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Science

  • Le Sage, le Maître et le Saint


    Ibn-LesSecretsDeLaPriere-Couv.jpgLes éditions i, dans leur collection liens, éditent ce mois ci trois fascicules d'auteurs soufis plus ou moins connus : Ibn Ajiba (18eme siècle) et son "Commentaire de la Fatiha", Sharani (16eme siècle) et sa "Lettre ouverte aux prétendus soufis" et enfin Ibn Arabi (13eme siècle) dans "Les secrets de la prière", tous trois traduits par Hamid Redouane (en collaboration avec Abdallah Penot pour Ibn Arabi).
    La maison d'édition fondée par Jean Annestay en 2017, met à l'honneur des textes spirituels fondamentaux "inaccessibles ou méconnus" mais aussi des grands noms de la BD (sa première passion), associant le i d'image et d'intellect pour "mieux comprendre le monde d'aujourd'hui", un concept original avec deux univers atypiques.
    Le pari est relevé avec ces trois courts textes nous dévoilant l'Islam dans sa branche soufie et son interprétation tripartite (exotérique,ésotérique et praxis) des textes sacrés/événements/épreuves.Ibn-CommentaireDuCoran-Couv.jpg
    La Fatiha devient avec Ibn Ajiba une prière de sept versets complexe et très étudiée à travers siècles, telle la graine synthétisant l'Arbre de Vie qu'est le Coran.
    Pour Ibn Arabi la prière dans son essence n'est que l'auto-glorification de Dieu par Sa propre parole et Sa propre Présence dans le cœur, la langue et le corps du serviteur tout entier anéanti.
    Enfin Sharani déplore l'écart entre science et actes / intériorité et extériorité /pureté du cœur et amour du bas monde chez ses contemporains de confréries, en citant les comportements des pieux compagnons du Prophète et de Saints reconnus.
    Sharani-LettreOuvertre-Couv.jpgCes trois opus distinguent également le fervent pour Dieu et le fervent par Dieu, qu'une longue ascèse, sincérité, humilité et repentir ont affermi au point de n'être sur terre que garant de la volonté divine.
    L'érudition est à la hauteur de ces trois savants qui eurent aussi de grandes inspirations pour décrire avec autorité et affirmation de grands principes de vérités éprouvées. Leur profondeur de vue est égale à celle de pôles pour leur époque.

     

  • Nous sommes tous appelés

    Coran 17,95 : “Dis ! Si sur la terre, il s'était trouvé des anges évoluant tranquillement, Nous aurions fait descendre du ciel sur eux un ange messager”.

     

    Dans le monothéisme hébraïque, Dieu se retire et l'homme se lève dans son absence. Dans le monothéisme chrétien, Dieu occupe et investit le lieu de l'homme. Dans le monothéisme islamique, l'homme – Mahomet – est le “tenant lieu” (khalif) de Dieu” (p.205)

     

     

    Shmuel Trigano,Le Deuxième Dieu,Hermann éditions,monothéisme,pensée hébraïque,Torah,Ange,ange de la Face,Métatron,symboles numineux,Septembre 2022Le Deuxième Dieu c'est l'ange ou le prophète en tant qu'intercesseur entre création temporelle et Créateur par essence infini.
    Le deuxième dieu c'est aussi l'être en soi, l'Autre personnalisé qui advient lorsque le sujet "je" s'efface ou s'oublie dans le jeu. A l'image du retrait de Dieu pour que l'homme existe (le tsimtsoum) dans la logique et pensée hébraïque.
    Shmuel Trigano, philosophe et sociologue de la religion, approche dans cet essai paru chez Hermann Éditions l'essence du Dieu monothéiste, sa nature et ses fonctions.
    En scrutant la Torah et ses épisodes numineux (le buisson ardent, le sacrifice d'Isaac, les visions prophétiques...) Il tente de corporaliser (visage, voix, attributs...) le Transcendant même si c'est à travers le prisme imaginal des témoins.
    La figure de l'ange (Séraphin, chérubin, Hénoch-Métatron...) parsème en effet les visions comme l'ouvrage sans qu'un corps matériel ne soit jamais montré. Se pose cependant la question de l’œil qui voit les phénomènes, de l'entre-soi, de cette Présence qui est absence (ce vide plénier ?) de pensée et qui se reconnaît de la même Source lumineuse.
    Même si l'auteur englobe les autres perspectives monothéistes, il ne fait pas forcément le lien avec un Plan divin de reliance entre l'homme et son ange (son double lumineux) afin de retrouver l'unité originelle pour être à la semblance du dieu. Cette perspective eschatologique se révèle surtout dans le nouveau testament (apocalypse comprise) et le Coran en particulier, avec la corporalisation des anges et sous la férule d'un messager angélique. Il n'est plus d'intermédiaire entre Dieu et l'homme, il s'agit juste de co-naître.
    Shmuel Trigano nous offre, dans cet essai, une belle digression entre regarder et voir (l'audition visuelle) et tout en questionnant la double nature du Dieu monothéiste (YHVH et Elohim, Masculin et féminin, symboles et figurations...), il montre son ouverture et intérêt pour les autres prophètes révélés. Le livre, parfois très conceptuel, touche néanmoins le noyau divin (nimbé de mystère)  par l'intellect méditatif et donne à savourer une matière hautement sublimée qui touche l'âme.

