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Livre

  • Muriel Robin, la Kid de Saint Etienne

    Muriel Robin, Fragile, XO éditions, Saint Etienne, Annie Girardot, Line Renaud, Michel Bouquet, Pierre Palmade, Michèle Laroque, Johnny HallydayPleurer de rire, c’est la formule qui vient en pensant à Muriel Robin. Elle nous fait pleurer de rire, pas seulement à gorge déployée mais avec les larmes qui coulent littéralement. Et pour cause, derrière cette drôlerie, se cache souvent un abîme de tristesse. En cachant la sienne, elle panse la nôtre. Il suffit parfois, les jours de blues, de revoir un spectacle de Muriel Robin et on se laisse emporter par une vague de bonheur.  En lisant son livre Fragile, on est traversé, comme elle, par toutes les émotions. Chaque fois que le destin semble s’assombrir, la comédienne ravive la flamme de l’humour et le lecteur ne peut s’empêcher de sourire. Exactement de la même manière que quand Muriel était enfant, provoquer le rire pour ne pas céder un pouce au malheur qui voudrait nous envelopper.  

    Coincée à Saint Étienne entre ses parents et leur magasin de chaussures, Muriel Robin rêve d’être l’amie d’Annie Girardot puis que Line Renaud devienne sa deuxième mère. Pendant longtemps la comédienne, reçue première au conservatoire de Paris, s’imagine être passée à côté de son destin de musicienne (aucun adulte n’a encouragé sa vocation) puis d’actrice de cinéma. Pourtant quand on lit le livre, il nous semble au contraire évident qu’elle a accompli son destin. Les vraies rencontres avec Annie Girardot et Line Renaud en sont des exemples frappants. Quant à l’humour, qu’elle maitrise parfaitement dès cinq ans, son professeur Michel Bouquet (au conservatoire) évoquera Charlie Chaplin. La comédienne n’en comprend pas la portée à l’époque mais cela prend tout son sens aujourd’hui. Muriel Robin est à sa place et n’a pas à en rougir et encore moins à s’excuser.

    Difficile de s’accepter, de s’assumer quand le public vous applaudit, que les plus grands artistes vous félicitent et que votre mère reste froide, indifférente à tous vos succès. Pour comprendre et pardonner Muriel Robin remonte le fil de sa vie et celle de sa maman. Cette quête des origines est essentielle à la comédienne pour apaiser ses peines, ses doutes et s’autoriser à être heureuse. Cet ouvrage plaira forcément au public déjà conquis mais aussi à tous ceux qui se résignent à la fatalité ou qui vivent des situations qui leur semblent insurmontables. Derrière les larmes se cachent toujours le rire. Bien frais, bien agréable !

     

    Crédit Photo: http://www.xoeditions.com

  • La vie de Jésus (est) comme un roman

    jesus.pngAvec le roman de Jésus, livre posthume de Jean Mercier (1964-2018) qui fut rédacteur en chef à la Vie et paru aux éditions Quasar, on replonge dans les évangiles comme si on y était encore. L'histoire est maintenant bien connue de tous mais la focale mise sur certains témoins des actes ou paroles du Christ différents des canoniques, donne un petit coup de fraîcheur et d'originalité. Le récit est humanisé, là où dans l’évangile on n'a que son ossature. Ce petit livre (publié initialement dans le magazine la Vie) est à visée éducative sans infantiliser le lecteur. Il est surtout moderne par le vocable utilisé et actualise la vision chrétienne en intégrant les dernières mises à jour ( une opinion de Benoit XVI, la légère modification du credo…).

    L'auteur n’évoque jamais Jésus frontalement mais respecte son mystère infini a travers des prismes qui questionnent l’indéfinissable ( les miracles, les persécutions, la résurrection…), ce qui nous ramène inévitablement à notre propre foi, là ou la raison n'a plus cours.

    Enfin c’est un livre qui parle de chrétienté au sens originel du terme puisqu'il met en scène les actes de certains apôtres, y compris ceux de Paul qui évangélisa les premiers païens.

