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christ

  • Quelqu'un plutôt que rien

    Mais il avait persisté dans sa secrète détermination à servir le tout en s'accomplissant. Et le tout, de guerre lasse, sans doute, avait fini par le lui rendre”. (p.11)

    Voilà ce qu'il avait compris : perte et rédemption, damnation et rachat, étaient la diastole et systole de la circulation de cette vie, elles en régissaient le cœur dans sa marche immémoriale”. (p.41)


    gilles farcet,la réalité est un concept à géométrie variable,éditions l'originel-antoni,arnaud desjardins,yvan amar,g.i gurdjieff,yogi ramsuratkumar,christ,vivant,coeur,compassion,mystère,enseignement spirituel,mars 2022Les éditions l'Originel-Charles Antoni, nouvellement renouvelées, proposent une inspiration de Gilles Farcet sur le concept du Réel : La réalité est un concept à géométrie variable.
    L'auteur, mature en âge et discernement, y jette un regard compatissant sur son passé et son passif ; dresse un portrait lucide de sa génération, de ses contemporains et de sa propre tâche (“pas sage mais accoucheur”) ; nous livre ce qu'il a compris du monde, du sens et du mystère de la vie (l'Amour ?), du temps qui passe, de la mort.
    Reconnaissant des amis spirituels rencontrés sur le chemin (A. Desjardins, Y. Amar, Yogi Ramsuratkumar, G.I Gurdjieff...), il goûte aux fruits de leurs enseignements, par une pratique assidue et continue depuis une quarantaine d'années, se découvrant et s'acceptant homme heureux, conscient, aimant et vivant.
    Cet "homme nouveau" au sens chrétien du terme, avec sa vision compatissante de l'humain, la responsabilité d'être au service de son prochain, d'accueillir toute souffrance pour la transcender et se donner en corps tel une hostie, la bonté d'âme aussi...s'est imposé avec le temps, reléguant l'homme ancien ou l'ego-centré en seconde place de la psyché consciente (le “il” narratif est employé à dessein).
    Rien de permanent pour autant, aucun élu ni parvenu, ni fonction à laquelle s'identifier. Des années de lutte intérieure lui ont appris la patience, la veille stratégique et la nécessité de rester dans l'ouverture de vue et de cœur (“vivant plutôt qu'éveillé”).
    Gilles Farcet traverse la vie en baroudeur, sans apporter de réponse toute faite au mystère insondable mais ressent de plus en plus le besoin de remercier pour l'assise, les signes et la confiance mis en lui. Il trace son sillon à la fois dans les pas de ses prédécesseurs mais aussi dans l'intime connivence et relation de l'être en soi.
    Un auteur que l'on sent proche. La profondeur et l'acuité du Vivant qu'il est permet la mesure.

    Entretien en trois parties (11, 8, 9 et 9 minutes) avec l'auteur :


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    Crédit Photo : L'Originel-Antoni

  • Rhizome du Soi

     

    Deux livres de poche section psychologie de Carl Gustav Jung sont réédités par Albin Michel en cette fin d'année. Il s'agit de "Aïon" et de "l'Âme et le Soi", qui révèlent une méthode d'interprétation (par amplification) de contenus psychiques symboliques présent dans l'âme humaine. Le Soi est à l'honneur, se révélant pour le coup comme agent de transformation et de transmutation unitif pour accompagner le moi conscient vers un Centre plus intégratif d'où il provient.

     

    "Les vérités psychologiques ne sont pas des assurances métaphysiques mais bien plutôt des modes de pensée, de soutien et d'action qui se révèlent à l'expérience comme appropriées et utiles". (p. 54)

     

    9782226469663-j.jpgDans Aïon qui ressort en édition poche, C.G Jung alors âgé de 75 ans, est un puits de connaissances, une montagne d'érudition qui illustre de façon magistrale le Tout contenu dans le Soi, archétype de l'union des contraires.

    Son terreau de jeu, l'inconscient, étant un monde caché et obscur, il s'intéresse ici à des sources "apocryphes" (gnostiques) ou occultes (l'alchimie ou les écrits cathares) pour amplifier le sens et augmenter la signification de symboles duels présents dans l'imaginaire chrétien des premiers siècles. Ainsi du Poisson, de la Pierre philosophale, du Christ et de l'Antéchrist ou du problème du mal qui n'est pas que la privation du bien. D'après lui, ces hérétiques de tous temps avaient compris et assimilé des vérités de la psychologie des profondeurs, telle la lumière véritable tapie dans la profondeur des ténèbres.

