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Entretien ecrit

  • L'Amour , notre destinée

     

    Petit entretien écrit avec Pierre Trigano, qui vient éclairer quelques passages de son dernier livre "Des sexes et des genres, des amantes et des amants" paru chez Réel Editions.

     

    *Votre réflexion mûrie d'un travail sur l'inconscient marque profondément le sujet conscient avec le temps : il s'agit ici d'évoquer l'existence d'un virus actif dans la psyché et transmis depuis des siècles... A qui d'ailleurs imputer la responsabilité de cette “souffrance immémoriale des femmes” ? L'homme doit-il s'amender ?

    Dans l’inconscient collectif de l’humanité se condense toute son histoire depuis les origines et nous naissons déterminé-e-s par celle-ci à la naissance sans en être conscients. Cette histoire résonne de ce que j’ai appelé la souffrance immémoriale des femmes, et cette histoire est déjà préformée par nos ancêtres préhumains primates, totalement marqués par la compétition entre les mâles, la maltraitance exercée sur les femelles, et la guerre systématique entre les clans. On ne peut pas dire que les hommes d’aujourd’hui sont a priori coupables de cette situation car ils ne font qu’en hériter mais ils sont fondamentalement responsables pour en prendre conscience et changer cette histoire en s’ouvrant à leur féminité intérieure, à remettre en question le règne du masculin unilatéral pour vivre une relation harmonieuse entre masculin et féminin, qui est amour. Les hommes, mais bien sûr les femmes aussi sont appelés à ce grand rendez-vous et reçoivent une interpellation que nous pouvons lire dans leurs rêves nocturnes. L’enjeu pour l’avenir de l’humanité sur cette terre est qu’ils acceptent d’entendre l’interpellation.

    *C'est souvent après coup que l'on sent que l'archétype genré était présent dans un échange. Comment se manifeste t'il concrètement ? Quand sait-on que l'on a affaire avec l'animus ou l'anima ?

    Il faut comprendre que l’animus dans l’inconscient des femmes est comme un homme et que l’anima dans l’inconscient des hommes est comme une femme. En tant que masculin, l’animus est puissance d’affirmation, pensées, principes, logos. Le problème est qu’en tant qu’il est un archétype de l’inconscient collectif, c’est une énergie collective, trans historique, transgénérationnelle. Il n’est donc pas au commencement de la vie d’une femme sa puissance d’affirmation personnelle et il ne fait que l’enfermer ou la réduire aux stéréotypes et aux rôles qui se sont condensés dans l’histoire de sa famille et de sa société, l’enfermer dans des attitudes de soumission ou au contraire de colère et de meurtrissure de toutes sortes, en inflation ou en déflation.

    L’anima, en tant que féminin, relève du domaine de l’affect, de l’humeur, du sentiment, de l’éros, de l’intériorité. Mais, tout comme pour l’animus, elle est une énergie inconsciente collective, transhistorique, transgénérationnelle. Dès lors, au commencement de la vie d’un homme, cette énergie ne lui est pas personnelle et ne se manifeste pas pour son épanouissement mais en étant conforme aux rôles qui se sont condensés dans l’histoire de sa famille et de sa société. Elle peut prendre la forme d’un éros aliéné, dysfonctionnel, dans sa vie, qui le détourne sous mille et une formes possibles (allant de l’inflation à la déflation) du véritable amour.

    Je me souviens d’un film d’il y a quelques années qui s’intitule, si je me souviens bien « La dispute ». Pas vraiment un très bon film, mais très intéressant pour donner un exemple vivant. Ce film montre d’abord un couple qui s’est constitué par amour et qui s’aime vraiment. Un soir, ils reçoivent à diner toute la famille de la femme. Une fois celle-ci partie, l’homme saute impulsivement sur la femme et lui dit « chérie, viens allons faire l’amour ! ». Mais la femme, tout aussi impulsivement, le repousse en lui disant : « non ! Fais la vaisselle d’abord ! ». Cette opposition de points de vue va dégénérer au long du film en une dispute terrible sur plusieurs jours qui va détruire leur couple, alors qu’ils s’aiment vraiment. On reconnait dans cet affrontement un duel meurtrier entre l’anima de l’homme qui est impulsivement éros et l’animus de la femme qui est impulsivement position de principe abstraite et donc logos. Les deux, anima et animus, ne sont pas dans cette histoire des expressions personnelles de leur amour, mais comme des dieux au-dessus de leurs têtes qui les manipulent et n’ont que faire de leur bonheur réel. L’anima, ici n’est pas l’expression personnelle de l’éros de l’homme et l’animus, l’expression personnelle du logos de la femme, mais des énergies de l’inconscient collectif façonnées dans l’histoire qui les ignorent impitoyablement en tant qu’individus.