     

  • Se transfigurer

    basset.jpg

    "Il ne faut pas la quitter mais l'élever. Votre plus grand trésor est cette personne...Brûle ! (Dialogues avec l'Ange)

    Ce qui se joue là, c'est la possibilité de vivre libre de la peur - celle de la mort incluant toutes les autres. p.23

     

    La foi véritable a ses racines dans l'invisible, là où témoins mystiques, "expérienceurs" ou scientifiques modernes décrivent "la Vie de toujours... infinie, invincible", le Royaume de lumière qui est  "un Amour sans limites".
    C'est de ce terreau ou "corps" spirituel qu'est constitué Cet Au-delà qui nous fait signe, le dernier livre de la théologienne-écrivaine Lytta Basset paru chez Albin Michel.
    Terrassée un temps par le suicide de son fils Samuel, elle relate sa lente reconstruction grâce notamment à une certaine Maryam, un "canal de compassion" qui sut la toucher par des signes et des preuves de l'entrée de son fils dans la Vie unitive (paroles réconfortantes, synchronicités, supports physiques). Un travail personnel sur sa naissance et ses liens ancestraux a consolidé en parallèle son propre "corps-don" pour l'au-delà. Un cordon, pont ou ouverture à l'Autre en soi (Le Christ ou le Vivant qui est degré de vie ou vibration) et à l'extérieur de soi (devenant parfois canal elle-même).
    Pour la désormais thérapeute, ce qui est délié sur terre est délié au ciel (parole d'évangile), sans quoi le défunt poursuit sa maturation personnelle dans l'au-delà, éludant ses propres zones d'ombre, avant de rejoindre un jour la Source, à l'image d'une sphère irradiante. Son sort dépend dès lors des liens terrestres qu'il reste à apaiser et lâcher (des deux côtés), avant de peser "de toute l'intensité de son corps spirituel", et devenir Ange-Gardien par exemple, comme c'est le cas ici.
    Le livre est riche de citations d'auteurs pionniers dans ce domaine (E. Kubler-Ross ou R. Moody), de livres phares (les dialogues avec l'ange par exemple), de théories scientifiques nouvelles (issues de la physique quantique notamment) ; il est aussi dense et charpenté par les écrits bibliques relevant de cette Vie plénière et sublimée, avec une petite digression vers l'essence prophétique.
    L'Autrice suisse opère une synthèse réussie que n'aurait pas renié Jung, sur l'existence d'une vie après la mort.
    A l'aune de son vécu, sa vision est désormais naturellement augmentée, parfois illuminée de l'intérieur, confiante et sans peur pour l'a-venir, englobant la destinée humaine dans son ensemble.
    Un souffle parcourt l'ouvrage, qui gagne en clarté à mesure de son dévoilement. Dans les pas de François Brune, Lytta Basset réactualise la notion de foi chrétienne pour ouvrir tant qu'il est encore possible les cœurs fermés à l'évidence de l'invisible et à une possible Relation (divine) vécue en profondeur.