    Les symboles religieux n'étant plus opérants à notre ère (sens de Aïon), désacralisés, il ressuscite des vérités psychiques d'études oubliées pour refaire le lien et rendre conscient des concepts dissociés ou ambivalents mais pourtant complémentaires ou issus d'une même pièce, ainsi de l'Antéchrist qui à l'origine n'est que le "jumeau" du Christ, son alter ego maléfique.

    Ses réflexions sont foisonnantes, parfois alambiquées (à vouloir trop cautionner un modèle), parfois proches d'une vérité ou révélation métaphysique comme la pêche au poisson-Léviathan en soi qui est nourriture eucharistique ou la Pierre philosophale assimilable au Soi et pourtant grain de sénevé...

    L'auteur et fondateur de concepts fondamentaux de la psychologie analytique (l'ombre, l'animus-anima ou le Soi) présentés et résumés en préambule nous livre pêle-mêle le fruit de ses découvertes savantes (astrologie, alchimie, eschatologie, philosophie des premiers Pères...), tisse des liens, bâtit des schémas synthétiques sans véritablement convaincre ou emporter l'adhésion.

    Moins découvreur que rassembleur sur la fin de sa vie, Jung fait néanmoins preuve d'une vitalité et d'une curiosité hors norme, marquant à jamais tous ceux qui croisèrent son chemin de son vivant. 

     

     

    "Les -ismes politiques et sociaux de notre temps prêchent, certes, tous les idéaux possibles, mais poursuivent sous ces apparences trompeuses un but qui est d'abaisser le niveau de notre civilisation en restreignant, voire en annihilant purement et simplement les possibilités d'épanouissement individuel. Ils le font en partie en produisant un chaos maîtrisé par la terreur, un état primitif donc qui ne concède plus qu'une possibilité de simple survie ; un état pire que les pires époques de "ténèbres' du Moyen-Âge. Il reste encore à savoir si de l'expérience d'un asservissement déshonorant naîtra un jour une plus grande aspiration à la liberté de l'esprit". (p.123)

     

    9782226469670-j.jpgLes ouvrages de C.G Jung sont inégaux en qualité d'universalité, l'âme et le Soi qui constitue un patchwork de thématiques (un processus d'individuation analysé au centre avec 25 belles illustrations couleur, des articles sur la transformation intérieure, une digression sur la sourate de la caverne dans le Coran, la fonction transcendante et l'imagination active, le spiritisme, le phénomène ovni) oscille entre fulgurances et informations de seconde main ou d'arrière plan, à l'image des préoccupations de l'analyste zurichois, centrales ou périphériques comme le point et le cercle.

    Ce petit livre réédité présente néanmoins un double intérêt.

     On y ressent l'évolution de la pensée de Jung entre le début et la fin de sa carrière, de rationaliste froid à une réflexion irriguée et nourrie d'amplifications livresques ou expérimentales dans le domaine des Sciences humaines (les textes sacrés comme le Coran, l'alchimie toujours avec ici les écrits de Boehme, des sujets de réflexion développés à partir de l'étude de cas cliniques), avec toujours la rigueur scientifique qui le caractérise et le cautionne.

    D'autre part l'analyste élevé au rang de mythe par sa stature de pionnier de la voie des profondeurs, nous est rendu plus humain et accessible avec l'âge par le fait qu'il touche à tout pourvu qu'un lien se tisse à l’âme et l'inconscient (redéfini le "domaine des rêves, des morts et des ancêtres"), avec des préoccupations a la fois élitistes (un processus d'individuation nécessite une forte érudition ) mais aussi plus populaires (spiritisme, ovni...). 

    Dans l'esprit de Jung, ses continuateurs sont sans doute moins ceux qui le divinisent tout en calquant sa méthodologie à la lettre que ceux qui, par cercles concentriques et disciplines connexes, s'approchent du mystère de l'Être et de la vérité, sans estimer qu'elle se trouve forcément dans les matières nobles du terme.

