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Art - Page 2

  • Une nation qui fait corps

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    La compagnie australienne Circa, mondialement connue et dirigée par Yaron Lifschitz, donnait son 6ème spectacle, Revoir les étoiles, aux Nuits de Fourvière, qui fête ses 80 printemps cette année.
    Placement millimétré, corps en mouvement permanent, adresse, mélange de force et souplesse, avec toute la panoplie des circassiens modernes (Mat, tremplin, tissu aérien...), et accompagnés d'un quatuor original de musiciens (guitare électrique, cuivres, violon et programmateur électro), sous la composition musicale de Jethro Woodword ...n'en jetez plus !
    Les douze acrobates (5 filles/7 garçons) nous en mettent plein la vue, maîtres de leurs corps et solidaires dans l'effort. Il s'agit littéralement de sortir de l'enfer Dantesque (chutes et lourdeur des corps) pour s'élever, virevolter et toucher les cimes étoilées, à plusieurs c'est encore plus beau.
    Des moments de grâce individuels émergent du magma collectif, mettant à l'honneur chaque artisan de l’œuvre, en première mondiale à Lyon.
    Effrayant et haletant car souvent risqué mais merveilleux dans le résultat, de nombreux tableaux défilent sous nos yeux, certains plus inventifs que d'autres mais toujours avec poésie, soutien et une forme de ballet incessant.
    L'Australie en impose par sa force physique et sa technicité, un futur succès international amplement mérité !

  • La fine pointe de l'âme

    Cette période romane trouve son équilibre entre ce qui appartient au cadre fixe, traditionnel, inaltérable, sacré et ce qui appartient à l'univers de la marge, toujours instable, en création, profane, c'est a dire au monde en devenir qui est par essence indivisible (p.37).

     

    Ortaire de Coupigny,Ortaire de Coupigny, artiste plasticien et écrivain féru de théologie et d'histoire d'art médiéval, publie l'Entrelacs et le Serpent - art médiéval et interprétation biblique, chez l'Harmattan.
    Dans ce petite essai touffu, agrémenté de nombreuses illustrations de l'auteur, l'entrelacs est questionné dans son rapport au foisonnement (végétal et de manducation), à la mutation (séparation) ou au désir d'unité (attachement), en lien avec des symboles clés de la Bible (le serpent, le dragon, les animaux...), des concepts (le mal, les ténèbres, le chaos primordial...) ou des textes saints (genèse, apocalypse, job, nouveau testament...).
    Un ouvrage ouvert qui n'assène pas de vérités. A lire l'investigation judicieuse et érudite de l'auteur, on se prend même à son jeu, en sondant notre ressenti et en cherchant une explication de ces enluminures propres aux copies du Moyen-Age.

    Ainsi pour qu'advienne le silence d'avant le Verbe (le Christ en soi), nous passons souvent par un déluge émotionnel, une sorte d'inflation égotique nous empêchant d'y voir clair et semblable à un nid de serpents, plus terrestre que céleste, plus ténébreux que lumineux. Cette nébuleuse nécessaire s'amenuise dès le retour de la conscience discriminante qui naît de la transmutation de l'énergie animale...Mais l'auteur est plus savant !

     

  • Modernité de l'Apocalypse

    Les poèmes d'Ellul se dévoilent devant nos yeux dans toute leur beauté, leur richesse et leur ambiguïté...Ambiguë, la parole l'est bien. Celle d'Ellul ne fait pas exception. Ce n' est pas seulement a cause du contenu de sa poésie que celle-ci est parfois difficile à saisir, c'est avant tout parce qu'elle est un déploiement particulier, esthétique, de sa théologie de la parole (p.39).


