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Islam

  • La face occultée de Dieu

    "L'islam aujourd'hui plus qu'à toute autre époque, se caractérise par une inflation des lectures normatives centrées sur l'interdit et le permis, l'amputant ainsi de toute dimension spéculative ou mystique" (p.37)

    Poussée par un impérieux devoir de mémoire depuis la mort de son père,
    Kahina Bahloul s'est appropriée un cheminement spirituel singulier, celui de la voie ésotérique soufie, pour transmettre à son tour des valeurs et attributs hérités d'un joli brassage religio-culturel (Son père berbère de lignée maraboutique et sa mère française, de confession judéo-chrétienne).
    Fière de ses origines (c'est la première partie de l'ouvrage), elle a approfondi l'histoire de son prénom (une célèbre prophétesse berbère résistante) et le statut politico-spirituel de son patronyme ( digne du mythique fou-sage Mullah Nasreddine) pour entrer de plain pied dans la tâche d'imame, la première de France, une fonction difficile à imposer au sein d'un Islam actuel majoritairement plutôt rétrograde, littéraliste et patriarcal (elle rappelle au passage qu'au temps fantasmé, une femme mandatée par le Prophète, Oumma Waraqua, dirigeait la prière dans la deuxième mosquée de Médine).
    kahina.jpgDans ce premier livre personnel et plutôt rationnel, "
    Mon islam, ma liberté", paru chez Albin Michel, elle évoque sa position sur le voile, rappelant qu'il n'est ni l'apanage de l'islam ni une prescription coranique. Une traduction plus intériorisée proposerait de "voiler le regard"...
    Elle revient également sur les années noires qu'à connu l'Algérie de son enfance et les persécutions subies par les femmes au nom du surenchérissement (ou inflation) d'un masculin vertueux conforme à une origine à la fois faussée (on est loin de l'esprit égalitaire auquel l'envoyé de Dieu a appelé l'humanité) et dépassée (le monde  a profondément changé depuis les interprétations des premiers juristes musulmans) .
    La jeune autrice et imame milite enfin et surtout pour un islam spirituel et libéral, à l'image des mystiques soufis "
    dont la plupart des penseurs furent et sont en faveur du pluralisme religieux et du salut universel", Ibn Arabi le premier (La dernière partie du livre tente une exégèse de sa pensée). Prenant aux mots le Coran elle ne peut qu'imaginer un Dieu immanent, se révélant et contenu dans le cœur de ses amants-es.
    Le texte sacré mérite selon elle une lecture historico-critique pour dépoussiérer certains versets d'un contexte passéiste révolu, doublé d'une vision intériorisée et non littérale. On sait qu'Ali fut le dépositaire-témoin des sept versions d'un même verset coranique mais la science de l'écriture ne se révèle qu'aux amis (wali) et rapprochés de Dieu, ceux qui empruntent un chemin de sainteté en purifiant leur cœur de toutes les scories empêchant le Réel d'advenir. Après
    Delphine Horvilleur ou Anne Soupa, c'est au tour de Kahina Bahloul de bousculer avec force, courage et brio, l'institution religieuse dans ses fondements stéréotypés pour imposer une version toute féminine, sensible et ouverte d'un Dieu Miséricordieux et doté de matrices.

     

  • Le supplément d'âme du corona-virus

     

    Shafique Keshavjee,La couronne et les virus,Editions Saint-Augustin,Editions Het-pro,Mars 2021Dans "La couronne et les virus", paru aux éditions Saint-Augustin et Het-pro, Shafique Keshavjee nous donne, sous forme légèrement romancée, des clés pour appréhender cette période de confinement subie, par son côté pile, lumineux, spirituel.
    Il est question d'âme sœur, une certaine Li Ying qui entre en contact avec l'auteur par mail. De prime abord intéressée par ses livres (il est pasteur réformé en Suisse et milite pour l'inter-religieux) une correspondance se tisse entre eux où se déroule son histoire personnelle (elle est apparemment au contact des porteurs du virus). Dès lors, intimité oblige, se dévoilent aussi les relations proches de la mystérieuse avatar (dont le célèbre médecin lanceur d'alerte de Wuhan) et surtout son intérêt pour les religions et sagesses universelles (Tao, messianisme juif, islam et christianisme non dévoyés), sa marotte et fil linéaire, qui est aussi celui de Shafique...ces deux là sont fait pour dialoguer, s'entendre et se comprendre : le meilleur ferment de l'Orient et de l'Occident qu'Einstein appelait de ses vœux pieux.
    L'histoire intelligemment construite et élaborée nous replonge dans les mois les plus anxiogènes de l'épreuve covid pour mieux la réécrire de façon symbolique et amener une réflexion plus ouverte et élargie sur la couronne de grâce et de désir,
    kheter en hébreu, qui est notre potentiel spirituel en naissant et sur les nombreux virus qui polluent, empoisonnent ou asphyxient nos initiatives d'élévation, en soi ou envers autrui.