     

  • Le miroir intérieur

    Ce juif maudit qui, au cours de toutes les épreuves qu'il est censé traverser, passe par la colère silencieuse, l'intolérance contenue, l'impatience invisible, la violence muette, le zèle maîtrisé, le tout dans une absolue solitude, abyssale, vertigineuse, infinie...le juif errant, l'homme sans Dieu, est alors le parfait reflet d'Elie, l'homme de Dieu.”(p.188)



    La-Fabuleuse-Histoire-du-juif-errant.jpg"La fabuleuse histoire du juif errant" de Pierre-Henry Salfati*, paru chez Albin Michel, évoque le retournement symbolique à travers arts et lettres, dont il fut le bénéficiaire. Maudit par le Christ (selon une légende sortie d'un monastère bénédictin au 13eme siècle) pour l'avoir éconduit, il sera condamné par ce dernier à un châtiment éternel jusqu'au jugement dernier et à la parousie : errer et expier sans trouver le repos.
    Quelques siècles plus tard il devient un héros populaire pour sa ténacité (il ne s'est jamais converti), sa sagesse millénaire (il a tout vu, tout vécu), son courage ou son idéal de justice sociale (il défend la veuve et l'opprimé), aidé en cela par la presse à grande diffusion ( Edgard Quinet, Dumas) ou la littérature (Eugène Sue, Benjamin de Tudèle, Cervantès,...) avec des auteurs le rehaussant et le réhabilitant.
    Religieusement parlant, il fera le grand écart entre Judas ou Caïn pour leur malédiction et Élie pour sa vie de solitude et d'isolement. Il devient même avec le temps, l'archétype de l'existence, pour tout à chacun, en quête du sens de la vie, puisque le Messie, sa rédemption, est toujours à attendre et qu'Auschwitz est passé par là.
    L'auteur sonde les écrits donc l'histoire et aussi la géographie pour démontrer que cette figure est aussi parfois fantasmée,  certaines diasporas sont en effet  sédentarisées depuis longtemps. Il n'empêche, comme le mat du tarot (ou le fou), au-delà des chapelles, il est un référent, une image d'Épinal, un héraut involontaire de l'humanité, un témoin immortel du mystère du monde et du temps qui passe. Le cinéma moderne a incorporé un peu de son âme dans ses super-héros (superman, Highlander, les éternels ...), pressentant un destin hors du commun pour ce paria qu'on imagine mal renié par le Christ (dont le Dieu-Père est amour) sans arrière-plan...
    Sa judéité pose aussi question et réflexion dans l'ouvrage comme l'éternel dilemme d'un peuple qui méconnu Jésus comme le messie et n'attendit plus ce dernier (les orthodoxes sauf) pour se regrouper sur leur terre promise.
    Et Dieu dans tout cela, qui tarde à venir ? Peut être le juif errant,  depuis tous ces siècles en solitaire a t'il trouvé en lui le Témoin et Compagnon d'infortune de ses pérégrinations ? un bien d'un mal in fine, une metanoïa, à défaut d'une conversion. Ce serait son secret le mieux gardé ! 

    *A noter qu'un documentaire éponyme réalisé par l'auteur sera prochainement diffusé sur Arte TV.

     

  • A peindre l'âme

    "Mon cœur s'est ouvert...assez pour que de cette brèche s'écoule un flux de réminiscences, un accéléré de souvenirs, liés les uns aux autres, comme les perles d'un collier  Je me suis vue plus jeune..., à divers âges de ma vie, et j'ai compris, sans corps, sans cerveau, sans pensées, depuis un moi plus vaste que moi-même, que tout ce vécu n'avait pas eu d'autre but que de me conduire à cet endroit précis du monde". (p.158)

     

