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Islam

  • Réconciliations : L'énergie de l'espoir

     

    “Selon les soufis, chaque femme et chaque homme sont le théâtre d'un combat, de ce jihad intérieur, qui voit s'affronter au quotidien, dans nos poitrines, l'âme charnelle – qui ne cesse de se débattre toujours tournée sur elle-même et attirée finalement par le seul plaisir égoïste – contre l'esprit supérieur – magnifiant à chaque instant la beauté et l'unité de tous les êtres – aimanté vers le monde spirituel” (p.102)

     

    abd al malik.jpgLa République peut compter sur Abd Al Malik pour imaginer et construire “le monde d'après” : un monde souhaitable, apaisé et réconcilié, ce fameux monde unifié du discours politique qui n'en a malheureusement pas la prétention.

    Réconciliation” paru chez Robert Laffont est un essai-manifeste court mais concis dans lequel on retrouve l'artiste plus engagé que jamais et à maturation d'Homme (au sens relié à l'Esprit).

    Jeune adulte, avec son groupe N.A.P, il “priait en attendant la fin du monde”, pratiquant alors un Islam peu conventionnel et moralisant. Depuis, il a œuvré lourdement d'abord en solo, explorant des univers à priori irréconciliables et tissant des ponts entre chanson française et scansion. Puis il s'est mis à l'écriture, la mise en scène et la réalisation cinématographique, déployant totalement son univers dans plusieurs couleurs politico-poétiques.

    La reconnaissance vint tôt mais ce sont véritablement deux mains tendues qui l'amenèrent à une révolution intérieure, une résilience et une renaissance, un regard neuf sur le monde : Juliette Gréco et sa foi en l'humanité, le maître soufi Sidi Hamza et son Amour équanime envers toute créature.

    Ces deux piliers-béquilles ne sont plus physiquement présents mais intégrés au plus profond d'un cœur qui souhaite désormais “faire peuple”, fort de sa réconciliation d'avec soi-même, son passé, ses origines et ses rancœurs passées si peu fortuites.

    La période sanitaire actuelle a ravivé des fractures que l'on croyait d'un autre âge mais qui n'ont jamais disparu et c'est avec une certaine hauteur de vue (bel équilibre trouvé entre avoir et être, entre intériorité et action extérieure) qu'Abd Al Malik s'érige non pas en donneur de leçons mais frère de la nation, multipliant sa présence sur les fronts : Contre le fanatisme de pseudos musulmans, pour la marche des libertés et donc contre la loi de “sécurité globale” aux cotés d'Aïssa Traoré...toujours en réflexion-médiation et force de propositions malgré l'impact financier négatif notoire sur les projets culturels en cours (annulation de la tournée-spectacle Le jeune noir à l'épée).

    Depuis l'irruption durable du virus la parole n'est plus qu'aux professionnels du verbiage et l'on déplorait la présence chaleureuse et ô combien précieuse des artistes taxés un temps de “non-essentiels”.

    Avec ce livre on sait qu'ils patientent, fulminant, dans l'attente d'irradier le monde de demain de leur lumière évanescente, celle trouvée dans la profondeur de l'ombre.

     

    “Je crois véritablement aux artistes, je crois sincèrement que ce sont eux, nous, qui changeront véritablement le monde parce qu'on travaille directement les imaginaires. Justement parce qu'on a pas peur de nos émotions, parce qu'on sait précisément d'où elles viennent et quoi en faire. Et, finalement, on est dans trois tendances qui marquent nos sociétés, l'empathie, la tendresse et la spiritualité. Les artistes pourraient diriger le monde et réussir.” (p.139)

     

  • L'Esprit et la Raison

     

    Matthieu 10,19 et 20 : Lorsqu'ils vous livreront, ne vous inquiétez pas de savoir comment parler ou quoi dire, ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là, car ce n'est pas vous qui parlerez, c'est l'Esprit de votre Père qui parlera en vous.

     

    la divinité du christ face à l'islam,rémi gomez,blf studia,novembre 2020La divinité du Christ face à l'Islam” est une livre apologétique de Rémi Gomez, paru chez BLFstudia. En bonne connaissance des textes sacrés il propose de façon pratique des argumentations et réfutations des principales affirmations de musulmans sunnites (ils sont majoritaires) sur l'humanité du Christ seule, qui fleurissent sur la toile et dans certaines réunions exégétiques. Pour rappel ces derniers réfutent la divinité du Christ, la Trinité et la crucifixion de Jésus, qui n'est qu'un prophète parmi d'autres mais d'un rang élevé, Mohammad étant le dernier.

