blogger hit counter

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

juin 2022

  • Bonheur virtuel

    j’arrête quand je veux !,nicolas ancion,zone j,editions mijade,jeux vidéos,addiction,juin 2022« Chacun viendra ici au tableau, à ma place, et moi j’irai m’asseoir comme vous, sur un banc. Vous aurez dix minutes pour parler d’un sujet qui vous tient à cœur. »

    Théo est un curieux. Il aime découvrir de nouvelles choses, se lancer dans des aventures passionnantes. En plus, l’adolescent a toujours envie de les partager avec ses amis, sa sœur ou ou à travers un exposé en classe. J’arrête quand je veux ! de Nicolas Ancion aux éditions Mijade raconte l’évolution de Théo qui aimerait beaucoup échanger avec son père sur ce qu’il traverse mais encore faudrait-il que le garçon arrive à le croiser entre deux réunions ! Puisque c’est comme ça, Théo part tout seul à la conquête d’un étrange monde : « Land of the Living Dead », un jeu vidéo interdit aux moins de 18 ans. Ses copains Mathieu et Són ont l’interdiction d’y jouer. L’ado est chez sa mère une semaine sur deux et son père aux abonnés absents donc qui le saura ? Et puis Théo sait tout faire tout seul alors où est le problème ?

    « -Tu dois survivre le plus longtemps possible et faire vivre ton zombie : lui trouver un boulot, une maison, une famille ... »

    Bienvenue dans le monde merveilleux de l’addiction aux jeux vidéos. Au fil du récit, il est facile de penser que cet engrenage reste exceptionnel. Par exemple, le lecteur se dit que Théo est livré à lui même ou qu’il n’a pas de cadre ou bien encore qu’il préfère vivre dans un monde virtuel. En effet, la situation de l’adolescent va le laisser succomber plus facilement à l’attrait du jeu. Sauf que dans la réalité, presque tous les jeunes (et même moins jeunes) jouent aux jeux vidéos et sont donc susceptibles de se laisser entraîner un jour ou l’autre. On peut d’ailleurs élargir à l’utilisation d’un écran (ordinateur, smartphone, tablette) et là ça devient plus flagrant. Il ne s’agit pas bien sûr d’être alarmiste mais juste de tenir informés les adolescents des risques.

    « Dès sept heures, Théo est debout. Les yeux embués de sommeil, il allume l’ordinateur portable. »

    Heureusement, le livre n’est ni plombant ni moralisateur. La présence des copains de Théo, de Sergio l’éducateur du collège, de sa sœur, d’un chien, etc. nous rassurent et donnent de l’espoir. Et puis Théo lui-même a de la ressource ! Un roman à mettre entre toutes les mains, une des meilleures méthodes pour lâcher la manette de jeu, lire et en discuter avec son entourage. Rassurez-vous l’addiction aux bouquins n’est pas dangereuse.

    Image: Mijade

  • Un concept visionnaire

    Tigran,Shaman,l'appel,trilogie,Mama éditions,Carlos Castaneda,visions,chanelling,mongolie,chamanisme,homme-loup,troisième oeil,Juin 2022L'Appel est l'ultime volume de la trilogie Shaman parue chez Mama éditions. Tigran, l'auteur, a totalement imaginé et transcrit ce récit d'initiation chamanique et d'amour cosmico-charnel en Mongolie, où il ne s'est jamais rendu. Prouesse donc du réalisme associé à une histoire simple mais complexe dans ses ramifications et entremêlements. Même s'il prétend avoir reçu une grosse part de l'intrigue en moult détails sous forme d'images ou de paroles canalisées un beau matin, la forme reste un assemblage subtil et cohérent de vécu (enfance, voyages, rencontres...), d'impressions, de visions ou de ressenti, faisant de Shaman une belle œuvre  de co-naissance.
    Chaque volume est construit autour d'une image symbolique forte, ici l'ouverture et l'irradiation du troisième œil, tout en tenant l'intrigue en haleine dans un univers où tout s'imbrique et prend sens. L'autre idée archétypiquement vivante et haletante de ce dernier tome, c'est ce curieux homme-loup, sauvage et chef de meute, qui vient ponctuer l'originale trilogie par la révélation de sa véritable identité.
    Les livres de l'universitaire et apprenti sorcier Castaneda étaient aussi écrits et agencés de façon magique. Ils ont finalement touché un large public. Souhaitons à Tigran un rayonnement similaire qui viendrait couronner l'engagement, l'audace et la ténacité de la ligne des éditions Mama depuis quelques années, maison dont il était l'éditeur et le gérant avant d'en devenir un auteur emblématique.