     

    *Chaque genre (hétéro, homo, trans) porte en sa psyché un archétype du genre opposé avec lequel, à terme, il est juste et bon de s'unir (mariage symbolique) pour mener une vie harmonieuse. Le poids de cette souffrance semble être la même pour tous et partagée entre tous, une souffrance mémorielle de l'humanité en quelques sorte ?

    Tout être humain, quelle que soit sa condition sexuelle, est traversé dans sa psyché par ce que j’appelle « une pulsion de mariage intérieur » et que Jung appelle le Soi. Cette pulsion travaille dans l’inconscient à la confrontation entre le moi de la femme et son animus et le moi de l’homme et son anima. L’enjeu de ce travail intérieur est que les deux pôles conscient et inconscient se rencontrent, se reconnaissent et se transforment jusqu’à s’aimer et devenir des amants intérieurs de telle sorte que se réalise l’individuation, l’unité de l’être, son ouverture à l’amour. Pour les trans la modalité semble différente, je l’étudie dans mon livre avec un exemple de rêve à l’appui mais en réalité, c’est toujours cette ouverture à l’amour qui se cherche.

    L’enjeu est que anima et animus ne soient plus dans la psyché d’un individu des « dieux » étrangers et indifférenciés mais deviennent des manifestations personnelles de leur être réel, les ouvrant à l’amour. On cultive et renforce le travail de cette pulsion du mariage intérieur dans une psychanalyse centrée sur les rêves, en suivant le chemin initiatique qui se déroule pour l’analysant de rêve travaillé en rêve travaillé. Ce qui se découvre au cours de ce cheminement, c’est la souffrance immémoriale des femmes, la souffrance de la féminité, qui s’est condensée au cours de l’histoire humaine, et qui affecte aussi bien les femmes, les hommes, leurs animus et anima. L’enjeu d’une telle psychanalyse est de favoriser dans leur vie l’arrivée de synchronicités positives ouvrant à l’amour, pas seulement sous la forme d’un couple, mais aussi comme amour de la vie, réconciliation amoureuse avec la vie, quel que soit l’âge du sujet.

     


    *L'essence du Soi est féminin dites-vous. Il nous veut en relation (Intérieure ou extérieure), l'inverse du repli sur soi en fin de compte ?

    C’est le rêve étonnant d’une contemporaine, que je relate dans mon livre, qui présente le Soi comme féminin. Il délivre un enseignement qui nous montre que le Soi désire aujourd’hui se faire reconnaitre centralement comme féminin, d’abord pour relever la féminité depuis si longtemps marginalisée, mais aussi parce que l’archétype féminin est précisément l’archétype de la relation, de l’ouverture à l’altérité, de l’union. Or, c’est précisément l’union harmonieuse entre le masculin et le féminin que vise le Soi. Ce qui nous permet de comprendre que forcément, cette union est d’essence de féminine, de même que sur le plan concret de la sexualité, l’union du sexe masculin et du sexe féminin se fait dans le sexe féminin.

    *Que nous dit ce nouveau symbole du Soi sur le dieu monothéiste ? A t'on occulté Sa part de féminin (qualités, valeurs) ? Plus, son essence est-elle féminine ? On peut même se poser la question du creuset du Verbe, de son origine symbolique ?

    Dans la spiritualité biblique, le Verbe, c’est le Saint Esprit, et le mot « esprit » en hébreu, rouah’, est féminin. Et pour les premiers chrétiens, le Saint Esprit était féminin. Ce n’est qu’au 4eme siècle après Jésus-Christ que l’Eglise a décrété que le Saint Esprit était masculin ! D’autre part, Jésus appelait Dieu abbah. Je démontre dans mes livres précédents que c’est un mot féminin, un Père divin féminin, centré sur l’amour

    *Comment panser le féminin blessé ? Le verbe ou l'Intellect y est-il pour quelque chose ? Quid des autres centres (sensation, intuition ou sentiment) ? Peuvent ou doivent-ils participer à la guérison ?

    Toutes les fonctions psychologiques interviennent bien sûr dans ce grand-œuvre du mariage intérieur qui réunit en harmonisation toute la psyché humaine. Mais est-ce que vraiment le but est de « panser » le féminin blessé ? Je crois plutôt qu’ils se « panse » lui-même lorsque l’on devient conscient que la féminité n’est pas « une pauvre petite chose » toute faible, qui aurait toujours besoin d’un masculin fort « de gros bras », mais qu’elle est ce qui fait qu’un être humain est réellement humain, dans la mesure même ou la caractéristique de l’être humain dans la nature est précisément sa capacité à s’ouvrir à l’altérité, ouverture féminine par essence.

