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psychanalyse

  • L'effi(s)cience psychanalytique

    "Comme c'est quelqu'un d'intelligent (W.Pauli), il a très bien compris que, lorsqu'un homme est en difficulté et que son esprit conscient est bouleversé ou dérangé, l'inconscient, qui est la partie la plus instinctive de la psyché, parvient peut être à générer certaines compensations (de même pour le corps et l'esprit), parce que c'est un système organique qui s'autorégule". (p.334)



    c.g jung,symboles oniriques du processus d'individuation, la fontaine de pierre,W.Pauli,mandalas,Soi, indivuduation,aout2021La Fontaine de Pierre édite un inédit de C.G. Jung en français : "Symboles oniriques du processus d'individuation". Il s'agit de la retranscription de deux séminaires donnés en Amérique (Bailey Island et New York) avant la seconde guerre mondiale, à un public averti par la résonance de l'inconscient. Ce matériau brut (on entend Jung dans son oralité) préfigure les thématiques et concepts que le psychiatre zurichois développera quelques années plus tard dans ses différents livres (Tout est déjà là en l'état), avec une focale sur les mandalas, figures et symboles de compensation et d'auto-guérison du Soi lorsque des conflits submergent la conscience.
    Quelques dizaines de rêves du physicien W. Pauli (prix Nobel en 45 et découvreur de la physique quantique) parmi des centaines sont ainsi analysés et éclairés par la science et l'érudition d'un des pères fondateurs de la psychanalyse,  puisque c'est par paquets (de rêves) que se discerne un changement ou une évolution dans la psyché de l'analysé.
    Notons l'importance accordée au contexte , comme toujours, pour l'interprétation des rêves ou la mise en perspective de concepts ou paroles clés.
    A ce propos, l'individuation ne semblerait, à la lecture dudit livre être destinée qu'à des esprits brillants, ici un scientifique émérite, faisant de la psychanalyse une science élitiste, ce qu'elle fut sans doute à l'époque des balbutiements.
    L'épais document (près de 500 pages d'exposés suivis de questions-réponses) offre un condensé d'images et de récits numineux proches de la symbolique unitive (le 4, le carré, le cercle, la pierre angulaire) et de la complétude au sens de la conjonction réussie des opposés (le processus d'individuation).
    Les quatre fonctions (pensée, sentiment, intuition, sensation) prennent une large place chez l'analysé et s'insèrent ici dans un contexte universaliste où chacun puisera une nourriture pour son âme en quête d'un peu de lumière ou d'une vérité toute expérimentale.


    "L'individuation signifie simplement que vous trouvez votre place dans la tourmente, que vous restez au cœur du conflit, que vous êtes dans le conflit et pourtant au-dessus de lui...car sans conflit pas de mouvement, ni d'énergie". (p.128).

     
  • L'Amour , notre destinée

     

    Petit entretien écrit avec Pierre Trigano, qui vient éclairer quelques passages de son dernier livre "Des sexes et des genres, des amantes et des amants" paru chez Réel Editions.

     

    *Votre réflexion mûrie d'un travail sur l'inconscient marque profondément le sujet conscient avec le temps : il s'agit ici d'évoquer l'existence d'un virus actif dans la psyché et transmis depuis des siècles... A qui d'ailleurs imputer la responsabilité de cette “souffrance immémoriale des femmes” ? L'homme doit-il s'amender ?

    Dans l’inconscient collectif de l’humanité se condense toute son histoire depuis les origines et nous naissons déterminé-e-s par celle-ci à la naissance sans en être conscients. Cette histoire résonne de ce que j’ai appelé la souffrance immémoriale des femmes, et cette histoire est déjà préformée par nos ancêtres préhumains primates, totalement marqués par la compétition entre les mâles, la maltraitance exercée sur les femelles, et la guerre systématique entre les clans. On ne peut pas dire que les hommes d’aujourd’hui sont a priori coupables de cette situation car ils ne font qu’en hériter mais ils sont fondamentalement responsables pour en prendre conscience et changer cette histoire en s’ouvrant à leur féminité intérieure, à remettre en question le règne du masculin unilatéral pour vivre une relation harmonieuse entre masculin et féminin, qui est amour. Les hommes, mais bien sûr les femmes aussi sont appelés à ce grand rendez-vous et reçoivent une interpellation que nous pouvons lire dans leurs rêves nocturnes. L’enjeu pour l’avenir de l’humanité sur cette terre est qu’ils acceptent d’entendre l’interpellation.

