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Spiritualité

  • Réconciliations : L'énergie de l'espoir

     

    “Selon les soufis, chaque femme et chaque homme sont le théâtre d'un combat, de ce jihad intérieur, qui voit s'affronter au quotidien, dans nos poitrines, l'âme charnelle – qui ne cesse de se débattre toujours tournée sur elle-même et attirée finalement par le seul plaisir égoïste – contre l'esprit supérieur – magnifiant à chaque instant la beauté et l'unité de tous les êtres – aimanté vers le monde spirituel” (p.102)

     

    abd al malik.jpgLa République peut compter sur Abd Al Malik pour imaginer et construire “le monde d'après” : un monde souhaitable, apaisé et réconcilié, ce fameux monde unifié du discours politique qui n'en a malheureusement pas la prétention.

    Réconciliation” paru chez Robert Laffont est un essai-manifeste court mais concis dans lequel on retrouve l'artiste plus engagé que jamais et à maturation d'Homme (au sens relié à l'Esprit).

    Jeune adulte, avec son groupe N.A.P, il “priait en attendant la fin du monde”, pratiquant alors un Islam peu conventionnel et moralisant. Depuis, il a œuvré lourdement d'abord en solo, explorant des univers à priori irréconciliables et tissant des ponts entre chanson française et scansion. Puis il s'est mis à l'écriture, la mise en scène et la réalisation cinématographique, déployant totalement son univers dans plusieurs couleurs politico-poétiques.

    La reconnaissance vint tôt mais ce sont véritablement deux mains tendues qui l'amenèrent à une révolution intérieure, une résilience et une renaissance, un regard neuf sur le monde : Juliette Gréco et sa foi en l'humanité, le maître soufi Sidi Hamza et son Amour équanime envers toute créature.

    Ces deux piliers-béquilles ne sont plus physiquement présents mais intégrés au plus profond d'un cœur qui souhaite désormais “faire peuple”, fort de sa réconciliation d'avec soi-même, son passé, ses origines et ses rancœurs passées si peu fortuites.

    La période sanitaire actuelle a ravivé des fractures que l'on croyait d'un autre âge mais qui n'ont jamais disparu et c'est avec une certaine hauteur de vue (bel équilibre trouvé entre avoir et être, entre intériorité et action extérieure) qu'Abd Al Malik s'érige non pas en donneur de leçons mais frère de la nation, multipliant sa présence sur les fronts : Contre le fanatisme de pseudos musulmans, pour la marche des libertés et donc contre la loi de “sécurité globale” aux cotés d'Aïssa Traoré...toujours en réflexion-médiation et force de propositions malgré l'impact financier négatif notoire sur les projets culturels en cours (annulation de la tournée-spectacle Le jeune noir à l'épée).

    Depuis l'irruption durable du virus la parole n'est plus qu'aux professionnels du verbiage et l'on déplorait la présence chaleureuse et ô combien précieuse des artistes taxés un temps de “non-essentiels”.

    Avec ce livre on sait qu'ils patientent, fulminant, dans l'attente d'irradier le monde de demain de leur lumière évanescente, celle trouvée dans la profondeur de l'ombre.

     

    “Je crois véritablement aux artistes, je crois sincèrement que ce sont eux, nous, qui changeront véritablement le monde parce qu'on travaille directement les imaginaires. Justement parce qu'on a pas peur de nos émotions, parce qu'on sait précisément d'où elles viennent et quoi en faire. Et, finalement, on est dans trois tendances qui marquent nos sociétés, l'empathie, la tendresse et la spiritualité. Les artistes pourraient diriger le monde et réussir.” (p.139)

     

  • Le mystère de la foi absolue

     

    Coran 50,16 : Nous avons effectivement créé l'homme et Nous savons ce que son âme lui suggère et Nous sommes plus près de lui que sa veine jugulaire.

     

    Jacqueline Kelen,Mise au tombeau,Editions Salvator,Janvier 2021Avec “Mise au tombeau” paru chez Salvator éditions, la prolixe Jacqueline Kelen renoue avec un exercice de style quasi lyrique qui fut couronné de succès critique avec “l'histoire de celui qui dépensa  tout et ne perdit rien”. Une mise au tombeau est en effet un statuaire composé de 7 personnes “immobiles et muettes” entourant le Christ à sa descente de Croix, que l'autrice “a eu envie de faire parler, afin qu'elles expriment nos sentiments divers face à ce drame unique et témoignant d'une foi qui transcende tout”.