     

  • Les signes de l'outre monde


    "Tout ce que nous réprimons se renforce dans l'inconscient et jette une ombre sur le monde, et la "matière noire" est peut être précisément l'ombre de la plénitude imaginative que nous avons refusé à notre cosmos". (p.231)

    L'inconscient collectif, l'imagination et l'âme du monde sont des métaphores d'une réalité daïmonique. (p.228)

     

    laurent kasprowicz,romuald leterrier,bertrand méheust,brent raynes,marc leduc,jacques jaillat,sharon hewitt rawlette,patrick harpur,yann vadnais,charles imbert,jocelin morisson,henry corbin,c.g jung,phénomènes,éditions trédaniel,ovnis,parapsychologie,trickster,daïmon,réalité,advaïta vedanta,soi,rêve,chamanisme,invisible,septembre 2022Dans la lignée du titre Ovnis et conscience, Phénomènes, co-né par l'intention des chercheurs-écrivains Laurent Kasprowicz et Romuald Leterrier, est un livre pluridisciplinaire et réflexif paru chez Trédaniel éditions, qui croise plusieurs auteurs de renoms et sujets connivents.
    La figure et l'archétype du "Trickster" est le liant et fil rouge de ce jeu de piste monumental (par le spectre exploré), qui énumère ses caractéristiques, fonctions et dans une seconde partie ses racines folkloriques et philosophiques anciennes, notamment son analogie avec les "daïmons" hellénistiques (à ne pas confondre avec les démons).
    Comme l'oubli de ses rêves au réveil, la parapsychologie ou le phénomène ovnis présentent un caractère élusif (impossibilité de rapporter une preuve) propre aux facéties du Trickster, qui est aussi le gardien entre le rêve et la Réalité s'entendant comme la totalité du Réel, soit l'Âme du monde, la Psyché totale englobant le tangible et l'invisible, le conscient et l'inconscient (plutôt collectif au sens jungien du terme). Il est ce "farceur, fripon, messager, gardien d'entre les mondes" dont l'"archétype, en limitant l'emprise du paranormal, nous offre peut être une protection vitale contre une destruction irrémédiable de notre psyché" (p.169).
    Il faut dire qu'en d'autres temps l'invisible, l'imaginaire, le mythe ou le surnaturel n'étaient pas relégués au rébus et donc refoulés d'où son espièglerie actuelle à nous montrer notre route sans issue empruntée par une vision du monde toute rationnelle.
    Le livre, entrecoupé de nombreux témoignages authentiques d'apparitions d'ovnis ou de phénomènes psys (le téléphone de l'au-delà vécu par L. Kasprowicz par exemple), pose la question de ce qu'est la Vérité. Est-ce la réalité objective ou la partialité ? L'icône ou l'image ? L'esprit ou la matière ?
    La trame réflexive semble nous indiquer une direction : la fusion des deux, l'imbrication de la psyché et de l'imaginal, le pacte matière-lumière, en soi. Plus de division mais une unité comme à l'origine où l'imaginaire côtoyait le réel, le mythe l'ordinaire.
    Le Trickster préfigurerait le jeu, la joie, la fin du mental roi. Il annoncerait, dans un proche avenir, l'homme relié qui s'oppose à l'homme connecté singeant le monde de l'âme mais manquant de singularité. C'est le signe peut-être du retour de la magie dans nos vies, d'un monde où tout devient possible, véritable instant créateur au-delà de l'espace-temps.
    La conclusion et ouverture de Jocelin Morisson dresse un pont entre la science et la spiritualité, en évoquant le Réel selon l'advaïta Vedanta, une vision pleine et entière de la psyché, éveillée du rêve de l'existence séparée...de la totalité de sa Source ou Soi. Le Soi jungien, évoqué à demi-mesure en filigrane de l'ouvrage, préfigurait ce centre ou matrice organique divino-humaine.

