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Humour

  • Fichu corps, corps magique !

     

    6-ReverieCarcasse_A5-1.jpgNotre cœur, notre diaphragme, notre estomac et tous nos organes, on sait qu'ils sont là, quelque part en nous, mais nous ne les voyons pas, nous les connaissons plus ou moins. Ils doivent souvent nous rappeler leur présence, surtout si nous avons l'habitude de préférer notre cerveau pour fonctionner/vivre. Dans Rêverie carcasse, Léa Carton de Grammont a voulu mettre à plat les rapports que chacun entretient avec son corps et sa perception. La metteuse en scène a donc imaginé l'histoire d'une femme, jouée par Alice Vannier, découvrant et redécouvrant son corps tout au long de sa vie. Avec l'aide des scénographes Lucie Auclair, Aviva Masson et la costumière Cécile Laborda, elles ont créé un décor et des accessoires où chaque élément du corps est visible, tangible et devient un personnage à part entière.

    Une manière pour le spectateur de voir enfin, ce qu'il a/est à l'intérieur. Entendons la voix (qui sort de son corps) de Léa Carton de Grammont, compagnie PTUM* au micro de Choeur (7'27) :

    podcast

     

    * Prends-toi un mur si t'es vivant

  • Camille, la douce heure

    camille.jpg

    Qui mieux que Camille, artiste complète, pour réenchanter les cœurs et renouer avec le spectacle vivant en douceur après un long intervalle où la culture ne se définissait plus que par écrans interposés ?
    Les stigmates sont pourtant encore partout présents, de la captation vidéo lumineuse des Phuphuma Love Minus, originellement prévus sur scène, à l'heure du couvre-feu en passant par les mesures sanitaires drastiques. Pourtant tout est oublié le temps d'une heure de show sur le thème de l'eau, avec "Alarm clocks" (rediffusé sur Arte concert) mise en scène par la chorégraphe sud africaine Robyn Orlin avec laquelle la chanteuse emblématique avait déjà collaboré pour "Up above my head". Sous tous les angles (filmée de très près et de haut) et dans toutes les positions (à genoux, assise, couchée, debout, pendue...), Camille interprète certaines de ses chansons et quelques reprises thématiques bien senties sur une scène censée figurer la mer, évoquée par des bouts de tissus plastiques raccommodés (petit rappel politique), sa robe de nymphe à la longue traîne.
    C'est par la main que l'artiste nous cueille, avec la comptine “A la claire fontaine”, telle une mère (symbolique de la mer) aimante et joueuse, pour mieux nous enlacer dés l'ouverture et nous bercer une heure durant dans ce conte imagé empreint de tendresse et de justesse.
    C'est quand elle évoque les sources que nous sommes, composés à 90% d'eau que l'éveil se produit : Camille nous reconnecte avec notre nature, avec notre enfant intérieur libre, celui qui n'a pas subi les affres de la crise humaine sans précédents et s'amuse, insouciant, en s'oubliant, de tout. Avec sa voix pure pour seule vibration (et celle des oiseaux alentours) elle habite le silence de beauté et de grâce, de rires et de larmes, de gravité et de légèreté, et nous touche en plein cœur.
    On se noie dans cet univers féerique presque enfantin et on salue une nouvelle fois la performance fantasque et fantasmagorique de Camille, qui d'un rien apparent arrive à créer un univers envoûtant.

     

  • IAM : Une parole de poids

     

    Nous proposons une autre vision de la société, en quête d'un projet constructif plutôt que destructif, d'une ouverture plutôt que d'une fermeture...si nous pouvons encore éveiller quelques consciences et encourager l'empathie et la cohésion de notre humanité fragmentée, ce sera notre pierre à l'édifice” (Entre la pierre et la plume – IAM).

     

    IAM,Entre la Pierre et la Plume,Baptiste Bouthier,Editions Stock,Octobre 2020Le collectif IAM (Akhenaton, Shurik'n, Kephren, Kheops, Imhotep et peut-être aussi Saïd ?) signe avec Baptiste Bouthier, journaliste socio-politique à libération, un livre témoignage “Entre la pierre et la plume” paru chez Stock éditions, sur leurs riches parcours dans le secteur culturel. L'ouvrage est émaillé de sentences puisées dans la discographie et de bulles focales sur chaque membre du crew phocéen. 

