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Cirque

  • Une nation qui fait corps

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    La compagnie australienne Circa, mondialement connue et dirigée par Yaron Lifschitz, donnait son 6ème spectacle, Revoir les étoiles, aux Nuits de Fourvière, qui fête ses 80 printemps cette année.
    Placement millimétré, corps en mouvement permanent, adresse, mélange de force et souplesse, avec toute la panoplie des circassiens modernes (Mat, tremplin, tissu aérien...), et accompagnés d'un quatuor original de musiciens (guitare électrique, cuivres, violon et programmateur électro), sous la composition musicale de Jethro Woodword ...n'en jetez plus !
    Les douze acrobates (5 filles/7 garçons) nous en mettent plein la vue, maîtres de leurs corps et solidaires dans l'effort. Il s'agit littéralement de sortir de l'enfer Dantesque (chutes et lourdeur des corps) pour s'élever, virevolter et toucher les cimes étoilées, à plusieurs c'est encore plus beau.
    Des moments de grâce individuels émergent du magma collectif, mettant à l'honneur chaque artisan de l’œuvre, en première mondiale à Lyon.
    Effrayant et haletant car souvent risqué mais merveilleux dans le résultat, de nombreux tableaux défilent sous nos yeux, certains plus inventifs que d'autres mais toujours avec poésie, soutien et une forme de ballet incessant.
    L'Australie en impose par sa force physique et sa technicité, un futur succès international amplement mérité !

  • Et patatrac !

    L'invité, Théâtre de l'Uchronie, Dan, Baptiste Bouissou, Pierre Vuaille, Théâtre burlesque, cirque, Ernest Welisch,Elie martin, Inès Dhabhi, Sarah Spaggiari, Compagnie Aubord de, Parade Sauvage, Octobre 2025, Lyon Spectacle Coup de Chœur

    C'est un petit espace riquiqui, un appartement qui ressemblerait à celui d'un étudiant où une seule personne peut s'y faufiler. Oui mais voilà, "il" attend L'Invité au Théâtre de l'Uchronie.  Il, c'est un personnage tout en longueur et en rigueur, avec une pointe de peur qui risque de tout faire dérailler.  Il, est joué par Baptiste Bouissou, excellent comédien et circassien et le moindre de ses pas ou gestes est scruté par le public car entrainant d'inévitables complications et situations absurdes (mais logiques). Il, est d'abord un personnage burlesque auquel on s'attache immédiatement qui nous faire rire et nous émeut. On aime son coin "cosy", sa plante, ses chemises, son petit poisson et on veut connaitre sa recette (ou pas). 

    Bref, nous ne pouvons en dévoiler d'avantage, mentionnons simplement Pierre Vuaille et sa belle voix (ou presque) et espérons que vous courrez à ce spectacle immanquable. Il se joue à 19h30 jusqu'au samedi 25 octobre à l'Uchronie. Et si vous n'êtes pas encore convaincu,  écoutez donc le metteur en scène Dan qui connait très bien "il". 


    podcast

    Image: Théâtre de l'Uchronie

     

  • L'imperfection heureuse

    Caroline Obin,Homo suivant ou la divinisation du compost,promo 32 de la Comédie de Saint Etienne,Marion Astorg,Romane Bauer,Arthur Berthault,Ludovic Bou,Lucas Bustos Topage,Raphaël Deshogues,Marie Le Masson,Élise Lefauconnier,Louis Meignan,Ephraïm Manikunzola,Lara Raymond,Léna Rossetti, Yannick Vérot,Thomas Chazalon,Ouria Dahmani-Kouhli,clown,Octobre 2023

    L'arène est circulaire. On s’attend à être bousculé, touché, attendri. Êtres fragiles, d’autant qu’on convoque l’intime, l’enfance, le graveleux parfois...
    Respect total pour le clown, invité à la Comédie de Saint Étienne par l'entremise de Caroline Obin, qui grime la promotion 32 avant qu'elle ne sorte de l’œuf.
    Sa trans-fiction Homo suivant ou la divination du compost est une réponse inédite, originale et subversive au brouhaha illogique de ce monde fou.
    Quoi de mieux, que la découverte de son clown, pour entamer une carrière de comédien ? En effet, la metteuse en scène va puiser dans les profondeurs et les émotions de l’acteur pour co-créer un personnage unique et infini. Les spectateurs découvrent ainsi 12 micro-univers naissant d'un rien (un compost sonore). Le ridicule devient poésie et drôlerie.