    *C'est souvent après coup que l'on sent que l'archétype genré était présent dans un échange. Comment se manifeste t'il concrètement ? Quand sait-on que l'on a affaire avec l'animus ou l'anima ?

    Il faut comprendre que l’animus dans l’inconscient des femmes est comme un homme et que l’anima dans l’inconscient des hommes est comme une femme. En tant que masculin, l’animus est puissance d’affirmation, pensées, principes, logos. Le problème est qu’en tant qu’il est un archétype de l’inconscient collectif, c’est une énergie collective, trans historique, transgénérationnelle. Il n’est donc pas au commencement de la vie d’une femme sa puissance d’affirmation personnelle et il ne fait que l’enfermer ou la réduire aux stéréotypes et aux rôles qui se sont condensés dans l’histoire de sa famille et de sa société, l’enfermer dans des attitudes de soumission ou au contraire de colère et de meurtrissure de toutes sortes, en inflation ou en déflation.

    L’anima, en tant que féminin, relève du domaine de l’affect, de l’humeur, du sentiment, de l’éros, de l’intériorité. Mais, tout comme pour l’animus, elle est une énergie inconsciente collective, transhistorique, transgénérationnelle. Dès lors, au commencement de la vie d’un homme, cette énergie ne lui est pas personnelle et ne se manifeste pas pour son épanouissement mais en étant conforme aux rôles qui se sont condensés dans l’histoire de sa famille et de sa société. Elle peut prendre la forme d’un éros aliéné, dysfonctionnel, dans sa vie, qui le détourne sous mille et une formes possibles (allant de l’inflation à la déflation) du véritable amour.

    Je me souviens d’un film d’il y a quelques années qui s’intitule, si je me souviens bien « La dispute ». Pas vraiment un très bon film, mais très intéressant pour donner un exemple vivant. Ce film montre d’abord un couple qui s’est constitué par amour et qui s’aime vraiment. Un soir, ils reçoivent à diner toute la famille de la femme. Une fois celle-ci partie, l’homme saute impulsivement sur la femme et lui dit « chérie, viens allons faire l’amour ! ». Mais la femme, tout aussi impulsivement, le repousse en lui disant : « non ! Fais la vaisselle d’abord ! ». Cette opposition de points de vue va dégénérer au long du film en une dispute terrible sur plusieurs jours qui va détruire leur couple, alors qu’ils s’aiment vraiment. On reconnait dans cet affrontement un duel meurtrier entre l’anima de l’homme qui est impulsivement éros et l’animus de la femme qui est impulsivement position de principe abstraite et donc logos. Les deux, anima et animus, ne sont pas dans cette histoire des expressions personnelles de leur amour, mais comme des dieux au-dessus de leurs têtes qui les manipulent et n’ont que faire de leur bonheur réel. L’anima, ici n’est pas l’expression personnelle de l’éros de l’homme et l’animus, l’expression personnelle du logos de la femme, mais des énergies de l’inconscient collectif façonnées dans l’histoire qui les ignorent impitoyablement en tant qu’individus.

     

    *Chaque genre (hétéro, homo, trans) porte en sa psyché un archétype du genre opposé avec lequel, à terme, il est juste et bon de s'unir (mariage symbolique) pour mener une vie harmonieuse. Le poids de cette souffrance semble être la même pour tous et partagée entre tous, une souffrance mémorielle de l'humanité en quelques sorte ?

    Tout être humain, quelle que soit sa condition sexuelle, est traversé dans sa psyché par ce que j’appelle « une pulsion de mariage intérieur » et que Jung appelle le Soi. Cette pulsion travaille dans l’inconscient à la confrontation entre le moi de la femme et son animus et le moi de l’homme et son anima. L’enjeu de ce travail intérieur est que les deux pôles conscient et inconscient se rencontrent, se reconnaissent et se transforment jusqu’à s’aimer et devenir des amants intérieurs de telle sorte que se réalise l’individuation, l’unité de l’être, son ouverture à l’amour. Pour les trans la modalité semble différente, je l’étudie dans mon livre avec un exemple de rêve à l’appui mais en réalité, c’est toujours cette ouverture à l’amour qui se cherche.