     

  • Dix femmes matricielles

     

    "Quel travail intérieur faisons nous pour contribuer à plus de paix dans le monde ? Plus nous guérissons, plus notre taux vibratoire augmente, plus notre entourage le ressent et sera inspiré à faire de même. De toute l'observation du monde, je retiens que la paix passe avant tout par la paix en soi" (Amandine Roche)


    aventurieres.jpgL'écrivaine et journaliste
    Nathalie Calmé publie "Aventurières de l'esprit" chez Trédaniel éditions, dans la collection prestigieuse du Relié.
    Il s'agit de dix portraits de femmes interviewées à une ou plusieurs reprises par l'autrice, remaniés et actualisés à l'aune de l'épisode Covid. Le lien entre toutes est l'esprit (au sens spirituel) qui les anime et leurs parcours jonché d'actes de foi à déplacer des montagnes (socio-politiques, religieuses ou culturelles) au point qu'on pourrait les qualifier de femmes remarquables.
    Ancrées dans le concret du quotidien, en interaction constante avec l'élément humain, naturel ou symbolique, elles ont su dans leurs vies singulières, accorder une large part à l'intuition et œuvrer dans le profond respect de leur rythme et sens de l'harmonie intérieurs. Aidées un temps d'une autorité spirituelle elles surent pour certaines s'en affranchir et à leur tour baliser un chemin de création pure.
    (faire) Silence, (vivre avec) légèreté, (faire vœu de) pauvreté, (revenir au) souffle, (prendre appui sur une) vision...à chaque fois ce leitmotiv du peu, de l'épure (mentale ou matérielle), ce retour à l'essentiel en soi et pour soi, ce souvenir d'un instant numineux avec lequel elles réussissent à bâtir des mondes ou communautés d'esprit.
    C'est au service de l'unité qu'elles se rejoignent et excellent, dans des qualités quasi divines : UNterprètes (la pianiste
    H.J Lim, la cheffe d'orchestre Claire Gibault, la théologienne orthodoxe Annick de Souzenelle), simples et pacifiées  (la navigatrice  Isabelle Autissier, l'écrivaine Dominique Loreau, l'humanitaire Amandine Roche), en quête de vérité (la théologienne protestante Lytta Basset, l'ermite Soeur Catherine) ou encore du côté de l'Amour dans une attitude non-duelle (l'enseignante Byron Katie, la nonne bouddhiste Soeur Chân Không).
    Derrière chacun des dix visages dépeints avec minutie et tendresse se cachent des voyages dans la géographie de mondes intérieurs ou extérieurs, avec des cheminements verticaux ou horizontaux même si la frontière entre les deux univers est souvent ténue.
    La crise du Covid n'affecte aucunement celles dont la transformation était déjà amorcée par des années passées à se mettre au diapason de l'Un. Pas ou peu d'incidence notoire donc que d'être prêtes à servir et à œuvrer pour le nouveau monde, en portant fruits.
    Dix parcours exemplaires de femmes, inspirantes à souhait.

    "En nous reconnectant à notre vraie nature, il n'y a rien que l'on ne puisse aimer. Nous ne sommes plus séparés de ce qui nous entoure, de l'ensemble du vivant. Nous sommes unifiés. C'est cela l'Amour." (Byron Katie)

     

  • Henry Quinson, témoin du Christ

    Entretien avec Henry Quinson

    autour de son livre « Et l’Homme devint Dieu : spiritualité pour un monde adulte »,

    Le Passeur éditeur, juin 2020

     

    CHŒUR : Ce livre est important. On sent que vous y avez mis beaucoup de vous, de votre vécu d'enseignant, de vos expériences et lectures spirituelles, de vos curseurs et clignotants pour essayer de comprendre et de sentir le souffle de ce monde. Beaucoup de références de tous bords aussi mais sans cesse un retour au fondement et au discernement christique, ce supplément d'âme, le liant...

    En effet, je considère ce livre comme une sorte de testament, au cas où il m’arriverait quelque chose à bientôt soixante ans, au cas où mes facultés intellectuelles déclineraient au point de ne plus être capable de communiquer avec les nouvelles générations de manière pertinente et informée. C’est pourquoi j’ai dédié cet ouvrage à mes belles-filles Julia et Léa.

    Il s’agit d’une sorte de condensé de ce qui reste en moi d’essentiel pour vivre. Une bonne ratatouille, ici à Marseille, exige du temps. Elle se réchauffe plusieurs fois pour obtenir une concentration de saveurs, une réduction qui réjouit le palais. En 200 pages, que reste-t-il de ma foi en la vie après tant d’années de quête, de déménagements (New-York, Bruxelles, Paris, Savoie, Marseille) et de déracinements sociologiques, linguistiques, culturels et religieux (des « beaux quartiers » aux HLM, de la finance à l’enseignement et au cinéma, de l’anglais au français, du monde anglo-saxon à la Méditerranée, du christianisme à l’islam) ? Y a-t-il un roc qui résiste aux tempêtes, aux questions lancinantes, aux souffrances et aux découragements ? Existe-t-il une joie et une paix profondes qui demeurent, non seulement intactes mais renforcées, après les errances, les égarements, les échecs et les lassitudes ?

