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Littérature - Page 20

  • Le destin lumineux de Veronique Desjardins

    "Il fallait faire naître en nous, au milieu de nos états intérieurs multiples et contradictoires, un élément stable et conscient, qui deviendrait l'axe de notre sadhana".p.91

    "Par l'accomplissement, il s'agissait de sortir peu à peu d'un égo atrophié, replié sur lui-même, pour devenir de plus en plus vaste, jusqu'à embrasser la totalité de la réalité". p.111

     

    Dans l’intime d'un chemin, paru aux éditions du Relié, est un livre de réponses sur ce qu'est l'enseignement d'Arnaud Desjardins (1925-2011), ce qui définit un maître spirituel, la conception qu'il se faisait d'une épouse et un document historique sur le Bost, premier Ashram français et la façon dont à commencé l'aventure de la transmission en France.

    Autre point important c’est le récit d'une femme disciple (pendant une dizaine d'années) et compagne (pendant 25 ans) d'un homme dont le rayonnement fut et demeure mondial. En ce sens éclaire-il peut être plus l'intimité de leur relation, la manière dont la nouvelle fut perçue par l'entourage (être élue de cœur n'est pas rien) mais aussi et surtout le long et épineux chemin d'ascèse de Véronique Loiseleur, commun à tout chercheur de vérité, jusqu'à l'éclaircie et la cristallisation d'un centre en soi.

    véronique desjardins,dans l'intime d'un chemin-disciple et compagne,editions le relié,janvier 2019L'autrice évoque en effet essentiellement le cas pratique qui fut le sien dans un portrait sans concession de son passif, d'aucuns diraient karma. Il s'agirait presque d'une autobiographie avec des souvenirs précis remontant à la prime enfance (voire au-delà avec les "lyings", sortes de régressions émotionnelles allongé, de Denise Desjardins) et des mécanismes de défense égotiques et égoïstes mis en lumière par un cheminement patient alternant un travail sur le corps, les pensées et les émotions.

    On s'aperçoit que le style Desjardins s'inspire beaucoup de la méthode Gurdjieff (Il passa 9 ans de sa vie dans de groupes Gurdjieff) mais qu'il épouse dans le fond la tradition hindou comme le fit le maître spirituel de ce dernier, Svami Prajnanpad (1897-1974).

    Plusieurs inflexions furent données pour conserver une dignité et un certain standing spirituel à l'enseignement dispensé au Bost (et après à Uzès et Hauteville) et pour ne pas tomber dans un mouvement sectaire ou new age à la mode, une spiritualité bradée. Ainsi furent supprimés les Lyings, souvent recadrés la centaine de fidèles de la première heure, réajusté l'emploi du temps et le dévouement d'A. Desjardins pour épargner sa santé physique...

    Enfin ce livre, justement écrit, trace en filigrane ce qu'est une voie traditionnelle (au sens guénonien du terme également), dispensée par un gourou (au sens hindou du terme) qui est un guide spirituel affranchi du joug égotique ou mental (l'organe "Kundabuffer" dirait Gurdjieff ?) proposant un nouvel abécédaire sans doute plus naturel (en harmonie avec l'Univers) à partir du cœur de l'être humain.

    Le Guide est donc normalement en capacité "étrique" et connaît les pièges sur le chemin grâce à sa vigilance accrue de chaque instant. C'est une attitude éveillée envers les situations concrètes de la vie, une sorte de veille christique.

    Le moins que l'on puisse dire, sans trop dévoiler des surprises et croustillantes anecdotes de ce livre, c'est qu'un gourou ne juge heureusement pas sur l'apparence et qu'il ne croit absolument pas à la fatalité mais qu'il a l'oeil (de l'esprit ? du coeur ?) pour révéler le joyau (le joyeux également) en chacun.

     

    Crédit photo : Editions Tredaniel

  • L'Histoire de Yahvé - enquête sur le mythe divin

    ron.jpegRon Naiweld est un historien du judaïsme ancien au CNRS. Dans l'"Histoire de Yahvé" il désacralise le Nom (que l'on ne prononce pas chez les Juifs) et propose une relecture mythique de la Bible qui devient "le récit d'apprentissage du dieu".