    L’enjeu est que anima et animus ne soient plus dans la psyché d’un individu des « dieux » étrangers et indifférenciés mais deviennent des manifestations personnelles de leur être réel, les ouvrant à l’amour. On cultive et renforce le travail de cette pulsion du mariage intérieur dans une psychanalyse centrée sur les rêves, en suivant le chemin initiatique qui se déroule pour l’analysant de rêve travaillé en rêve travaillé. Ce qui se découvre au cours de ce cheminement, c’est la souffrance immémoriale des femmes, la souffrance de la féminité, qui s’est condensée au cours de l’histoire humaine, et qui affecte aussi bien les femmes, les hommes, leurs animus et anima. L’enjeu d’une telle psychanalyse est de favoriser dans leur vie l’arrivée de synchronicités positives ouvrant à l’amour, pas seulement sous la forme d’un couple, mais aussi comme amour de la vie, réconciliation amoureuse avec la vie, quel que soit l’âge du sujet.

     


    *L'essence du Soi est féminin dites-vous. Il nous veut en relation (Intérieure ou extérieure), l'inverse du repli sur soi en fin de compte ?

    C’est le rêve étonnant d’une contemporaine, que je relate dans mon livre, qui présente le Soi comme féminin. Il délivre un enseignement qui nous montre que le Soi désire aujourd’hui se faire reconnaitre centralement comme féminin, d’abord pour relever la féminité depuis si longtemps marginalisée, mais aussi parce que l’archétype féminin est précisément l’archétype de la relation, de l’ouverture à l’altérité, de l’union. Or, c’est précisément l’union harmonieuse entre le masculin et le féminin que vise le Soi. Ce qui nous permet de comprendre que forcément, cette union est d’essence de féminine, de même que sur le plan concret de la sexualité, l’union du sexe masculin et du sexe féminin se fait dans le sexe féminin.

    *Que nous dit ce nouveau symbole du Soi sur le dieu monothéiste ? A t'on occulté Sa part de féminin (qualités, valeurs) ? Plus, son essence est-elle féminine ? On peut même se poser la question du creuset du Verbe, de son origine symbolique ?

    Dans la spiritualité biblique, le Verbe, c’est le Saint Esprit, et le mot « esprit » en hébreu, rouah’, est féminin. Et pour les premiers chrétiens, le Saint Esprit était féminin. Ce n’est qu’au 4eme siècle après Jésus-Christ que l’Eglise a décrété que le Saint Esprit était masculin ! D’autre part, Jésus appelait Dieu abbah. Je démontre dans mes livres précédents que c’est un mot féminin, un Père divin féminin, centré sur l’amour

    *Comment panser le féminin blessé ? Le verbe ou l'Intellect y est-il pour quelque chose ? Quid des autres centres (sensation, intuition ou sentiment) ? Peuvent ou doivent-ils participer à la guérison ?

    Toutes les fonctions psychologiques interviennent bien sûr dans ce grand-œuvre du mariage intérieur qui réunit en harmonisation toute la psyché humaine. Mais est-ce que vraiment le but est de « panser » le féminin blessé ? Je crois plutôt qu’ils se « panse » lui-même lorsque l’on devient conscient que la féminité n’est pas « une pauvre petite chose » toute faible, qui aurait toujours besoin d’un masculin fort « de gros bras », mais qu’elle est ce qui fait qu’un être humain est réellement humain, dans la mesure même ou la caractéristique de l’être humain dans la nature est précisément sa capacité à s’ouvrir à l’altérité, ouverture féminine par essence.

     

  • Le retour du refoulé

     

    La source collective de toutes ces contradictions se situe selon moi dans l'expérience de l'être femme telle qu'elle s'engramme dans l'inconscient collectif comme souffrance immense liée à un statut multiséculaire d'infériorité et d'humiliation”. (p.30)

     

    genres.jpgSous l'angle psychanalytique, une relation entre deux personnes est beaucoup plus riche qu'on ne le croit puisque des “archétypes” sont à l’œuvre dans la psyché de chacun (la persona, l'ombre, l'animus...), sans compter les esprits des ancêtres et autres anges gardiens pour peu que l'on soit croyant...c'est dire la complexité d'un couple.