    Oui, mon expérience, mes rencontres et mes lectures m’ont appris qu’un Souffle anime ce monde étonnant qui nous entoure et dans lequel nous sommes plongés. Je définis la spiritualité comme une aspiration alimentée par une inspiration. Tout homme est, à ce titre, fondamentalement spirituel, qu’il se dise « athée » ou « croyant », expressions dont je conteste le bien-fondé, car la foi est nécessaire pour vivre. La seule question qui demeure est : en quoi ou en qui croyons-nous ? Et c’est à cette question que le Christ apporte une réponse. A vrai dire, il EST la réponse. Qui est-il ? Où est-il ? Comment le rencontrer ? En quoi est-il l’alpha et l’oméga de nos vies, leur source et leur sommet ?

     

    CHŒUR : Les chrétiens attendent la parousie, le retour du Christ à la fin des temps. Que nous y soyons ou pas encore arrivés (même si beaucoup de signes alarmants sont présents), que pouvez-vous nous dire de ce retour du Christ ? Cette personne ou présence est-elle à attendre à l'extérieur ou à l'intérieur de soi ?

    Les évangiles affirment que le Christ est le sel de la terre et la lumière du monde. Le sel ne se voit pas mais rehausse la saveur des aliments auquel il est mêlé ; la lumière donne à voir ce qu’elle éclaire mais sa source est aveuglante. Le sel et la lumière n’existent donc pas pour eux-mêmes : ils ont pour fonction de mettre en valeur les éléments avec qui ils entrent en relation. De même, le Christ est le levain de la pâte humaine. Il tire l’humanité des ténèbres pour qu’elle existe et la bonifie pour qu’elle soit désirable.

    Son mode de présence peut varier : il parle par des prophètes, il se fait homme, il communique son Esprit, il appelle des apôtres à le suivre, il constitue des communautés ecclésiales, il se présente à nous sous les traits du prochain, tout spécialement du pauvre et de l’étranger. Le Christ peut être compris (théologie), ressenti (mystique) et rencontré (fraternité). Il est celui qui était, qui est et qui vient. Il est au-dedans de nous mais aussi au-delà de tout. La vie éternelle a déjà commencé, à titre individuel mais aussi collectif. La fin des temps, la parousie est déjà endurée. Nous n’en connaissons pas encore l’heure, tout comme celle de notre mort personnelle. Mais le rendez-vous est pris. Il donne une perspective, créé une attente, produit une densité singulière : la vie est précieuse, c’est un miracle unique et mystérieux.

    Comme je le montre dans mon livre, tout une série de faits objectifs indiquent que le temps que nous vivons ne ressemble à aucun autre. Certes, les activités humaines présentent des aspects cycliques à l’image des saisons que nous offrent le mouvement des astres. Mais l’histoire religieuse nous a fait découvrir le temps linéaire : celui de la sortie du peuple hébreux d’Égypte. L’histoire est façonnée par des événements uniques dont le contenu spirituel est soumis à notre sagacité.

    Quel décryptage faisons-nous de l’explosion démographique récente (d’1 milliard d’habitants en 1800 à 7,7 milliards aujourd’hui) ? Comment évaluons-nous l’hyper mobilité permises par nos moyens de transports modernes soudain immobilisés ou ralentis (127 passagers par seconde en 2017 selon l’Association internationale du transport aérien) ? Comment comprenons-nous l’émergence de ce cerveau planétaire baptisé « noosphère » par Teilhard de Chardin dès les années 1950, constitué de milliards de connexions numériques par minute ?

    L'humanité n’a jamais présenté un tel visage. A tel point qu’une ère géologique nouvelle est discutée par la communauté scientifique : l’anthropocène. L’Homme, pour la première fois, impacte la nature à un degré qui renverse les rôles. Confrontée à sa responsabilité environnementale, l’humanité traverse sa plus grave crise existentielle, par son échelle, planétaire, et sa nature, anthropocentrique.

    L’humanité est sur le point de devenir adulte. Plus que jamais, pour devenir elle-même, elle est invitée à accueillir le ressuscité ressuscitant, ce Dieu devenu homme pour que l’Homme devienne Dieu. Cette divinisation en Christ est en cours. Elle est notre vocation profonde et notre joie ultime.

     

    CHŒUR : Pourquoi avons-nous besoin du Christ en tant que prophète et/ou dieu ? Pourquoi le Dieu de Jésus, cette Source, est une réponse et un baume aux nombreux problèmes ou questionnements de l'être humain ?