    L'auteur étudie notamment le processus d'universalisation et de monothéisation de Yahvé dans les premiers siècles de notre civilisation avec l'émergence du christianisme et son entrée, grâce à Paul, dans la psyché de chacun.

    A l'origine de la foi monothéiste on retrouve aussi une réflexion philosophique pour insérer le mythe dans une culture dominante. Une étude passionnante qui rend le dieu plus accessible encore.

     

    Ron Naiweld répond à quelques questions de Choeur :

    Choeur : Le point de départ de l'enquête est une "sensation curieuse et désagréable du poids du pouvoir des prêtres". Finalement vous questionnez les religions monothéistes et, à titre personnel, votre foi d'enfant avec des outils d'adulte ?

    Ron Naiweld : Je questionne plus particulièrement le pouvoir que j’appelle « psycho-politique » des religions monothéistes qui n’est pas confiné au domaine de la religion. Je porte vers elles un regard admiratif et critique. J’admire leur pouvoir d’introduire dans l’esprit un maître imaginaire, et je crains leur capacité d’abuser de ce pouvoir. Enfin, je m’interroge en tant que Juif et historien des Juifs sur un phénomène que je trouve fascinant : l’universalisation du mythe biblique dans le monde gréco-romain.

     

    C : Vous faites une lecture mythique de la Bible et décrivez l'accession de Yahvé au panthéon des divinités (le monothéisme) comme une usurpation d'Identité, aidé en cela par quelques "illuminés notoires" (Philon,Paul...). Pour vous c'est un faussaire ?

    R.N : Qui ? En tout cas, je ne vois pas les choses dans les termes d’usurpation mais d’une hybridation de deux divinités, Yhwh et Dieu. Les « faussaires » seraient les êtres humains qui effacent la différence stipulée dans le texte entre Yhwh et Elohim. Je crois que cet effacement se stabilise à l’époque hasmonéenne (c’est le sujet du troisième chapitre). Puis, au premier siècle, on voit le travail d’un autre « faussaire » qui est Saint Paul, qui lit l’histoire de la création du monde en identifiant Yhwh à Elohim (comme les autres lecteurs juifs du mythe avant lui) et puis en disant que l’homme fut créé immortel et la punition de Yhwh était de le rendre mortel. Ce n’est pas l’histoire que raconte le texte de la Genèse.

     

    C : "Jalousie, rage, insuffisance intellectuelle et moralité douteuse" caractérisent Yahvé dites-vous. On a l'impression d'avoir affaire à un tyran notoire, comme peut l'être un petit enfant ou encore le "petit ego" de l'adulte. Néanmoins une intelligence est à l’œuvre chez Yahvé puisque "le motif récurrent de l'histoire de dieu, ce qui était d'abord considéré comme une menace devient, successivement, un mal nécessaire puis un outil qui l'aide à établir son pouvoir" (p.136)...

    R.N : Oui. J’offre une clé de lecture de la Bible qui y voit le récit d’apprentissage du dieu.

     

    C : Dans "Réponse à Job", Le psychanalyste suisse Jung fait également une description peu ragoutante de Yahvé comme un dieu relativement inconscient et dont la part d'ombre serait le Satan (qui persécute Job). Pour Jung il s'agit d'une alliance entre le créateur et Sa création où les deux s'entraident dans un processus de conscientisation, comme si Dieu(x) (Elohim) était encore à naître au sein de l'humanité consciente.

    R.N : Oui, on trouve la même idée de synergie entre le dieu et l’homme chez des penseurs juifs comme Hermann Cohen ou Martin Buber. C’est une idée qui s’inscrit dans la tradition philosophique qui cherche l’union des hommes dans la pensée ; une union conceptuelle qui n’appartient donc pas tout à fait au monde des apparences. Mais dans la perspective anthropologique qui est la mienne, l’union humaine, universelle, conçue par la Bible ne se trouve pas au niveau des idées mais dans la parole et dans l’histoire. Le potentiel universel du mythe vient donc de sa capacité de faire croire aux gens qu’ils vivent la même histoire. Je crois que malgré le fait que la Bible soit étudiée depuis longtemps, ce potentiel n’a pas encore été entièrement exploré. Depuis l’universalisation de ce texte dans le monde gréco-romain, on a souvent nié sa dimension mythique (et les juifs et les chrétiens, mais pas tout à fait de la même manière). On a fait oublier que c'était aussi le récit d’un dieu. Et pourtant c’est de là que vient la puissance du texte biblique (et, du coup, son intérêt pour des lecteurs qui ne sont pas croyants).

