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Judaisme - Page 6

  • Rhizome du Soi

     

    Deux livres de poche section psychologie de Carl Gustav Jung sont réédités par Albin Michel en cette fin d'année. Il s'agit de "Aïon" et de "l'Âme et le Soi", qui révèlent une méthode d'interprétation (par amplification) de contenus psychiques symboliques présent dans l'âme humaine. Le Soi est à l'honneur, se révélant pour le coup comme agent de transformation et de transmutation unitif pour accompagner le moi conscient vers un Centre plus intégratif d'où il provient.

     

    "Les vérités psychologiques ne sont pas des assurances métaphysiques mais bien plutôt des modes de pensée, de soutien et d'action qui se révèlent à l'expérience comme appropriées et utiles". (p. 54)

     

    9782226469663-j.jpgDans Aïon qui ressort en édition poche, C.G Jung alors âgé de 75 ans, est un puits de connaissances, une montagne d'érudition qui illustre de façon magistrale le Tout contenu dans le Soi, archétype de l'union des contraires.

    Son terreau de jeu, l'inconscient, étant un monde caché et obscur, il s'intéresse ici à des sources "apocryphes" (gnostiques) ou occultes (l'alchimie ou les écrits cathares) pour amplifier le sens et augmenter la signification de symboles duels présents dans l'imaginaire chrétien des premiers siècles. Ainsi du Poisson, de la Pierre philosophale, du Christ et de l'Antéchrist ou du problème du mal qui n'est pas que la privation du bien. D'après lui, ces hérétiques de tous temps avaient compris et assimilé des vérités de la psychologie des profondeurs, telle la lumière véritable tapie dans la profondeur des ténèbres.

    Les symboles religieux n'étant plus opérants à notre ère (sens de Aïon), désacralisés, il ressuscite des vérités psychiques d'études oubliées pour refaire le lien et rendre conscient des concepts dissociés ou ambivalents mais pourtant complémentaires ou issus d'une même pièce, ainsi de l'Antéchrist qui à l'origine n'est que le "jumeau" du Christ, son alter ego maléfique.

    Ses réflexions sont foisonnantes, parfois alambiquées (à vouloir trop cautionner un modèle), parfois proches d'une vérité ou révélation métaphysique comme la pêche au poisson-Léviathan en soi qui est nourriture eucharistique ou la Pierre philosophale assimilable au Soi et pourtant grain de sénevé...

    L'auteur et fondateur de concepts fondamentaux de la psychologie analytique (l'ombre, l'animus-anima ou le Soi) présentés et résumés en préambule nous livre pêle-mêle le fruit de ses découvertes savantes (astrologie, alchimie, eschatologie, philosophie des premiers Pères...), tisse des liens, bâtit des schémas synthétiques sans véritablement convaincre ou emporter l'adhésion.

    Moins découvreur que rassembleur sur la fin de sa vie, Jung fait néanmoins preuve d'une vitalité et d'une curiosité hors norme, marquant à jamais tous ceux qui croisèrent son chemin de son vivant. 

     

     

    "Les -ismes politiques et sociaux de notre temps prêchent, certes, tous les idéaux possibles, mais poursuivent sous ces apparences trompeuses un but qui est d'abaisser le niveau de notre civilisation en restreignant, voire en annihilant purement et simplement les possibilités d'épanouissement individuel. Ils le font en partie en produisant un chaos maîtrisé par la terreur, un état primitif donc qui ne concède plus qu'une possibilité de simple survie ; un état pire que les pires époques de "ténèbres' du Moyen-Âge. Il reste encore à savoir si de l'expérience d'un asservissement déshonorant naîtra un jour une plus grande aspiration à la liberté de l'esprit". (p.123)

     

    9782226469670-j.jpgLes ouvrages de C.G Jung sont inégaux en qualité d'universalité, l'âme et le Soi qui constitue un patchwork de thématiques (un processus d'individuation analysé au centre avec 25 belles illustrations couleur, des articles sur la transformation intérieure, une digression sur la sourate de la caverne dans le Coran, la fonction transcendante et l'imagination active, le spiritisme, le phénomène ovni) oscille entre fulgurances et informations de seconde main ou d'arrière plan, à l'image des préoccupations de l'analyste zurichois, centrales ou périphériques comme le point et le cercle.