    Dans cet ouvrage dense (380 pages), référencé et quasi théologique, l'auteur, pasteur protestant, défend la nature humano-divine de Jésus (Dieu fait homme) en recensant ses Noms divins (que les apôtres ou des proches ont avancé), ses attributs divins (Ils peuvent correspondre notamment aux 99 noms d'Allah), ses œuvres divines (pardon des péchés, résurrection des morts...) et honneurs divins.

    Il puise, pour sa défense, dans l’entièreté des textes bibliques mais aussi, pour l'attaque, dans les interstices du Coran : Jésus est un Verbe et un Esprit de Dieu, dont le terme "Ruh" lui confèrerait une nature spirituelle immortelle et à la différence de Mohammad , il est né sans péché...

    Pour Rémi Gomez, la faille des apologètes musulmans est de n'avoir pas perçu la double nature du Christ, entraînant deux types d'actes et de paroles dans les évangiles. Cette double origine de l'homme a nourri l'ésotérisme chrétien en profondeur (Durkheim, Desjardins, De Souzenelle...) mais aussi toute la Tradition unitive (de l'Egypte antique au soufisme). Elle peut décontenancer le croyant musulman littéraliste pour qui Dieu demeure inaccessible mais qui aura tendance à sacraliser son Prophète dans les faits.

     

    Ainsi, selon l'auteur, Jésus n'imposerait pas sa divinité (il ne s'est jamais qualifié de Dieu) mais l'exposerait par ses œuvres, en quelque sorte un dieu malgré lui alors puisqu'à notre connaissance, il fuyait les honneurs, préférant la solitude et l'intimité avec Dieu le Père...Et si d'ailleurs la croix n'était que la conséquence de cette idolâtrie non recherchée, le péché n'étant que l'oubli de la nature divine en chacun (plus besoin de la projeter sur quelqu'un) ? Mais c'est un autre sujet.

    L'apologète de profession (il forme également des chrétiens au dialogue avec les musulmans) multiplie les arguments textuels pour conforter une défense raisonnable face aux détracteurs du christianisme mais il oublie (mais l'oral est différent de l'écrit) l'aide et la force de l'Esprit sain, apte à défendre (parfois par un silence parfait) dans l'instant le croyant en mal d'arguments. Le Verbe en question court-circuite en effet toute pensée puisqu'il est au-delà du mental parfois retors. Acte de foi par excellence.

    Pourquoi ne pas finalement admettre un mystère de l'identité du Christ au lieu d'opposer systématiquement une religion à l'autre sous prétexte de vérité absolue (et finir par invectiver son prochain) ? Être en relation avec le Vivant c'est communier au mystère du “fiat Lux”, de l'union au-delà des contraires, d'Amour inconditionnel pour toute la Création, ce qui en soi laisse pantois et sans argument massif autre que la Fraternité de cœur et l'unité des croyances.

     

  • L'essence de l'Imam Ali dévoilée

    Dans le sunnisme, l'autorité religieuse est représentée par le Coran. Dans le shi'isme, qui considère le Coran comme un “guide muet, silencieux”, seul l'Ami ou l'Alllié de Dieu (wali), le Maître de l'Ordre (sahib/wali al-amr), le sage initiateur (alim), représenté notamment par la figure de l'imam, “le livre parlant”, peut légitimement remplir ce rôle sacré. En communication avec les anges et avec l'Esprit-Saint, le Guide Sage prolonge ainsi la prophétie grâce à sa réalité théophanique, à sa nature (la constitution quintuple de son esprit) et à la fonction initiatique. Tous ces aspects sont désignés dans le shi'isme par le terme de “walaya” dont la figure de Ali est le symbole suprême. (p.219)

     

    Ali, le secret bien gardé,Mohammad Ali AMIR-MOEZZI,CNRS Editions,second messie,Imam cosmique,Archétype céleste,Novembre 2020Pour “Ali, le secret bien gardé” paru chez CNRS Éditions, Mohammad Ali AMIR-MOEZZI compile, pour notre plus grand bonheur, des éléments de recherches universitaires récents sur les figures mystiques d'Ali Ibn Abi Talib, gendre et cousin du Prophète Mohammad, qui fut également le quatrième calife de l'Islam naissant (656-661). On voyage à travers l'histoire moyen-orientale et chaque partie de l'ouvrage constitue une couche de peinture supplémentaire du portrait spirituel de l'Ami fidèle, jusqu'au noyau primordial, tel qu'il fut perçu par les musulmans shi'ites.