    A mettre donc entre les mains de tous les enfants, petits et grands qui s’intéressent de près ou de loin au Vivant.

    crédit photo : Editions Quasar

  • Nayla Tabbara incarne la paix de l'Islam

    Pour ceux qui auront cru et fait le bien , Dieu sera tout amour. ( S. Mazigh)

                                                                      ...  leur donnera d’aimer. (E. Montet)

                                                                      ... manifestera pour eux un amour. (R. Khawam)

                                                              Coran 19,96

     

    Les femmes se réapproprient des domaines exclusivement réservés aux hommes, notamment en matière de religion et c'est une avancée, un juste retour des choses et un bien.

    Nayla Tabbara,Marie Malzac,L'Islam pensé par une femme,Aydan,Bayard-Editions,Novembre 2018Nayla Tabbara, autrice de "L'Islam pensé par une femme" (Bayard Editions), rappelle qu' à l'origine de la Révélation du Coran, comme pour le message de Jésus, les revendications des femmes, leur "cri de détresse" face à leur situation de quasi esclave ou objet sexuel, fut entendu à l'époque par le Créateur. Des droits jusque là inexistants leur sont alors accordés légalement concernant l'héritage, le mariage, ou encore la précellence de la monogamie.

    Au temps du Prophète (très entouré de femmes et au-delà de la polémique sur son dernier mariage avec une jeune fille dont on ne saurait dater l'âge en vérité) certaines étaient imams, d'autres faisaient l'appel à la prière...et les assemblées étaient encore mixtes. Le Prophète encourageait ces dernières à apprendre et enseigner et certaines étaient des combattantes endurcies prenant soin des blessés...

    Puis, comme dans le christianisme, elles se sont vu décroitre en pouvoir et représentativité jusqu'à l'arrivée des premières missionnaires chrétiennes à la fin du 19ème, soit après quelques siècles d'obscurantisme et de patriarcalisation de la religion. L'origine du port du voile en est un exemple frappant.

     

    Théologienne et exégète, l'interprétation du Texte de Nayla Tabbara va dans le sens de "la compassion, de la solidarité et de la miséricorde divine", à l'inverse de l'attitude réactive et "d'immaturité spirituelle" actuelle de l'Islam majoritaire.

    Elle rappelle ainsi d'emblée qu'Allah (textuellement le Dieu), est avant tout pourvu de matrices ("Matriciant et Matriciel" comme le suggérait Chouraqui) donc Miséricordieux et qu'on ne saurait le définir par un genre, un nom ou une qualité, comme l'Homme d'ailleurs, créé à son image...

    Au terme de "soumission" elle préfère celui d'"abandon confiant" ; de même il ne s'agit pas tant de "craindre Dieu" que d'en "prendre conscience" et pour elle le Coran n'est pas qu'un "guide d'instruction" qui légitimerait l'imitation ou l'attitude purement légaliste mais au contraire une base pour "dialoguer avec le réel", "libérer sa pensée" et se voir comme "le prolongement créatif de Dieu".

    Face à la mauvaise presse de l'Islam et à sa crise actuelle (intolérance, communautarisme, attitude belliqueuse, suffisance...) elle préconise une action trine : "spiritualité, pensée critique et action sociale".

    L'essai regorge de citations de penseurs musulman(e)s issu(e)s de la mouvance libérale et/ou féministe actuelle (Farid Esack, Fadi Daou, Riffat Hassan, Amina Wadud, Nasr Hamid Abu Zayd...) à laquelle l'autrice s'identifie, elle-même vice-présidente de Aydan, une organisation qui promeut l'altérité religieuse et milite pour la solidarité, la diversité et la dignité humaine à travers une dizaine de pays arabes.

    Pour preuve de son ouverture, ce livre écrit avec l'aide de Marie Malzac, journaliste à la Croix, ses années de formation passées dans des établissements chrétiens ou son attachement à l'émir Abd El Kader, qui milita pour les droits de l'homme en Algérie et défendit une communauté chrétienne à Damas. Nayla Tabbara rappelle que "le fin mot du Coran (si l'on en fait une lecture chronologique car la cinquième sourate est la dernière révélée) est un appel à la réconciliation, à l'ouverture et à la convivialité entre gens du Livre (sourate 5,5 et 5,48)".