    Ce petit livre réédité présente néanmoins un double intérêt.

     On y ressent l'évolution de la pensée de Jung entre le début et la fin de sa carrière, de rationaliste froid à une réflexion irriguée et nourrie d'amplifications livresques ou expérimentales dans le domaine des Sciences humaines (les textes sacrés comme le Coran, l'alchimie toujours avec ici les écrits de Boehme, des sujets de réflexion développés à partir de l'étude de cas cliniques), avec toujours la rigueur scientifique qui le caractérise et le cautionne.

    D'autre part l'analyste élevé au rang de mythe par sa stature de pionnier de la voie des profondeurs, nous est rendu plus humain et accessible avec l'âge par le fait qu'il touche à tout pourvu qu'un lien se tisse à l’âme et l'inconscient (redéfini le "domaine des rêves, des morts et des ancêtres"), avec des préoccupations a la fois élitistes (un processus d'individuation nécessite une forte érudition ) mais aussi plus populaires (spiritisme, ovni...). 

    Dans l'esprit de Jung, ses continuateurs sont sans doute moins ceux qui le divinisent tout en calquant sa méthodologie à la lettre que ceux qui, par cercles concentriques et disciplines connexes, s'approchent du mystère de l'Être et de la vérité, sans estimer qu'elle se trouve forcément dans les matières nobles du terme.

     

  • Du silence, le Verbe

    Joseph est "l'ombre du Père éternel" et manifeste sur le plan humain, les qualités d'Amour du Père céleste. Représentant de Dieu sur terre, il éduque Jésus avec amour, un amour qui n'est pas complaisance et sait faire preuve d'autorité. Il dresse des limites et autorise au sens étymologique, aider l'autre à trouver ses propres lois intérieures”(p.118).


    joseph.jpgAprès Marie-Madeleine (L'amour a tant de visages), c'est au tour de “Saint Joseph, le bien caché” d'être mis en lumière et représentations (des tableaux iconiques parsèment l'ouvrage avec une mention spéciale pour "Saint Joseph et l'enfant Jésus" de Papety, p.108) par Pascale Léger, qui déterre avec brio les personnages occultés ou en retrait des évangiles (un troisième livre à paraître sur Saint Jean-Baptiste), et toujours éditée aux éditions Almora.
    L'auteure a recensé dans cet ouvrage tout ce qui touche à la vie de Joseph le Charpentier (apocryphes, légendes, évangiles, culte) et donne la parole au taiseux dans un exercice d'imagination créative.
    Elle suggère des interprétations parmi plusieurs hypothèses, quand le doute des évangiles est permis (son âge, les frères et sœurs de Jésus, la date de sa mort...), et amplifie la figure du juste serviteur et gardien de la sainte famille (en le comparant avec Joseph fils de Jacob, Geppetto de Collodi, Joseph d'Arimathie ou encore Joseph des Dialogues avec l'Ange) pour mieux définir ce qui le caractérise dans l'absolu.
    Avec Joseph, l'invisible devient visible et une mission s'incarne (ici la paternité) suite à un songe.

    Sa discrétion de père adoptif souligne son humilité car il demeure un rouage essentiel, une pièce maîtresse de la droiture et de l'imaginaire de Jésus. Il est un mur porteur de la fondation humano-divine, pendant terrestre du Dieu hébreu à la fois présent et caché, influent mais effacé, au sens d'aimer sans posséder.
    L'intuitif Joseph est aussi un bien caché, un trésor de cœur qu'il est juste de révéler et l'entreprise fleurit abondamment ces dernières années.
    Pascal Léger donne à Saint Joseph la place qu'il mérite en tant que pré-curseur de Jésus, celui qui préfigure le Messie en acceptant sa tâche d'ouvreur du Chemin vers le divin, ce en quoi la magnifique mosaïque de Bethléem de la couverture est la parfaite illustration.