    Poète du Tout-Autre,Yannick Imbert,éditions olivétan,Jacques Ellul,Silences,Oratorio,poésie,Livre rouge,C.G Jung,théologie de la parole,parolel imagée,christ,dieu,APocalypse,Mai 2026Dans Poète du Tout-Autre, Yannick Imbert, professeur d'apologétique, présente une introduction à la poésie de Jacques Ellul, aux éditions Olivétan.
    Ses deux recueils de poésie, Silences et Oratorio, ont été publiés à titre posthume car il "ne pouvait (décemment) pas se révéler". 
    Cette petite apocalypse, au sens de dévoilement de l'intime, pour un penseur très influent sur les plans sociologique et théologique, est la quintessence et le fruit d'une vie (intérieure). Oratorio fait même figure de "livre rouge" d'Ellul (comme pour C.G Jung), préfigurant son étude future sur l'apocalypse et l'unité sous-jacente de domaines à priori antagonistes,  dans son œuvre bibliographique.
    On passe un bon moment avec cet essai érudit et exigeant de Yannick Imbert sur un auteur qu'il vénère et dont il a saisi l'importance de la prose. L'ouvrage n'est pas  l'exégèse d'une "théologie de la parole" mais une tentative, à l'aune des thématiques (vanité, liberté, ville, Dieu...) travaillées par Jacques Ellul (1912-1994), de donner quelques clés de lecture. Le reste, affaire de "parole imagée", visions christiques d'un homme de foi et d'espérance, représente son intuition du sens de l'Histoire et de la Présence/absence de Dieu.
    Les extraits, nombreux, ne suffisent pas à saisir l'ensemble du souffle poétique, ni son degré d'inspiration. S'y plonger, lors de leur réédition, sera peut être la prochaine étape. Mais on peut certainement qualifier sa parole de Verbe, nourriture circonstanciée, vision sublimée et manduquée d'un texte hallucinant et halluciné, la Bible et son apex, l'Apocalypse de Jean. 

  • Un sujet qui fait mouche

    Coran 22,73 : Hommes, il vous est proposé une parabole, écoutez la : Ceux que vous adorez au lieu de Dieu ne peuvent créer une mouche, quand bien même ils s'uniraient pour cela. Si la mouche leur enlevait quelque chose, ils ne sauraient le lui faire restituer. Le solliciteur est aussi faible que le sollicité.

     

    Mouches un portrait,Peter Geimer,Macula éditions,Avec Mouches, un portrait, Peter Geimer (directeur du Centre allemand d'histoire de l'art à Paris) signe chez Macula éditions, un petit essai culturel et naturel du drosophile.
    Souvent maudites, associées aux sale, aux maladies, au lieutenant du diable Belzébuth (le seigneur des mouches) même, ce drôle de petit insecte génère de la nuisance sonore, alimentaire et infectieuse.
    Dans l'histoire de l'art, il apparaît sur certaines toiles comme un trompe l’œil ou symbole du quotidien, en littérature tantôt empathique tantôt méprisant et au cinéma comme génétiquement proche de l'humain. Des études naturalistes à base de croisements ont d'ailleurs été menées pour mieux comprendre notre spécificité.
    Neuf types principales originelles de mouches peuplent le monde, plus ou moins nocives (on pense à la mouche tsé tsé), et il n'est que le Coran qui nous la présente comme un fléau positif, instrument de Dieu (27,73), alors "qu'une sainte mouche serait du point de vue de l'histoire de l'art une impossibilité, et du point de vue théologique un sacrilège"(p.89).
    Original et érudit, ce portait des mouches est affaire de représentations. Ici globalement repoussoir et méprisé, l'insecte ailé  "domestique" m'a cependant toujours paru doux, familier et réconfortant, plus angoissant en nombre il est vrai. Une réputation exagérée, ignorée ou minorée en serait-elle la clé ?

     

  • Un réel apocryphe

    Crumb,paranoïa,éditions Cornélius,doute,complotisme,esprit critique,réel différent,Carlos Castaneda,angoisse,souffrance,février 2026Chroniques de la Paranoïa, du mythique Crumb, est une courte BD jouissive de douze histoires autour de l'intention des puissants à vouloir ou non le bien de l'humanité et de l'angoisse que cela génère chez les personnes les plus sensibles. Elle paraît aux éditions Cornélius.
    L'auteur de plus de 80 ans n'avait rien publié depuis 13 ans et nous livre ses ruminations parfois teintées de complotisme (le vaccin ARN contre la COVID, l'élite corrompue et prédatrice, la manipulation psychique et émotionnelle de masse...), mais toujours argumentées et sourcées.  Il nous fait donc part de son esprit critique tout en se demandant si sa vision est juste ou s'il est juste parano, comme l'était sa mère gavée d'anxiolytiques, ou peut être suite à une séance sous LSD, jeune hippie, contrôlée par des personnes un peu louches.
    La BD est un art pertinent et percutant, comme l'est la musique par exemple, pour relater d'une perception autre de la réalité, voire de la notion de réalité elle-même.
    Le trait de Crumb si caractéristique, se mettant ici en scène avec forte expression, est plus parlant qu'un long discours et frappe l'imaginaire.
    Croyant, il s'en remet au Créateur, qu'il prie, pour qu'advienne un monde meilleur ou que lumière se fasse sur le sens ultime de la vie.
    La peur, plutôt que la confiance, domine cependant sa raison et la BD tout du long, allant même jusqu'à douter, par principe, de l'existence d'un Dieu de l'Univers.
    Sa perception du monde se rapproche par endroits de celle de l'anthropologue Carlos Castaneda, initié par un sorcier yaqui, qui évoquait l'existence d'entités prédatrices (les flyers) se repaissant de nos souffrances et humeurs noires.
    Un retour de Crumb original, étonnant et passionnant d'acuité.

