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Voyage

  • Se réapproprier le féminin mythique

    "Les antécédents des romances médiévales populaires sont plus larges que concentrés autour de l'individu et de sa guérison possible. Ils parlent d'un monde dans lequel la puissance et la sagesse féminine ont été perdues, dans lequel la nature a été violée et les trésors de l'Autre Monde ont été pillés, un monde devenu une Malterre. La quête du Graal, le principe féminin, la donneuse et gardienne de vie, n'est pas simplement une quête pour nous restaurer personnellement, c'est une quête pour restaurer le monde". (p.319).

     

    femmes 1.jpgDans "Femmes enracinées-femmes qui s'élèvent" de Sharon Blakie, publié chez Véga-Trédaniel, le constat est amer mais la solution est amour, comme toujours.
    La planète agonise, les hommes et leur quête héroïque ont accéléré le processus de destruction, le statut inférieur des femmes est une des causes du désenchantement du monde...et l'autrice projette de donner des clés pour que le féminin refleurisse et ensemence fertilement la planète, pour ce qui peut encore être sauvé.
    Sur près de 500 pages s'entremêlent son vécu, ses rencontres avec des femmes fortes et inspirantes et quelques histoires et légendes celtes mythiques, dans une forme de psychologie narrative. On pense à des pionnières du genre comme Clarissa Pinkola Estès ou Marie-Louise Von Franz mais Sharon Blackie veut pousser plus loin le curseur de l'explication archétypale rationnelle classique, en convoquant le mystère irrationnel de la pleine incarnation charnelle et sensation-elle. Elle questionne les terres habitées ou visitées en se rapprochant des éléments  (saisons, paysages, folklore, mythes et légendes...) pour retrouver le sens profond et la magie de la connaissance intuitive ou "iomas" qui provient de l'Autre monde, l'imaginal évoqué par H. Corbin, la hiérohistoire éternellement présente dans l'instant, l'esprit hors espace-temps.
    A la différence pourtant d'un Joseph Campbell et de sa "quête du héros", Sharon Blackie propose un parcours résolument féminin, non calqué sur celui de l'homme, car ce parcours rend la femme amnésique de ses valeurs, de ses atouts (son corps  et sa matrice plus que sa tête et son mental) et de son rôle depuis toujours dévolu de sage, gardienne et protectrice de la Terre, bien avant que les religions et leur Dieu ne vienne compliquer les choses et spolier leur génie (La "Malterre").
    Dans ses conclusions cependant, même si une forme d'animisme est préférée au monothéisme "masculin", l'autrice évoque un sain courroux, une miséricorde matricielle envers créatures et création ou encore une forme de co-naissance intuitive, proche du verbe insufflé, autant de preuves que le Dieu des textes sacrés est autant et c'est dommage, méconnu sous son aspect féminin et universel.
    Faire œuvre féminine c'est donc se réapproprier sa souveraineté et son énergie bien souvent accaparées. C'est aussi descendre en corps et creuser les souvenirs du cœur jusqu'aux instants d'un pacte contre (sa) nature pour survivre dans un monde apparaissant parfois comme inhospitalier. C'est enfin s'ancrer où les pieds portent et en ce centre si typiquement féminin des matrices pour à nouveau rayonner de soi. Autant de chemins que de prises de consciences, autant de jalons que de retours à l'enfance.
    Le récit est plaisant et enchanteur. Le style coule de source alternant moments intimistes et coups de projecteurs sur une altérité nourrissante et riche en créativité.
    La selkie, Cerydwen, Rihanon  n'auront plus de secrets pour vous, vous saurez ce qu'est une Elder, une "Cailleach" ou la "bean feasa" en vous plongeant dans ce livre fleuve qui se lit comme un bon roman, avec cette idée que la descente en soi, le désencombrement de ce qui ne nous appartient pas ou plus, la quête du centre dans un corps souvent égocentré, permet de s'alléger et de s'élever spirituellement et moralement, afin de ne pas passer à côté de sa vie...et retrouver ce qui sourd comme potentiel intérieur trop souvent méprisé, occulté ou jalousé.