    barillé.jpgDesclée de Brouwer publie le 6 Octobre "Sur les pas de Shiva" d'Élisabeth Barillé, dans sa collection prestige "arpenter le sacré" à destination des voyageurs en quête de sens.
    De ce livre sous titré "en Inde dans la lumière d'Arunachala", on ne sait s'il s'agit d'une commande éditoriale (une part de romancé auquel cas) mais l'écrivaine qui est coutumière de ce pays, nous le restitue brut d'un regard dessillé, sans illusions sur les projections d'un passif spirituel glorieux ou fantasmé (les nombreux éveillés du siècle passé notamment) et dont il reste des bribes de souvenirs propices à l'émerveillement, chez les autochtones.
    Pour Elisabeth Barillé l'exercice est prétexte à l'évocation de son identité et de ses racines chrétiennes (russe orthodoxe par sa mère), de ses itinérances et de sa quête spirituelle à vouloir toucher l'essence même du noyau humain.
    C'est donc aussi en parallèle de l'aventure hindoue du Père Henri Le Saux qu'elle situe ce nouveau voyage, centré sur et autour de la montagne Arunachala qu'elle va explorer sous tous les angles. Mont à l'aura mythique et empreint de vénération , le "Seigneur Shiva même" pour Ramana Maharshi (1879- 1950), le dernier grand éveillé au regard infini, éternel, Amoureux, dont une multitude vint à sa rencontre au sein même de la roche sacrée pour recevoir le darshan ou vision contemplative.
    La baroudeuse au style délicat, raffiné et  riche en couleurs dresse également de façon subtile un abécédaire complet du vocable indien inhérent à leur spiritualité, "où tout conspire à la transe, l'égarement, la dissolution".
    On se demande si au final cet ultime foot-trip, condensé de toutes (s)ces empreintes relatives au lieu et à la culture, sera bénéfique et salvateur pour celle qui se passionne et se questionne sur l'identité ultime, cette conscience que l'on dit demeurer malgré la mort physique, qui n'est donc pas liée au corps-mental et irradie de lumière les regards ténébreux. La révélation nous tient en haleine jusqu'à la dernière ligne.
    Un livre intimiste, prenant, synthétique sur l'Inde spirituelle et porteur d'un souffle retrouvé là-bas.

     

    "Je n'oublie pas le Christ, comment le pourrais-je ? Sa venue, son don, sa présence, son mystère m'offrent une planche d'intime salut qu'il n'appartient pas à la raison de renier. Pour embrasser quel autre mystère ? Le Christ m'offre une demeure si vaste que je peux y loger le monde". (p.47)

     

  • La tradition revivifiée

    "Ni abri, ni refuge, ni serre, le désert est plutôt un creuset où, grâce à un certain feu, qui sera à la fois celui des passions et celui de l'Esprit Saint, un métal noble sortira purifié de ses scories, où un nouvel alliage verra le jour, audacieux, neuf, inconnu jusqu'à présent. Ou pour employer une image biologique et biblique à la fois, le désert est une matrice où, dans les douleurs inévitables d'un enfantement , un nouvel être viendra au jour, l'Homme nouveau, créé en Jésus-Christ, dans la justice et la sainteté". (p.69)



    lhomme-interieur.jpgDom André Louf (1929-2010) fut un moine savant contemporain, écrivain, traducteur et accompagnateur spirituel de surcroît, dans la droite lignée de l'école traditionnelle chrétienne pour ce qui concernait l'intériorité de l'homme en quête de Dieu.
    Charles Wright, écrivain et journaliste, a exhumé des écrits intimes du père trappiste, lui permettant de devenir son biographe (le chemin du cœur paru en 2017) et "l'homme intérieur" paru chez Salvatore Éditions est un recueil de ses interventions publiques sur le sens du travail intérieur, un chemin d'élévation où il s'agit paradoxalement de parvenir à un état d'humilité proche du cœur christique, où la volonté de Dieu opère absolument.
    On y découvre un érudit, fin connaisseur des Pères de l'église grecs et orientaux (Ruusbroec, Saint Séraphim de Sarov, Isaac le Syrien, Saint Jean Cassien...) anciens ou modernes mais aussi de la psychologie des profondeurs dans sa branche psychanalytique, dont il s'inspira tout en lui donnant une limite métaphysique :

    "Ce joyeux repentir  n'a rien à voir avec le sentiment diffus de culpabilité, avec les remords de conscience qui hantent la psychologie de tout homme et que l'on a parfois confondu avec une action de l'Esprit Saint... Celui-ci ne mord jamais, il oint, il console, il est douce onction. Le repentir chrétien est à l'opposé de la culpabilité qu'elle vient guérir en profondeur"...(p.120)

