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Littérature

  • The guide "littérado" !

     

    en_quete_d_un_grand_peut_etre_3d.pngA l’heure où les écoles ferment à nouveau leurs portes, la littérature jeunesse est dorénavant un bien essentiel. Et plus particulièrement la littérature adolescente. Les collégien.nes et lycéen.nes ne resteront pas forcement figé.es sur leurs smartphones, tablettes ou ordinateurs (souvent familiaux) toute la journée. Peut-être en profiteront-ils pour se plonger dans un roman en quête d’un autre univers. En effet, la littérature ado est un vaste univers contenant des mondes aussi divers et variés que l’imaginaire des auteurs et autrices jeunesse. C’est peut-être la raison pour laquelle nombre d’adultes raffolent aussi de cette littérature. Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas parce qu’elle serait plus facile, se lirait plus vite ou pour vérifier ce que bouquine son enfant. Non, elle est tout simplement riche, profonde, drôle, puissante et multiple. Il suffit de plonger dans le guide de littérature ado de Tom et Nathan Levêque :  En quête d’un grand peut-être pour s’en convaincre. Ces jumeaux passionnés, qui tiennent chacun leur blog littéraire depuis leur treize ans reviennent sur les débuts et l’évolution foisonnante de la littérature ado.

     

    Au delà des incontournables* ils questionnement l’ADN de celle-ci en balayant l’ensemble des thématiques et des genres qui la composent avec de nombreux exemples de romans, tous plus appétissants les uns que les autres. Oui, la littérature ado se dévore, un livre en appelant un autre et ainsi de suite. Lisez donc les témoignages des libraires, éditeur.rices, professeur.es documentalistes, blogueur.ses littéraires et auteur.rices qui ont découvert cet univers et n’en sont plus ressortis. Certains étaient déjà adultes lorsqu’ils ont mordu à l’hameçon. Le guide permet d’aborder les contours parfois flous de cette littérature, son lien avec la société et les enjeux d’aujourd’hui tels que la diversité des personnages et des écrivains ou les crises que traversent notre monde. Il montre que cette littérature permet une créativité infinie et une plus grande innovation que les ouvrages adultes plus « conventionnels ». De même, les réseaux sociaux ne sont pas les concurrents des livres mais permettent aux jeunes de partager leurs coups de cœur ou de s’inspirer des conseils de nombreux « booktubeurs » (influenceur.ses transmettant leur passion de la lecture).

     

    En quête d’un grand peut-être dresse le portrait d’auteur.rices, de professionnel.les et de passionné.es de littérature ado. Il propose également 10 nouvelles inédites qui montrent un aperçu des différentes sensibilités. Mentions spéciales aux textes de Julia Thévenot, Timothée de Fombelle, Carina Rozenfeld et Nathan Lévêque qui donnent immédiatement envie de découvrir ou redécouvrir leur univers. Même pour les aficionados, cette culture est si vaste qu’un guide pour s’y retrouver n’est pas superflu. Avec les 100 livres indispensables, les coups de cœur des interviewé.es et les nombreux titres cités, chacun.e aura de quoi occuper son prochain confinement. Et puisque la littérature ado est une culture du partage, voici nos ouvrages préférés parmi les livres proposés et les oubliés. Belles découvertes !

    * Voir les coups de cœur de la rédaction.



    Coup de Chœur :

    - Cités par le guide: (15)

    Sagas : (parfois en cours)

    A la croisée des mondes Philip Pullman

    Cœur d’encre Cornélia Funke

    Eragon Christopher Paolini

    Harry Potter JK Rowling

    La quête d’Ewilan Pierre Bottero

    Le clan des Otoris Lian Hearn

    Quatre sœurs Malika Ferdjouk

    Sauveurs et fils Marie-Aude Murail

     

    Romans :

    C’est pas ma faute Anne-Fleur Multon et Samantha Bailly

    La pyramide des besoins humains Caroline Solé

    L’aube sera grandiose Anne-Laure Bondoux

    Le passeur Lois Lowry

    Les petites reines Clémentine Beauvais

    Sweet sixteen Annelise Heurtier

    Terrienne Jean-Claude Mourlevat

     