    Reste à espérer que ce courant nouveau, bienveillant et dépassionné devienne majoritaire au sein de l'Islam (le port du voile est globalement en régression, certaines mosquées deviennent mixtes, des femmes refont l'appel à la prière...) et que, porté en partie par des femmes, il puisse fédérer sur des principes de "bien commun, de dignité humaine et de justice", valeurs originelles de l'Islam. Et si la guerre ou "djihad", prôné par certains versets contre l'"infidèle" et dont on sait qu'il est avant tout un combat contre soi-même, consistait à combattre avant tout les idées reçues transmises de génération en génération par des hommes pour des hommes en dépit d'un contexte de bienveillance envers l'humanité, envers toute l'Humanité...

    Crédit photo : Bayard

  • La Profondeur du chant de Léonard Cohen

     

    J'ai toujours en tête une chanson

    J'ai toujours en tête une chanson

    Qu'Anjani pourrait chanter

    Elle évoquera nos vies ensemble

    Elle sera très légère ou très profonde

    Mais rien entre les deux

    J'écrirai les paroles

    Et elle écrira la mélodie

    Je ne serais pas capable de la chanter

    Car ça montera trop haut

    Elle la chantera magnifiquement

    Et je corrigerai son chant

    Et elle corrigera mon écriture

    Jusqu'à ce que ce soit mieux que magnifique

    Puis nous l'écouterons

    Pas souvent

    Pas toujours ensemble

    Mais de temps à autre

    Pour le restant de nos jours. (p57)

     

     

    léonard cohen,the flame,nicolas richard,adam cohen,editions du seuil 2018The Flame (éditions du Seuil Sept 2018) est un recueil de notes, poèmes et chansons, confectionné en partie par Léonard Cohen et son fils Adam Cohen pour une parution posthume.

    On y retrouve les chansons de ses trois derniers albums, des notes inédites glanées dans ses nombreux carnets ainsi que des autoportraits.

    Le livre document est à l'image du personnage : secret, solitaire et aimant.

    Même s'il était célèbre, on sent qu'il n'était pas dupe du personnage extérieur acclamé par les foules (autodérision de ses dessins).

    Ses autoportraits parfois cyniques dénotent un manque de confiance en soi et il se demande souvent s'il est parvenu, au terme de sa vie, à la hauteur de la tâche ou de la mission esquissée par d-ieu (c'est ainsi qu'il l'écrit). A t'il bien entendu d'ailleurs cette Voix entres toutes, se demandera t-il tardivement ?

    Son vécu et son incarnation semblent profondément christique, lui qui nourrissait des foules mais qui souffrait dans sa chair pour la misère du monde. Parolier de l'Amour qu'il avait dû rencontrer intérieurement, sa vision de la divinité était à la veille de sa mort plus proche d'un Job ou d'un Jésus crucifié.

    Ses textes sont emprunts d'une profonde humanité avec quelques élans mystiques. Il se considérait comme "mission-né" pour l'écriture. Il griffonnait partout en toute occasion sur tous les supports à sa disposition. Son fils Adam nous rappelle en préface que "L'écriture était sa raison d'être. C'était le feu qu'il entretenait, la flamme la plus significative qu'il entretenait. Elle ne s'est jamais éteinte...Chaque page qu'il a noircie fut la preuve de l'incandescence de son âme."

    Sa vision des événements était très poétique mais penchait pour une dominante de couleurs plutôt sombres. On imagine que ses chansons furent souvent retravaillées avant d'êtres portées à la vue de tous.

    Lui qui se voyait sans véritable talent, il possédait une voix, reconnaissable entre toutes, mélancolique, profonde et habitée ; toujours grave et sensuelle, reliée à un cœur aimant blessé par la vie, l'amour, la mort.

    Ses textes témoigneront de l'éternel chantre de l'amour, humain et divin qu'il fût jusqu'au bout même dans les périodes de doute ou d’épreuves.

    Ce qu'il tenait à léguer à l'humanité, dans sa profonde humilité, c'est cette flamme qui éclaira son âme de la noirceur qu'il traversa, dans son monde intérieur comme extérieur.

    léonard cohen,the flame,nicolas richard,adam cohen,editions du seuil 2018

    crédit photo : leonardcohen.com