    "La couronne de Vie est pour les combattants des virus".

    Ainsi de nos pensées, émotions, sensations qui peuvent vite tourner par polarité et si l'on ne fait preuve d'une certaine souplesse ou fluidité, vers le côté obscur de la stigmatisation, du repli sur soi ou encore de l'idolâtrie.
    Chaque personnage (de fiction ?) du récit devient allégorie d'un concept ou d'un complexe psychologique avec ses deux aspects antagonistes (ombre et lumière) que la vie viendra titiller et dont la savante alchimie influencera la qualité future du fruit, l'être spirituel à faire naître en soi.
    Brillante démonstration, fond et forme, d'un itinéraire de vie toujours sur le fil, fragile mais ô combien précieux aux yeux de Celui qui modèle l'âme humaine et rend possible sa transformation.

     

  • L'homme et sa double origine

     

    Caïn n'est donc plus la figure du méchant par excellence, c'est au contraire celle de l'homme dans son plein épanouissement, l'homme ayant assumé la totalité de son être. Il est à la fois le meurtrier mais aussi le créateur de la civilisation, le fondateur. En lui, les pulsions de vie et de mort cohabitent, sans se nier l'une, l'autre.” p.81


    Si l’œdipe est un arbre (vertical), le Caïn est un rhizome, proliférant dans toutes les directions, charriant haine et amour mêlés, d'un horizon à l'autre.” (p.171)

     

    Gérard Haddad,A l'origine de la violence - d'oedipe à Caïn, une erreur de Freud ?,Salvator éditions,Freud,Lacan,Bible,mythes,Christ,Janvier 2021Les éditions Salvator publient “A l'origine de la violence – d'Oedipe à Caïn, une erreur de Freud ?”.

    Dans ce livre consensuel et synthétique (il regroupe des éléments épars de ces trois derniers ouvrages), Gérard Haddad aborde le complexe de Caïn (définition et crédit), l'origine de sa réflexion (les attentats islamistes dont beaucoup sont commis par des frères), ses ramifications (les traces du complexe laissées par Freud et Lacan) et son importance pour le mouvement psychanalytique futur. Il apparaît en effet vital d'appréhender et interpréter autrement le drame humain que par le seul parricide. Et intégrer le “Caïn refoulé” permettrait, selon l'auteur, à l'institution psychanalytique, de progresser sans s'entredéchirer.

    A travers l'étude de la genèse biblique (“la société humaine et sa culture surgissent à travers un fratricide”) et de quelques auteurs classiques (Shakespeare notamment) , il cautionne son intuition première et adjoint au célèbre complexe d'Œdipe celui plus collectif et souterrain de Caīn et de la violence fraternelle. Car si l'Oedipe se résout généralement dans l'amour par la mort ou castration symbolique du sujet, le Caïn lui nous accompagne plus longuement et peut devenir source de guerres sur un plan extérieur mondialisé (“un fratricide à grande échelle”)...
    Il donne également des exemples de pacification et de pardon (Joseph et Isaac/Ismaël bibliques, Mandela, Gandhi, Yitzhak Rabin...) avant de proposer un chemin de guérison, “un chemin idéal de sainteté et de justice”.

    Caïn est le double (“Il naît de l'angoisse primordiale du double”), l'ombre tapi dans notre inconscient, l'autre en devenir ou potentiel, peut-être celui que les ésotéristes de tous bords nomment l'”être”(par opposition à l'égo), d'origine céleste, en tout cas obéissant à d'autres lois, de la reconnaissance à la co-naissance ? Sa non-réalisation ferait tomber l'humain dans une forme de fanatisme que seule la loi et la peur du gendarme stopperait.
    Le Christ est pour certains ce frère lumineux, rançon de Caïn et fin de la malédiction, de la violence extérieure. Au-delà des chapelles ils Le reconnaissent comme l'archétype de l'esprit, né d'en haut et à qui il est louable de céder la place dans une attitude respectueuse, le Connaissant étant relié à la Source, Il est naturellement d'un rang plus élevé.