    Pierre Trigano, analyste et philosophe, revient avec une bonne nouvelle en la matière sous forme d'un petit livre précis et pointu de Réel Éditions : “Des sexes et des genres, des amantes et des amants – une approche jungienne”. Il focalise sur l'archétype du genre opposé en chacun de nous (animus et anima ou schématiquement notre représentation idéalisée de l'autre sexe présent dans la psyché) et poursuit la réflexion entamée sous l'égide d'Agnès Vincent sur “l'âme des femmes” en s'intéressant cette fois-ci à la “souffrance immémoriale” de ces dernières à travers l'histoire, les civilisations, la culture et les modèles historico-générationnels.

    Si ces dernières portent en elles dans leur psyché un “animus” en partie blessé (archétype du genre masculin avec ses qualités d'affirmation, de pénétration et de logos) par des siècles de répression et d'humiliation, il en va de même chez l'homme dans sa part d'”anima” (archétype du genre féminin avec ses qualités d'accueil, d'ouverture et d'éros) puisqu'à preuve du contraire l'homme nait d'une femme et que l'inconscient collectif (sorte de matrice universelle d'où sont notamment issus les rêves) regorge de l'histoire symbolique de l'Humanité.

    Ce qui pourrait s'apparenter à un scénario relationnel sans fin et traumatique à souhait présente cependant, aux vues des données cliniques, une éclaircie salvatrice puisqu'il semblerait selon l'auteur, que le Soi (ou sorte d'imago dei qui unifie les contraires) présent également en chacun, veille à ce que l'amour triomphe in fine, en clarifiant ou pansant ce déni du féminin dans l'animus/anima transgénérationnel. Des images ou symboles numineux finissent par apparaître dans les rêves ou visions qui amèneront, chez la personne en travail sur soi, une réconciliation positive avec sa part claudicante ou inférieure.

    Le genre (hétérosexuel, homosexuel ou trans) est parfois directement en lien avec une part de cette psyché non reconnue ou déniée (par réaction ou rébellion) et l'identité sexuée, si elle est naturellement pleinement assumée, n'empêche en rien ce travail de se dénouer activement en conscience par la mise à plat et l'interprétation du matériel onirique. Les rêves, voie royale de l'inconscient , évoquent souvent des alliances avec des figures, comportements ou attitudes qui sauraient combler des manques, qu'ils soient inflationnistes (colère), déflationnistes (haine ou déni de soi) ou conformistes (reproduction d'un schéma familial). Le livre est d'ailleurs agrémenté de rêves, y compris certains intimistes de l'auteur.

    Pierre Trigano rappelle en outre que le Soi n'est symboliquement pas androgyne en essence mais plutôt féminin puisque sa fonction est d'être l'”Avec”(il apparait comme un sexe féminin dans certains rêves).

    Le féminin est donc doublement évoqué et mis à l'honneur dans cet opus (et dans toute l’œuvre de l'auteur) puisqu'il s'agit à nouveau de ne pas s'opposer frontalement et mentalement aux forces et énergies d'expression du féminin intérieur. Les mouvements sociaux récents (revendications féministes, me too, représentation minoritaire...) ne sont que le reflet d'un mouvement naturel de la psyché trop longtemps bafoué ou méprisé à qui il convient désormais, en accord avec un Centre de nature matriciel, de rendre ses lettres de noblesse et son rang ou génie, par l'homme trop souvent usurpé.


    L'enjeu intrapsychique pour tous les êtres humains sans exception, hétérosexuels, homosexuels et transgenres, est que se réalise une union intérieure harmonieuse en eux-mêmes, “un mariage sacré” entre leur moi (féminin ou masculin) et les figures de genre opposé dans leur inconscient. A cette condition, redisons-le, leur moi peut devenir libre et entier pour l'amour et aussi attirer les synchronicités positives du ou de la partenaire de l'amour”. (p.61)

     

  • Le numineux langage de l'âme

    "Comprendre que la Bible et tout le corpus dogmatique sont écrits dans un langage symbolique, témoignant d'expériences intérieures compréhensibles en termes psychologiques, peut conduire à un renouveau de la vie religieuse".(p.24)

