve tranquille, un flux continu et limpide. Un fruit de l'Amour donc, à mettre entre toutes les mains, pour donner du crédit et du prestige à toutes ces accoucheuses d'âmes, ces passeurs d'autres mondes qui ont la faculté de redonner vie ou énergie à ce qui dort ou demeure latent dans les profondeurs de l'inconscient.