     

    Chaque pas vers LUI est un éveil. Chaque existence - pas seulement la vôtre - n'est que rêve. Un rêve subtil...de plus en plus subtil...mais un rêve. Un seul éveil : LUI. (Dialogues avec l'Ange)

  • Jésus est la clé

    L'Islam est l'autre nom de l'Alliance et du Salut que Dieu a proposé à l'humanité...une seule Religion sous forme d'Alliance, assortie d'obligations (pratiquer la droiture et la justice) et de promesses avec pour chaque horizon temporel la forme qu'elle revêt sans que le fond ou contenu de base ne change”. (p.202)


    jesus.jpgL'Islam reste encore peu connu, comme son Livre saint et son mode de révélation via un prophète analphabète (donc vierge de connaissance comme Jésus né d'une vierge...). Moqué, méprisé, mis en doute encore de nos jours par certains, son message et sa stature d'envoyé ne sont plus à débattre.
    Dans un souci d'universalisme et donc d'ouverture avant tout envers la communauté musulmane, l'imam et écrivain -conférencier
    Ahmadou Makhtar Kanté s'intéresse à la figure de Jésus telle que révélée dans le Coran et en fait un pivot historique de changement ou plutôt de rupture dans l'Alliance et le Salut monothéistes. Son essai clair et concis "De quoi Jésus fils de Marie est-il le signe" paru chez l'Harmattan Sénégal, atténue cependant la portée du message qu'il veut faire passer - l'Islam comme nom coranique de l'alliance abrahamique étendue à Ismaël et sa descendance -,en excluant de facto, dans sa démonstration, les juifs et les chrétiens de celle-ci.
    Sa thèse ne manque cependant pas d'esprit critique et de discernement en prenant appui sur le dernier texte révélé (le Coran explique le Coran et on ne peut le remettre en question...) analysé comparativement à la Bible.
    Selon
    Ahmadou Kanté, Jésus le fils de Marie (c'est son appellation coranique) marque une rupture dans l'élection historique des prophètes et rois d'Israël puisqu'il naît sans père et de lignée Lévitique (et non pas davidique de la tribu de Juda) par sa mère. Messie véritable pour les musulmans, il fut de ce fait rejeté par les juifs et divinisé par les chrétiens (minimisant au départ le rôle de Marie). Par ailleurs, selon le Coran et les hadiths, il annonce le dernier prophète à venir, "Ahmad" le très loué, que les juristes assimileront à Mohammad, l'analphabète de la prophétie.
    Ce glissement du pouvoir légiférant et spirituel jusqu'à la fin des temps ignore néanmoins la promesse  effective des cœurs de chair (Ézéchiel 36,26) et de la lampe intérieure du discernement (le troisième œil ou œil du cœur ?), reléguant les textes, rites ou formes à l'arrière plan ou les rendant désuets.
    Placer la nouveauté (de l'alliance) sur un mode d'inspiration plus naturel et accessible aux êtres reliés (Depuis Mohammad la reliance céleste ne souffre plus d’intermédiaire) aurait évité le cloisonnement et la préférence d'une communauté sur une autre, la fin des prophètes marquant ainsi le début des hommes spirituels, éclairés, inspirés et insufflés d'en haut, comme le furent les envoyés en leur temps...mais dieu est plus savant.


    Joël 3,1 : Et c'est après quoi, je répandrai mon souffle sur toute chair. Vos fils, vos filles seront inspirés, vos anciens rêveront des rêves, vos adolescents verront des contemplations. (Trad. Chouraqui)

     

  • L'Islam fédérateur

     

    dimensions-universelles-de-l-islam.jpgLes éditions Tasnim et le philosophe universitaire Patrick Laude s'associent pour proposer un recueil de textes thématiques autour des "dimensions universelles de l'Islam". Les collaborateurs anciens (Guenon, Lings, Ampaté Ba...) ou modernes (Hossein Nasr, Geoffroy, Chittick...) sélectionnés sont tous d'éminents spécialistes reconnus pour leur ouverture ou construction de ponts interreligieux voire interdisciplinaires.

    L'accent est mis sur la tolérance et l'universalité de la dernière religion révélée. Même si la branche ésotérique de l'Islam se différencie du mysticisme (chrétien) par son aspect initiatique datant de l'imitation du comportement du Prophète Muhammad, c'est bien elle qui opère l'union, le soufisme en particulier.