     

    Pour qui suit leur carrière, les textes parlent d'eux-mêmes mais l'intérêt du livre c'est de développer la pensée (des chapitres entiers sur 9 thématiques dont le cinéma, le langage et l'argot, Marseille la ville ou encore la domination et le racisme...), expliciter le processus créatif (Le concept IAM, l'influence des membres sur les plans socio-culturels ou politico-spirituels) et replacer dans son contexte (Marseille, le statut des français issus de l'immigration, l'influence et le statut du rap) un groupe (et les techniciens qui gravitent autour) qui perdure depuis plus de trente ans.

    Avec 9 albums concepts au compteur, des albums solos, des productions de talents marseillais (FF, L'Algérino, Psy4 de la rime,Veust Lyricist, Faf Larage, Bouga, chiens de paille...), des réalisations cinématographiques, le groupe n'a pas à rougir de son bilan auditif avec des salles toujours pleines, sans véritable campagnes de promotion et surtout l'aura respectueuse due à un pilier mythique de l'histoire du rap (français), droit dans ses bottes et ses choix artistiques.

     

    Le groupe dévoile notamment sa formule secrète appliquée à chaque missive : des albums conceptuels basés sur six piliers : des titres politiques et engagés, introspectifs, historico-mystiques, à base d'humour, de storytelling ou d'égotrip.

    Autre point crucial l'effort porté sur l'écriture : un “verbe ciselé et travaillé mais qui reste accessible”, érudit mais pas élitiste, complexe mais pas compliqué, technique mais pas ampoulé, à base de sentences (une phrase qui marque en profondeur) plutôt que de punchlines.

    Mais sa véritable richesse reste son ciment collectif. IAM est le seul groupe soudé depuis ses débuts (à part le départ de Freeman, au nom prophétique ?), uni par ses passions communes (la civilisation égyptienne, le cinéma de genre, la culture asiatique ou l'amour du hip hop, donc de New York...), sa foi et sa fidélité à toutes épreuves. Le microcosme est en soi une démocratie qui valide chaque décision à la majorité absolue.

     

    Éternels challengers au sein d'un mouvement originel qui ne cesse de se régénérer, les jeunes vétérans d'IAM acceptent volontiers l'esprit de compétition et remettent en jeu leurs lauriers à chaque nouvel album. Leur vécu leur donne avec l'âge un poids politique intéressant et important en particulier sur la culture dominante qui selon eux, méprise encore le rap, alors que sa diffusion est majoritaire en France. Un mépris à la fois de classe et ethnique, s’appuyant parfois sur un schéma raciste envers ceux dont “l'expression est populaire, le langage issu de l'oralité, affublés en plus d'un accent ou de termes argotiques”.

    Deux mondes sociaux-politiques qui s'opposent à travers le monde, même si des ponts existent pour “dénoncer oppressions, racisme et injustices” dans les deux camps opposés. Cette voie du milieu est celle prônée par l'entité IAM depuis le début avec une richesse symbolique et lexicale qui invite à l'ouverture d'esprit plutôt qu'à l'individualisme et au repli sur soi, constaté ces dernières années.

     

    Reste le futur à inventer puisque le mouvement hip hop s'écrit au présent. Lourd de son concept dont l'acronyme IAM est multiple : à la fois “j'existe”, “Imparial Asiatic Men”, “Invasion Arrivant de Mars”..., reste peut-être sa dimension mystico-spirituelle à investiguer, à savoir le fameux “Je Suis” divin, l'essence du nom ?

    Le temps file et la sagesse accumulée (Égypte, Islam, Zen...) pourrait devenir pierre de taille, dans son intériorité, pour de prochaines thématiques métaphysiques, en venant parachever l'édifice...

    Un livre de poids donc à mettre entre toutes les oreilles attentives, et de bonne volonté.

     

  • L'âme animale

     

    Le vrai sentiment est immobile,

    IL AIME TOUT ET RAYONNE.