     

    C : Vous décrivez dans ce livre les étapes de l'universalisation de Yahvé, sa stratégie géopolitique en quelque sorte : Posséder un peuple (le peuple juif), une unicité politique (convertir l'Empire), une place de choix dans l'esprit de tous (mythe sur l'origine de la mort). Qu'est-ce qui caractérise selon vous le peuple juif à travers les multiples étapes de son histoire religieuse ?

    R.N : Du point de vue de l’histoire du mythe occidental que j’essaie d’élaborer dans ce livre, et les Juifs et les Chrétiens remplissent la même fonction – inscrire le mythe de Yhwh dans l’histoire. Les modes d’inscription sont différents. On peut même dire que celle des Juifs est plus avancée car elle est fixée au deuxième et surtout au troisième siècle, lorsque le pouvoir impérial se déploie de plus en plus par le discours juridique, du droit (la date de 212, l’universalisation du droit de cité romaine, est cruciale. La Mishnah, qui est le texte fondateur du judaïsme rabbinique, est composée quelques années plus tard). Le judaïsme rabbinique, comme système théologico-politique, s’élabore donc dans un autre monde que celui du premier siècle, lorsque les textes fondateurs du christianisme furent rédigés. Mais ce judaïsme-là va se déployer surtout sous l’Islam et le Christianisme, deux religions qui s’enferment dans le mythe monothéiste que le judaïsme rabbinique a déjà réussi à dépasser.

     

    C : La "monothéisation" est d'abord philosophique avant d'être universelle ?

    R.N : Dans la mesure où l’idée philosophique de Dieu est universelle (c’est le Dieu de tout, créateur de tout…), alors les deux vont ensemble. Mais si on pense à l’universalisation du mythe du point de vue anthropologique (c’est-à-dire sa diffusion parmi les êtres humains) alors on peut dire que la monothéisation est d’abord pratiquée par des philosophes avant de devenir une pratique générale. En tout cas la monothéisation n’est pas une affaire classée. Elle s’opère chaque fois qu’un lecteur aborde le texte avec des lunettes monothéistes. 

     

    C : Vous ne croyez pas au renouvellement de l'intelligence, au Verbe, soit la fonction salvatrice de Jésus-Christ aux yeux de Paul (entre autres), qui prend la voix du Maître intérieur ?

    R.N : Si j’ai écrit ce livre, c’est parce que je partage cette croyance mais je ne l’associe pas à Jésus-Christ de la même manière que Paul. C’est-à-dire – je ne crois pas que pour renouveler l’intelligence on soit obligé de croire en Jésus-Christ.

     

    C : En réfutant le pouvoir de Yahvé et donc son universalité, n'affirmez-vous pas votre croyance profonde en Elohim, le Dieu(x) originel omniscient, bon et tout puissant ?

    R.N : Je ne comprends pas la question. Tout le livre est une interrogation sur le pouvoir de Yhwh et son potentiel universel. Dans l’histoire mythique que j’essaie d’élaborer dans la première partie du livre, Elohim est l’assemblée divine qui n’est pas nécessairement omnisciente et toute puissante. C’est une autre instance, un autre personnage de l’intrigue. Mais qu’est-ce que cela veut dire, croire en un personnage ?

     

  • En quête du Cœur vulnéré du Christ

     

    "la piété envers le Cœur de Jésus n'est pas une innovation du 17e siècle…et le culte du Cœur eucharistique est, dans l'iconographie sacrée, au moins six fois séculaire".

    (Louis Charbonneau-Lassay – p.296)

     

    vulnéraire.jpgLa dévotion au sacré cœur de Jésus n'est pas une nouveauté car des représentations artistiques de l'icône remontent pour certaines aux premiers siècles chrétiens. Seuls les 17e et 18e siècles ("périodes de corruption morale et de perversion intellectuelle, tout du moins dans les grandes villes..."), pourtant dits des lumières, ont perdu la trace de son office ou l'ont détourné, jusqu’à l'analyse scientifique du suaire de Turin au siècle dernier (par le docteur Pierre Barbet notamment - Les cinq plaies du Christ.) qui vint par ailleurs confirmer les visions de la mystique Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690) à Paray-le-monial Sur le cœur vulnéré ou transpercé de Jésus.