    Le Christ Jésus nous a révélé en paroles et en actes que Dieu est Amour. Ce mystère de l’incarnation pascale est daté mais nous ne formons qu’un seul corps. Pour ceux qui en douteraient, il suffit d’observer que lorsque la Chine éternue, le monde entier se confine. Chacun d’entre nous, nous sommes membre de ce corps immense apparu bien avant notre naissance et promis au bonheur d’un Amour universel qui habite tout être humain et le relie à travers le temps et l’espace à cette Source qui est à la fois réponse, baume et communion pour les cœurs en quête d’une vie qui n’est pas seulement biologique mais avant tout spirituelle.

    La planète a connu la pré-vie, puis la vie. Nous sommes en chemin vers la sur-vie. Comme le vent, elle n’est pas directement visible, mais à qui sait en observer les effets elle est bien présente et agissante à travers nos choix, nos réalisations et nos célébrations artistiques. Nous avons besoin du Christ, nous avons besoin de Dieu, car nous avons besoin d’exister : notre vocation est de nous unir à l’Amour. Par participation, nous devenons Amour. A ce titre, je me risque à conclure, à la suite d’Irénée de Lyon, qu’au terme de l’Histoire, la face de la Terre disparaîtra mais l’Homme, ô miracle ! deviendra Dieu.

    et l'homme devint dieu,henry quinson,editions le passeur,questionnaire,juin 2020

    En bonus l'interview audio réalisée il y a 11 ans déjà pour la sortie de son premier livre : "Moine des cités" (3 fois 20 minutes), en collaboration avec RCF.


    podcast

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    et l'homme devint dieu,henry quinson,editions le passeur,questionnaire,juin 2020,Moine des cités,Editions Nouvelle Cité,Février 2009

  • Gérard Haddad en vérité

    ...Les personnalités des prophètes ont cette particularité psychique de voir les trois catégories du Symbolique, de l'Imaginaire et du Réel harmonieusement nouées...Chez elles, le Nom-du-Père est parfaitement inscrit...Ce ne sont donc ni des psychotiques, ni des illuminés ni même de simples gens gens que Dieu viendrait soudain saisir.. Ce sont nécessairement des érudits et des hommes aux hautes qualités morales...p.55

     

    gerard haddad,marc leboucher,le silence des prophètes,forum salvator,le complexe de caïn,isaac et ismael,spetembre 2019Le silence des prophètes est un jeu de questions réponses entre le croyant juif Gérard Haddad et son homologue chrétien auteur et éditeur Marc Leboucher, paru récemment aux éditions Salvator. L’entretien est tour à tour spécialiste sur le prophétisme hébreu, la psychanalyse, les religions monothéistes ou le conflit israélo-palestinien et plus intimiste à l'abord de la foi et du parcours de l'écrivain, également agronome et psychanalyste. Résident français, l'auteur naquit en terres arabes (Tunisie) et demeura quelques années en Israël. Amoureux de l'Italie (de par sa femme), d'art et de musique classique, il développa en tant que chercheur médecin une oeuvre singulière au contact de la Bible et de la bibliothèque hébraïque.

    Mais le silence des prophètes est avant tout une belle et limpide réflexion sur la vérité. Celle de la parole prophétique qui rend compte d'une rencontre avec l'Absolu et de la radicalité du sentiment de justice envers les plus faibles ou les plus démunis. "L'essentiel du discours prophétique, celui qui nous manque tant aujourd'hui, c'est cette critique de l'injustice que subissent les humbles et les étrangers, critique de la corruption, des mensonges, de la violence". (p.52)

    A titre plus personnel il s'agit d'un pacte en esprit envers trois maîtres à penser, Yeshayahou Leibowitz, Maïmonide et Jacques Lacan, qui surent mettre l'auteur sur son chemin à la fois singulier et personnel d’un dialogue ô combien fécond et salvateur entre le judaisme et la psychanalyse.

     

    A l'aube de ses 80 printemps Gerard Haddad évoque, après des années d’études intérieures (des années de psychanalyse avec Lacan) comme extérieures, le "complexe de Caïn" (paru en livre en 2017), un fratricide tout aussi vivant et imposant que le complexe d'Œdipe, qu'il compte bien développer dans son œuvre littéraire même s'il n'en est pas le précurseur.

    Le complexe de Caïn, c'est l’idée d'un double en soi, opposé peut être à la vérité du sentiment, que chacun porterait en germe à condition qu'il ne devienne pas sourd à cette voix des profondeurs (A laquelle Jung, anciennement disciple de Freud, consacra sa vie et son oeuvre).

    En effet, le silence des prophètes parle aussi de la disparition programmée, selon l'auteur, de toute voix juive discordante au nationalisme Israélien galopant, fort du soutien de quelques millions de chrétiens (ou assimilés) très à droite, américains évangélistes ou autres. Le sionisme, ou ce qu'il est devenu, porte en soi la négation même d'un discours inspiré qui n'abhorrerait pas l'étranger, pour ne pas le citer son frère arabe issu du même père Abraham.