    Cet opus vient en complément de “La preuve de Dieu” (Éditions du Cerf) que représentaient les Imams saints de la religion shi'ite (branche duodécimaine), dont il est dit ici qu'Ali est l'Archétype et modèle originel.

    Auréolé des Attributs de la divinité à travers les siècles par ses partisans, initiés et maîtres spirituels (soufis ou shi'ites) ou philosophes islamiques, son statut sacré remonte à l'origine de la tradition alors qu'il combattait et recevait l'Initiation aux cotés du Prophète Mohammad.

    Les études historiques et philologiques le présentent, du point de vue shi'ite, comme le Messie attendu à la fin des temps alors que le Prophète fut assimilé au Paraclet en tant que réceptacle de l'Esprit-sain. En tout cas avant que l'Islam ne s'institutionnalise et prenne consistance dans l'Histoire, l'Heure de l'Eschaton n'arrivant finalement pas.

    De son statut messianique, Ali perdit la dimension apocalyptique mais en gardera les principales fonctions spirituelles,...nature théophanique et guidance inspirée...et celle d'Imam par excellence.”

    Ce “Secret” de la Raison illuminative et illuminatrice d'Ali en tant qu'Herméneute du Coran pour son sens ésotérique (la walaya), fut à demi caché pour cause d'assimilationnisme mais aussi par peur de représailles de la part des tenants officiels de la Vérité (en l’occurrence les futurs sunnites).

    La thèse shi'ite officieuse évoque en effet une falsification et amputation du Coran original par ceux-là même qui y étaient désignés comme ennemis de la famille de Mohammad. Furent donc gommés des noms (ennemis et amis), des fonctions (la dimension messianique d'Ali notamment) et des commentaires ésotériques qui rendaient la lecture du Coran plus claire et sans ambiguïtés aucunes.

    Le Prophète avait appelé ses fidèles à la “walaya” de Ali, prouvant ainsi la supériorité de l'ésotérique, de l'esprit, du “batin” dont Ali est le symbole et porte-parole, sur l'exotérique, la lettre, le “zahir” dont il était lui-même le messager”. (p.58)

     

    Après son assassinat il acquiert une dimension mythique, mystique voire cosmique qui, comme le Christ, est en lien avec la Lumière de Dieu, porteur des Attributs (qualités ou Noms) et Organes de Dieu (œil, mains, bouche...). Sa représentation (les fameux shama'il ou portraits portatifs) comme support de contemplation (vejhe) parmi les adeptes de sa religion (Din-Ali) est d'ailleurs un exercice recommandé pour aiguiser l’œil du cœur et conscientiser le “corps de lumière” de l'Imam et de chaque imam de sa lignée initiatique.

    Même si ses superlatifs se sont atténués au fil du temps (comme pour le Christ qui est assimilé désormais à un philosophe...), des millions de fidèles lui confèrent encore un statut quasi théophanique. Idem pour les douze imams dont les dons prophétiques n'ont jamais scellés l'herméneutique du message divin, codé et protégé secrètement (technique de la taquiyya) jusqu'à l'avènement du Résurrecteur dont on sait qu'une part d'Ali sera constitutive de son essence.

    Un livre référence qui brosse un portrait intérieur complet et érudit de l'Imam Ali.

     

  • IAM : Une parole de poids

     

    Nous proposons une autre vision de la société, en quête d'un projet constructif plutôt que destructif, d'une ouverture plutôt que d'une fermeture...si nous pouvons encore éveiller quelques consciences et encourager l'empathie et la cohésion de notre humanité fragmentée, ce sera notre pierre à l'édifice” (Entre la pierre et la plume – IAM).

     

    IAM,Entre la Pierre et la Plume,Baptiste Bouthier,Editions Stock,Octobre 2020Le collectif IAM (Akhenaton, Shurik'n, Kephren, Kheops, Imhotep et peut-être aussi Saïd ?) signe avec Baptiste Bouthier, journaliste socio-politique à libération, un livre témoignage “Entre la pierre et la plume” paru chez Stock éditions, sur leurs riches parcours dans le secteur culturel. L'ouvrage est émaillé de sentences puisées dans la discographie et de bulles focales sur chaque membre du crew phocéen. 