     

  • Réconciliations : L'énergie de l'espoir

     

    “Selon les soufis, chaque femme et chaque homme sont le théâtre d'un combat, de ce jihad intérieur, qui voit s'affronter au quotidien, dans nos poitrines, l'âme charnelle – qui ne cesse de se débattre toujours tournée sur elle-même et attirée finalement par le seul plaisir égoïste – contre l'esprit supérieur – magnifiant à chaque instant la beauté et l'unité de tous les êtres – aimanté vers le monde spirituel” (p.102)

     

    abd al malik.jpgLa République peut compter sur Abd Al Malik pour imaginer et construire “le monde d'après” : un monde souhaitable, apaisé et réconcilié, ce fameux monde unifié du discours politique qui n'en a malheureusement pas la prétention.

    Réconciliation” paru chez Robert Laffont est un essai-manifeste court mais concis dans lequel on retrouve l'artiste plus engagé que jamais et à maturation d'Homme (au sens relié à l'Esprit).

    Jeune adulte, avec son groupe N.A.P, il “priait en attendant la fin du monde”, pratiquant alors un Islam peu conventionnel et moralisant. Depuis, il a œuvré lourdement d'abord en solo, explorant des univers à priori irréconciliables et tissant des ponts entre chanson française et scansion. Puis il s'est mis à l'écriture, la mise en scène et la réalisation cinématographique, déployant totalement son univers dans plusieurs couleurs politico-poétiques.

    La reconnaissance vint tôt mais ce sont véritablement deux mains tendues qui l'amenèrent à une révolution intérieure, une résilience et une renaissance, un regard neuf sur le monde : Juliette Gréco et sa foi en l'humanité, le maître soufi Sidi Hamza et son Amour équanime envers toute créature.

    Ces deux piliers-béquilles ne sont plus physiquement présents mais intégrés au plus profond d'un cœur qui souhaite désormais “faire peuple”, fort de sa réconciliation d'avec soi-même, son passé, ses origines et ses rancœurs passées si peu fortuites.

    La période sanitaire actuelle a ravivé des fractures que l'on croyait d'un autre âge mais qui n'ont jamais disparu et c'est avec une certaine hauteur de vue (bel équilibre trouvé entre avoir et être, entre intériorité et action extérieure) qu'Abd Al Malik s'érige non pas en donneur de leçons mais frère de la nation, multipliant sa présence sur les fronts : Contre le fanatisme de pseudos musulmans, pour la marche des libertés et donc contre la loi de “sécurité globale” aux cotés d'Aïssa Traoré...toujours en réflexion-médiation et force de propositions malgré l'impact financier négatif notoire sur les projets culturels en cours (annulation de la tournée-spectacle Le jeune noir à l'épée).

    Depuis l'irruption durable du virus la parole n'est plus qu'aux professionnels du verbiage et l'on déplorait la présence chaleureuse et ô combien précieuse des artistes taxés un temps de “non-essentiels”.

    Avec ce livre on sait qu'ils patientent, fulminant, dans l'attente d'irradier le monde de demain de leur lumière évanescente, celle trouvée dans la profondeur de l'ombre.

     

    “Je crois véritablement aux artistes, je crois sincèrement que ce sont eux, nous, qui changeront véritablement le monde parce qu'on travaille directement les imaginaires. Justement parce qu'on a pas peur de nos émotions, parce qu'on sait précisément d'où elles viennent et quoi en faire. Et, finalement, on est dans trois tendances qui marquent nos sociétés, l'empathie, la tendresse et la spiritualité. Les artistes pourraient diriger le monde et réussir.” (p.139)

     

  • L'Esprit et la Raison

     

    Matthieu 10,19 et 20 : Lorsqu'ils vous livreront, ne vous inquiétez pas de savoir comment parler ou quoi dire, ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là, car ce n'est pas vous qui parlerez, c'est l'Esprit de votre Père qui parlera en vous.