    Il fut, en le lisant en filigrane, un fin connaisseur de la psyché humaine, de ses travers et voiles cachant le soleil ou feu du discernement, et sachant séparer et reconnaître le "gendarme" du "maître intérieur" à ses fruits. Autrement dit différencier le petit ego avec ses tares (orgueil, amour propre, vanité, susceptibilité...) et l'esprit sain en ses qualités de "spontanéité, liberté et joie profonde", tout un art pour sortir du repli sur soi et aller vers un rayonnement de l'être.
    La force et l'attrait de ces conférences thématiques (la prière, le repentir, la solitude,, l'ascèse...) sont issus d'un vécu, d'une relation nourrie de l'esprit sain et d'un cœur contrit que Dieu peut investir totalement :

    "L'ascèse c'est laisser éclater la joie de Dieu en nous, et la force de Dieu en nous, qui est l'Esprit Saint" (p.150)

    C'est une véritable naissance en esprit que nous laisse entrevoir le Père Louf, en fin connaisseur de la voie érémitique et de ses pièges.
    Il est, par ses écrits encore et son aura authentique, une balise dans le désert de la solitude et du jeûne (au monde) pour qu'advienne par frictions, une conscience, une personne, une autorité, un esprit de discernement, un Moi Roc...et devenir témoin d'un Réel transfiguré par un Plan divin.
    Un auteur à découvrir ou à retrouver ici dans ses "homélies laïques".



    C'est uniquement cette rencontre qui crée en l'homme la métanoïa, ce retournement du "noûs", la volte-face du cœur, où l'homme se dessaisit de toute prétention de justice, de toute ambition de sainteté même, cède devant Dieu, et se livre à Lui, pour s'apercevoir que l'étincelle de la colère un instant redoutée  s'est muée instantanément en un brasier de tendresse infinie, celle d'un dieu qui est Feu consumant mais qui consume par l'amour”. (p.87)

     

  • Un âmi pour la vie

     

    "Alors les cœurs de pierre deviennent des "cœurs de chair". Pain rompu, vie donnée : voilà Dieu, voilà l'homme vrai".( p.111)

    Cette espérance (mourir chrétien) c'est celle de la résurrection, une espérance qui dépasse les espoirs humains, car elle s'ouvre sur l'infini d'un amour promis. Promesse tenue”. (p.53)

    mon dieu.jpgOn oublie qu'on obéit à des lois, pour peu qu'on soit croyant, qui sont des grâces, quand on se (re) découvre chrétien. Ainsi de la résurrection de nos sentiments, de cette Présence qui nous accompagne, de la sensation d'être aimé ou encore du silence d'une conscience au sein du brouhaha quotidien...
    "
    Mon dieu c'est toi", paru chez Cerf éditions est une commande et une demande faite à soeur Pascale-dominique, dominicaine, pour se souvenir de Jésus, de son ministère public et de sa mort, lui qui fut accueilli des stigmatisés mais rejeté des nantis et sages ou religieux de profession (qui respectent la lettre plutôt que l'esprit). Ce Dieu désarmé qui ne solutionne rien mais communie à nos souffrances ou problématiques, agissant comme l'époux de l'humanité.
    La soeur au talent littéraire indéniable nous propose une relecture méditée des évangiles (et des passages de la Bible afférant au Christ) en treize chapitres dénués de grandiloquence ou d'emphase, emprunts de mots simples mais de poids, à l'image du sauveur discret mais que le monde a décidé de claironner haut et fort. Son style limpide coule de Source, en souffle et vérité de l'Incarnation vécue intimement dans le creuset du cœur (mais dieu est plus savant)
    La crudité des camps de concentration, le ban des jeunes désœuvrés, les miracles de la foi désintéressée à la très touristique Lourdes, autant d'exemples où l'Acte quasi sacré, le don, jaillit.  Ainsi les déserts spirituels, les situations de non-sens ou les voies sans issues questionnent ... Et tout a coup la lumière de la révélation, la métanoïa, le renversement des valeurs et croyances  Alors que l'on se croyait perdu, abandonné, survient l'aide, le sauvetage et l'élévation à une dignité, un rang céleste.
    A la lecture de ce petit livre, l'ego est presque transparent à l'évocation du christ en soi et à ses petits miracles du quotidien assumés : de l'émerveillement à la communion dans un élan de fraternité, de la force qui nous guide à l'intuition bienveillante... A chaque fois "c'est toi, mon dieu" qui se cachait encore et encore sous ce visage rayonnant, mais si discret pour ne pas effacer totalement l'humain et sa bonté, quand on saisit l'anse solide de l'amour, mort cent fois mais rené, comme au premier jour.