     

    "La femme sage est l'héroïne, de retour de voyage, ancrée enfin dans sa souveraineté intérieure et dans la Terre où elle vit. Elle est prête à offrir son savoir et ses cadeaux à la communauté" (p.374).

     

  • Au delà des noix de Coco

    Corentino, Benjamin Lesage, Editions courtes et longues, mai 2021, Colombie, immigration, noix de coco« Il me racontait comment il était venu ici, il avait parcouru toutes les Caraïbes, toutes, toutes les ïles, tu sais combien d’îles il y a dans les Caraïbes ? Il me disait. Je disais non, bien sûr. Sept mille il disait, et tu sais combien de plages, de criques comme celle-là ? Je disais non encore. Des millions il disait, des millions de criques, et parmi toutes, c’est celle-là que j’ai choisie ».

    Après les étoiles qui meurent dans le ciel, c’est le nouveau roman de Benjamin Lesage aux Éditions courtes et longues : Corentino.

    Il ne veut pas fuir la guerre, ni des trafiquants. Corentino n’est pas seul au monde, ne travaille pas dans des mines et n’est pas exploité par la mafia. Pourtant, il veut partir, découvrir le monde et surtout Paris d’où est originaire son grand-père. Le jeune Colombien rêve d’autre chose que ses arbres à noix de coco à perte de vue dans lesquels il grimpe pour rapporter de l’argent à sa famille. Celle-là même qui a fondé cette exploitation de cocotiers. Cette idée vient de son grand-père, toujours lui. S’il a réussi à venir jusqu’en Colombie, à s’installer et a fonder Milcoco sur une large plage déserte, pourquoi son petit-fils ne pourrait pas faire de même ? Le chemin inverse en somme. Sauf qu’ici les gamins savent tous qu’ils reprendront le travail de leur père, y'a pas à discuter. Et avec le padre de Corentino, encore moins la peine d’en parler. D’ailleurs ils ne communiquent pas ou presque.

    « Le père ravale ses mots, son visage s’est fermé, ses joues flasques se sont tendues, ses mains sont fermement accrochées au volant. Corentino se penche par la fenêtre, il regarde les voitures qui circulent lentement sur l’avenue surchargée, les fondas sur le bord de la route, les talacherias avec des dizaines de pneus entassés devant les portes, […] Au loin les tours de Carthagène, ils arriveront bientôt ».

    L’adolescent nous entraîne dans son histoire insensée. Un roman prenant pour les lecteurs qui doivent se dire : Quelle imagination de la part de l’auteur. Oui et non puisque Benjamin Lesage s’inspire d’une histoire vraie, et ça paraît encore plus incroyable ! N’attendez pas de révélation dans cette chronique sur ce que va vivre Corentino et de quelle manière ceci est arrivé jusqu’aux oreilles de l’auteur. Allez, laissez-vous glisser dans le quotidien de Milcoco, pas loin de Carthagène en Colombie. Benjamin Lesage lève le voile sur un pays peu décrit dans les romans ados. De même, il n’ est pas question des FARCS ou d’histoire de drogue qui colle généralement à la peau de la Colombie. Quand au parcours d’émigration, il est assez inhabituel et évite les clichés du genre tout en montrant l’envers du décor.

    A la fin du roman, on a juste envie de connaître la suite, de discuter avec Corentino autour d’un bon jus de coco … ou pas !