     

    la divinité du christ face à l'islam,rémi gomez,blf studia,novembre 2020La divinité du Christ face à l'Islam” est une livre apologétique de Rémi Gomez, paru chez BLFstudia. En bonne connaissance des textes sacrés il propose de façon pratique des argumentations et réfutations des principales affirmations de musulmans sunnites (ils sont majoritaires) sur l'humanité du Christ seule, qui fleurissent sur la toile et dans certaines réunions exégétiques. Pour rappel ces derniers réfutent la divinité du Christ, la Trinité et la crucifixion de Jésus, qui n'est qu'un prophète parmi d'autres mais d'un rang élevé, Mohammad étant le dernier.

    Dans cet ouvrage dense (380 pages), référencé et quasi théologique, l'auteur, pasteur protestant, défend la nature humano-divine de Jésus (Dieu fait homme) en recensant ses Noms divins (que les apôtres ou des proches ont avancé), ses attributs divins (Ils peuvent correspondre notamment aux 99 noms d'Allah), ses œuvres divines (pardon des péchés, résurrection des morts...) et honneurs divins.

    Il puise, pour sa défense, dans l’entièreté des textes bibliques mais aussi, pour l'attaque, dans les interstices du Coran : Jésus est un Verbe et un Esprit de Dieu, dont le terme "Ruh" lui confèrerait une nature spirituelle immortelle et à la différence de Mohammad , il est né sans péché...

    Pour Rémi Gomez, la faille des apologètes musulmans est de n'avoir pas perçu la double nature du Christ, entraînant deux types d'actes et de paroles dans les évangiles. Cette double origine de l'homme a nourri l'ésotérisme chrétien en profondeur (Durkheim, Desjardins, De Souzenelle...) mais aussi toute la Tradition unitive (de l'Egypte antique au soufisme). Elle peut décontenancer le croyant musulman littéraliste pour qui Dieu demeure inaccessible mais qui aura tendance à sacraliser son Prophète dans les faits.

     

    Ainsi, selon l'auteur, Jésus n'imposerait pas sa divinité (il ne s'est jamais qualifié de Dieu) mais l'exposerait par ses œuvres, en quelque sorte un dieu malgré lui alors puisqu'à notre connaissance, il fuyait les honneurs, préférant la solitude et l'intimité avec Dieu le Père...Et si d'ailleurs la croix n'était que la conséquence de cette idolâtrie non recherchée, le péché n'étant que l'oubli de la nature divine en chacun (plus besoin de la projeter sur quelqu'un) ? Mais c'est un autre sujet.

    L'apologète de profession (il forme également des chrétiens au dialogue avec les musulmans) multiplie les arguments textuels pour conforter une défense raisonnable face aux détracteurs du christianisme mais il oublie (mais l'oral est différent de l'écrit) l'aide et la force de l'Esprit sain, apte à défendre (parfois par un silence parfait) dans l'instant le croyant en mal d'arguments. Le Verbe en question court-circuite en effet toute pensée puisqu'il est au-delà du mental parfois retors. Acte de foi par excellence.

    Pourquoi ne pas finalement admettre un mystère de l'identité du Christ au lieu d'opposer systématiquement une religion à l'autre sous prétexte de vérité absolue (et finir par invectiver son prochain) ? Être en relation avec le Vivant c'est communier au mystère du “fiat Lux”, de l'union au-delà des contraires, d'Amour inconditionnel pour toute la Création, ce qui en soi laisse pantois et sans argument massif autre que la Fraternité de cœur et l'unité des croyances.

     

  • L'essence de l'Imam Ali dévoilée

    Dans le sunnisme, l'autorité religieuse est représentée par le Coran. Dans le shi'isme, qui considère le Coran comme un “guide muet, silencieux”, seul l'Ami ou l'Alllié de Dieu (wali), le Maître de l'Ordre (sahib/wali al-amr), le sage initiateur (alim), représenté notamment par la figure de l'imam, “le livre parlant”, peut légitimement remplir ce rôle sacré. En communication avec les anges et avec l'Esprit-Saint, le Guide Sage prolonge ainsi la prophétie grâce à sa réalité théophanique, à sa nature (la constitution quintuple de son esprit) et à la fonction initiatique. Tous ces aspects sont désignés dans le shi'isme par le terme de “walaya” dont la figure de Ali est le symbole suprême. (p.219)

     