     

    Les Éditions Dervy-Médicis rééditent plusieurs manuscrits inédits, le projet du livre initial ayant été volé en 1960, de Louis Charbonneau-Lassay (du cultissime « Bestiaire du Christ ») dans un beau livre reconstitué presque à l'identique de 458 pages (dont un index soigné et travaillé) et 360 gravures sur bois, de qualité, de l'auteur, intitulé Le Vulnéraire du Christ ou "la mystérieuse emblématique des plaies du corps et du Cœur de Jésus-Christ". Son contenu provient en partie des deux revues Regnabit (de 1921 à 1929) et du Rayonnement intellectuel (de 1929 à 1939) mais aussi d'archives personnelles inédites de l'érudit loudunois (1871-1946), gérées par Gauthier Pierozak.  Le symbolisme du sacré cœur et des quatre autres plaies de la Passion y sont traités "sous leurs aspects historiques,archéologiques et mystico-dévotionnels".

     

    Le sujet, épineux s’il en est, s'adresse avant tout aux fidèles en Christ mais aussi aux amateurs et passionnés d'art religieux à travers les siècles. L’étude de l’emblématique des plaies du corps et du cœur de J.C est assez complète et s'intéresse à tous les supports de piété : les autels, la monnaie, les armes, la céramique, l'art sculptural, les anciens bijoux chrétiens, l'héraldique médiévale, la nature, les cadrans solaires, les portails, les stèles funéraires, les blasons...

    A travers ces objets d'art se dessine une véritable connaissance du christianisme ésotérique des premiers temps, transmis entre initiés ( "pour cacher initialement la nature divine de son fondateur"). Comment expliquer autrement que par une vision oculaire initiale ce Cœur divino-humain percé, par un coup de lance donné au côté droit du corps et d'où sortit, selon les écritures, du sang et de l'eau ?

     

    Louis Charbonneau-Lassay, spécialiste en iconographie et archéologie chrétienne était aussi un pieux catholique qui se réjouissait que «  chaque jour des preuves matérielles, conservées dans des musées publics, dans des collections privées, ou demeurées jusqu'ici sans attirer l'attention dans de pauvres ou de splendides églises, sortent de l'oubli et viennent nous proclamer combien, résolument ardente, est montée vers le Cœur du Sauveur la pensée probante de nos Pères » (p.242), et l'on suit son enquête de terrain à rebours du temps. On passe un bon moment en compagnie de ce livre-fleuve, voyageant à travers les siècles de la piété populaire et partageant les découvertes et émotions de l'auteur.vulneraire 1.jpg

     

    Son vulnéraire, ultime œuvre sur laquelle il plancha, peut être considéré, si l'on estime que la crucifixion est un puissant Imago Dei, comme la Représentation symbolique de Celui qui ne saurait être représenté et qui est Cœur souffrant pour toute l’humanité. "Le Cœur vulnéré est certes l’évocation stricte du coup de lance mais surtout le Cœur de Celui qui a été crucifié pour notre salut, la source naturelle de son sang qui a coulé par amour pour nous, le foyer de son amour…et l’idée aussi de l'absolu dans le sacrifice parce qu'il est le réservoir et la source même du sang et de la vie" (L.C-L p.390).

     

    Crédit photo : Dervy Editions.

  • Nayla Tabbara incarne la paix de l'Islam

    Pour ceux qui auront cru et fait le bien , Dieu sera tout amour. ( S. Mazigh)

                                                                      ...  leur donnera d’aimer. (E. Montet)

                                                                      ... manifestera pour eux un amour. (R. Khawam)

                                                              Coran 19,96

     

    Les femmes se réapproprient des domaines exclusivement réservés aux hommes, notamment en matière de religion et c'est une avancée, un juste retour des choses et un bien.