    Comme André Chouraqui ou encore Louis Massignon, l'auteur, un temps résidant israélien et sioniste, milite pour un pouvoir binational en espérant encore une réappropriation par le mythe comme démontré parfaitement dans son dernier livre paru "Ismaël et Isaac ou la possibilité de la paix".

    En bonus un court entretien réalisé par mail en Novembre 2019 avec l'auteur, ici.

     

  • Au clair de la lune avec Pierre Taïgu Turlur

    « Pour rencontrer le mont Sumeru, il suffit de cesser d'entretenir les pensées aussitôt qu'elles surgissent et de les considérer pour ce qu'elles sont : des formations mentales dépourvues de réalité. Contempler les pensées sans s'identifier à aucune d’elles est source d’une grande liberté et joie. Asseoir le corps-esprit et le laisser prendre la forme d’une montagne, suivre la respiration ou simplement rester présent à ce qui est, c’est réaliser mont Sumeru, revenir au monde tel qu’il est. Seulement être ».(P.65)

     

    Pierre Taïgu Turlur,La saveur de la lune,vivre les koans du ch'an aujourd'hui,Albin Michel,Janvier 2019La saveur de la lune de Pierre Taïgu Turlur paru chez Albin Michel est une méditation sur l’essence même du bouddhisme zen à partir de koans du ch'an.

    Le koan est une salutaire provocation nous invitant à entrer dans la réalité d'avant la pensée, notre état originel d’avant notre naissance à un "je" différencié ou ego. L'auteur puise dans trois recueils de koans ch'an fameux du 10e au 13e siècles (le passé sans porte, le recueil de la falaise bleue et le livre de la sérénité) pour exprimer toute leur modernité et intemporalité et cite quelques maîtres zen anciens et actuels qui utilisent le koan comme outil d’éveil.

    Pierre Turlur a ressenti tôt l'appel à l'assise immobile telle que pratiquée par bouddha et s'est immergé dans cette culture orientale où il importe de vivre véritablement dans l’esprit du koan : « la voie est la réalisation du corps-esprit comme soutra vivant, les écritures devenues vivantes se confondent avec la pratique et la vie elle- même". (P.87)

    Il est donc ici beaucoup question d’esprit qui demeure, de « silence souverain et tonitruant qui secoue l'espace et l’ensemence de sa plénitude », d'acte pur ou de non-agir ou encore de présence à l’instant puisque « chaque moment est fleur ».

    Le livre recèle de trésors de sagesse en sus d'être bien écrit. L'auteur qui est professeur de littérature et de philosophie au Japon, nous rend accessible la complexité sémantique de certains haïkus et suit une progression thématique qui touche et renvoie au centre de l'être.

    Loin d’être réservée à une élite spirituelle la pratique du bouddhisme zen s’ancre dans le quotidien et l'ordinaire et consiste à « voir et vivre les choses telles qu'elles sont, débarrassées des rêves et projections que nous leur prêtons ordinairement », une pratique dont les enfants qui jouent sont coutumiers sans en être véritablement conscients…

     

    La rédaction de Choeur s'est entretenu avec l’auteur ici.

     

  • L'Histoire de Yahvé - enquête sur le mythe divin

    ron.jpegRon Naiweld est un historien du judaïsme ancien au CNRS. Dans l'"Histoire de Yahvé" il désacralise le Nom (que l'on ne prononce pas chez les Juifs) et propose une relecture mythique de la Bible qui devient "le récit d'apprentissage du dieu".

    L'auteur étudie notamment le processus d'universalisation et de monothéisation de Yahvé dans les premiers siècles de notre civilisation avec l'émergence du christianisme et son entrée, grâce à Paul, dans la psyché de chacun.

    A l'origine de la foi monothéiste on retrouve aussi une réflexion philosophique pour insérer le mythe dans une culture dominante. Une étude passionnante qui rend le dieu plus accessible encore.

     

    Ron Naiweld répond à quelques questions de Choeur :

    Choeur : Le point de départ de l'enquête est une "sensation curieuse et désagréable du poids du pouvoir des prêtres". Finalement vous questionnez les religions monothéistes et, à titre personnel, votre foi d'enfant avec des outils d'adulte ?

    Ron Naiweld : Je questionne plus particulièrement le pouvoir que j’appelle « psycho-politique » des religions monothéistes qui n’est pas confiné au domaine de la religion. Je porte vers elles un regard admiratif et critique. J’admire leur pouvoir d’introduire dans l’esprit un maître imaginaire, et je crains leur capacité d’abuser de ce pouvoir. Enfin, je m’interroge en tant que Juif et historien des Juifs sur un phénomène que je trouve fascinant : l’universalisation du mythe biblique dans le monde gréco-romain.