    Caroline Obin a l’œil pour sublimer les talents tout en gardant des zones d'ombre. Elle donne des clés essentielles pour embellir et réenchanter le monde. Nous l'avons interrogée à la sortie du spectacle (6 min) :

    podcast

  • Moment suspendu

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    La compagnie galloise NoFit State Circus donne autant de cachet et de prestige que la  compagnie Trotolla l'an dernier, au domaine féérique de Lacroix-Laval investi par le festival des Nuits de Fourviere. C'est là que l'aventure humaine, les prouesses techniques et la magie du cirque opèrent une adhésion évidente des publics.
    Spectacle total avec Sabotage, orchestré par Firenza Guidi à la mise en scène et Tom Rack à la production (un membre fondateur), dans un cirque de 600 places soutenu par 4 colonnes d'acier qui, par des systèmes de poulies, deviendront les escaliers célestes des voltigeurs aux multiples accessoires. Les talentueux artistes circassiens se relaient dans  de courts numéros tantôt athlétiques, poétiques ou gracieux. Certains se retrouvent dans le chœur ou instrumentiste au sein du "live band" électrifié et électrisé : un combo qui fait mouche dans le cirque moderne.
    Sabotage casse en effet résolument les codes du théâtre traditionnel en questionnant les genres, les apparences et les places attribuées à chacun avec un casting aux morphologies atypiques. Les protagonistes passent de l'ombre à la lumière, de la fanfaronnade à la prouesse, de la force à la légèreté, dans une ambiance feutrée et changeante, de rock à cabaret et disco,  solo de trompette ou piano pour des moments plus intimes.
    Le talent scénique se mesure à la facilité dans laquelle se déroule chaque saynète et c'est portés par une foi enfantine et une confiance saine en autrui que chaque élément de la troupe (créée en 86 à Cardiff) se livre à cœur ouvert et corps au vent.
    Au final le public debout applaudit à tout rompre et de joie, cette subtile alchimie trouvée dans tous les recoins de la création. C'est jusqu'au 8 Juillet.

    @crédit photo : NoFit State fb

  • Un rire nourricier

    Coyote,Patrice Thibaud,Jean-Luc Debattice,Philippe Leygnac,Zia,Le radiant-Bellevue,Les Célestins,clown,hopis,contes,écologie,peuples autochtones,sagesse,bouffoneries,Janvier 2023,Caluire

    "Le rire est un cadeau.
    La joie, une autre forme de prière.
    Pour les hopis, un sourire est sacré".

     

    Coyote, jouée au Radiant-Bellevue, est une pièce à part dans l'univers théâtral de Patrice Thibaud.
    Il y met en scène et rend hommage avec brio et talent au clown-chaman présent dans beaucoup de tribus de l'ouest américain, avec lesquelles il partagea la vie et les rites (un rêve d'enfant) pendant six semaines, en 1992. C'est précisément cette médecine du rire singeant souvent l'homme blanc dans ses travers (pouvoir, savoir, égocentrisme...) ou attitudes (envers l'autre, la nature, le cosmos, la mort) qu'il essaie de transmettre avec ses deux acolytes de scène Philippe Leygnac (musicien et acteur complice) et Jean-Luc Debattice (auteur, conteur et musicien à la voix charisma-fantastique).
    Les animaux (mime, histoires, la chienne Zia) très présents dans ces cultures proches de la nature, font souvent office de messagers et servent la sagesse traditionnelle, comme le travestissement.
    Coyote nous sensibilise aussi à l'extinction progressive de ces peuples autochtones (déforestation, crise climatique, migration vers les centre-ville), si attachants et gardiens d'une cosmogonie écologique. C'est aussi le clown et son utilité qui sont en filigrane évoqués. Si l'on ne peut plus rire de soi ou de l'autre alors nos personnes infatuées imploseront sans doute d'un trop plein de larmes...N'est-ce pas Jo Wen ? (John Wayne en anglais).