     

    Pour qui suit leur carrière, les textes parlent d'eux-mêmes mais l'intérêt du livre c'est de développer la pensée (des chapitres entiers sur 9 thématiques dont le cinéma, le langage et l'argot, Marseille la ville ou encore la domination et le racisme...), expliciter le processus créatif (Le concept IAM, l'influence des membres sur les plans socio-culturels ou politico-spirituels) et replacer dans son contexte (Marseille, le statut des français issus de l'immigration, l'influence et le statut du rap) un groupe (et les techniciens qui gravitent autour) qui perdure depuis plus de trente ans.

    Avec 9 albums concepts au compteur, des albums solos, des productions de talents marseillais (FF, L'Algérino, Psy4 de la rime,Veust Lyricist, Faf Larage, Bouga, chiens de paille...), des réalisations cinématographiques, le groupe n'a pas à rougir de son bilan auditif avec des salles toujours pleines, sans véritable campagnes de promotion et surtout l'aura respectueuse due à un pilier mythique de l'histoire du rap (français), droit dans ses bottes et ses choix artistiques.

     

    Le groupe dévoile notamment sa formule secrète appliquée à chaque missive : des albums conceptuels basés sur six piliers : des titres politiques et engagés, introspectifs, historico-mystiques, à base d'humour, de storytelling ou d'égotrip.

    Autre point crucial l'effort porté sur l'écriture : un “verbe ciselé et travaillé mais qui reste accessible”, érudit mais pas élitiste, complexe mais pas compliqué, technique mais pas ampoulé, à base de sentences (une phrase qui marque en profondeur) plutôt que de punchlines.

    Mais sa véritable richesse reste son ciment collectif. IAM est le seul groupe soudé depuis ses débuts (à part le départ de Freeman, au nom prophétique ?), uni par ses passions communes (la civilisation égyptienne, le cinéma de genre, la culture asiatique ou l'amour du hip hop, donc de New York...), sa foi et sa fidélité à toutes épreuves. Le microcosme est en soi une démocratie qui valide chaque décision à la majorité absolue.

     

    Éternels challengers au sein d'un mouvement originel qui ne cesse de se régénérer, les jeunes vétérans d'IAM acceptent volontiers l'esprit de compétition et remettent en jeu leurs lauriers à chaque nouvel album. Leur vécu leur donne avec l'âge un poids politique intéressant et important en particulier sur la culture dominante qui selon eux, méprise encore le rap, alors que sa diffusion est majoritaire en France. Un mépris à la fois de classe et ethnique, s’appuyant parfois sur un schéma raciste envers ceux dont “l'expression est populaire, le langage issu de l'oralité, affublés en plus d'un accent ou de termes argotiques”.

    Deux mondes sociaux-politiques qui s'opposent à travers le monde, même si des ponts existent pour “dénoncer oppressions, racisme et injustices” dans les deux camps opposés. Cette voie du milieu est celle prônée par l'entité IAM depuis le début avec une richesse symbolique et lexicale qui invite à l'ouverture d'esprit plutôt qu'à l'individualisme et au repli sur soi, constaté ces dernières années.

     

    Reste le futur à inventer puisque le mouvement hip hop s'écrit au présent. Lourd de son concept dont l'acronyme IAM est multiple : à la fois “j'existe”, “Imparial Asiatic Men”, “Invasion Arrivant de Mars”..., reste peut-être sa dimension mystico-spirituelle à investiguer, à savoir le fameux “Je Suis” divin, l'essence du nom ?

    Le temps file et la sagesse accumulée (Égypte, Islam, Zen...) pourrait devenir pierre de taille, dans son intériorité, pour de prochaines thématiques métaphysiques, en venant parachever l'édifice...

    Un livre de poids donc à mettre entre toutes les oreilles attentives, et de bonne volonté.

     

  • L'âme animale

     

    Le vrai sentiment est immobile,

    IL AIME TOUT ET RAYONNE.