    Nayla Tabbara,Marie Malzac,L'Islam pensé par une femme,Aydan,Bayard-Editions,Novembre 2018Nayla Tabbara, autrice de "L'Islam pensé par une femme" (Bayard Editions), rappelle qu' à l'origine de la Révélation du Coran, comme pour le message de Jésus, les revendications des femmes, leur "cri de détresse" face à leur situation de quasi esclave ou objet sexuel, fut entendu à l'époque par le Créateur. Des droits jusque là inexistants leur sont alors accordés légalement concernant l'héritage, le mariage, ou encore la précellence de la monogamie.

    Au temps du Prophète (très entouré de femmes et au-delà de la polémique sur son dernier mariage avec une jeune fille dont on ne saurait dater l'âge en vérité) certaines étaient imams, d'autres faisaient l'appel à la prière...et les assemblées étaient encore mixtes. Le Prophète encourageait ces dernières à apprendre et enseigner et certaines étaient des combattantes endurcies prenant soin des blessés...

    Puis, comme dans le christianisme, elles se sont vu décroitre en pouvoir et représentativité jusqu'à l'arrivée des premières missionnaires chrétiennes à la fin du 19ème, soit après quelques siècles d'obscurantisme et de patriarcalisation de la religion. L'origine du port du voile en est un exemple frappant.

     

    Théologienne et exégète, l'interprétation du Texte de Nayla Tabbara va dans le sens de "la compassion, de la solidarité et de la miséricorde divine", à l'inverse de l'attitude réactive et "d'immaturité spirituelle" actuelle de l'Islam majoritaire.

    Elle rappelle ainsi d'emblée qu'Allah (textuellement le Dieu), est avant tout pourvu de matrices ("Matriciant et Matriciel" comme le suggérait Chouraqui) donc Miséricordieux et qu'on ne saurait le définir par un genre, un nom ou une qualité, comme l'Homme d'ailleurs, créé à son image...

    Au terme de "soumission" elle préfère celui d'"abandon confiant" ; de même il ne s'agit pas tant de "craindre Dieu" que d'en "prendre conscience" et pour elle le Coran n'est pas qu'un "guide d'instruction" qui légitimerait l'imitation ou l'attitude purement légaliste mais au contraire une base pour "dialoguer avec le réel", "libérer sa pensée" et se voir comme "le prolongement créatif de Dieu".

    Face à la mauvaise presse de l'Islam et à sa crise actuelle (intolérance, communautarisme, attitude belliqueuse, suffisance...) elle préconise une action trine : "spiritualité, pensée critique et action sociale".

    L'essai regorge de citations de penseurs musulman(e)s issu(e)s de la mouvance libérale et/ou féministe actuelle (Farid Esack, Fadi Daou, Riffat Hassan, Amina Wadud, Nasr Hamid Abu Zayd...) à laquelle l'autrice s'identifie, elle-même vice-présidente de Aydan, une organisation qui promeut l'altérité religieuse et milite pour la solidarité, la diversité et la dignité humaine à travers une dizaine de pays arabes.

    Pour preuve de son ouverture, ce livre écrit avec l'aide de Marie Malzac, journaliste à la Croix, ses années de formation passées dans des établissements chrétiens ou son attachement à l'émir Abd El Kader, qui milita pour les droits de l'homme en Algérie et défendit une communauté chrétienne à Damas. Nayla Tabbara rappelle que "le fin mot du Coran (si l'on en fait une lecture chronologique car la cinquième sourate est la dernière révélée) est un appel à la réconciliation, à l'ouverture et à la convivialité entre gens du Livre (sourate 5,5 et 5,48)".

    Reste à espérer que ce courant nouveau, bienveillant et dépassionné devienne majoritaire au sein de l'Islam (le port du voile est globalement en régression, certaines mosquées deviennent mixtes, des femmes refont l'appel à la prière...) et que, porté en partie par des femmes, il puisse fédérer sur des principes de "bien commun, de dignité humaine et de justice", valeurs originelles de l'Islam. Et si la guerre ou "djihad", prôné par certains versets contre l'"infidèle" et dont on sait qu'il est avant tout un combat contre soi-même, consistait à combattre avant tout les idées reçues transmises de génération en génération par des hommes pour des hommes en dépit d'un contexte de bienveillance envers l'humanité, envers toute l'Humanité...