  • Faire des deux l'un

    "Le mental sait mais ne voit pas" (A.Desjardins - p.97)

    "
    Un chemin spirituel réaliste est toujours un processus de désencombrement, de découvrement" (Eric Edelmann - p.180)

    edelmann.jpgC'est une véritable nourriture êtrique, légère et digeste, que nous propose le prolixe
    Éric Edelmann dans son nouvel opus "La splendeur du vrai", paru aux éditions du Relié.
    Partant du principe et fait qu'une des caractéristiques de l'humain c'est son cortège incessant de pensées-émotions mécaniques et souvent négatives, "
    la splendeur du vrai" relate au contraire de la soumission à l'instant, d'une perspective d'accès au réel qui ne soit pas niée ou voilée par cette "pollution suffocante", et c'est le privilège de cette voie spirituelle initiée par Swami Prajnanpad (1891-1974).

    En domptant le mental, la souffrance s'atténue, remplacée par l'amour et la joie puisque tout est unique et changeant. Autrement dit, à hauteur de sage, l'harmonie divine règne et seule la communion (le “oui à ce qui est”) s'installe.
    L'ouvrage sublime et souligne des paroles clés ou jalons d'
    Arnaud Desjardins (1925-2011), en les enchaînant sur un parcours circulaire (tout l'enseignement de l'Adhyatma yoga est lié) et progressif, dans un style limpide avec grande clarté d'esprit, sans confusion ni ratiocination.
    L'auteur met en pratique l'adage de l'être sur le chemin de la réalisation , qui ne vit plus séparé mais au service d'autrui, soucieux de reconnaître la tradition sous-jacente à son mûrissement (la communion des sages, leurs anecdotes et paroles), avec une ouverture à l'ésotérisme Gurdjievien et à la mystique religieuse (Etty Hillesum).
    Les adeptes du Hara (les ventripotents) qu'une pratique assidue renforce, connaissent l'être en soi, un centre autre que l'ego (un vrai centre pourrait on dire puisque cristallisé et non fictif) et sont plus portés à l'empathie qu'au repli sur soi. “Ressentir”, “se désidentifier” deviennent alors des habitudes de fonctionnement qui aboutissent au lâcher prise égotique. Plutôt que “regarder” il s'agit de “voir”, la perception du cœur vigile, qui constitue un chemin de plus grande liberté.

    "
    Ainsi tout peut se résumer à une question de raffinement de l'énergie et à sa réorientation. Il ne s'agit plus là simplement d'un processus de changement mais plutôt de transformation … au sens dépassement de la forme, de méta-morphose" (p 223)

    La méditation est un des outils à la disposition du chercheur de vérité dans ce travail de purification des nœuds du cœur derrière lesquels se tapit le "rien", qui est plénitude ou silence, non-séparation et essence même de l’éveillé à sa vraie nature.
    Par ce processus alchimique se découvre la fine pointe de l'âme et ses énergies subtiles, la naissance et la consolidation d'un corps lumineux à l'image de Dieu, qui saura vraiment communier et rejoindra in fine la Source.
    La voie spirituelle de l'Adhyatma yoga propose "
    d'élargir l'ego pour le rendre plus ouvert et spacieux" , là où la pratique religieuse souhaite le réduire à néant (“Il faut qu'il croisse et que je diminue”, le “fana” des musulmans...). La foi permet ce saut quantique puisqu'elle se situe au-delà du mental (Jésus calmait les tempêtes mentales comme la récitation du dikhr en Islam par exemple). Malgré tout ce qui les oppose, “se pardonner” et “s'aimer” restent des socles communs à ces deux chemins, grâce au gourou ou guide intérieur pour l'un et à la miséricorde divine pour l'autre.
    Peut-être le futur fusionnera ces deux approches à priori antagonistes, en faisant cohabiter un moi qui s'oublie et se donne pour que Christ soit (Lui qui est conscience et discernement).
    Outre ce petit complément, pour ceux qui ne suivraient pas cet enseignement traditionnel, “La splendeur du Vrai – voir avec le cœur dans un monde d'illusions” reste un livre passionnant , prenant, généreux et de bonne compagnie.