    Image: Editions courtes et longues

  • Un oasis plus vrai que nature

     

    READY_PLAYER_TWO_poster.pngWade et ses amis sont de retour pour une nouvelle aventure romanesque aussi haletante mais plus riche, complexe et contraignante dans ce "Ready player two" imaginé par le très entouré Ernest Cline et paru chez Michel Lafon.
    Auréolé de son succès planétaire avec le carton du premier tome et son adaptation cinématographique signée Steven Spielberg, il démontre avec brio par cette digne suite réussie qu'il n'a rien perdu de sa créativité narrative.
    La lecture s'apparente à une connexion matricielle virtuelle et visuelle à l'Oasis mais donne aussi accès au monde organique fou, fantasque et délirant auquel Ernest Cline est relié.
    Wade WATTS, son alter ego, est désormais riche et célèbre. Il a non seulement hérité de la fortune, maison et empire de James Halliday en résolvant l'énigme de l'Oasis (une plateforme d'edutainment virtuelle mondiale) mais il a surtout décidé avec ses acolytes associés (Shoto, Aech, Art3mis), de commercialiser le premier casque immersif (première interface cerveau-ordinateur non invasive) légué et conçu par Halliday avant sa mort.
    L'humanité est plongée depuis en majorité dans ce monde plus vrai des avatars et de la réalité augmentée, au sein duquel une nouvelle quête occupe le temps, retrouver les 7 fragments de l'âme de la muse d'Oasis, Kira, femme du meilleur ami du créateur (Og), en vue de ressusciter son esprit digital. Une contrainte temporelle s'ajoute à cette nouvelle quête quand l'IA d'Halliday, Anorak, menace d'exterminer les gamers si on ne lui restitue pas ces fragments à temps.
    L'auteur propose une exploration totale et déjantée, sur fond d'énigmes à déjouer, de sept mondes inspirés de la pop culture geek d'avant le 21eme siècle où tout est enregistré avec netteté, précision (souci du détail), émerveillement et profond respect. On passe d'un jeu vidéo vintage à l'univers mythique de Prince (le paradis des fans, très drôle) en survolant la culture télé éducative des années 80, l'univers de Tolkien ou le cinéma de John Hugues (la folle journée de Ferris bueller, maman j'ai raté l'avion...).
    Le roman pèse le danger et les atouts de la technologie numérique : le casque ONI s'il permet de se mettre et de vivre une expérience sensorielle totale dans la peau d'autrui (le corps physique peut "hiberner" 12 heures au maximum avant séquelles) souffre de failles sécuritaires et peut mettre en danger mortel ses millions d'utilisateurs. De même pour l'intelligence artificielle qui peut rendre un esprit éternel (souvenirs, caractère, aspect physique...) et augmenté mais aussi provoquer sa rébellion comme l'ont dénoncé de.nombreux films de SF.
    Cette idée d'un monde parallèle subtile et aux ressources infinies rejoint celui commun à toute métaphysique où l'esprit flirte avec l'immortalité. Ce temps et ce monde est celui de l'éternel présent où tout est possible, vivant, connecté. Pour retrouver son âme de guerrier intrépide et séduisant ainsi que son esprit enfantin, curieux de tout et intuitif, il est bon de trouver et de se connecter à la Source, qui de tout temps aura fait couler beaucoup d'encre et dont Ernest Cline connait apparemment le chemin.

     

  • Entre montagnes et sirènes

    ce qu'il y a entre le ciel et les montagnes,jean-charles berthier,actes sud junior,avril 2021,orques,résidentes du sud,nomadland,chloé zhao« C’est vrai qu’on riait plus fort qu’eux, parfois. Je savais qu’ils parlaient de nous entre eux, qu’ils nous trouvaient bizarres. Qu’ils se rassurent, eux aussi étaient bizarres pour moi. D’après Maman, chacun d’entre nous est le bizarre de quelqu’un  ».