    Ali, le secret bien gardé,Mohammad Ali AMIR-MOEZZI,CNRS Editions,second messie,Imam cosmique,Archétype céleste,Novembre 2020Pour “Ali, le secret bien gardé” paru chez CNRS Éditions, Mohammad Ali AMIR-MOEZZI compile, pour notre plus grand bonheur, des éléments de recherches universitaires récents sur les figures mystiques d'Ali Ibn Abi Talib, gendre et cousin du Prophète Mohammad, qui fut également le quatrième calife de l'Islam naissant (656-661). On voyage à travers l'histoire moyen-orientale et chaque partie de l'ouvrage constitue une couche de peinture supplémentaire du portrait spirituel de l'Ami fidèle, jusqu'au noyau primordial, tel qu'il fut perçu par les musulmans shi'ites.

    Cet opus vient en complément de “La preuve de Dieu” (Éditions du Cerf) que représentaient les Imams saints de la religion shi'ite (branche duodécimaine), dont il est dit ici qu'Ali est l'Archétype et modèle originel.

    Auréolé des Attributs de la divinité à travers les siècles par ses partisans, initiés et maîtres spirituels (soufis ou shi'ites) ou philosophes islamiques, son statut sacré remonte à l'origine de la tradition alors qu'il combattait et recevait l'Initiation aux cotés du Prophète Mohammad.

    Les études historiques et philologiques le présentent, du point de vue shi'ite, comme le Messie attendu à la fin des temps alors que le Prophète fut assimilé au Paraclet en tant que réceptacle de l'Esprit-sain. En tout cas avant que l'Islam ne s'institutionnalise et prenne consistance dans l'Histoire, l'Heure de l'Eschaton n'arrivant finalement pas.

    De son statut messianique, Ali perdit la dimension apocalyptique mais en gardera les principales fonctions spirituelles,...nature théophanique et guidance inspirée...et celle d'Imam par excellence.”

    Ce “Secret” de la Raison illuminative et illuminatrice d'Ali en tant qu'Herméneute du Coran pour son sens ésotérique (la walaya), fut à demi caché pour cause d'assimilationnisme mais aussi par peur de représailles de la part des tenants officiels de la Vérité (en l’occurrence les futurs sunnites).

    La thèse shi'ite officieuse évoque en effet une falsification et amputation du Coran original par ceux-là même qui y étaient désignés comme ennemis de la famille de Mohammad. Furent donc gommés des noms (ennemis et amis), des fonctions (la dimension messianique d'Ali notamment) et des commentaires ésotériques qui rendaient la lecture du Coran plus claire et sans ambiguïtés aucunes.

    Le Prophète avait appelé ses fidèles à la “walaya” de Ali, prouvant ainsi la supériorité de l'ésotérique, de l'esprit, du “batin” dont Ali est le symbole et porte-parole, sur l'exotérique, la lettre, le “zahir” dont il était lui-même le messager”. (p.58)

     

    Après son assassinat il acquiert une dimension mythique, mystique voire cosmique qui, comme le Christ, est en lien avec la Lumière de Dieu, porteur des Attributs (qualités ou Noms) et Organes de Dieu (œil, mains, bouche...). Sa représentation (les fameux shama'il ou portraits portatifs) comme support de contemplation (vejhe) parmi les adeptes de sa religion (Din-Ali) est d'ailleurs un exercice recommandé pour aiguiser l’œil du cœur et conscientiser le “corps de lumière” de l'Imam et de chaque imam de sa lignée initiatique.

    Même si ses superlatifs se sont atténués au fil du temps (comme pour le Christ qui est assimilé désormais à un philosophe...), des millions de fidèles lui confèrent encore un statut quasi théophanique. Idem pour les douze imams dont les dons prophétiques n'ont jamais scellés l'herméneutique du message divin, codé et protégé secrètement (technique de la taquiyya) jusqu'à l'avènement du Résurrecteur dont on sait qu'une part d'Ali sera constitutive de son essence.

    Un livre référence qui brosse un portrait intérieur complet et érudit de l'Imam Ali.

     

  • IAM : Une parole de poids

     

    Nous proposons une autre vision de la société, en quête d'un projet constructif plutôt que destructif, d'une ouverture plutôt que d'une fermeture...si nous pouvons encore éveiller quelques consciences et encourager l'empathie et la cohésion de notre humanité fragmentée, ce sera notre pierre à l'édifice” (Entre la pierre et la plume – IAM).