    - Ceux qu’on ajoute : (11)

    Sagas : (parfois en cours)

    De sang et de rage Tomi Adayemi

    La mémoire des couleurs Stéphane Michaka

    Les cancres de Rousseau Insa Sané

    Les doldrums Nicholas Gannon

     

    Romans :

    Déclaration d’anniversaire Eléonore Cannone

    Jeff de Jean-Claude Mourlevat

    Justice pour Louie Sam Elizabeth Stewart

    La saveur des bananes-frites Sophie Noël

    Robin des graffs Muriel Zurcher

    Robot sauvage Peter Brown

    Théo, chasseur de baignoire en Laponie Pascal Prevot

  • Universel Diamanka

    "Et l'ancien a regardé le ciel dans les yeux et il m'a dit
    Bienvenue dans le clan des donneurs de paroles d'honneur
    Maintenant pars leur parler avec des poèmes
    Et porte-leur bonheur
    Prend le verbe et emmène-le au-delà des frontières de la communication
    Avec les gestes précis du sculpteur d'imaginaire comme unique action
    Et comme si tu partais conquérir le monde
    Pars cueillir les mots
    Les mots de ceux qui parlent avec le cœur
    ". (p.83)


    diamanka.jpgLe poète magnifie la réalité au détriment parfois du message. On peut lui reprocher un déficit du fond sur la forme, un plébiscite de la technique littéraire sur la sagesse d'un vécu.
    Avec
    Souleymane Diamanka, alias Dua Jaabi Jeneba, l'équilibre est obtenu par le poids des mots, lui qui donne voix aux maux.

    "J'ai vu ceux qui suent et ceux qui saignent devenir ceux qui sèment les mots qui soignent"

    Cet artisan du verbe aux puissantes racines peuls (les fameux griots) irrigue de son don plusieurs disciplines : rap-slam, poésie et demain le conte ?
    Issu d'une culture orale, il demeure le témoin d'une sagesse ancestrale qu'il a la bonne idée, dans les pas d'
    Amadou Hampaté Ba, de retranscrire sur papier, afin de laisser la trace d'une attitude et façon d'envisager la vie.
    Cœur de croyant, il navigue entre modernité et tradition, dignité et code moral, valeurs altruistes et baume réconfortant.
    Ce petit recueil de poésie, "
    Habitant de nulle part, originaire de partout" paru chez points poésie (collection dirigée par Alain Mabanckou) comprend aussi les textes de son singulier et classique premier album "L'hiver peul" et dieu merci pour la France, on sent qu'il n'est pas là pour parader mais inonder de ses mots chaleureux une contrée où le froid semble s'être installé...

     

  • Une âme pleine

    Je suis toujours surprise qu'on puisse considérer qu'avant notre conception nous n'étions que néant. Nous sommes tous un petit tronçon du long voyage d'une vie initiée à l'aube du temps. Nos traits, nos tics, nos désirs, nos dégouts sont le viatique composé pour nous par nos ancêtres, auquel notre vie adjoindra son composé de gènes et d'âme”. (p.201)


    rancé.jpgDans son dernier essai "Le grand large", paru chez Albin Michel, Christiane Rancé évoque le souvenir de quelques voyages professionnels ou personnels mais l'exercice littéraire est surtout prétexte à une introspection fine et ciselée d'instants d'éternité gravés sur le sillon d'une âme sensible et délicate.
    Une de ses premières excursions en Amérique du Sud sur un cargo, alors vierge de toute impression, l'aura marquée si profondément qu'elle n'aura par la suite de cesse de retrouver ces hauteurs de vues et moments suspendus, de renouer avec ce lieu de ravissement en soi où l'on se sent uni et plein jusqu'à déborder de gratitude.
    l'Autrice questionne l'éloignement, le fait de larguer les amarres comme moyen pour mieux Se retrouver, mais aussi le changement de focale, le regard intériorisé pour se remémorer les évènements qui finalement comptent dans l'édification d'une âme (enfance, enfants, amis, paysages, lectures...), ses chocs et joies qui permettent à l'écrit des envolées presque mystiques.