    En complément sur le sujet nous proposons un entretien de Maryse Chauvaux (collaboratrice à RCF Vaucluse) avec l'auteure, ici.

     

  • Les témoins de l'Amour

     

    "Soyez saints, ça veut simplement dire que nous avons une responsabilité particulière, celle d'être vraiment complètement humains, à l'image et à la ressemblance de Dieu : créateurs par nos paroles et nos actes et responsables des créatures et de la Création".(p.216)


    femmes.jpg"
    Des femmes et des dieux" c'est trois femmes, représentantes de trois cultes différents, en dialogue. C'est aussi un même Dieu mais aux nombreuses facettes. Floriane Chinsky (Rabbin et docteure en droit) Kahina Bahloul (islamologue et Imame) et Emmanuelle Seyboldt (pasteure et présidente du conseil national de l'église protestante unie de France) mettent à l'honneur une concorde sur sept jours d'échanges concernant la spécificité de leur religion (ou ce qu'elle n'est pas comme le voile, la charia ou la soumission pour l'Islam), leurs parcours respectifs mais surtout leurs témoignages de femmes sur le patriarcat, le féminisme dans les textes sacrés, la représentation du corps féminin ou la nécessaire lecture historico-critique des Livres saints.
    Fortes de leur liberté (souvent acquise à coup de luttes pour leurs droits fondamentaux) confortée par la lecture des Textes et des héroïnes féministes de tous temps, fortes de leur responsabilité à l'égard de Dieu (les juifs se sentent “libres”, les protestants “aimés” et les musulmans “serviteurs de Dieu”) et de leur communauté , elles se sentent plus que jamais en phase avec leur époque, attendues, et acceptent les défis de la modernité.
    A l'écoute l'une de l'autre et curieuses de l'héritage religieux et culturel de chacune, elles développent l'essentiel de leur croyances et pratiques au regard de récits oraux ou d'extraits d'histoire sainte, pour la gouverne et l'enrichissement de tous, croyants comme athées.
    A la lecture du triumvirat religieux, on se sent comme initié à l'intimité de la foi monothéiste et libre d'approfondir l'une de ses branches, en toute conscience.
    Les discordes sur les dogmes ne sont pas à l'ordre du jour puisqu'une sororité centrée sur la tâche ennoblie émerge de ces rencontres. Quelques désaccords certes sur l'emploi de mots mais qui ne tarit pas l'entente collective cordiale et respectueuse.
    L'ouvrage est le fruit d'une belle unité trouvée par ces trois chercheuses de l'essence de Dieu, dont le féminin ressurgit après avoir été longtemps occulté, et c'est un bien pour Sa complète représentation.

     

  • Le miroir intérieur

    Ce juif maudit qui, au cours de toutes les épreuves qu'il est censé traverser, passe par la colère silencieuse, l'intolérance contenue, l'impatience invisible, la violence muette, le zèle maîtrisé, le tout dans une absolue solitude, abyssale, vertigineuse, infinie...le juif errant, l'homme sans Dieu, est alors le parfait reflet d'Elie, l'homme de Dieu.”(p.188)