    Crédit photo : Bayard

  • Le retour en force d'Artémis

    Jean Shinoda Bolen,Artémis l'esprit indomptable en chaque femme,Editions Guy Trédaniel,Jung,mythe d'Atalante,Aphrodite,Hécate,Mérida,rebelle,Hunger games,Malala,Marina Chapman,Septembre 2018ARTÉMIS, l’esprit indomptable en chaque femme (Editions Guy Trédaniel), est un livre dense (300 pages) autour de la notion d’archétype. Jean Shinoda Bolen, son autrice, est une thérapeute américaine jungienne qui en donne la définition suivante : «  c'est un modèle, un mode inné d'être et de réagir -certains plus instinctifs que d'autres- présent dans l'inconscient collectif", soit la totalité de la psyché.

    Si Artémis est une déesse du panthéon grec associée à la vie sauvage, la chasse, les accouchements et la lune, son pendant humain et mortel est Atalante dont le mythe la dépeint abandonnée, recueillie et allaitée par une ourse avec pour armes futures de survie et de défense, un arc et un carquois de flèches.

    Récemment au cinéma, Mérida dans rebelle ou Katniss Everdeen dans Hunger games ont personnifié cet « esprit indomptable ». La colombienne Marina Chapman, recueillie par des singes a 5 ans ou la pakistanaise Malala, mutilée par des Talibans sont autant d'exemples vivants selon l’Autrice, de la résurgence actuelle de cet archétype car ce sont des femmes capables de résilience malgré un destin que l'on croirait fatal.

    Les femmes modernes qui ont l’archétype d’Artémis actif en elles «  viennent au monde avec une solide détermination, une volonté forte et une grande capacité de concentration. A cela s’ajoute souvent un sens de la justice, une attitude égalitaire et un besoin affectif de protéger les plus fragiles qui ne peuvent se protéger eux-mêmes » (p.251). Elles ont également «  le sens de la sororité et une affinité avec les causes féministes"(p.49).

    Jean Shinoda Bolen part du mythe d'Atalante pour mieux expliciter cet archétype en l'agrémentant d’exemples puisés dans la culture actuelle et en s'appuyant sur son vécu et celui de femmes proches d'elle. L'essai est assez complet sur la question et l’on comprend mieux comment certains mythes persistent et demeurent actifs dans la psyché de certains individus pour les aider à ne pas fléchir et accomplir un destin qui engage parfois celui d’un collectif, en l’occurrence ici le vaste mouvement pour les droits d’égalité et de liberté des femmes.

    Évidemment L’essai valide une des théories du psychiatre suisse Carl G. JUNG sur les archétypes (l’Autrice évoque aussi Aphrodite ou Hécate) mais on pourrait tout aussi bien parler de chamanisme et d'esprit tutélaire ou encore d'ange gardien ou de prédestination dans d'autres types de croyances.

    Le dessin de couverture est en soi évocateur de puissants symboles d'une femme accomplie, reliée à la fois à sa matrice et à ses racines spirituelles.

    Pour Jean Shinoda Bolen il est clair que nous assistons à un retour de l'esprit d'Artémis, prélude demain peut-être à un retour du féminin au pouvoir pour inverser, s'il est encore temps, la course effrénée de la folie patriarcale destructrice de liens, ressources et perspectives…et revenir à un temps Matriciel comme il en exista avant les dieux masculins. C’est en tout cas le souhait et l’espoir d'une militante de la première heure. Un livre important, un livre testament.

     

  • Christine Pedotti relie les évangiles

    Jésus va tenir la promesse des prophètes et faire passer la loi de la pierre à la chair, comme le suggère l'évangéliste Jean en ne cessant de mener ses lecteurs sur les chemins de l'allégorie. Pourquoi ne pas voir, dans la fragilité des signes tracés sur la poussière, ce moment ou la loi perd de sa rudesse pour pouvoir s'inscrire dans la tendresse et la miséricorde ? La loi de Moïse a été écrite sur la pierre "par le doigt de Dieu", le doigt de Jésus dans la poussière esquisse t-il la loi nouvelle de la miséricorde et de l'amour, celle qui va s'inscrire dans le cœur des hommes et des femmes ? (Jésus, l'homme qui préférait les femmes, p115).