     

    C : Vous faites une lecture mythique de la Bible et décrivez l'accession de Yahvé au panthéon des divinités (le monothéisme) comme une usurpation d'Identité, aidé en cela par quelques "illuminés notoires" (Philon,Paul...). Pour vous c'est un faussaire ?

    R.N : Qui ? En tout cas, je ne vois pas les choses dans les termes d’usurpation mais d’une hybridation de deux divinités, Yhwh et Dieu. Les « faussaires » seraient les êtres humains qui effacent la différence stipulée dans le texte entre Yhwh et Elohim. Je crois que cet effacement se stabilise à l’époque hasmonéenne (c’est le sujet du troisième chapitre). Puis, au premier siècle, on voit le travail d’un autre « faussaire » qui est Saint Paul, qui lit l’histoire de la création du monde en identifiant Yhwh à Elohim (comme les autres lecteurs juifs du mythe avant lui) et puis en disant que l’homme fut créé immortel et la punition de Yhwh était de le rendre mortel. Ce n’est pas l’histoire que raconte le texte de la Genèse.

     

    C : "Jalousie, rage, insuffisance intellectuelle et moralité douteuse" caractérisent Yahvé dites-vous. On a l'impression d'avoir affaire à un tyran notoire, comme peut l'être un petit enfant ou encore le "petit ego" de l'adulte. Néanmoins une intelligence est à l’œuvre chez Yahvé puisque "le motif récurrent de l'histoire de dieu, ce qui était d'abord considéré comme une menace devient, successivement, un mal nécessaire puis un outil qui l'aide à établir son pouvoir" (p.136)...

    R.N : Oui. J’offre une clé de lecture de la Bible qui y voit le récit d’apprentissage du dieu.

     

    C : Dans "Réponse à Job", Le psychanalyste suisse Jung fait également une description peu ragoutante de Yahvé comme un dieu relativement inconscient et dont la part d'ombre serait le Satan (qui persécute Job). Pour Jung il s'agit d'une alliance entre le créateur et Sa création où les deux s'entraident dans un processus de conscientisation, comme si Dieu(x) (Elohim) était encore à naître au sein de l'humanité consciente.

    R.N : Oui, on trouve la même idée de synergie entre le dieu et l’homme chez des penseurs juifs comme Hermann Cohen ou Martin Buber. C’est une idée qui s’inscrit dans la tradition philosophique qui cherche l’union des hommes dans la pensée ; une union conceptuelle qui n’appartient donc pas tout à fait au monde des apparences. Mais dans la perspective anthropologique qui est la mienne, l’union humaine, universelle, conçue par la Bible ne se trouve pas au niveau des idées mais dans la parole et dans l’histoire. Le potentiel universel du mythe vient donc de sa capacité de faire croire aux gens qu’ils vivent la même histoire. Je crois que malgré le fait que la Bible soit étudiée depuis longtemps, ce potentiel n’a pas encore été entièrement exploré. Depuis l’universalisation de ce texte dans le monde gréco-romain, on a souvent nié sa dimension mythique (et les juifs et les chrétiens, mais pas tout à fait de la même manière). On a fait oublier que c'était aussi le récit d’un dieu. Et pourtant c’est de là que vient la puissance du texte biblique (et, du coup, son intérêt pour des lecteurs qui ne sont pas croyants).

     

    C : Vous décrivez dans ce livre les étapes de l'universalisation de Yahvé, sa stratégie géopolitique en quelque sorte : Posséder un peuple (le peuple juif), une unicité politique (convertir l'Empire), une place de choix dans l'esprit de tous (mythe sur l'origine de la mort). Qu'est-ce qui caractérise selon vous le peuple juif à travers les multiples étapes de son histoire religieuse ?

    R.N : Du point de vue de l’histoire du mythe occidental que j’essaie d’élaborer dans ce livre, et les Juifs et les Chrétiens remplissent la même fonction – inscrire le mythe de Yhwh dans l’histoire. Les modes d’inscription sont différents. On peut même dire que celle des Juifs est plus avancée car elle est fixée au deuxième et surtout au troisième siècle, lorsque le pouvoir impérial se déploie de plus en plus par le discours juridique, du droit (la date de 212, l’universalisation du droit de cité romaine, est cruciale. La Mishnah, qui est le texte fondateur du judaïsme rabbinique, est composée quelques années plus tard). Le judaïsme rabbinique, comme système théologico-politique, s’élabore donc dans un autre monde que celui du premier siècle, lorsque les textes fondateurs du christianisme furent rédigés. Mais ce judaïsme-là va se déployer surtout sous l’Islam et le Christianisme, deux religions qui s’enferment dans le mythe monothéiste que le judaïsme rabbinique a déjà réussi à dépasser.