    Comment inventer une manière de vivre ajustée à l'essentiel ?” (p.285)

    Âme plaine également, montagne égotique aplanie, rendue humble par les vicissitudes d'un mental porcelaine assez fort pour explorer un nouveau continent mais qu'on devine fragile pour à ce point se réfugier dans les contrées chaleureuses et réconfortantes de sa géographie intérieure.
    Si le manque de considération est résolument le mal de ce siècle, Christiane Rancé en est exempte. Son humanité transpire dans un verbe certes raffiné mais fin comme une caresse amicale presque charnelle. Elle défend en outre si fermement les familles d'âmes à travers les âges qu'on se demande si finalement “le grand large” n'est pas une communion à l'Esprit, cet accès à la Source d'où s'épanchent les cœurs épris.

    Celle qui croit que nous serons, dans l'au-delà, plus interrogés sur nos heures perdues que sur nos fautes, s'est ménagée pour faire œuvre de création autour de la figure du lieu connu de l'Un, en brodant des scènes de vie apparemment disparates et sans lien communs, pour faire sens ontologique, à nouveau.

    "Je me focalise sur la définition de ce voyage dans ma vie, alors qu'il y a longtemps qu'on sait, que tout le monde sait que notre vie n'est que le trait d'union entre les deux rives, l'hier de la naissance et le demain de la mort. Le voyage réduit l'espace en ellipse, conjoint les extrêmes, réconcilie les oppositions. Mais au cœur de ce trajet, il y a celui entre les points cardinaux que mon cœur a élus." (p.255)

     

  • Réconciliations : L'énergie de l'espoir

     

    “Selon les soufis, chaque femme et chaque homme sont le théâtre d'un combat, de ce jihad intérieur, qui voit s'affronter au quotidien, dans nos poitrines, l'âme charnelle – qui ne cesse de se débattre toujours tournée sur elle-même et attirée finalement par le seul plaisir égoïste – contre l'esprit supérieur – magnifiant à chaque instant la beauté et l'unité de tous les êtres – aimanté vers le monde spirituel” (p.102)

     

    abd al malik.jpgLa République peut compter sur Abd Al Malik pour imaginer et construire “le monde d'après” : un monde souhaitable, apaisé et réconcilié, ce fameux monde unifié du discours politique qui n'en a malheureusement pas la prétention.

    Réconciliation” paru chez Robert Laffont est un essai-manifeste court mais concis dans lequel on retrouve l'artiste plus engagé que jamais et à maturation d'Homme (au sens relié à l'Esprit).

    Jeune adulte, avec son groupe N.A.P, il “priait en attendant la fin du monde”, pratiquant alors un Islam peu conventionnel et moralisant. Depuis, il a œuvré lourdement d'abord en solo, explorant des univers à priori irréconciliables et tissant des ponts entre chanson française et scansion. Puis il s'est mis à l'écriture, la mise en scène et la réalisation cinématographique, déployant totalement son univers dans plusieurs couleurs politico-poétiques.

    La reconnaissance vint tôt mais ce sont véritablement deux mains tendues qui l'amenèrent à une révolution intérieure, une résilience et une renaissance, un regard neuf sur le monde : Juliette Gréco et sa foi en l'humanité, le maître soufi Sidi Hamza et son Amour équanime envers toute créature.

    Ces deux piliers-béquilles ne sont plus physiquement présents mais intégrés au plus profond d'un cœur qui souhaite désormais “faire peuple”, fort de sa réconciliation d'avec soi-même, son passé, ses origines et ses rancœurs passées si peu fortuites.

    La période sanitaire actuelle a ravivé des fractures que l'on croyait d'un autre âge mais qui n'ont jamais disparu et c'est avec une certaine hauteur de vue (bel équilibre trouvé entre avoir et être, entre intériorité et action extérieure) qu'Abd Al Malik s'érige non pas en donneur de leçons mais frère de la nation, multipliant sa présence sur les fronts : Contre le fanatisme de pseudos musulmans, pour la marche des libertés et donc contre la loi de “sécurité globale” aux cotés d'Aïssa Traoré...toujours en réflexion-médiation et force de propositions malgré l'impact financier négatif notoire sur les projets culturels en cours (annulation de la tournée-spectacle Le jeune noir à l'épée).