    "
    Pour Jung, le christianisme est un aboutissement, un mûrissement d'intuitions religieuses très anciennes, datant d'époques très reculées, inscrites au plus profond de notre inconscient collectif et toujours vivantes en nous".(p.63)



    Jung-et-le-christianisme.jpgJean-François Alizon signe avec "Jung et le christianisme - un regard nouveau", paru chez Empreinte éditions, un ouvrage sérieux, profond et synthétique sur l'apport de C.G Jung à la religion chrétienne, notamment par sa lecture symbolique, reflet de l'âme, dont il était un clinicien hors pair (Il restaure ainsi la trilogie corps-âme-esprit).
    Lus, médités et mis en pratique depuis plus de trente ans, les écrits du célèbre psychanalyste ont trouvé un écho favorable chez ce protestant formé à la théologie (Il fut néanmoins professeur de flûte traversière) avec pour élément déclencheur de sa "
    religion intérieure", un Christ pouvant été assimilé au "Soi" jungien, à la foi centre physique et psychique de l'homme équilibré (d'aucuns évoqueront le fameux Hara oriental ou centre de l'être selon la terminologie de Graf Durkheim) et socle commun à toute l'humanité dans sa fonction de complétude ou de réunion des opposés (on pense aussi au Tao ou à la nature androgyne de la psyché).

    "Le Soi connaît notre destinée profonde et le sens de notre existence sur la terre. il nous appelle à réaliser notre essence véritable dans une démarche laborieuse, patiente et obstinée, qui avec le temps finit par aboutir...et restaurer un sens" (p.179).

    Pour l'auteur, la capacité d'aimer est notre vraie nature, le lien avec notre âme consolidé.
    Le livre est assez complet, érudit et peut sûrement servir de référent sur le sujet par la maîtrise et la clarté rationalisante qui s'en dégage. On retrouve les concepts phares de Jung (archétypes ou énergies latentes, anima, Soi...) appliqués à l'épopée christique et cette lecture moderne de la psychologie analytique, toute intériorisée, proche du courant soufi ou de la kabbale, semble coller à la réalité des images (rêves, œuvres culturelles, symboles) remontant des profondeurs de l'âme humaine.
    Cet "ésotérisme" quasi scientifique (car expérimental) sied plus aux natures introvertis de prime-abord qu'aux adeptes des rites, dogmes et communautés de croyances mais la foi fait force dans les deux cas grâce notamment à l'eucharistie qui cristallise aussi le Christ en chacun de ses adeptes.
    Autre éclairage intéressant, le retour du féminin refoulé en plusieurs étapes, d'abord projeté sur autrui (l'anima ou archétype féminin de perfection) puis réintégré lors d'une re-naissance spirituelle matricielle, que Jung associe à la naissance en souffle et esprit, celle de l'homme nouveau.
    Enfin, parmi les nombreuses richesses dont regorge ce livre (un dossier complet et complémentaire y est aussi consacré sur le site de l'éditeur), la redéfinition du péché comme rupture avec la totalité de notre être ou Soi. Tiraillé dans ses profondeurs depuis la sortie de l'Eden intra-utérin, l'homme n'a d'autre choix que l'équilibre de ses paradoxes en saisissant la voix, parfois imagée, de l'harmonie (des contraires) par l'attitude juste ou appropriée à chaque étape de sa vie.

     

  • L'homme et sa double origine

     

    Caïn n'est donc plus la figure du méchant par excellence, c'est au contraire celle de l'homme dans son plein épanouissement, l'homme ayant assumé la totalité de son être. Il est à la fois le meurtrier mais aussi le créateur de la civilisation, le fondateur. En lui, les pulsions de vie et de mort cohabitent, sans se nier l'une, l'autre.” p.81


    Si l’œdipe est un arbre (vertical), le Caïn est un rhizome, proliférant dans toutes les directions, charriant haine et amour mêlés, d'un horizon à l'autre.” (p.171)

     

    Gérard Haddad,A l'origine de la violence - d'oedipe à Caïn, une erreur de Freud ?,Salvator éditions,Freud,Lacan,Bible,mythes,Christ,Janvier 2021Les éditions Salvator publient “A l'origine de la violence – d'Oedipe à Caïn, une erreur de Freud ?”.