    Partir à l’autre bout du pays, en famille, Grand-père compris, avec les montagnes puis l’océan pour horizon, sans contrainte de temps (ou presque) à respecter, sacrément gonflé voir frustrant en ces temps de pandémie. À moins que l’auteur ait eu l’idée de cette épopée en Wesfalia en rêvant de grands espaces. Jean-Charles Berthier a réussi son coup puisque rien que le titre Ce qu’il y a entre le ciel et les montagnes, chez Actes Sud junior, donne déjà envie d’aller s’aérer la tête, de plonger dans un lac revigorant et de regarder les oiseaux passer au-dessus de nos têtes. Bon, sauf qu’il n’est pas vraiment question de volatile dans ce roman mais plutôt d’orques. Énormes mammifères marins noirs et blancs qui ont longtemps été des attractions dans des parcs aquatiques pas vraiment à leur taille. Ici, ces animaux sont à nouveaux libres mais sont-ils pour autant hors de danger ?

    « Les bassins étaient en place depuis pas mal d’années, mais y avait des gens pour dire que c’était pas juste. Qu’elles souffraient de rester ici, qu’elles partageaient avec nous des émotions que .. qu’nous autres on soupçonnait même pas ».

    Le voyage vers ces « monstres » ou « sirènes », ça dépend du point de vue, sert de prétexte à un rapprochement familial entre filles et mère, petite-fille et beau grand-père. Chacun fuit ou fait face à ses deuils, ses questionnements, ses rêves. Ellie, en pleine adolescence, s’interroge sur les gens autour d’elle et particulièrement son « Grandpa ». Lui cache-t-il des choses comme elle le fait elle-même avec sa petite sœur Tacha ? Pourquoi s’entend-t-elle mieux avec une fille qu’elle connaît à peine, à la vie si éloignée, qu’avec ses camarades de classe ? Le road trip modifie en profondeur les habitudes et croyances de cette équipée. Et c’est lorsque les personnages croisent des gens vivants toujours sur les routes, dont on n’entend jamais parler, que le roman fait écho au film Nomadland de Chloé Zhao (récompensé aux Oscars).

    « L‘un ou l’une, de temps en temps, se retournait pour surveiller les petits dans l’obscurité. Il y avait celui qui nourrissait le feu dès qu’il le réclamait, plus vite qu’on nourrit un bébé qui pleure. Car si le feu s’éteignait, quand il s’éteindrait, ce serait fini »

    Je ne peux vous en dire plus sans dévoiler les derniers rebondissements de l’aventure mais cela donne envie de réveiller l’ado fatigué qui sommeille en nous et de boucler ses valises pour … euh … le Canada peut-être … ou tout simplement l’océan Pacifique. Comment ça, c’est pas possible ? Heureusement, il reste tant de livres à parcourir pour découvrir le monde. Ce n’est certainement pas Jean-Charles Berthier qui dira le contraire.

    Image: Actes Sud Junior

  • Brigitte Pietrzak, chamane d'âme

     

    "Le chamane est souvent l'ultime recours après un abominable parcours jalonné d'échecs et d'impasse...dans l'absolu il n'y a pas d'obligation de résultat. Le chamane n'est ni un magicien ni un sorcier mais avant tout un priant qui sert d'intermédiaire auprès de ses esprits alliés...le miracle s'opère quand on retrouve la liberté d'être soi".