    Depuis l'irruption durable du virus la parole n'est plus qu'aux professionnels du verbiage et l'on déplorait la présence chaleureuse et ô combien précieuse des artistes taxés un temps de “non-essentiels”.

    Avec ce livre on sait qu'ils patientent, fulminant, dans l'attente d'irradier le monde de demain de leur lumière évanescente, celle trouvée dans la profondeur de l'ombre.

     

    “Je crois véritablement aux artistes, je crois sincèrement que ce sont eux, nous, qui changeront véritablement le monde parce qu'on travaille directement les imaginaires. Justement parce qu'on a pas peur de nos émotions, parce qu'on sait précisément d'où elles viennent et quoi en faire. Et, finalement, on est dans trois tendances qui marquent nos sociétés, l'empathie, la tendresse et la spiritualité. Les artistes pourraient diriger le monde et réussir.” (p.139)

     

  • Le mystère de la foi absolue

     

    Coran 50,16 : Nous avons effectivement créé l'homme et Nous savons ce que son âme lui suggère et Nous sommes plus près de lui que sa veine jugulaire.

     

    Jacqueline Kelen,Mise au tombeau,Editions Salvator,Janvier 2021Avec “Mise au tombeau” paru chez Salvator éditions, la prolixe Jacqueline Kelen renoue avec un exercice de style quasi lyrique qui fut couronné de succès critique avec “l'histoire de celui qui dépensa  tout et ne perdit rien”. Une mise au tombeau est en effet un statuaire composé de 7 personnes “immobiles et muettes” entourant le Christ à sa descente de Croix, que l'autrice “a eu envie de faire parler, afin qu'elles expriment nos sentiments divers face à ce drame unique et témoignant d'une foi qui transcende tout”.

    Férue de symbolique (33 chapitres) et amie de Jésus, Jacqueline Kelen donne donc vie et âme à ces pierres vivantes que sont sans nul doute les 7 témoins fidèles du Christ en croix : Marie sa mère, Marie-Madeleine, Marie-Cléophas la sœur de Marie, Marie-Salomé la mère de Jean l'évangéliste, Jean, Joseph d'Arimathie et Nicodème.

    Chacun des protagonistes est auparavant replacé dans un contexte apocryphe ou de légende et ce qui était figé devient subitement interactions et fruit de méditations.

    Comme les 7 dormants d’Éphèse, légende commune au christianisme et à l'Islam, ces 7 “pierres” (ou prières oserais-je dire) ressuscitent après 7 siècles et se mettent à parler, sur et à propos de l'Homme du huitième Jour, dont le retour ou en tous cas les signes de ce dernier, se font de plus en plus sentir...mais cela reste peut-être affaire de foi intérieure.

    Symbolique encore avec ce chiffre rond et infini du huit, que l'on retrouve souvent dans les contes ou les rêves et qui vient marquer une complétude ou unité, étant également le nombre du Ressuscité. Le psychanalyste C.G Jung, spécialiste en interprétation des songes donna une méthode psychologique pour en dénouer les fils : considérer chaque personnage comme une sous-personnalité de soi, masculine ou féminine.

    A travers ce prisme interprétatif, J. Kelen donne à voir beaucoup de sa part intime et de son lien à Jésus et se/nous questionne sur la nature de sa/notre relation avec Lui : disciple ou ami véritable ?

    Par ailleurs se dessinent en filigrane des perspectives méditatives propres à tout chercheur-se de vérité : de quel mystère se pare l'homme-dieu dans sa mort ignominieuse ? Que symbolisent les attributs de la passion, la couronne d'épines notamment ? Sur quel “imago dei” poser sa foi, celle du supplicié à mort ou celle de sa résurrection ? Quel est l'archétype du Christ en Croix ?...

    A l'épreuve du temps, il semble bien que le paradoxe soit l'apanage du chrétien sincère. Sa relation vécue en profondeur rend plus proche qu'on ne le croit, la figure fraternelle ou sororale du Christ.