    Dans ce livre consensuel et synthétique (il regroupe des éléments épars de ces trois derniers ouvrages), Gérard Haddad aborde le complexe de Caïn (définition et crédit), l'origine de sa réflexion (les attentats islamistes dont beaucoup sont commis par des frères), ses ramifications (les traces du complexe laissées par Freud et Lacan) et son importance pour le mouvement psychanalytique futur. Il apparaît en effet vital d'appréhender et interpréter autrement le drame humain que par le seul parricide. Et intégrer le “Caïn refoulé” permettrait, selon l'auteur, à l'institution psychanalytique, de progresser sans s'entredéchirer.

    A travers l'étude de la genèse biblique (“la société humaine et sa culture surgissent à travers un fratricide”) et de quelques auteurs classiques (Shakespeare notamment) , il cautionne son intuition première et adjoint au célèbre complexe d'Œdipe celui plus collectif et souterrain de Caīn et de la violence fraternelle. Car si l'Oedipe se résout généralement dans l'amour par la mort ou castration symbolique du sujet, le Caïn lui nous accompagne plus longuement et peut devenir source de guerres sur un plan extérieur mondialisé (“un fratricide à grande échelle”)...
    Il donne également des exemples de pacification et de pardon (Joseph et Isaac/Ismaël bibliques, Mandela, Gandhi, Yitzhak Rabin...) avant de proposer un chemin de guérison, “un chemin idéal de sainteté et de justice”.

    Caïn est le double (“Il naît de l'angoisse primordiale du double”), l'ombre tapi dans notre inconscient, l'autre en devenir ou potentiel, peut-être celui que les ésotéristes de tous bords nomment l'”être”(par opposition à l'égo), d'origine céleste, en tout cas obéissant à d'autres lois, de la reconnaissance à la co-naissance ? Sa non-réalisation ferait tomber l'humain dans une forme de fanatisme que seule la loi et la peur du gendarme stopperait.
    Le Christ est pour certains ce frère lumineux, rançon de Caïn et fin de la malédiction, de la violence extérieure. Au-delà des chapelles ils Le reconnaissent comme l'archétype de l'esprit, né d'en haut et à qui il est louable de céder la place dans une attitude respectueuse, le Connaissant étant relié à la Source, Il est naturellement d'un rang plus élevé.

     

  • Le bâtisseur de corps saints


    "Et si le corps entre dans une sincérité instinctive, une pureté animale, une confidence physique, c'est pour produire des images inspirées " transfigurantes", dans une intime conviction instinctive, dans une vérité essentielle, dans une confidence mystique". (p.116)

     

    montaud.jpgBernard Montaud est un découvreur en plus d'être un chercheur. Ostéopathe de formation et fortement marqué par les sept dernières années de vie de et en compagnie de Gitta Mallasz (la scribe des Dialogues avec l'Ange) il a fondé une école de spiritualité (Artas) avec différents outils ou techniques d'investigation, imprégnés de l'enseignement des Dialogues.
    Son dernier livre "D'où je viens, où j'en suis, où je vais - 3 psychanalyses corporelles pour y répondre ", paru chez Dervy Editions, fait le point sur quarante années d'une de ces pratiques, la psychanalyse corporelle, une thérapie basée sur "les lapsus corporels conscients mais involontaires, provoquant l'évocation en esprit d'images inspirées, qui résument le passé, le présent ou le futur, selon la psychanalyse vécue".
    A la clé la libération d'avec son passif égotique traumatique (la naissance, la prime enfance, l'enfance et l'adolescence), la clairvoyance de ce qui nous travaille intérieurement dans le quotidien et la réponse à la question existentielle de notre venue sur terre (notre tâche socio-spirituelle).
    Seul bémol, un engagement personnel et financier sur une dizaine d'années pour purifier le corps de ses scories (les scenarii répétitifs ou stratégies de survie du moi victimaire) et le laisser entrevoir la lumière de la rédemption, puisque ce travail sur soi respecte un ordre établi.
    Bernard Montaud parie sur la durée pour façonner l'Homme nouveau, "habité"(par l'expérience inspirée) qu'il oppose à l'"hébété" (celui de l'addiction informatique), l'inspiration du premier étant une nouvelle perception immédiate et directe du réel, à contrario de la réalité virtuelle, qui permet d'accéder à la connaissance sans effort particulier d'élévation de soi.
    On retrouve ici cette idée de court-circuiter le mental (mémoire et intelligence) pour accéder à un dialogue connecté, du corps-texte à la Source ou au puits de Connaissance, sous forme d'images inspirées, de symboles ou de paroles et transcender à la fois le temps, l'espace mais aussi l'invisible, sans avoir nécessairement la foi.