      

  • Le tranchant d'une épée

    Dogen Zenji nous a montré comment lui ressembler : vivre parmi les gens, au cœur de la confusion, tout en restant indépendant de cette confusion - voilà le cœur de notre pratique (p.95).

     

    Shunryu Suzuki,devenir soi-même,ALmora éditions,zen Soto,Luc Fontaine,San Francisco,Hara,Parole juste,tsuneko,16 préceptes du Bodhisattva,Devenir soi-même, paru chez Almora Éditions, est un ultime recueil de paroles orales de Shunryu Suzuki (1904-1971) récoltées par ses proches disciples  dans ses centres zen à San Fransisco. L'auteur du classique  "Esprit Zen, Esprit neuf" exporta en effet le zen japonais de l'école Sōtō dans l'Amérique beatnik (de terreau chrétienne), en lui insufflant une forme de pureté originelle.
    Zazen, simplement s'asseoir et réaliser la vacuité de l'esprit vaste, s'apparente en effet à une prière qui nécessite un silence mental, prélude à toute Parole/Action juste ou sainte. Le Hara est le siège de ce Centre d'où tout émerge, étant connecté au Tout.
    Dans l'idée, Devenir soi-même consisterait à être parfaitement là, dans l'instant, sans pensée associée ou émotion (ou dualité). Cette essence pure s'apparente d'ailleurs sur certains aspects à l'avènement du Christ en soi, l'Homme Nouveau, de naissance virginale,  relié sur un plan vertical, court-circuitant le mental et s'exprimant par un Verbe affûté.
    L'ouvrage hommage est additionné des 16 préceptes du bodhisattva, explicitées par l'auteur (Luc Fontaine est le traducteur français), ainsi que les raisons de sa venue en Occident et des anecdotes de sa femme Tsuneko le concernant.
    On y retrouve l'acuité, le discernement et la simplicité d'une vision d'éveillé.  

     

  • Un Livre vénéré

    On conseillera donc à celui qui cherche la paix de s'attacher au Coran, d'y plonger et de s'y abandonner. Il y trouvera un "compagnon" qui ne trahit pas, une lumière qui ne s'éteint pas, une sagesse qui ne tarit pas.
    Car, en vérité, ceux qui vivent avec le Coran vivent sous l'ombre de la Miséricorde divine, marchant sur la voie des biens-aimés de Dieu, exalté soit-Il (p.7).

     

    Le Coran au temps du Prophète,Maxime Fréry,éditions du i,Coran,Allah,musulman,compagnons du prophète,sunnisme,psalmodie du CoranLe Coran au temps du Prophète, paru aux éditions du i présente succinctement l'attitude des pieux compagnons envers le Livre sacré. Comment il fut mémorisé, psalmodié, médité et mis en pratique en un temps où la crainte d'Allah était de mise. Cette vision de l'adoration due se perpétue encore de nos jours au sein de la branche sunnite, preuve de la survivance d'une pratique religieuse avant tout orale et identique à l'origine.   
    L'enseignant et traducteur Maxime Frery commente également les nombreux hadiths affiliés à la thématique. Il s'en dégage une gradation dans la piété, pour ceux rivalisant d'excellence, qui impose le respect, loin des quolibets ou comparaisons douteuses avec la vie de consacrés ou mystiques d'autres religions. La forme prise par la vénération à Allah passe par celle du Coran, miracle de la révélation et baume pour le cœur et l'âme en sa qualité de Critère, ses invectives ou ses illuminations...un Texte saint qui se dévoile en effet lumineux pour celui dont le cœur reste ouvert.