    "Mise au tombeau" pourrait aisément s'intituler "sortie de tombeau" tant l'épanchement d'un cœur croyant et fervent pourrait aisément renverser (et combien une assemblée de fidèles) une montagne de pierres...ou rendre une statue bel et bien vivante.

     

  • Révolution spirituelle : ma part de réflection

     

    Rien dans ce mot d’Esprit,

    Au sens où je le dis,

    Qui serait forcément religieux,

    Rien qui obligerait à croire en un dieu,

    Je ne parle pas en effet d’une croyance,

    Juste d’une expérience,

    Que nous faisons parfois

    Lorsque notre petit moi

    Se sent relié à l’infiniment plus grand que soi :

    Une Réalité incomparablement plus vaste que

    nos vies,

    Une Réalité qui n’est qu’unité, harmonie,

    Une Réalité que nous percevons seulement

    Par instants,

    Dans nos moments

    De plus claire clarté,

    De plus intense intensité,

    Et que dès lors on peut nommer

    Esprit,

    Parce qu’elle nous saisit

    Pour nous communiquer

    La Présence,

    La Conscience,

    La Jouissance

    De l’Infini…(p.86 et 87)


    bidar.jpgAbdennour Bidar revient avec un court manifeste poétique (rimé et rythmé) et politique “Révolution spirituelle” paru aux éditions Almora, forme par laquelle il espère toucher, si ce n'est plus de monde voire un autre public, tout au moins le cœur de ses futurs lecteurs.

    L'auteur s'adresse de manière originale à la nouvelle génération, celle qui se doit de réenchanter le monde, le “régénérer, le transfigurer”. Il se présente comme un “optimiste conscient”, pragmatique et mitoyen entre les prophètes de malheur et ceux du meilleur à venir. Adepte de la fin du temps (le lâcher prise de l'ego sur le monde) il récuse la fin des temps et, comme mû par une vision du futur,

    Car voici ces enfants d'un nouveau temps, dont je redis et le devine, le passé n'est plus l'origine”

    il s'érige en grand frère qui, fort de ses expériences spirituelles et de son discernement de philosophe, connaît les pièges et forces à mobiliser pour changer en profondeur un système matérialiste et opportuniste à souhait, qui ne cherche qu'à perdurer à travers l'histoire.

    Par le passé, nombreux furent les êtres éveillés ou politisés qui cherchèrent une porte de sortie pour se libérer d'un système trop contraignant voire tyrannique à certains égard, en s'y cassant les dents.

    Abdennour Bidar propose que les uns s'allient désormais aux autres dans une culture unifiée de “méditants engagés” et de “militants éveillés”.

    Il salue au passage les “infiltrés” et les “exilés” de bonne volonté qui tentent par l'intérieur ou l'extérieur du système, de panser le monde de sa folie. A l'action juste et efficiente, il y adjoint la force de l'Esprit, qu'il décrit et dont il témoigne, sans qui rien de concret et de solide ne peut advenir. On pense ici au “Roc” des corps saints selon la terminologie chrétienne.

    Je veux que mon expérience mystique devienne chemin initiatique

    De culture musulmane, Abdennour nous livre en effet aussi ici, dans ce jet d'un seul souffle, une de ses deux expériences mystiques qui le transporta, enfant, dans un ravissement sans nom avec l'infini pour seul horizon. Plus tard il l'assimilera au Soi cher à Iqbal ou au fana (anéantissement ou extinction de l'ego) des grands mystiques soufis, ce fameux instant d'éternité.

    Militant d'une spiritualité hors dogmes, Abdennour Bidar ne propose ni plus ni moins qu'une science pour se relier, au sens “religare” de la religion et dans le but de créer un corps collectif (la somme des individus reliés) unifié pour contrer l'emprise (un temps souhaitée) d'une entité étatique qui n'a plus rien d'universel.

    On comprend mieux le titre de cet ouvrage “Révolution spirituelle”, véritable ode à la vérité intérieure et dont la conclusion, méditative et prophétique à souhait, mérite à elle seule l'attention portée à ce texte engagé.