    Entretien 10 des Dialogues avec l'Ange

     

    Les récits extraordinaires évoquent un climat de bonté, de joie, de paix, d'amour offert à tous, hommes et bêtes, et se situent dans un lieu où tout est possible : la chambre intérieure éclairée par l'Esprit. A ceux qui les écoutent ils donnent de raviver leur foi, de recouvrer leur innocence et de rappeler la puissance miséricordieuse de Dieu”. (p.77)

     

    Jacqueline Kelen,Les compagnons de sainteté - Amis de Dieu et des animaux,Editions du Cerf,G.I GUrdjieff,Récits de Bellzébuth à son petit fils,Charbonneau-Lassay,le Bestiaire du Christ,Octobre 2020Tout juste auréolée du prix de la liberté intérieure pour "Histoire de celui qui dépensa tout et qui ne perdit rien", la prolixe Jacqueline Kelen revient chez Cerf Editions avec  " Les compagnons de sainteté - Amis de Dieu et des animaux".
    Il s'agit d'un livre thématique qui recense les occurrences et édifications animalières au sein des religions monothéistes (Bible, Coran, récits de saints de toute confession) et des philosophies ou doctrines orientales (anecdotes de sages). Chaque historiette est classée, contextualisée et analysée et l'on s'instruit autant que l'on découvre une sagesse universelle dont l'animal est la clé.
    C'est un ouvrage plaisant, assez exhaustif et riche sur le sujet des relations de communion entre hommes sages/saints et animaux sauvages ou domestiqués. Comme d'habitude avec Madame Kelen, nous sommes pris dans un voyage spirituel avec quelques sermons de bon ton.
    En filigrane se dessine la sensibilité et amour de l'autrice pour ces deux protagonistes de l'Histoire spirituelle (sans oublier végétaux et minéraux), qu'aurait apprécié G.I Gurdjieff qui mettait en scène un Belzébuth compassionnel avec la gente animale à travers l'histoire de l'humanité.
    Et Jacqueline Kelen de rappeler le caractère sacré et non déchu ( de l'état édénique) de tous les animaux aidés ou aidants, sauvés ou sauvants, sur le chemin des hommes de vertus.
    Parfois plus proches des mystiques que des hommes, ces compagnons de route sont ici magnifiés et mis à l'honneur pour leurs qualités étriques ou leur amour désintéressé, suscitant parfois vocations ou illuminations auprès de cœurs aimants ou épris de Dieu.

    L'autrice insiste sur ce cœur, “ lieu où se manifeste l'Esprit, lieu de la connaissance supérieure...qui octroie la communion”, par rapport au savoir, intellectuel par définition, qui “crée souvent séparation et division”. La compagnie des animaux ou des plantes permet parfois cette décentration de la tête au cœur et la fortification de cet organe subtil, presque invisible à l’œil nu, mais d'une puissance à faire trembler les montagnes ou à discerner l'essence des êtres dans l'instant, organe visionnaire coutumier chez les chamanes, sages et saints de tous bords, mais aussi des éternels enfants.

    Même si l'histoire publique du Christ est assez pauvre en “compagnons de sainteté” (l'âne, le bœuf, le coq...), Louis Charbonneau de Lassay consacra une partie de sa vie au Bestiaire du Christ, nous rappelant par la symbolique, le lien sacré et indéfectible entre toutes les parcelles de la Création.

     

    Les liens tissés sur un plan profond entre un homme et un animal s'avèrent impérissables. Leurs âmes se retrouveront toujours. Ceux qui sur terre sont aimés sur le plan supérieur de l'Esprit se retrouveront dans l'Esprit (l'Un, l'Absolu, le Soi...). Ce n'est pas là un vœu légitime mais une limpide évidence”. (p.194)

     

  • Faire des deux l'Un

    La rage de l'égo n'est rien d'autre que son impuissance à être Dieu...le remède est dans l'humilité et la sincérité.

     

    Scribe de Dieu,Jean-Bruno Falguière,Erick Bonnier Editions,Sidi Seïd Hamza,Mars 2020Avec "Scribe de Dieu" paru chez Erick Bonnier Editions, Jean-Bruno Falguière nous offre la quintessence du soufisme Boutchichiya, un courant ésotérique et initiatique de l'Islam.

    Du mental au Cœur de l'être, de l'ombre à la Lumière, de l'orgueil à l'Amour, l'auteur traverse trois étapes liées à trois éveils de conscience dans son parcours et à la rencontre de trois maîtres spirituels, investiguant à chacune d'elle plus de profondeur, de symbolique et d'intériorité.