    ciel.jpgDans "Ciel blanc, ciel noir-une initiation au chamanisme mongol", paru chez Mama éditions, Brigitte Pietrzak évoque ses premiers pas en tant que chamane, décrivant minutieusement la fonction (vêtements, accessoires, déroulement d'une cérémonie...) sans folklore ni sensationnel, ainsi que la liste de ses principaux
    alliés, esprits animaux (la salamandre, le cobra blanc, le loup, l'ours, l'aigle royal, le corbeau, le léopard des neiges, le renne...) ou angélico-humains (le grand guerrier, le Viking, l'ange de la bibliothèque, l'archer...).
    Se sentant comme appelée à 49 ans, suite à la lecture de Corine Sombrun entre autre, elle sent avec force et persuasion avoir rendez vous en Mongolie avec la chamane Enkhtuya, de la tribu des Tsaatans, derniers éleveurs de Rennes. Cette intuition se confirmera des la première rencontre avec la révélation de sa vocation (“on naît chamane”) par la remémoration de certains signes dans son parcours de vie et surtout la confirmation par les alliés ou "ongods". Dès lors l'initiation commence, sur les plans terrestre et céleste et les premières guérisons viennent confirmer une fibre thaumaturgique.
    Ouverture à l'invisible, capacité de détachement du mental, clairvoyance et claire audience, porosité de l'égo, écoute et empathie, connaissance des règles de la pratique...autant de qualités, dons ou états d'être à parfaire en sus d'un bon ancrage au sol pour accueillir le message des "ongods" ou esprits tutélaires, qui se dévoilent en fonction des problématiques. L'attitude du soigné compte beaucoup, par sa foi et son lâcher prise, dans l'efficacité du geste, de la parole ou de l'attitude qui viendra dénouer ou débloquer un complexe souvent énergétique.
    Plus proche de notre mentalité on pense à l'imagination active de Jung (exposée dans "le livre rouge"), une forme de rêverie ou voyage consciente à la découverte de la symbolique des profondeurs. Ce que montrent les esprits de la problématique, dans un acte amoureux, les symboles numineux agissaient de même pour la psyché, en vue d'une réunification de complexes opposés. Ici d'ailleurs chaque allié est présenté dans sa vision archétypique et vibratoire.
    On comprend à la lecture du livre que la relation de confiance qui s'instaure entre guérisseuse et soigné est primordiale. Ce et ceux qui nous entourent sont toujours prêts à servir et remettre en vie un désordre, pourvu qu'une clarification et qu'un abandon de la volonté parfois trop interventionniste, se fasse de la part des belligérants
    Ombre et lumière se côtoient et s'entremêlent au sein et autour de la hutte pour un rééquilibrage presque taoïste des énergies.
    C'est toujours d'amour qu'il s'agit, dans ce texte comme dans la pratique, le contraire d'une folie désincarnée puisqu'il s'agit de se relier dans un acte de pure foi, à l'aide céleste présente partout et en tout.

    Un livre lumineux, numineux et incantatoire.


    "Celui qui est joyeux irradie. L'élan de vie est amour. Il distribue la générosité du vivant. Il la manifeste. L'obscur cède, face à l'absence de prise pour la peur et la tristesse"

     

  • Camille, la douce heure

    camille.jpg

    Qui mieux que Camille, artiste complète, pour réenchanter les cœurs et renouer avec le spectacle vivant en douceur après un long intervalle où la culture ne se définissait plus que par écrans interposés ?
    Les stigmates sont pourtant encore partout présents, de la captation vidéo lumineuse des Phuphuma Love Minus, originellement prévus sur scène, à l'heure du couvre-feu en passant par les mesures sanitaires drastiques. Pourtant tout est oublié le temps d'une heure de show sur le thème de l'eau, avec "Alarm clocks" (rediffusé sur Arte concert) mise en scène par la chorégraphe sud africaine Robyn Orlin avec laquelle la chanteuse emblématique avait déjà collaboré pour "Up above my head". Sous tous les angles (filmée de très près et de haut) et dans toutes les positions (à genoux, assise, couchée, debout, pendue...), Camille interprète certaines de ses chansons et quelques reprises thématiques bien senties sur une scène censée figurer la mer, évoquée par des bouts de tissus plastiques raccommodés (petit rappel politique), sa robe de nymphe à la longue traîne.
    C'est par la main que l'artiste nous cueille, avec la comptine “A la claire fontaine”, telle une mère (symbolique de la mer) aimante et joueuse, pour mieux nous enlacer dés l'ouverture et nous bercer une heure durant dans ce conte imagé empreint de tendresse et de justesse.
    C'est quand elle évoque les sources que nous sommes, composés à 90% d'eau que l'éveil se produit : Camille nous reconnecte avec notre nature, avec notre enfant intérieur libre, celui qui n'a pas subi les affres de la crise humaine sans précédents et s'amuse, insouciant, en s'oubliant, de tout. Avec sa voix pure pour seule vibration (et celle des oiseaux alentours) elle habite le silence de beauté et de grâce, de rires et de larmes, de gravité et de légèreté, et nous touche en plein cœur.
    On se noie dans cet univers féerique presque enfantin et on salue une nouvelle fois la performance fantasque et fantasmagorique de Camille, qui d'un rien apparent arrive à créer un univers envoûtant.