    La-Fabuleuse-Histoire-du-juif-errant.jpg"La fabuleuse histoire du juif errant" de Pierre-Henry Salfati*, paru chez Albin Michel, évoque le retournement symbolique à travers arts et lettres, dont il fut le bénéficiaire. Maudit par le Christ (selon une légende sortie d'un monastère bénédictin au 13eme siècle) pour l'avoir éconduit, il sera condamné par ce dernier à un châtiment éternel jusqu'au jugement dernier et à la parousie : errer et expier sans trouver le repos.
    Quelques siècles plus tard il devient un héros populaire pour sa ténacité (il ne s'est jamais converti), sa sagesse millénaire (il a tout vu, tout vécu), son courage ou son idéal de justice sociale (il défend la veuve et l'opprimé), aidé en cela par la presse à grande diffusion ( Edgard Quinet, Dumas) ou la littérature (Eugène Sue, Benjamin de Tudèle, Cervantès,...) avec des auteurs le rehaussant et le réhabilitant.
    Religieusement parlant, il fera le grand écart entre Judas ou Caïn pour leur malédiction et Élie pour sa vie de solitude et d'isolement. Il devient même avec le temps, l'archétype de l'existence, pour tout à chacun, en quête du sens de la vie, puisque le Messie, sa rédemption, est toujours à attendre et qu'Auschwitz est passé par là.
    L'auteur sonde les écrits donc l'histoire et aussi la géographie pour démontrer que cette figure est aussi parfois fantasmée,  certaines diasporas sont en effet  sédentarisées depuis longtemps. Il n'empêche, comme le mat du tarot (ou le fou), au-delà des chapelles, il est un référent, une image d'Épinal, un héraut involontaire de l'humanité, un témoin immortel du mystère du monde et du temps qui passe. Le cinéma moderne a incorporé un peu de son âme dans ses super-héros (superman, Highlander, les éternels ...), pressentant un destin hors du commun pour ce paria qu'on imagine mal renié par le Christ (dont le Dieu-Père est amour) sans arrière-plan...
    Sa judéité pose aussi question et réflexion dans l'ouvrage comme l'éternel dilemme d'un peuple qui méconnu Jésus comme le messie et n'attendit plus ce dernier (les orthodoxes sauf) pour se regrouper sur leur terre promise.
    Et Dieu dans tout cela, qui tarde à venir ? Peut être le juif errant,  depuis tous ces siècles en solitaire a t'il trouvé en lui le Témoin et Compagnon d'infortune de ses pérégrinations ? un bien d'un mal in fine, une metanoïa, à défaut d'une conversion. Ce serait son secret le mieux gardé ! 

    *A noter qu'un documentaire éponyme réalisé par l'auteur sera prochainement diffusé sur Arte TV.

     

  • Un Royaume pas de ce monde

    Penser autrement c'est prendre le risque d'être traité d'extrémiste, puis marginalisé avant d'être persécuté” (p.31).


    Cette vie éternelle que nous avons reçu par grâce est écrasée par une vie matérielle emprunte d'un rationalisme exacerbé, dans lequel domine notre raison, étouffant la foi véritable qui soulève les montagnes" (p.123).


    Chaos-imminent-1.jpg"Chaos imminent", paru chez Emeth Éditions, c'est la possibilité d'une perte de repères, d'attaches et d'habitudes de fonctionnement. Tout ce qui fait ou a fait le sel de la vie et qu’éclipserait un complot ourdi par des pseudo-pharaons aux manettes d'un nouvel ordre mondial.
    La thèse est connue, taxée de complotiste (l'auteur est à l'écoute sans l'être), mais d'un point de vue croyant et chrétien en l'occurrence, les faits semblent s'accorder avec des prophéties bibliques sur la fin des temps : (menaces de) persécutions, guerre de tous contre tous ou encore règne de l'argent-roi, pour n'en citer que trois.
    Xavier Darrieutort a constitué un manuel de survie mais aussi de combat (spirituel) pour des temps difficiles, nourri de paroles de sagesse (issues pour beaucoup du nouveau testament) en vue d'édifier, de fortifier et de réconforter.
    Insistance est mise sur l'appartenance au Christ (membres du Corps universel), l'espérance en Sa parousie et aux signes miraculeux accompagnant les fidèles. L'auteur est un converti de l'amour et des groupes de prières, croyant aux vertus de la communauté et adepte d'un retour à un cœur enfantin pour mieux appréhender le jeu quand le tout extérieur prendra feu (c'est une image pour évoquer le tout contrôle). Il est important (impertinent?) pour lui de "refléter le Christ, pour donner de l'espoir à ceux qui n'en ont plus, être des témoins fidèles"  (p.95).
    Le livre peut paraître naïf de prime abord mais il est intéressant et pertinent car inspiré par l'esprit-guide. On peut lui reprocher ses accointances collapso-survivalistes mais les saintes paroles transcendent les extrêmes pour l'universalité.
    L'illustration de couverture de Richard Bouts évoque une convergence de catastrophes mais du ciel point un nouveau monde, lumineux, inédit et pour lequel rien d'ancien ne saurait être emporté, sous peine de chuter.
    L'ouvrage, et c'est un bien, porte sa focale sur ce "jamais vu, jamais entendu" plutôt que sur l'ombre qui n'est, sur le plan symbolique, que le reflet de l'inaccompli, collectivement parlant.