     

    Christine Pedotti,Jésus l'homme qui préférait les femmes,Anne Soupa,L'Encyclopédie de Jésus,Le comité de la jupe,Jacqueline Kelen,France Quéré,Annick de Souzenelle,Albin Michel,Octobre 2018L'histoire publique de Jésus est jalonnée de femmes, de sa naissance à sa mort sur la croix jusqu’à sa résurrection. Elles sont des témoins privilégiées de l'incarnation du divin en l'homme. Dans son dernier livre "Jésus, l'homme qui préférait les femmes", paru chez Albin Michel, Christine Pedotti rappelle qu'Il a eu des relations bienveillantes avec ces dernières, ce qui, pour l'époque et son environnement judaïsé, était une avancée considérable (Il ne répudie pas l'adultère, Il appelle "fille d'Abraham" une veuve courbée...).

     Anne Soupa (avec qui elle a fondé le Comité de la jupe pour lutter contre la discrimination à l'égard des femmes dans l’église catholique) a récemment réhabilité Judas et de façon générale depuis quelques années, ce sont plutôt les femmes qui mettent en lumière l'ombre du christianisme, dans la lignée de Jacqueline Kelen, France Quéré ou encore Annick de Souzenelle. La nouveauté c'est donc ce point de vue féminin avec "des femmes lectrices, chercheuses, exégètes et théologiennes...". Il s'agit de se battre contre la vision enfermante et obscurantiste de l’église à travers siècles  avec son "mouvement d’effacement des femmes".

    Dans l'Encyclopédie de Jésus, parue l'an dernier, Madame Pedotti est d'ailleurs coordinatrice du projet dans lequel elle introduit chaque chapitre en ra-contant la scène qui sera auscultée par des spécialistes ou admirateurs de Jésus.

     

    Pour revenir au livre, Jésus "libère donc la femme de l'assignation de genre" (elle appartiendrait à l’homme, elle est appelée à des tâches domestiques ou de procréation …). Pour Lui, "les femmes sont des personnes et non des fonctions" et Christine Pedotti rappele à juste titre que les Évangiles ne sont en soi "ni mysogines ni masculinistes mais que seule l'interprétation l'est", à travers les siècles avec notamment cette focale mise sur Marie comme modèle de vertu difficilement atteignable...

    Autre point important du Livre, la mise en exergue de modèles de femmes prophètesse ou Apôtre. Ainsi la samaritaine qui reconnaît Jésus comme étant le Messie, à qui Il offre de l'eau vive pour la vie éternelle ; Marie de Béthanie avec le lavement des pieds de Jésus par un parfum de haut prix et qui préfigure et devance celui des Apôtres ou encore Marie-Madeleine, première témoin et messagère de la résurrection !

     Alors que quasiment tous les sages jalousent Jésus et veulent sa mort, beaucoup de femmes le suivent, l'écoutent et mettent en pratique ses enseignements. Une sagesse innée caractériserait-elle la femme à la différence de la sagesse acquise par connaissance pour l'homme ? On peut se poser la question.

     Quoi qu'il en soit, malgré les mœurs de l’époque, Jésus met les hommes et les femmes sur un pied d’égalité. Christine Pedotti penche pour le fait que Jésus préférait les femmes, parce qu'il était homme mais dans l'évangile de Thomas apocryphe, au dernier logion, le 114ème, Simon-Pierre veut que Marie-Madeleine sorte d'entre les disciples car "les femmes ne sont pas dignes de la Vie". Or Jésus répond : "voici que je la guiderai afin de la faire Homme" , c'est à dire "souffle vivant...pour entrer dans le Royaume". La promesse de Jésus dont il s'agit ici concerne la naissance à l'esprit, ce qui va bien au-delà d'une préférence de genre mais d'une équité, d'une équanimité même de Dieu envers Sa Création.

    Rappelons que le Dieu du Coran est matriciel, IL EST un Feu dévorant et un Torrent d'eaux vives dans l'Ancien Testament, représenté par Jésus et le "féminin divin" dans le Nouveau Testament (avec ses qualités d'accueil, d'ouverture…). On voit donc que le projet divin n'oublie pas le féminin et le livre de Christine Pedotti en témoigne avec perspicacité et subtilité.