    Entretien 10 des Dialogues avec l'Ange

     

    Les récits extraordinaires évoquent un climat de bonté, de joie, de paix, d'amour offert à tous, hommes et bêtes, et se situent dans un lieu où tout est possible : la chambre intérieure éclairée par l'Esprit. A ceux qui les écoutent ils donnent de raviver leur foi, de recouvrer leur innocence et de rappeler la puissance miséricordieuse de Dieu”. (p.77)

     

    Jacqueline Kelen,Les compagnons de sainteté - Amis de Dieu et des animaux,Editions du Cerf,G.I GUrdjieff,Récits de Bellzébuth à son petit fils,Charbonneau-Lassay,le Bestiaire du Christ,Octobre 2020Tout juste auréolée du prix de la liberté intérieure pour "Histoire de celui qui dépensa tout et qui ne perdit rien", la prolixe Jacqueline Kelen revient chez Cerf Editions avec  " Les compagnons de sainteté - Amis de Dieu et des animaux".
    Il s'agit d'un livre thématique qui recense les occurrences et édifications animalières au sein des religions monothéistes (Bible, Coran, récits de saints de toute confession) et des philosophies ou doctrines orientales (anecdotes de sages). Chaque historiette est classée, contextualisée et analysée et l'on s'instruit autant que l'on découvre une sagesse universelle dont l'animal est la clé.
    C'est un ouvrage plaisant, assez exhaustif et riche sur le sujet des relations de communion entre hommes sages/saints et animaux sauvages ou domestiqués. Comme d'habitude avec Madame Kelen, nous sommes pris dans un voyage spirituel avec quelques sermons de bon ton.
    En filigrane se dessine la sensibilité et amour de l'autrice pour ces deux protagonistes de l'Histoire spirituelle (sans oublier végétaux et minéraux), qu'aurait apprécié G.I Gurdjieff qui mettait en scène un Belzébuth compassionnel avec la gente animale à travers l'histoire de l'humanité.
    Et Jacqueline Kelen de rappeler le caractère sacré et non déchu ( de l'état édénique) de tous les animaux aidés ou aidants, sauvés ou sauvants, sur le chemin des hommes de vertus.
    Parfois plus proches des mystiques que des hommes, ces compagnons de route sont ici magnifiés et mis à l'honneur pour leurs qualités étriques ou leur amour désintéressé, suscitant parfois vocations ou illuminations auprès de cœurs aimants ou épris de Dieu.

    L'autrice insiste sur ce cœur, “ lieu où se manifeste l'Esprit, lieu de la connaissance supérieure...qui octroie la communion”, par rapport au savoir, intellectuel par définition, qui “crée souvent séparation et division”. La compagnie des animaux ou des plantes permet parfois cette décentration de la tête au cœur et la fortification de cet organe subtil, presque invisible à l’œil nu, mais d'une puissance à faire trembler les montagnes ou à discerner l'essence des êtres dans l'instant, organe visionnaire coutumier chez les chamanes, sages et saints de tous bords, mais aussi des éternels enfants.

    Même si l'histoire publique du Christ est assez pauvre en “compagnons de sainteté” (l'âne, le bœuf, le coq...), Louis Charbonneau de Lassay consacra une partie de sa vie au Bestiaire du Christ, nous rappelant par la symbolique, le lien sacré et indéfectible entre toutes les parcelles de la Création.

     

    Les liens tissés sur un plan profond entre un homme et un animal s'avèrent impérissables. Leurs âmes se retrouveront toujours. Ceux qui sur terre sont aimés sur le plan supérieur de l'Esprit se retrouveront dans l'Esprit (l'Un, l'Absolu, le Soi...). Ce n'est pas là un vœu légitime mais une limpide évidence”. (p.194)

     

  • Un "dimanche" ensoleillé

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    Tout juste auréolé de deux prix Maeterlinck de la critique pour le "meilleur spectacle" et la "meilleure création artistique et technique", Dimanche, du collectif bruxellois Focus et Chaliwaté détonne par sa créativité et son originalité.
    Les trois compères auteur/trices , metteur/euses en scène et acteur/trices (Sicaire Durieux, Julie Tenret et Sandrine Heyraud) s'en donnent à cœur joie et rivalisent d'ingéniosité physique et poétique pour évoquer par plusieurs saynètes (des documentalistes animaliers à la famille subissant les éléments chaleur et vent violent), le tragique et effrayant dérèglement climatique (les sons de Brice Cannavo sont terrifiants) contrebalancé par ce ton plutôt burlesque et comique qui confine à l'absurde.
    Les références à Chaplin ou Keaton sont assumées pour le théâtre gestuel, Philippe Genty à nos yeux, pour la presque magie, tout en incorporant d'autres disciplines artistiques : marionnettes, théâtre d'objets ou vidéo.
    Il y a cependant une vérité qui point au milieu de tout ce chaos, c'est cette possibilité pour l’être humain de créer et de jouer avec la matière-corps pour la transfigurer en quelque chose de lumineux. L'espoir est permis !