     

  • La posture et l'attitude justes

    "Ce n'est qu'à partir du moment où tu prends conscience du caractère toujours imparfait de ta pratique que le moindre de tes pas devient une ascèse qui t'engage corps et âme. Autrement dit, tu commences à donner "le meilleur de toi-même en tout lieu et à tout moment et tu te sens un avec toi-même."" (p.45)


    Force-Votale-Couverture-Web-300x467.jpgForce vitale de Kodo Sawaki (1880-1965) publié chez l'Originel-Antoni a tout d'un futur classique de la spiritualité. Le contenu, forme et fond rappelle Esprit zen, esprit neuf de Shunryu Suzuki, une référence dans la voie de la posture zazen.
    On doit à la ténacité de quelques disciples ces paroles de celui qui fut le maître de Taisen Deshimaru, le célèbre moine bouddhiste zen qui moissonna le sol français et européen. Vastes comme l'univers sont les portes d'entrées qui mènent à la compréhension "étrique" du vrai visage qui se contemple, ici regroupées en 24 chapitres et autant de courtes perles interconnectées.
    Kodo Sawaki possède en outre une excellente connaissance de la Bible et de l'essence du religieux : "la pratique elle-même est le satori... c'est mener une vie religieuse".
    Il insiste notamment sur l'acte de "se brancher sur la même longueur d'onde que l'Univers" pour ainsi "remettre son baromètre intérieur en état de marche...perpétuellement actualisé".
    A la lecture de son enseignement on se sent en contact avec la profondeur "du Bouddha et des anciens maîtres", englobant une sagesse universelle qui va de Castaneda et sa voie du guerrier (vivre chaque instant comme le dernier) à celle des prophètes monothéistes. Il s'agira toujours de s'oublier dans une pratique dénuée d'intérêt et au service de l'Univers, contenu dans la simple cellule familiale ou “sangha” par exemple.
    Être un avec soi-même et autrui, transcender l'existence individuelle et personnelle, être relié, s'abandonner, voir...autant d'attitudes étriques que la posture permet de vivre et d'incarner chaque jour, dans la simplicité d'un esprit désintéressé et neuf tel celui du disciple.
    Angélique Dailcroix (peinture de couverture), Frédéric Blanc (traduction de l'allemand) et Roger Lipsey (préface) ancrent en outre ce manuscrit intemporel (agrémenté de photos du maître par Muho Nölke, le traducteur en allemand du japonais) dans la modernité. Un bel objet en sus donc, format poche, pour en faire un compagnon de route auquel on peut se référer souvent.

     

  • La rose fleurit sans pourquoi

    Room,James Thierrée,La compagnie du Hanneton,Anne-Lise Binard,Ching-Ying Chien,Mathias Durand,Samuel Dutertre,Hélène Escriva,Steeve Eton,Maxime Fleau,Nora Horvath,Sarah Manesse,Alessio Negro,Théâtre des Célestins,Lyon,Juin 2022

    C'est à une drôle de représentation que nous avons assisté au théâtre des Célestins avec l'équipée de James Thierrée. Le temps semble avoir peu d'emprise sur l'homme et la passion s'étoffe avec le chant (La lyrique Sarah Manesse), la musique et la danse. Un véritable groupe festif de 10 musiciens, une chanteuse et une danseuse (l'autre s'étant blessée) vont chorégraphier des tableaux animés et changeants puisque le décor est aussi mouvant que la gamme de jeu des artistes.
    Room, la pièce, ce sont des semblants de pièces mais qui intègrent le public pour la joie du jeu et du partage avec une palette d'émotions et de visuels chocs. On passe du rire à l'étonnement, de la poésie au riff de guitare tonitruant, avec des comiques de répétitions (le téléphone, le pourquoi, le blabla...) qui interrogent le processus de création et sa crédibilité.
    Sans trame narrative raisonnée ni réflexion autre que l'énergie latente et le génie créatif (et burlesque) de chacun, le spectacle est sans étiquette autre que le plaisir d'être ensemble et de célébrer le rythme intérieur plutôt bouillonnant et détonnant.

    James Thierrée assume de façon totalement décomplexée cette  tangente musicale et son goût pour la danse (avec la très élastique Ching-Ying Chien il s'en donne à coeur joie) en gardant ce lien fort à l'homme sauvage et l'enfant.
    Profondément relationnel, il sublime ses acolytes dans des saynètes privatives pour qu'ils impriment la toile de fond. Tel un chœur au service de l'auteur ils font corps derrière la mise à nu de leur mentor : une pièce on ne peut plus collective.
    La cacophonie est souhaitée et montrée, contrebalançant la beauté du geste. De réponses au sens de la vie, James n'en reçoit pas (du Saint Esprit de la caméra) mais au sujet de la création, il sait que le chaos est inextricablement imbriqué à l'harmonie et qu'il en est un digne représentant. Le style musical accompagne cette métamorphose, oscillant entre fanfare, cantate, opéra rock ou folie punk. Une proposition originale et décalée.