    Férue de symbolique (33 chapitres) et amie de Jésus, Jacqueline Kelen donne donc vie et âme à ces pierres vivantes que sont sans nul doute les 7 témoins fidèles du Christ en croix : Marie sa mère, Marie-Madeleine, Marie-Cléophas la sœur de Marie, Marie-Salomé la mère de Jean l'évangéliste, Jean, Joseph d'Arimathie et Nicodème.

    Chacun des protagonistes est auparavant replacé dans un contexte apocryphe ou de légende et ce qui était figé devient subitement interactions et fruit de méditations.

    Comme les 7 dormants d’Éphèse, légende commune au christianisme et à l'Islam, ces 7 “pierres” (ou prières oserais-je dire) ressuscitent après 7 siècles et se mettent à parler, sur et à propos de l'Homme du huitième Jour, dont le retour ou en tous cas les signes de ce dernier, se font de plus en plus sentir...mais cela reste peut-être affaire de foi intérieure.

    Symbolique encore avec ce chiffre rond et infini du huit, que l'on retrouve souvent dans les contes ou les rêves et qui vient marquer une complétude ou unité, étant également le nombre du Ressuscité. Le psychanalyste C.G Jung, spécialiste en interprétation des songes donna une méthode psychologique pour en dénouer les fils : considérer chaque personnage comme une sous-personnalité de soi, masculine ou féminine.

    A travers ce prisme interprétatif, J. Kelen donne à voir beaucoup de sa part intime et de son lien à Jésus et se/nous questionne sur la nature de sa/notre relation avec Lui : disciple ou ami véritable ?

    Par ailleurs se dessinent en filigrane des perspectives méditatives propres à tout chercheur-se de vérité : de quel mystère se pare l'homme-dieu dans sa mort ignominieuse ? Que symbolisent les attributs de la passion, la couronne d'épines notamment ? Sur quel “imago dei” poser sa foi, celle du supplicié à mort ou celle de sa résurrection ? Quel est l'archétype du Christ en Croix ?...

    A l'épreuve du temps, il semble bien que le paradoxe soit l'apanage du chrétien sincère. Sa relation vécue en profondeur rend plus proche qu'on ne le croit, la figure fraternelle ou sororale du Christ.

    "Mise au tombeau" pourrait aisément s'intituler "sortie de tombeau" tant l'épanchement d'un cœur croyant et fervent pourrait aisément renverser (et combien une assemblée de fidèles) une montagne de pierres...ou rendre une statue bel et bien vivante.

     

  • Révolution spirituelle : ma part de réflection

     

    Rien dans ce mot d’Esprit,

    Au sens où je le dis,

    Qui serait forcément religieux,

    Rien qui obligerait à croire en un dieu,

    Je ne parle pas en effet d’une croyance,

    Juste d’une expérience,

    Que nous faisons parfois

    Lorsque notre petit moi

    Se sent relié à l’infiniment plus grand que soi :

    Une Réalité incomparablement plus vaste que

    nos vies,

    Une Réalité qui n’est qu’unité, harmonie,

    Une Réalité que nous percevons seulement

    Par instants,

    Dans nos moments

    De plus claire clarté,

    De plus intense intensité,

    Et que dès lors on peut nommer

    Esprit,

    Parce qu’elle nous saisit

    Pour nous communiquer

    La Présence,

    La Conscience,

    La Jouissance

    De l’Infini…(p.86 et 87)


    bidar.jpgAbdennour Bidar revient avec un court manifeste poétique (rimé et rythmé) et politique “Révolution spirituelle” paru aux éditions Almora, forme par laquelle il espère toucher, si ce n'est plus de monde voire un autre public, tout au moins le cœur de ses futurs lecteurs.