     

    IAM,Entre la Pierre et la Plume,Baptiste Bouthier,Editions Stock,Octobre 2020Le collectif IAM (Akhenaton, Shurik'n, Kephren, Kheops, Imhotep et peut-être aussi Saïd ?) signe avec Baptiste Bouthier, journaliste socio-politique à libération, un livre témoignage “Entre la pierre et la plume” paru chez Stock éditions, sur leurs riches parcours dans le secteur culturel. L'ouvrage est émaillé de sentences puisées dans la discographie et de bulles focales sur chaque membre du crew phocéen. 

     

    Pour qui suit leur carrière, les textes parlent d'eux-mêmes mais l'intérêt du livre c'est de développer la pensée (des chapitres entiers sur 9 thématiques dont le cinéma, le langage et l'argot, Marseille la ville ou encore la domination et le racisme...), expliciter le processus créatif (Le concept IAM, l'influence des membres sur les plans socio-culturels ou politico-spirituels) et replacer dans son contexte (Marseille, le statut des français issus de l'immigration, l'influence et le statut du rap) un groupe (et les techniciens qui gravitent autour) qui perdure depuis plus de trente ans.

    Avec 9 albums concepts au compteur, des albums solos, des productions de talents marseillais (FF, L'Algérino, Psy4 de la rime,Veust Lyricist, Faf Larage, Bouga, chiens de paille...), des réalisations cinématographiques, le groupe n'a pas à rougir de son bilan auditif avec des salles toujours pleines, sans véritable campagnes de promotion et surtout l'aura respectueuse due à un pilier mythique de l'histoire du rap (français), droit dans ses bottes et ses choix artistiques.

     

    Le groupe dévoile notamment sa formule secrète appliquée à chaque missive : des albums conceptuels basés sur six piliers : des titres politiques et engagés, introspectifs, historico-mystiques, à base d'humour, de storytelling ou d'égotrip.

    Autre point crucial l'effort porté sur l'écriture : un “verbe ciselé et travaillé mais qui reste accessible”, érudit mais pas élitiste, complexe mais pas compliqué, technique mais pas ampoulé, à base de sentences (une phrase qui marque en profondeur) plutôt que de punchlines.

    Mais sa véritable richesse reste son ciment collectif. IAM est le seul groupe soudé depuis ses débuts (à part le départ de Freeman, au nom prophétique ?), uni par ses passions communes (la civilisation égyptienne, le cinéma de genre, la culture asiatique ou l'amour du hip hop, donc de New York...), sa foi et sa fidélité à toutes épreuves. Le microcosme est en soi une démocratie qui valide chaque décision à la majorité absolue.

     

    Éternels challengers au sein d'un mouvement originel qui ne cesse de se régénérer, les jeunes vétérans d'IAM acceptent volontiers l'esprit de compétition et remettent en jeu leurs lauriers à chaque nouvel album. Leur vécu leur donne avec l'âge un poids politique intéressant et important en particulier sur la culture dominante qui selon eux, méprise encore le rap, alors que sa diffusion est majoritaire en France. Un mépris à la fois de classe et ethnique, s’appuyant parfois sur un schéma raciste envers ceux dont “l'expression est populaire, le langage issu de l'oralité, affublés en plus d'un accent ou de termes argotiques”.

    Deux mondes sociaux-politiques qui s'opposent à travers le monde, même si des ponts existent pour “dénoncer oppressions, racisme et injustices” dans les deux camps opposés. Cette voie du milieu est celle prônée par l'entité IAM depuis le début avec une richesse symbolique et lexicale qui invite à l'ouverture d'esprit plutôt qu'à l'individualisme et au repli sur soi, constaté ces dernières années.

     

    Reste le futur à inventer puisque le mouvement hip hop s'écrit au présent. Lourd de son concept dont l'acronyme IAM est multiple : à la fois “j'existe”, “Imparial Asiatic Men”, “Invasion Arrivant de Mars”..., reste peut-être sa dimension mystico-spirituelle à investiguer, à savoir le fameux “Je Suis” divin, l'essence du nom ?

    Le temps file et la sagesse accumulée (Égypte, Islam, Zen...) pourrait devenir pierre de taille, dans son intériorité, pour de prochaines thématiques métaphysiques, en venant parachever l'édifice...

    Un livre de poids donc à mettre entre toutes les oreilles attentives, et de bonne volonté.