    Crédit photo : Richard Haughton pour les Célestins.

  • The Smile, un groupe hype

    smile.jpg

     
    Thom Yorke et Jonny Greenwood n'ont jamais cessé de créer ensemble (ou séparément), restant toujours frais avec récemment cette tangente jazzy contemporaine incorporant le jeune batteur Tom Skinner du groupe Sons on Kemet, mais aussi pour deux titres, le nord américain Robert Stillman au saxophone, qui tenta mais brillamment, d'exister en première partie dans un set jazz tout introspectif... Le ton était donné.
    Le trio dégage une belle écoute sur scène, déroulant les 13 titres de leur album commun - A light for Attracting Attention - mais aussi 3-4 nouveautés passionnantes, laissant espérer une suite à cette formation.
    Mieux qu'un best of du gigantesque Radiohead, le premier album conceptuel de The Smile revisite de façon moderne presque trente années de sa musique, alternant ballades et mélopées aériennes, puissantes et explosives chansons rocks (notamment We dont Know what tomorrow brings), beats synthétiques ou compositions à l'esprit jazz (rappelant The king of Limbs).
    Les chansons comme les placements sont millimétrés, laissant malheureusement peu de place à l'improvisation. Le public conquis est donc en terrain connu et seuls les "nouveaux-nouveaux" titres dévoilés permettent d'apprécier réellement la proposition innovante de Thom Yorke (and Co), toujours là où l'on ne l'attend pas et ne se reposant pas un catalogue idolâtré parfois. Dommage cependant que la folie unitive n'ait gagné que la dernière demi-heure du show, chacun restant précédemment comme figé dans son rôle et dans une mécanique bien huilée mais néanmoins preque (trop ?) parfaite.
    The Smile semble présenter une porte de sortie, une respiration et un havre de création originale à l'institution indie-rock Radiohead. L'avenir scellera le sort réservé à ce trio lourd/léger qui, à la vindicte de la foule, semble placé sur de bons rails.
    Après Nick Cave (and the Bad Seeds)  deux soirs de suite, une autre star internationale est venue étoffer le festival des nuits de Fourvière, qui ne fait que commencer. Les anciens font de la résistance et, n'en déplaise aux jeunes qui poussent effrontément les portes du show business, ils ont de beaux restes dans leur hotte magique !
     
  • Un temps suspendu

    "Figure porteuse d'espoir, le Messie est entrevu dans une pluralité d'oracles, de visions, de préfigurations et de prières, évoqué par le biais d'images et de symboles. Cette plasticité des représentations permettra aux chrétiens de formuler leur propre conviction de foi. Les disciples de Jésus n'attendent plus un Messie. pour eux, Jésus est le Messie ".(p.275)


    De David à Jésus - les Figures du Messie,Guy Vanhoomissen,éditions Jésuites,Lessius,écrits intertestamentaires,Jésus-Christ,prophète de la fin des temps,eschatologie,David Hamidovic,Bible,prophétie,Juin 2022C'est une étude synthétique très intéressante sur les figures du Messie, de David à Jésus, qu'a orchestré le jésuite et bibliste Guy Vanhoomissen pour les éditions Jésuites, collection Lessius.
    A la manière d'un rêve et de son amplification, il convoque en sus de l'ancien testament et de ses grands prophètes, les principaux écrits intertestamentaires juifs et chrétiens (Psaumes de Salomon, paraboles  d'Hénoch, testaments des 12 patriarches, targums ...) découverts pour certains à Qumrân.
    En ressort pléthore d'attentes et de statuts messianiques pour la période eschatologique de l'humanité mais globalement concentrés en quatre qualificatifs - le Messie, l'Élu, le Juste et le Fils d'Homme - auxquels répond parfaitement, d'après l'auteur, le galiléen Jésus dit Christ.
    S'il est orienté sans répondre à toutes les énigmes de cette figure centrale du sort de l'humanité, le travail colossal de débroussaillage de Guy Vanhoomissen apporte une pierre d'angle au vaste sujet de l'eschatologie, côté judéo-chrétien, comme l'historien du judaïsme ancien David Hamidovic. On se plaît à relire des extraits de textes anciennement inspirés qui parlent d'un futur peut-être nôtre.
    Même si l'étude s'arrête ici, le Coran, autre texte sacré, valide l'hypothèse (Jésus est bien le Messie) d'un retour à la fin des temps sans en définir la forme ou l'essence puisqu'il seconderait le Mahdi, sorte de messie politique.
    Henry Corbin, le célèbre orientaliste, croyait qu'ils n'étaient qu'un seul et même sauveur rejoignant en cela les prophéties des autres cosmogonies, sous des noms différents (le 7, le Roi du monde, Agni, Big Foot, l'Ange de la Face...).
    Dans l'évangile, Jésus évoque en effet le règne du Paraclet, un prophète angélique eschatologique proche de son "fiat" miraculeux, dont l'identité suscite encore débats. Âme christique ? Matrice unitive ? Corps fantastique ? Ne serait-il pas alors ce fameux "Messie souffrant" qu'évoquait Isaïe, pour faire le lien avec le Messie attendu par les juifs ?
    Sur ce sujet brûlant et cet "édit-Fils", Dieu reste à coup sûr le plus savant !