     

  • La magie d'une conscience en éveil

     

    "Nous allons passer d'une phase tournée vers l'ego à une phase vraiment transpersonnelle. Une telle conscience sera la conscience de l'empathie pour l'ensemble du vivant et de la biosphère, une plus grande solidarité, une sensibilité artistique, spirituelle et esthétique plus importante. Les sociétés seront bouleversées dans leur fonctionnement même." (p.41)

    merlin.jpgLes éditions Véga-Trédaniel sortent "
    Merlin-La magie de la conscience", un livre au contenu et à l'architecture originaux, ludico-pratique. A la fois dense et léger dans ses thématiques (son, eau, conscience, temps, Univers) profond mais fugace dans ses explorations, l'ouvrage de Philippe Rosset allie théorie et pratique, accompagné d'un cd de 7 méditations sur des symboles arthuriens.
    Merlin, dont la légende est résumée, trône comme archétype d'un nouveau modèle de perception d'une réalité modifiée et réenchantée. Il est l'homme sans âge, connecté et magicien de la conscience.
    La lecture est comme un voyage dans les pas de
    C.G Jung (notions de mercure alchimique ou de fripon divin, évocation du processus d'individuation) et en hommage à Emma Jung sa femme qui se passionna pour "la légende du Graal" toute sa vie.

    On surfe également en imagination sur cette terre mythique (pays Galles, Angleterre), tout en flirtant avec de nouveaux courants de pensée (Romuald Leterrier qui fait la préface, Philippe Guillemant, pour les français...) qui redéfinissent la notion de conscience en accord avec les théories des physiciens quantiques.
    Ces auteurs, comme d'ailleurs
    Philippe Rosset, sont sans doute les véritables continuateurs de l'esprit jungien, à la fois touche à tout et précurseurs d'un nouveau paradigme de la conscience dont la source est non locale et hors temps. La notion de vide quantique (tout n'est qu’énergie et informations) côtoie les expériences de rétrocausalité (un futur qui envoie des synchronicités dans le présent) ; les visions chamaniques en états de conscience modifiés dressent une nouvelle nomenclature des multivers ou de la relativité du temps (importance également des pensées sur le métabolisme composé essentiellement d'eau) ; l'astrologie rejoint comme science le parcours ou destin personnel inscrit de façon codée dans la plénitude d'un Soi unifié...Autant de pierres à l'édifice d'un monde nouveau dont l'essence est lumière.
    Le cap et la ligne directrice de l'ensemble se veut résolument optimiste. L'idée globale est une orientation vers un futur désirable, une apocalypse joyeuse (au sens originel de révélation ou dévoilement du Réel) où l'on renoue avec l'émerveillement et la magie, un monde du tout possible guidé par la joie et l'Amour.
    Les sept méditations sonores associant la nature (lieux, plantes, minéraux, sources), la création de conscience et la magie de la régénération (images, énergie, pensées) constituent le cœur et la mise en pratique des thèses du livre.
    L’émerveillé
    Philippe Rosset s'immisce dans l'interstice, la fêlure de l'espace-temps, la bulle d'éternité d'où Merlin l'enchanteur déploie ses ailes et appelle ses disciples : "Merlin est à l'image même de l'univers décrit dans les hypothèses actuelles : il est l'éternel mouvant, l'absolu savoir encyclopédique du monde, l'ensemble de toutes les incarnations, la mémoire du passé et du futur de l'Univers". (p.90)
    Un livre pour et à méditer donc.