    La révélation du Coran contient autant de versets prônant l'essence commune de toute religion que la disqualification des autres formes (charia), en fonction des abrogations successives. Dur donc de s'y retrouver légalement parlant.

    Néanmoins, en dehors d'une pratique ritualisée, l'adoration du Créateur entraîne logiquement le respect et l'accueil de la différence, pour autant que l'Amour ait pénètré le coeur du croyant sincère. 

    Les exemples de convergence et d'entente parfaite sont, et c'est l'intérêt de ce livre, multiples entre voies religieuses ou spirituelles : la sagesse commune à toutes, l'état de serviteur qui couronne le cheminant, le travail de sape de l'ego ou de polissement de la rouille du coeur, la préexistence de l'être sur la personne...le dialogue interreligieux, le socle traditionnel, ou encore l'appropriation culturelle ( les traductions du Coran ou des grands penseurs de l'Islam en langues étrangères) dans une visée plus exotérique.

    De même que tous les musulmans ne sont pas fanatiques, ils n'envisagent pas tous une lecture (du Coran) ou une pratique intériorisée (prière, ramadan, aumône, pèlerinage) de leur religion. Les auteurs sélectionnés par patrick Laude apportent leur pierre à l'édifice de ce message originel de l'Islam.

    Cet ouvrage compilation est un rappel salutaire qui ouvre à d'autres dimensions englobantes et recapitulatrices de l'Islam et de son Livre révèlé. Tayeb Chouiref (édité par Tasnim), islamologue français, oeuvre par exemple en ce sens plus symbolique, en traduisant des textes majeurs du patrimoine arabo-musulman.

    Une élévation en soi, un rappel salvateur.

     

  • Une humanité en peine

    "L'évolution de nos gènes et les performances exceptionnelles de notre cerveau nous ont doté de ce pouvoir de créer, en même temps qu'ils nous ont rendus vulnérables aux désordres de l'esprit". (p.46)

     

    raphaël gaillard,un coup de hache dans la tête,éditions grasset,schizophrénie,bipolarité,dépression,art,créativité,troubles mentaux,Février 2022Un coup de hache dans dans la tête, paru chez Grasset, est un essai atypique sur le lien entre créativité et troubles mentaux. Après son titre accrocheur, la rigueur scientifique (études en neurosciences) est de mise pour progresser dans la confirmation d'intuitions pratiques puisque Raphaël Gaillard est psychiatre à Saint-Anne. Également normalien de formation et sensible à la culture, l'ouvrage s'enrichit naturellement de réflexions philosophiques, artistiques ou littéraires puisque le code ADN du créatif partage in fine celui du schizophrène (1% de la population), du bipolaire (2à 3 %) ou du dépressif (1 personne sur cinq potentiellement) et que la mince frontière entre les deux est affaire de représentation du réel. Elle pourra confiner à l'oeuvre d'art chez l'un alors que le dénommé malade saurait se perdre dans les méandres de la pensée. 
    A l'ère de la conscience (collective et transpersonnelle) le cerveau atteint peut-être, selon l'auteur, son paroxysme de fonctionnement mais les réactions différent quant au traitement de l'information augmentée.
    Cette loterie aléatoire ne permet pas, à l'aune de cette sérieuse étude, de stigmatiser les uns ou de les catégoriser, ce qui reviendrait, à rebours, à déprécier l'oeuvre d'un auteur borderline, si l'on étudiait l'histoire de l'art par exemple. D'autant plus qu'une fêlure toute mentale, ce "petit coup de hache dans la tête qu'ont  les grands artistes" (qui est une citation de Diderot), pourrait aussi permettre à l'infortuné patient de court-circuiter la pensée et d'accéder à un autre langage : l'inspiration céleste ou Verbe, voire l'imagination active (les surréalistes ou le courant des mélancoliques en témoigne).
    Profondément empathique, Raphaël Gaillard nous offre une belle leçon d'humanité pour mieux revenir sur nos jugements hâtifs envers le handicap psychique et notre définition de la folie, desquels le chamane a récemment été réhabilité.