    L'auteur s'adresse de manière originale à la nouvelle génération, celle qui se doit de réenchanter le monde, le “régénérer, le transfigurer”. Il se présente comme un “optimiste conscient”, pragmatique et mitoyen entre les prophètes de malheur et ceux du meilleur à venir. Adepte de la fin du temps (le lâcher prise de l'ego sur le monde) il récuse la fin des temps et, comme mû par une vision du futur,

    Car voici ces enfants d'un nouveau temps, dont je redis et le devine, le passé n'est plus l'origine”

    il s'érige en grand frère qui, fort de ses expériences spirituelles et de son discernement de philosophe, connaît les pièges et forces à mobiliser pour changer en profondeur un système matérialiste et opportuniste à souhait, qui ne cherche qu'à perdurer à travers l'histoire.

    Par le passé, nombreux furent les êtres éveillés ou politisés qui cherchèrent une porte de sortie pour se libérer d'un système trop contraignant voire tyrannique à certains égard, en s'y cassant les dents.

    Abdennour Bidar propose que les uns s'allient désormais aux autres dans une culture unifiée de “méditants engagés” et de “militants éveillés”.

    Il salue au passage les “infiltrés” et les “exilés” de bonne volonté qui tentent par l'intérieur ou l'extérieur du système, de panser le monde de sa folie. A l'action juste et efficiente, il y adjoint la force de l'Esprit, qu'il décrit et dont il témoigne, sans qui rien de concret et de solide ne peut advenir. On pense ici au “Roc” des corps saints selon la terminologie chrétienne.

    Je veux que mon expérience mystique devienne chemin initiatique

    De culture musulmane, Abdennour nous livre en effet aussi ici, dans ce jet d'un seul souffle, une de ses deux expériences mystiques qui le transporta, enfant, dans un ravissement sans nom avec l'infini pour seul horizon. Plus tard il l'assimilera au Soi cher à Iqbal ou au fana (anéantissement ou extinction de l'ego) des grands mystiques soufis, ce fameux instant d'éternité.

    Militant d'une spiritualité hors dogmes, Abdennour Bidar ne propose ni plus ni moins qu'une science pour se relier, au sens “religare” de la religion et dans le but de créer un corps collectif (la somme des individus reliés) unifié pour contrer l'emprise (un temps souhaitée) d'une entité étatique qui n'a plus rien d'universel.

    On comprend mieux le titre de cet ouvrage “Révolution spirituelle”, véritable ode à la vérité intérieure et dont la conclusion, méditative et prophétique à souhait, mérite à elle seule l'attention portée à ce texte engagé.

     

    Coran 40,15 : Celui qui est élevé au plus haut degré de gloire, qui est assis sur le trône sublime, envoie son esprit à ses élus, afin qu'ils prêchent la résurrection (trad. Savary)

     

  • Vipassanà ou la miséricorde incarnée

     

    vipassana.jpgAlain Durel nous fait partager dans “Vipassanà - la pratique de la vision pénétrante”, paru aux éditions du Relié, sa découverte de Godwin Samararatne (1932-2000), un sage laïque Srilankais mondialement connu pour sa pratique du Bouddhisme Théravada.

    Même s'il ne l'a pas connu directement, il a vu de ses yeux les fruits de cette pratique ancienne auprès de fidèles et pour lui-même, en ce qu'elle recèle de pragmatique, d'accessible et de bon aloi.

    Cette ascèse du “petit véhicule” est la seule à ne pas avoir été éradiquée par celle plus connue du grand véhicule (on peut y voir un parallèle avec les sunnites envers les chiites en islam), quand on se réfère aux enseignements de Bouddha sur les causes de la souffrance et les quatre noble vérités.

    Concrètement, Godwin, en tant qu'ami spirituel insistait sur la concentration et sur la respiration, notre principale amie jusqu'à notre mort (samadhi), dans la pratique de la méditation qui se focalise et prête attention sur ce qui se passe dans notre esprit, concernant les phénomènes physiques et mentaux (Vipassanà).

    L'idée principale et innovante est une attitude d'amitié bienveillante envers nos pensées, émotions ou sensations, qu'elles soient agréables ou désagréables. Il s'agit d'accueillir ce qui vient sans s'en saisir (l'identification) ni le juger (en attribuant des bonnes ou mauvaises notes) et pour les plus alertes de se dissocier du corps et du centre penseur, du corps-mental égocentré.