     

    Coran 40,15 : Celui qui est élevé au plus haut degré de gloire, qui est assis sur le trône sublime, envoie son esprit à ses élus, afin qu'ils prêchent la résurrection (trad. Savary)

     

  • Un livre qui prend corps

     

    La vraie connaissance est accouchement de nous-mêmes à des terres de plus en plus profondes dont chacune est faite d'une somme énergétique informatrice, jusqu'à l'ultime naissance à la terre la plus profonde (“Basar” traduite par “chair”), porteuse de notre Nom secret...qui contient la totale information...l'Homme-énergie”.(p.205)

     

    Annick de Souzenelle,Le symbolisme du corps humain,ALbin Michel,Novembre 2020Quels sont les mythes qui tapissent notre inconscient en grande partie judéo-chrétien ? Quelles sont les lois qui gouvernent notre évolution et notre élévation ?

    Presque cinquante ans (première édition en 1974) après sa première mouture, l'ouvrage phare d'Annick de SouzenelleLe symbolisme du corps humain” (530 pages) fait peau neuve. Il devient un beau livre entièrement revu, corrigé et illustré d'une centaine d'images numineuses en couleur. Un hommage des éditions Albin Michel à ce classique de la littérature spirituelle qui égale par l'ampleur de la tâche, “L'homme et ses symboles” de C.G Jung, un temps modèle de l'autrice quand elle fut psychothérapeute.

    De l'influence de l'analyste zurichois on retrouve le goût pour l'alchimie (Oeuvres au noir/rouge/blanc, forge, homme rouge/vert), les textes premiers (mythologie, contes, symboles traditionnels comme la tunique de peau/de lumière, la porte des hommes ou encore la mandorle...) et sa relecture de la Bible. Mais A. De Souzenelle va plus loin que le maître avec son exploration et étude théologique à partir de l'hébreu et de la kabbale du Livre sacré, sa seconde source de formation (avec le Père orthodoxe Eugrav Kovalevski).

    Cela lui prendra une dizaine d'années, pour accoucher de cette somme-référence (200 000 exemplaires vendus à travers le monde) que son oeuvre future viendra expliciter ou zoomer.

    On y retrouve une densité et richesse d'informations mais aussi et surtout cet univers atypique (comme l'est le Livre rouge de Jung), fait de visions, d'intuitions et de méditations. Le style est singulier, ardu et exigeant ; le verbe syncopé et imagé et tout l'art de la ciseleuse consiste à assembler les pièces éparses du puzzle divino-humain, dont le corps est “le plus merveilleux instrument de notre réalisation”(p.498), ou encore “ le lieu de l'accomplissement total, celui de l'union la plus intime avec Dieu” (p.314). Tout s'imbrique et prend forme et sens selon la cartographie de l'”arbre des sepiroth”, outil kabbalistique à l'image de l'arbre de Vie mais aussi “du corps de l'Homme en devenir”. (p.63).

    Dans la tradition ésotérique, A. De Souzenelle valorise ici un cheminement tout intérieur en révélant les lois ontologiques qui gouvernent ce royaume (par opposition au monde extérieur), par un retournement des énergies animales qui travaillent le corps non conscient jusqu'à la complète investigation des cellules pour devenir “matière-lumière”, co-naissance, conscience lumineuse.

    Il y quelques années j'apprenais que j'avais, si je le voulais, à mettre au monde l'Enfant libre, à “verbifier la chair qui est la vocation créatrice de l'Homme” (p.171). A la relecture de ce processus intérieur de verticalisation et d'épousailles avec mon inaccompli (Isha, le féminin divin) et mes énergies-information, je peux mesurer le chemin accompli et mon potentiel à faire advenir.

    Un livre-vie donc pour tout chercheur de vérité et illuminatif pour ceux désirant connaître la symbolique du corps humain dans ses sources premières et traditionnelles (organes, maladies, message).

     

    Dieu ne doit pas être cherché en haut, mais à l'intérieur de nous-même, dans ce pole inférieur dont l'intégration seule donne la clef du divin, le recouvrement, au-dessus des épaules (clavicules), du vrai chef.” (p.350)