     

  • Paix à l'âme de Francine Perrot

     

    M.L Von Franz à qui j'avouais en rougissant que je n'avais pas de père me fit remarquer que, dans les contes de fées, ce sont les bâtards et les êtres méprisés par autrui parce que différents qui, s'ils réussissent à surmonter les épreuves de la vie, règnent sur leur royaume intérieur pacifié et épousent la Princesse, leur anima inspiratrice. Quant aux personnages féminins maltraités et poursuivis par une marâtre ou une sorcière, leur patience et leur animus leur font rencontrer le Prince charmant, leur animus créateur (p.58)

     

    Francine Perrot,Terre intérieure,La Fontaine de Pierre,Jung,M.L Von Franz,ELie G. Humbert,Thérèse d'Avila,Saint Jean de la Croix,Jésus,Etienne Perrot,La table ronde,Le Graal,Octobre 2018Depuis ses débuts la Fontaine de Pierre édite des livres qui sont autant de voyages intérieurs dans la jungle de la psyché.

    Consacrés à la diffusion de la psychologie analytique Jungienne (écrits de Jung, M.L Von Franz) et aux écrits de personnes engagés dans un processus d'individuation (Etienne Perrot notamment), nous avons désormais un beau témoignage de cette aventure avec l'autobiographie de Francine Perrot (1928-2016) qui fut à l'origine avec son mari (entres autres) de ce projet d'envergure.

    L'essentiel cependant est ailleurs car le livre "Terre intérieure" retrace un parcours de vie, l'histoire d'une âme et des empreintes de la vie sur celle-ci. Ce livre est un peu le pendant féminin de "ma vie" de Jung, sans aucune prétention, mais aussi le reflet et témoignage d'une psyché du siècle passé.

     

    Passionnée de musique, de dessin et de nature dès son plus jeune âge, son ouverture mystique (intérêt pour les dieux égyptiens à 4 ans, découverte de son dieu intérieur à 5...) la mène, jeune adulte, à envisager une vie de contemplation chrétienne mais c'est sa rencontre avec Elie G. Humbert, analyste jungien puis Marie-louise Von Franz (à l'âge de 33 ans), qui auront les faveurs de ses rêves les plus fous.

    La question de la folie se pose en effet pour Madame Perrot qui doutera jusqu'à tard du bien-fondé de ses expériences mystiques et numineuses. Peut-on avoir une relation saine avec Dieu ? Des dialogues avec des personnes disparues (son mari décédé, Saint Jean de la Croix et Thérèse d'Avila) ou vivants à distance (C.G Jung par exemple qu'elle ne rencontra jamais physiquement) dans ses rêves diurnes ou éveillés ?

    Même si elle reconnut très tôt sa voix intérieure comme étant une autorité et un moyen de discernement ; même si "elle ne prie pas, au sens habituel du terme, mais fait seulement le vide et sait se taire pour se mettre à l'écoute de ce qui vit et se dit en elle" (...que cela vienne de parties de moi ou de ce qui est ressenti comme le non-moi, l'au-delà du moi...p.220) ; même si elle sait que " dans sa vie intérieure ou pour les choses concrètes, la seule chose qui lui est demandée est de ne pas faire acte de volonté" (p.222) ; les épreuves de la vie (un père inconnu, la seconde guerre, les dépressions, les deuils...) l'handicapèrent fortement et la firent chavirer de nombreuses fois mais elle restera fidèle au message de ses rêves, voie royale du Soi et de son pouvoir guérisseur pour Jung, dont elle reçut la formation pour les interpréter (elle fut analyste en sus de son métier de traductrice).Francine Perrot,Terre intérieure,La Fontaine de Pierre,Jung,M.L Von Franz,ELie G. Humbert,Thérèse d'Avila,Saint Jean de la Croix,Jésus,Etienne Perrot,La table ronde,Le Graal,Octobre 2018

     

    En lisant ce livre et d'autres on peut se demander s'il n'existe pas des familles d'âmes (nébuleuse Castaneda, Jung, Gurdjieff...), unies par un destin lié qui est de concourir à une œuvre commune.

    Là où ces familles se rejoignent c'est sur le tronc commun de la métamorphose ou de la transformation, de son vivant ou après, en être de lumière, rapproché en cela de La Source. Pour ces êtres singuliers, l'incarnation prend un sens nouveau, inédit et presque symbolique ("l'archétype, lui, reste indestructible". p.219) et les événements intérieurs ont autant voire nettement plus de poids qu'une vie centrée sur le tout extérieur.