    Godwin, en fin connaisseur des processus internes de production psychique (on pense ici à Krishnamurti) insistait sur les pensées destructrices (liées à un conditionnement culturel) génératrices de souffrances émotionnelles comme la culpabilité ou l'attachement éducationnel à ce qui est mal fait ou dit plutôt qu'à l'inverse.

    Avec ce livre, Alain Durel présente le premier livre en français consacré à l'enseignement de Godwin Samararatne, avec des traductions de quelques-une des questions-réponses simples, joyeuses et pratiques dont il était coutumier après des séances collectives de méditations et chants.

    Le Boudhisme Théravada apparait comme moins complexe et plus ancré dans des considérations concrètes du quotidien que ses autres banches. En ce sens il rend la méditation claire, concise et même ludique, avec des résultats rapides et directement observables.

    L'auteur évite cependant de rappeler la lenteur du progrès spirituel qui contraste avec les recettes toutes faites. Ici néanmoins on campe sur de bonnes bases, des outils qui perdureront efficacement tout au long du chemin, après ou même au cours d'un réel changement en profondeur.

    Une attitude somme toute miséricordieuse (pardon, non-jugement, amitié...) envers nos imperfections humaines.

     

  • Sh'ma Israël : une concorde intuitivement ajustée

    Quand Yeshoua déclare “Celui qui m'a vu a vu le Père”, il traduit simplement le fait qu'il est la preuve vivante de l'existence d'Elohim en tant que son envoyé et ambassadeur, son “représentant”.(p.134)

     

    sh'ma.jpgSh'ma Israël”, paru aux éditions du Panthéon, est un essai sur la figure du Messie au prisme de la double culture judo-chrétienne de l'auteur Elie Venat (Il a passé 15 ans dans le protestantisme et 18 au sein du judaïsme libéral).

    La réflexion présente, richement documentée, intègre les dernières données en la matière (sur le web notamment) et, en fin connaisseur des écritures, l'auteur balaie et référence toute la tradition et culture occidentale, de la genèse à l'eschatologie.

    La thèse principale promeut deux natures messianiques. La première partie relate celle de la descendance de Joseph, le fameux “Messie souffrant” annoncé par le prophète Isaïe et incarné par Jésus le juif en tant que figure humaine exceptionnelle et sacrificielle. Ce Messie est le ciment et l'union plausible et possible entre les deux frères en religion, les signes historiques récents (la réunification des diasporas en Israël et le pardon de l'église catholique envers le peuple juif taxé de déicide) viennent appuyer cette réconciliation entre une “nation-prêtre” et le “représentant” de Dieu sur Terre, Yeshoua.

    La seconde partie évoque le Messie de la descendance de David, plus guerrier, celui qui “restaurera la royauté de sa lignée et guidera l'humanité vers sa prospérité morale, spirituelle et matérielle” (p.41). Cette partie s'avère plus confuse, moins étayée et moins complète puisqu'elle n'inclut pas la figure du Messie coranique. Ce second Messie divise selon l'auteur, Juifs (le Messie des juifs ?) et chrétiens (la parousie de Jésus) par sa fonction ou mission alors qu'il avance en amont l'idée intéressante d'une évolution de celle-ci au cours de l'incarnation, comme ce fut le cas pour Jésus après chaque baptême d'eau et de feu. Ainsi les deux messies ne feraient qu'un à des périodes ou épreuves différentes.

    Par ailleurs Elie Venat ne creuse pas assez la notion du Retour, commun aux chrétiens et musulmans, en évoquant par exemple un plan divin en deux étapes : une graine plantée et son éclosion dans un second temps lors d'un mûrissement de l'époque, et dont le liant serait justement Jésus...Quid du Paraclet également, procédant de l'Esprit de Jésus, de sa nature et de son essence ?

    La visée de cet essai est un ancrage en Jésus-Yeshoua, Messie à “la force surnaturelle, au discernement exceptionnel, à la connaissance profonde provenant de l’Éternel et à la crainte de son Nom” (p.119) et dont “l'humanité a bien été inscrite dans sa destinée” (p.134), séduisante perspective qui contenterait de surcroit les musulmans à défaut des fervents chrétiens. Sa double origine non pas humano-divine mais historico-essentielle pourrait coïncider avec celle de l'Apocalypse, à la fois agneau (de Dieu) et lion (de la tribu de Juda).