    La psychanalyse tout d'abord, en tant que patient (pendant 15 ans il "dépollue" son histoire transpersonnelle de toutes ses peurs, fausses croyances, oublis) puis officiant, après la découverte cruciale et l'étude minutieuse de l’œuvre de C.G Jung. Il développe soon sens de l'observation et sa capacité d'empathie.

    La spiritualité ensuite au contact de Luis Ansa pendant 9 ans et la découverte, comme cadeau de départ, de l'évangile selon Thomas, célèbre apocryphe qui ne le quittera plus.

    La religion enfin, au sens d'être relié à la Source, que personnifia le Maître soufi Sidi Seïd Hamza (désormais Sidi Jamal, son fils et successeur), avec ses rendez-vous sacrés que sont le Dhikr, la prière, l'évocation et la contemplation orientée.

     

    Le titre du livre est un hommage à son maître spirituel récemment disparu, qui "gravait les mots de Dieu dans le cœur de ceux qui l'approchaient". Ces mots constituent la grosse partie de l'ouvrage où l'auteur fait siennes les paroles du Maître en nous faisant part de ce qu'il a compris, expérimenté. Il nous ancre dans son cheminement et évoque les prémices d'une transmission en s'éveillant aux murmures de son cœur éveillé.

    "Être en Islam c'est être en toute vérité dans la soumission et l'adoration de Dieu", êtat d'être somme toute assez universel, hors dogme, et qui confine au Mystère de l'humilité ou à la Joie du Serviteur.

    C'est par ce biais et cette forme, incarnés par Sidi Hamza, que J.B Falguière a remplacé le doute dans sa vie par la Certitude de Dieu, un juste retour en Sa patrie pour celui qui, depuis adolescent déjà, avait la "volonté d'éveiller l'Amour compatissant en son cœur... en priant Dieu".

    Pour ce fidèle ami de Jésus, l'"Islam comme le Christ est la révélation de la Lumière du Père".

     

    Longtemps tiraillé dans une quête duelle entre un travail de purification du corps de souffrance ("le moi infantile et apeuré qui conditionne la vie et la voue à un aveuglement définitif" ; "l'outil qui se prend pour le connaissant") et d'ouverture du Cœur aimant ou corps d'Amour ; il finit par transcender ce dilemme en naissant à sa nouvelle identité : la capacité d'aimer et d'accueillir.

    Dès lors il n'a de cesse de développer cette vision du cœur miséricordieux envers l'humanité entière, un regard somme toute assez féminin sur le monde (Il dira même être épousé de son Maître) qui est "le regard de notre origine".

    Bienheureux qui a retrouvé l'équilibre en aimant Tout car tout vient de Dieu, reconsidérant ombre et lumière et leurs nécessaires cohabitations pour mieux se découvrir jet de lumière.

     

  • La vie donnée de Louis Massignon

     

    C'est l'idée fondamentale, d'ailleurs de toute ma vie, depuis 45 ans, lutter pour le Sacré, la parole donnée, le droit d'asile, l'hospitalité sacrée ; toutes choses absentes de la diplomatie internationale ; et des politiques coloniales, qui commettent des sacrilèges à longueur de journée. (p.409)

     

    Manoël Pénicaud,Louis Massignon-le "catholique musulman",Bayard Editions,Février 2020. Une conversion est un acte radical qui ne souffre pas de demi-mesure. Il y a un avant et un après et le sujet conscient du sacré qu'il porte en lui naît nouveau et pleinement soi, postérieurement à sa métanoïa.

    C'est une des lectures plausibles du livre de Manoël Pénicaud sur  Louis Massignon, le « catholique musulman" paru chez Bayard Éditions. Ce volumineux ouvrage agrémenté de photographies et sources inédites (les grandes lignes de sa vie spirituelle et de sa conversion, des archives familiales) présente l'homme qu'il fût sous de multiples facettes (agnostique,militaire, savant, mystique, intellectuel et pèlerin) qui s'interpénètrent par ce prisme de la quête de la foi absolue au Dieu monothéiste.

    Le jeune homme érudit, diplomate, épris du charme Oriental à l'esprit de colon, rendit peu à peu les armes à partir d'une fameuse nuit de printemps 1908 où il fut incardiė par un Feu intérieur d'abord Juge puis Amour inconditionnel, pour ses inflexions passées (relations homosexuelles honteusement vécues, activité de conseiller d’État rarement compatible avec celui d'ami de Dieu).