    @crédit photo Patricethibaud.com

  • L'instant solennel

    campana.jpgDomaine Lacroix-Laval, petites lumières allumées, le soir commence, ambiance d'été avec stand hot-dog/bières puis concert d'après spectacle pour finir en beauté le Festival des Nuits de Fourvière. Il y a plusieurs petits chapiteaux mais lui domine les autres par la taille et la couleur rouge : Trottola. À l'intérieur, ça ressemble au cirque d'antan. D'ailleurs, il y a pas mal de familles mais aussi des adultes sans mômes. Pas besoin puisqu'ils vont défiler devant nous : Bonaventure Gacon et Titoune ou plutôt 4 avec les deux musiciens : Bastien Pelenc et Thomas Barrière. On avoue, c'est le nom de Bonaventure Gacon qui nous a mis sur la piste. L' équipe de Choeur avait adoré le film Cornélius, le Meunier Hurlant (de ) joué par ce colosse sensible.  Sa proposition artistique inédite nous avait marqué. Nous retrouvons ici Bonaventure brut au sein de sa compagnie circassienne Trottola créé en 2002 avec Titoune la voltigeuse (et aussi plasticienne) et les multi-instrumentistes déjantés déjà cités. Campana (la cloche), titre de ce spectacle initié en 2018 est un projet ambitieux, un rêve fou mais aux grands enfants rien d'impossible. L'arène est ronde, et l'on y rencontre l'art de la démesure : portées, clown, trapèze, musique...dans un espace restreint, on le mesure à la toute fin.
    Pas d'histoire à proprement parler, seulement la vie qui germe et pousse par toutes les trappes possibles, comme une création issue du néant. Il y a bien un éléphant qui existe l'espace d'un instant et s'évapore. Tout concourt ici à l'attention du geste et du spectateur qui communie au rythme d'un éternel présent. Il est question de force physique mais sans performance, de sourire mais sans raison, d'agilité mais sans tension, de poésie mais sans fioritures le tout soutenu par un orchestre artisanal et génialement fou. Ces 4 clowns sont résolument magiques, ils réveillent l'âme de l'enfant qui connait assurément le chemin du cœur.

    @crédit photo https://cirque-trottola.org/campana

  • Le Maroc a du jus

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    "Fiq", littéralement "Réveille-toi" est le dernier spectacle proposé par le Groupe Acrobatique de Tanger dont le but est de promouvoir l'acrobatie marocaine, issue d'une tradition guerrière et véritable mode de vie national combinant roues, sauts et pyramides humaines.
    Les 15 jeunes artistes castés proviennent d'univers acrobatiques divers mais complémentaires (art martiaux, hip hop, cirque, jongle...) qui font corps dans un groupe soudé par un souffle et une vision commune que la circographe Maroussia Diaz Verbèke a mise en scène. Chacun.e est magnifié.e dans ce qu'il est de plus singulier tout en s'insérant comme rouage essentiel d'une construction humaine symbolique.
    L'excellent DJ Dino (champion DMC Algérie 2020) aux platines, chorégraphie les mouvements, les postures et cimente musicalement cette génération avenante, énergique et soucieuse d'une révolution des consciences. Le photographe Hassan Hajjaj, enfin, apporte une touche visuelle à cette œuvre collective en la teintant de couleurs et d'écrits comme autant de manifestes.
    Beaucoup d'informations sensorielles nous ont été données au Festival des Nuits de Fourvière hier, mais l'essentiel du message est traduit sur écran géant. Ici "rien de spectaculaire" (quoi que...) autre que du talent et de l'huile de coude, de la poésie et de la cohésion, de la simplicité et des valeurs qui prévalent.
    Le matériau est le corps, bien vivant et au service d'une cause commune. De nouveaux mots sont inventés pour définir ses mutations et fonctions nouvelles. Quelque chose d'indicible se réveille en son sein : une pulsation, un rythme, une ivresse sourdent.
    A travers cette représentation culturelle, c'est un renouveau qui se montre, celui d'une jeunesse qui repousse les limites dans un jeu enivrant, un corps à corps en accord avec le cœur. Captivant de vérité !