     

    C : La "monothéisation" est d'abord philosophique avant d'être universelle ?

    R.N : Dans la mesure où l’idée philosophique de Dieu est universelle (c’est le Dieu de tout, créateur de tout…), alors les deux vont ensemble. Mais si on pense à l’universalisation du mythe du point de vue anthropologique (c’est-à-dire sa diffusion parmi les êtres humains) alors on peut dire que la monothéisation est d’abord pratiquée par des philosophes avant de devenir une pratique générale. En tout cas la monothéisation n’est pas une affaire classée. Elle s’opère chaque fois qu’un lecteur aborde le texte avec des lunettes monothéistes. 

     

    C : Vous ne croyez pas au renouvellement de l'intelligence, au Verbe, soit la fonction salvatrice de Jésus-Christ aux yeux de Paul (entre autres), qui prend la voix du Maître intérieur ?

    R.N : Si j’ai écrit ce livre, c’est parce que je partage cette croyance mais je ne l’associe pas à Jésus-Christ de la même manière que Paul. C’est-à-dire – je ne crois pas que pour renouveler l’intelligence on soit obligé de croire en Jésus-Christ.

     

    C : En réfutant le pouvoir de Yahvé et donc son universalité, n'affirmez-vous pas votre croyance profonde en Elohim, le Dieu(x) originel omniscient, bon et tout puissant ?

    R.N : Je ne comprends pas la question. Tout le livre est une interrogation sur le pouvoir de Yhwh et son potentiel universel. Dans l’histoire mythique que j’essaie d’élaborer dans la première partie du livre, Elohim est l’assemblée divine qui n’est pas nécessairement omnisciente et toute puissante. C’est une autre instance, un autre personnage de l’intrigue. Mais qu’est-ce que cela veut dire, croire en un personnage ?

     

  • Ciel Blanc ou L'appel des profondeurs

     

    ...Dans les profondeurs de la terre et de la nuit,

    Dans l'épaisseur du sommeil et de l'oubli,

    Nos racines puisent encore sous la mémoire et sous la mort

    Je les croyais absentes et soudain je perçois

    Nous sommes perchés sur des épaules des géants... (chanson "les géants")

     

    Les œuvres réussies sont toujours le fruit d'un collectif uni autour d'une vision commune et les œuvres magiques sont nimbées d'amour.

    Le canadien Lubomir Arsov avait déjà frappé fort l'an dernier en présentant "In Shadow" sur le net, inspiré de quelques archétypes jungiens à forte teneur symbolique. Le collectif Ciel Blanc nous propose à son tour ce projet artistique au titre éponyme. C'est made in France, artisanal, original, intelligent, complet et spirituel à souhait ! Ciel Blanc,Héphaïstos, le cœur du monde,Le gué-éditions,Étienne Appert,Guillaume Darcq, Antoine Chartier,Laurent Mathis,Pascal Pourré,Benjamin Sabalot,Leila Artigala,Raphael Xaubet,Myriam Gherbi,Christian Lepère,,Rémy Foucherot,Jérome Alinot,David Michriki,Arnaud Desjardins,Gilles Farcet,Archétypes,symboles,Jung,interprétation des rêves,Catherine Marchand,récit initiatique,Moebius,Dali,Boucq,David Lynch,Miyazaki,Stanley Kubrick,Alexandro Jodorowsky,Jim Jarmush,Allen Ginsberg,Arthur H,Pink Floyd,Who,Novembre 2018

    Le bel objet c'est un dvd (qui comprend le moyen métrage HEPHAISTOS le cœur du monde, deux documentaires explicatifs avec Catherine Marchand, thérapeute jungienne et 8 clips tirés du film) et un cd des 7 chansons rock qui collent parfaitement au film.

    Tout cela est en ligne ici pour "inscrire notre travail dans l’économie du don" (avec paiement libre) ou sur commande, pour soi ou pour offrir à un esprit libre ou en passe de le devenir un jour.

    Tout Enfant véritable vibrera à l'évocation de symboles universels (que l'on retrouve dans les contes ou les mythes) tout en apprenant l'histoire d'Hephaïstos, le dieu forgeron.

    Plus qu'une quête initiatique, il s'agit ici de retrouver son visage originel, dissimulé sous le vernis sociétal ou culturel et respirer enfin, si l'on veut bien entendre cette voix(e) qui provient des profondeurs.

    En prime un entretien avec le porteur du projet Étienne Appert.

     

    ...Franchis le gouffre vers l'inconnu

    Oublie tout, deviens fou,

    Goûte à la lumière de l'entrevue,

    Passe le pont, cogne ton front sur l'infini,

    ici ici ici... (chanson "le pont")

     

    crédit photo : Le Gué Editions.