     

  • La symphonie de Maldoror

    Maldoror, Tome 1:  les enfants de la légende, Philippe Lechermeier, Flammarion Jeunesse, Charlotte Gastaut, Trilogie fantastique, juin 2022« Coup de sifflet du chef de gare ! Dans un fracas d’acier et un nuage de fumée, le train commença à s’ébranler ».

    Des toiles d’araignées, un train qui fonce dans la nuit, de belles notes de musique. Voici éléments qui s’échappent de la couverture dorée de Maldoror, Les Enfants de La Légende écrit par Philippe Lechermeier aux éditions Flammarion Jeunesse. Une jeune femme aux cheveux d’or, des tatouages sur sa peau, des cartes pour lire l’avenir, voilà que le mystère s’épaissit encore. Nous sommes au cœur de l’histoire sans le savoir. À peine le temps d’apercevoir sur l’illustration de Charlotte Gastaut, la neige qui tourbillonne, des feuilles de papiers épars sous le le ciel étoilé et la pleine lune jaune et brillante que le récit nous happe, nous entraîne, nous absorbe. Anja, la jeune violoncelliste surdouée, Piotr, petit futé, à la recherche de remèdes et tous ceux qu’ils vont rencontrer sur la route, nous deviennent irrémédiablement familiers.

    « Piotr traversa le village d’un pas léger. Toute à sa joie de partir, il savourait ce nouveau sentiment de liberté ».

    Étrange résonance avec le monde d’aujourd’hui puisque les héros traversent les villes de Vienne à Odessa, de Kiev en Sibérie, sans vraiment de frontières définies mais avec une menace diffuse et une ombre insaisissable et cruelle à la recherche d’un pouvoir ultime. Ces enfants sont à la fois rêveurs et sans illusion sur le monde qui les entourent, fragiles et plein de ressources pour se sortir des situations les plus périlleuses. Il faut dire qu’entre un gentleman voleur de violon, une bande d’orphelins toujours à leur trousse et l’absence de leurs parents, Anja et Piotr ne peuvent compter que sur eux-même pour fuir le danger. Heureusement, les adolescents, aussi différents que complices rencontreront de bonnes âmes prêtes à les secourir et les accompagner. Au fur et à mesure de leurs pérégrinations, l’univers cartésien (surtout pour Anja) dans lequel ils vivent va voler en éclat et bousculer leurs repères.

    « Ecoutez-moi … Je suis celle qui marche là ou le monde ne va jamais. Je suis celle qui sait le chemin de l’ombre quand la lumière disparaît ».

    Comme la jeune violoniste et son acolyte, le lecteur est baigné dans l’atmosphère historique de Kiev, du temps des trains à vapeurs et des rues grouillantes de monde. Petit à petit surgissent ça et là des étranges phénomènes (animaux sauvages obéissants au doigts et à l’œil, symboles surprenants ou personnages déconcertants: La mort d’….., l’homme sanguinaire, la cartomancienne). La magie s’insinue lentement mais sûrement dans les pages et la légende de Maldoror se dessine et attise la curiosité comme l’inquiétude. Nul doute qu’une grande aventure, un plongeon dans le passé et le futur attendent les lecteurs puisque nous sommes au premier tome de la Trilogie de Maldoror qui s’achève sur un beau suspens. Philippe Lechermeier sait intriguer adolescents (à partir de 13 ans) et adultes avec ce fantastique volume I ou volume I fantastique, les deux fonctionnent, et ces personnages plus fantasques les uns que les autres.

    Le tome 2 : Le Prince fauve paraîtra cet automne (2022)

    Image: Flammarion Jeunesse