    L'unité entre les religions serait à ce prix de ne reconnaître dans les prérogatives divines que des fonctions de la nature humaine, mais Dieu est plus savant...

     

  • Eyes wide open

     

    Lurgence-daimer-P1-900x1380.jpgSofia Stril-Rever opère une jonction des sources spirituelles pour mieux diffuser leur essence et socle commun : l'Amour originel.

    Dans son livre “l'urgence d'aimer” paru chez Massot Éditions elle évoque ses principales rencontres sur le chemin : du Dalaï Lama (dont elle est la biographe) à sœur Emmanuelle, d'Amma à Thich Nhat Hanh, d'Arvol Looking Horse à Samdong Rinpoché, de Bouddha à Jésus.

    Elle propose une synthèse pratique de ses influences sous forme de 25 “médit-actions” centrées sur le cœur, son épure et son pouvoir de guérison pour soi et autour de soi, puisque nous sommes tous reliés (un nouveau credo : “Tu es donc Je suis”).

    Sa clairvoyance, son hypersensibilité et sa conscience apocalyptique (la première partie du livre), plutôt que de la bloquer pour agir, ont éveillé en elle un déclic illuminatif et l'émergence d'une responsabilité à mettre au monde “l'humanité du deuxième feu”. Il s'agit de la part d'ange des personnes de bonne volonté, dont l'aura vibratoire diffuse la paix, la joie ou encore l'Amour inconditionnel pour le Vivant sous toutes ses formes, malgré le sort et l'épreuve auxquels Il est aujourd'hui confronté.

    Car si tout s'effondre à l'extérieur (elle ne renie pas la thèse collapsologue), à l'intérieur tout se relève avec le temps et se révèle lumineusement opérant. Cette (re)construction donne force et courage pour agir et s'engager, en ce qui la concerne, dans une organisation non gouvernementale (www.bethelove.global) porteuse de changements positifs pour la planète à l'horizon 2030 (l'Arbre-monde), avec un slogan : “incarnez l'amour que vous souhaitez pour la planète” et des icônes bien vivantes, de Greta Thunberg au Dalaï Lama.

    Si elle n'a pas trouvé la Source, du moins en a t'elle, à la lecture de ce livre, le souvenir précis et précieux : se savoir aimé inconditionnellement et être part du souffle créateur “qui lie et structure les atomes, de l'embryon aux étoiles”. Un livre manifeste pour une cause magnifiant le Vivant, une émissaire et pilier d'un monde futur amoureusement médité.

     

  • Deux piqûres de Rappel

     

    Dans ces groupes, à cette période, j'ai inscrit de manière vivante la troisième série de mes œuvres. (Incipit)

     

    G.I Gurdjieff,Groupes de Paris 1943-1944,éditions Eolienne,Bélzébuth,Patrick Négrier,Octobre 2020Un document inédit et exceptionnel est publié par les éditions Éolienne, un double volume de 700 pages sur les groupes Gurdjieff de Paris, de 1943 (tome 1) à 1944 (Tome 2).

    En collaboration (pour la traduction franco-russe) et à l'initiative de Madame de Saltzmann, ces questions-réponses sont un témoignage direct de l'enseignement que donnait G.I Gurdjieff à son domicile parisien pendant la guerre (“Ici, 6 rue des colonels renards, tout va pour l'essence, ailleurs tout va pour notre corps”. p.346 T.1), essentiellement l'administration d'exercices en vue de passer du moi au “Je”, de la pensée associée à un corps à une individualité libre et centrée.

    On découvre un Gurdjieff très à l'écoute, doté d'une grande mémoire, exigeant mais empathique pour ceux qui s'investissent corps et âme (avec leur essence) dans ses recommandations pratiques (exercices de détente des muscles, du “Je suis”, du dédoublement, du “chaud/froid/tristesse, des 7 respirations ou encore du contact avec un défunt...) toujours adaptées à son interlocuteur en fonction de sa problématique et de sa progression (le tome 2 notamment).