    Comme racheté par une communauté d'orants vivants ou morts (la communion des saints), il n'aura de cesse de payer sa dette envers cette assemblée d'entremetteurs œuvrant pour son salut et son entrée dans la Vie (religieuse et sacrée).

    Dans un souci de fidélité à l'Hôte divin il fera jusqu'à sa mort (1883-1962) vœu de "substitution, de parole donnée et d'hospitalité sacrée (l'Aman)", avec honneur et loyauté, notamment envers ses frères musulmans, les derniers héritiers mais les plus méprisés de la promesse, mais aussi ses pairs dans le sacerdoce qu'il contribuera à révéler ou vénérer (Charles de Foucauld, Huysmans, Hallaj, quelques femmes stigmatisées, Marie, Abraham…), enfin ses frères de cœur de toutes confessions en ce siècle violent, tumultueux (les deux guerres mondiales, la guerre froide, la constitution de l’État d'Israël, l'indépendance des pays de l'Afrique du Nord...) et préfigurateur de la fin possible des temps.

    Car même s'il voulut très tôt se faire une mentalité arabe et musulmane (au risque de passer pour un traître lors de missions diplomatiques), même si toute sa vie il pensa, écrivit et pria en arabe et qu'il voua sa vie à mieux faire comprendre et aimer cette religion hospitalière qu'est l'Islam, sa crise mystique qui le transfigura à vie (lire les nombreux avis ou ressentis de ceux qui l'approchèrent) le ramena au catholicisme (au sens universel du terme) et à ce cœur vulnéré du Christ souffrant pour l'humanité pècheresse, sorte d'imago Dei.

    Et si la période historique fut propice à de nombreuses conversions (Bloy, Huysmans, Foucauld, Claudel, Maritain…) et au rayonnement christique de la France (sœur ainée de l'église et protectrice des lieux saints) c'est par l'étude de la mystique soufie, en la trajectoire d'Hallaj notamment (véritable crucifié d'Amour par les siens), qu’il comprit la compassion voire la substitution (souffrir à la place ou pour le rachat d'untel connu ou non), à son sens le cœur même de l'être chrétien.

    Fasciné par ces « piliers invisibles qui s'offrent en otage pour racheter les péchés de la société" (les "Abdals" chez les soufis ou saints apotropéens chez les chrétiens) il créera avec Mary Khalîl à Damette la Badaliya (substitution en arabe) afin de prier pour le salut des musulmans non pour les convertir mais les préparer à la réconciliation finale d'avec les autres croyants et au retour eschatologique de Jésus.

    Le livre de l'anthropologue Manoël Pénicaud aborde d'autres aspects du personnage : ses engagements et sa bravoure militaires, ses actions politiques comme universitaire spécialiste du monde arabo-musulman, ses rencontres de catholique engagé avec des personnalités politiques ou religieuses (Mohammed V, Gandhi…), son immense érudition et maîtrise des sciences humaines et sociales, son caractère de scientifique et d'archéologue de la psyché humaine (appliqué à lui-même également)... et il arrive à nous le rendre à chaque fois plus proche et accessible que ne le fut sa pensée, sans tomber dans l'hagiographie.

    Louis Massignon Homme de Dieu sans conteste, pratiquant, fervent, pieux, soucieux du sort de l'humanité et des plus méprisés, engagé pour le salut de certaines âmes avant la sienne, et pourtant du monde et dans le monde pleinement (marié à Marcelle Dansaert avec qui il aura trois enfants, tertiaire franciscain et ordonné prêtre melkite) avec un emploi du temps rempli à ras bord, grand islamologue, penseur, savant, apôtre du dialogue islamo-chrétien, œuvrant pour la "paix dans la justice, synonyme de Royaume de Dieu" sur terre, tout orienté vers la rédemption apocalyptique orchestrée par les élus...

    D'aucuns le disaient prophète, d'autres saints, il avait en tout cas le don de révéler la grandeur de chacun, de lire dans l'âme de ses contemporains et savait s'oublier pour que l'Autre, l'Hôte soit, homme ou Dieu...mais Dieu LUI-même est plus savant !

     

    Il n'y a pas au fond plusieurs œuvres de miséricorde, il n'y en a qu'une, c'est l'hospitalité sacrée, qui fait foi à l'hôte, cet étranger, cet inconnu mystérieux qui est dieu même venant se mettre à notre merci, désarmé. (p.404)