    A voir jusqu'au dimanche 25 Octobre au Théâtre des Célestins.

    Petit entretien audio (5 min) avec Julie Tenret

    podcast

     

  • Alvie dynamite les clichés

    Stand up rester debout et parler, Alvie Bitemo,Rachel Dufour,Florence Pazzottu,Nicolas Masset,Florian Huet,les guêpes rouges, théâtre  du point du jour,maison des passages,Lyon, septembre 2019Dans Stand up, rester debout et parler, l'air de ne pas y toucher, Alvie Bitemo, seule en scène, pointe avec fougue et talent nos pensées stéréotypées parfois héritées de blancs occidentaux dominants et colonialistes.

    Sa joie de vivre communicative emporte toute véhémence par le rire et la musique et c'est tout l’univers d'une artiste noire franco-congolaise qui nous est délivré. L'Afrique (qui n'est pas un pays) nous devient plus familière. L'absence de représentation positive des femmes et hommes noirs dans notre société nous saute aux yeux et nous renvoie à son origine : les racines souvent financières du racisme.

    Le spectacle est écrit par Florence Pazzotti et la mise en scène subtile, inspirée des origines du Stand Up américain, réalisée par Rachel Dufour (Compagnie Les guêpes rouges).

    Stand Up, programmé au Théâtre du Point du Jour et joué dans des lieux nomades comme La maison des Passages à Lyon 5 sera en tournée dans la région jusque 2020.

    Conversation avec Alvie Bitemo et Rachel Dufour à la sortir de la représentation:

    podcast

    Crédit Photo: www.lesguepesrouges.fr

  • Muriel Robin, la Kid de Saint Etienne

    Muriel Robin, Fragile, XO éditions, Saint Etienne, Annie Girardot, Line Renaud, Michel Bouquet, Pierre Palmade, Michèle Laroque, Johnny HallydayPleurer de rire, c’est la formule qui vient en pensant à Muriel Robin. Elle nous fait pleurer de rire, pas seulement à gorge déployée mais avec les larmes qui coulent littéralement. Et pour cause, derrière cette drôlerie, se cache souvent un abîme de tristesse. En cachant la sienne, elle panse la nôtre. Il suffit parfois, les jours de blues, de revoir un spectacle de Muriel Robin et on se laisse emporter par une vague de bonheur.  En lisant son livre Fragile, on est traversé, comme elle, par toutes les émotions. Chaque fois que le destin semble s’assombrir, la comédienne ravive la flamme de l’humour et le lecteur ne peut s’empêcher de sourire. Exactement de la même manière que quand Muriel était enfant, provoquer le rire pour ne pas céder un pouce au malheur qui voudrait nous envelopper.  

    Coincée à Saint Étienne entre ses parents et leur magasin de chaussures, Muriel Robin rêve d’être l’amie d’Annie Girardot puis que Line Renaud devienne sa deuxième mère. Pendant longtemps la comédienne, reçue première au conservatoire de Paris, s’imagine être passée à côté de son destin de musicienne (aucun adulte n’a encouragé sa vocation) puis d’actrice de cinéma. Pourtant quand on lit le livre, il nous semble au contraire évident qu’elle a accompli son destin. Les vraies rencontres avec Annie Girardot et Line Renaud en sont des exemples frappants. Quant à l’humour, qu’elle maitrise parfaitement dès cinq ans, son professeur Michel Bouquet (au conservatoire) évoquera Charlie Chaplin. La comédienne n’en comprend pas la portée à l’époque mais cela prend tout son sens aujourd’hui. Muriel Robin est à sa place et n’a pas à en rougir et encore moins à s’excuser.

    Difficile de s’accepter, de s’assumer quand le public vous applaudit, que les plus grands artistes vous félicitent et que votre mère reste froide, indifférente à tous vos succès. Pour comprendre et pardonner Muriel Robin remonte le fil de sa vie et celle de sa maman. Cette quête des origines est essentielle à la comédienne pour apaiser ses peines, ses doutes et s’autoriser à être heureuse. Cet ouvrage plaira forcément au public déjà conquis mais aussi à tous ceux qui se résignent à la fatalité ou qui vivent des situations qui leur semblent insurmontables. Derrière les larmes se cachent toujours le rire. Bien frais, bien agréable !

     

    Crédit Photo: http://www.xoeditions.com