    Le Maître caucasien ne cherche pas des adorateurs mais des frères et sœurs, engagés à ses cotés pour le bien de l'Humanité à venir. On retrouve en lui ce qui faisait le charme de Belzébuth dans sa relation à son petit fils Hassin (cf son livre phare) : proche, taquin, gouailleur et profondément connaisseur de la “psycho-pathologie” de l'être humain avec son franc-parler si caractéristique (merde, nullité, femme hystérique, vache, hareng salé, sentiment de putain, chiens...) ainsi que des lois universelles gouvernant ce dernier.

     

    Pour l'essentiel de la théorie et de la pratique, il s'agira de jouer un rôle extérieurement tout en restant libre et impartial intérieurement. Selon l'auteur, il est possible de se désidentifier du “moi-corps” et consolider le “Je-Centre” (autrement appelée la Présence) par un travail intérieur conscient qui provoque des remords de conscience. Dans le présent, les manifestations malsaines ou mauvaises issues du passé sont “vues” (hérédité, éducation, jeunesse) et éprouvées. C'est cette souffrance volontaire qui crée une substance (l'essence), une individualité, une émanation (le corps Kessdjan ou lumineux), un centre de gravité (le plexus solaire) à partir duquel le potier modèle.

    Et lorsque vous éprouverez des remords de conscience, donnez-vous votre parole de ne pas refaire dans l'avenir ce que vous avez fait dans le passé. Juste avec le présent vous réparez le passé, en voyant comment il faudra agir dans l'avenir”. (p.83 T.2)...”Il faut arriver à ce que la conscience parle impitoyablement en vous” (p.128 T.2)

    Car Gurdjieff, à l'image d'un chamane magnétique, percevait parfaitement ces vibrations subtiles, il lisait et scannait les moindres changements dans l'énergie et ces informations constituaient la base (matière première) de ses nouveaux et innombrables exercices de rappel de soi :

    Depuis que je vous vois, vous n'êtes jamais équilibré. Ou amour-propre ou imagination. Toujours un peu de psychopathisme, jamais un état sérieux pour réparer les conséquences du passé”. (p.311 T.2)

    Et maintenant je vois tout. Votre intérieur est illuminé pour moi comme un tableau : vous m'avez aidé à vous aider”. (p.261 T.1)

    G.I Gurdjieff,Groupes de Paris 1943-1944,éditions Eolienne,Bélzébuth,Patrick Négrier,Octobre 2020On peut légitimement dresser ici un parallèle avec l'enseignement de Carlos Castaneda qui insistait sur la récapitulation (ici les remords de conscience qui créent de la lumière de conscience), la constitution d'un corps de rêve (ici la substance accumulée par travail) grâce à l'accumulation de l'énergie (ici la substance ghanbledzoine) et la nécessité de “stopper le monde” (ici les pensées ou associations doivent devenir juste une fonction grâce aux exercices). Parallèle qu'avait bien perçu à l'époque Patrick Négrier.

    Peu de digressions cependant dans ces deux opus sur des sujets ésotériques ou religieux. Gurdjieff ne s'intéresse ici qu'à la pratique mais en filigrane apparait de lui un portrait plutôt flatteur au sens dévotionnel et chrétien du terme, rappelant que “notre but c'est ça : unir ces trois forces (logique/corps/volonté ; Dieu le Père/Dieu le Fils/Dieu le Saint-Esprit ; force positive/force négative/force d'équilibre ; Sainte affirmation/Sainte négation/Sainte conciliation) en les contenant, pour être.

    Deux volumes pour les chercheurs de vérité de tout âge, les adeptes d'une voie spirituelle ou les découvreurs et passionnés du mystère Gurdjieff. Chacun y trouvera son compte, son échelon ou sa motivation pour le travail conscient, en tout cas une clarification de la méthode d'enseignement singulière du Maître de danse, un monstre de connaissances empiriques.

     

    Vous êtes né. Votre individualité est née. Vous étiez avant comme un animal sans “Je”. Maintenant vous avez un “Je” et les propriétés d'un homme. Cet exercice vous a donné cela. Avant vous n'aviez pas d'individualité, vous étiez le résultat de votre corps comme un chien, un chat ou un chameau. Maintenant si vous avez des cornes, vous pouvez les voir et vous en étonner”. (p.182 T.1)