    L'idée d'intégrer le subconscient et ses mémoires successives de plus en plus subtiles (le matériau des rêves) par une praxis conscientisée est un clin d’œil à l'enseignement de Gurdjieff, qui pour évoquer l'identité traumatique qui empêche de percevoir le réel aurait parlé de l'organe Kundabuffer.
    Néanmoins à la différence de la psychanalyse qui déconstruit pour reconstruire, la psychanalyse corporelle intègre les principaux traumatismes égotiques communs à chacun en vue de les transfigurer, il s'agit d'avoir en quelque sorte un regard neuf sur nos vieux habits. Une spiritualité somme toute très christique, centrée sur le corps-mémoire que l'on est mais sans la force illuminative de l'esprit Saint.
    Un livre passionnant comme l'aventure au potentiel extra-ordinaire qu'il décrit et dont on aurait souhaité qu'il soit émaillé de quelques anecdotes (notamment la psychanalyse du futur et les rencontres des psychanalysés avec des prophètes) peut être dévoilées dans le film à venir...

     

  • Une science de l'intériorité

     

    "La vérité est la réalisation que je ne suis rien, personne. Ainsi je suis chacun et toute chose". (p.203)

     

    Swami Prajnânpad,La Grandeur de l'Homme,Editions Accarias l'Originel,Daniel et Colette Roumanoff,Roger-Pol Droit,Juillet 2020De nombreux livres sont déjà parus de Daniel et Colette Roumanoff sur leur maître spirituel Swami Prajnânpad (1891-1974) et Arnaud Desjardins (1925-2011) fut celui qui popularisa et transmis par son enseignement, la lignée du guru bengali.

    "La grandeur de l'homme" paru aux éditions Accarias l'Originel est un ensemble de citations des Upanishad choisies et commentées du maître, parmi plus de 700 lettres de disciples et 200 entretiens audios pour la plupart inédits. Un travail de synthèse thématique des époux Roumanoff concernant l'Homme, Dieu, la mythologie, les religions ou la science et qui monte crescendo vers des hauteurs de vues, de la méthode quasi scientifique à l'état de Délivré.

    A titre d'exemples qui balaient tout poncif : dieu est un concept lié à l'enfance et à l'attitude des parents...prier c'est créer la séparation puisque l'être originel est parfait en soi...être libre (de tout asservissement) est le but de la création...

     

    La grandeur concerne ici l'homme de connaissance au sens oriental du terme, opposé à son homologue occidental le penseur, l'intellectuel pur et sec.

    Leur différence se situe sur une pratique quotidienne d'épuration de l'ego, dans un souci de vérité, pour se rapprocher de l'être que nous sommes et avons toujours été. G.I Gurdjieff parlerait d'essence par rapport au personnage factice et illusoire, produit de l'éducation, que nous nommons personnalité.

    C'est par l'émotion et son investigation imagée (associée à une pensée) jusqu'à la racine, que nous toucherons par la répétition, au noyau de la connaissance, le Soi, auquel l'ego doit s'identifier.

    En Islam Dieu est transcendant, les chrétiens insisteront sur la relation à Dieu mais sans s'identifier (il n'y a qu'un Christ-dieu). L'Orient et sa lignée de sages ont franchi ce pas, parfois par des chemins peu orthodoxes comme Swami Prajnânpad, de formation scientifique et d'inspiration freudienne.

    Pour ces hommes et leurs disciples la foi ne suffit pas (même si elle court-circuite le mental) et l'expérimentation directe prime à force de "raison objective" au sens de découvreuse de lois régissant l'intérieur de l'Homme.

     

    "Quand je cesse de souhaiter mettre quelqu'un d'autre à sa place, l'uniformité que j'ai créée partout, le moi que je surimpose partout, disparaît simplement. Chacun alors est vu à la place qui est la sienne. Ainsi, quand je suis en relation avec quelqu'un, je suis avec lui. Mais quand je regarde l'autre comme non différent, immédiatement, j'entre en conflit avec lui". (p.194)