     

  • La hiero-histoire de France

    Coran 16,2 : "Lui qui fait descendre des anges avec l'Esprit, de Sa sphère sur celui qu'Il veut parmi Ses adorateurs : "Donnez l'alarme : il n'est de Dieu que Moi ; prémunissez-vous donc envers Moi !"" (Trad. J. Berque)

     

    "Oui, tout est consommé de la vie antérieure, de mes combats politiques, de mes œuvres polémiques. Reste ceci : comme j'étais agenouillé auprès du Saint, la tête dans ses draps, il posa sa main sur mon crâne. Une vive et délicieuse brûlure  s'empara de moi tandis qu'une voix très douce descendit dans mon être : "le plus court chemin vers le divin est l'humain." (p.286)

     

    l'ile d'or.jpgRoman testament que l'Île d'or de Henry Bonnier (21.02.1932/14.04.2021) paru chez Erick Bonnier éditions.
    Note finale pleine de foi et d'espérance, après son autobiographie "nuits de lumière" (2018), une vie sociale richement menée (écrivain, critique, directeur de maisons d'éditions), une vie intérieure sous le signe de l'ouverture et de la vision pacifiée. Ami d'André Chouraqui ("un prophète parmi nous"), initié à l'Amour par Catherine Delorme, seule européenne portant le titre honorifique soufi de "connaissant(e) par Dieu", amoureux du Maroc et de la France, de leurs cultures et civilisations, il voyait à l'instar d'un Louis Massignon, le Christ Jésus comme le rédempteur de l'humanité et sa parousie proche.

    Dans ce roman, son personnage phare Louis Chaumeil, chancelier de l'Institut de France et proche du Président Macron va subir en quelque sorte une métanoïa tardive, fraîchement décoré de la grande-croix de l'ordre de la légion d'honneur, en se rendant en des contrées marocaines sur l'île d'or, une ziggourat entourée de verdure, pour suivre un séminaire à l'initiative d'une confrérie soufie.
    Les rencontres (Le docteur Soulier, Sidi Achraf, Nour, frère Damien, le Saint) , la teneur et le niveau des conférences (l'ADN cosmique, le rapprochement de la science et de la Religion révélée...) lui ouvriront l'âme à une dimension spirituelle de l'Histoire qui mettra à mort en lui le "vieil homme" éduqué dans l'esprit des lumières et fervent défenseur agnostique de la laïcité française, soit le système actuellement dominant.
    Mélange de fiction et de réalité (l'île d'or n'existe que dans l'imaginal comme l'Atlantide d'ailleurs), cette fable n'est que prétexte convenu pour espérer toucher quelques consciences influentes et provoquer un effet boule de neige en se souvenant du rôle primordial de la France sur l'échiquier des temps derniers.
    On voyage à travers l'histoire sainte des rois de France jusqu'à la révolution, en parallèle avec le royaume de droit divin bâti et prolongé par Mahomet au Maghreb, on se remémore les visites symboliques de François d'Assise et du sultan Al-Khamil il y a 8 siècles, celle plus récente du pape François et du grand Imam d'Al-Azhar en 2019.
    Et l'on rêve d'une union des religions révélées autour de la figure de Jésus, le liant, qui passe par une réinterprétation du fameux verset 4,157 du Coran sur sa crucifixion fantôme ; un souhait d'unité également entre musulmans de tous bords et avec leurs frères juifs et chrétiens.

    Homme de concorde et de paix, non pas au-dessus des dogmes mais dans l'esprit de la révélation, Henry Bonnier nous lègue un dernier texte humaniste, empreint de cœur, de sensualité et d'envie, à l'image de l'Homme nouveau. Saisirons-nous le message à temps ?

     

  • L'Amour , notre destinée

     

    Petit entretien écrit avec Pierre Trigano, qui vient éclairer quelques passages de son dernier livre "Des sexes et des genres, des amantes et des amants" paru chez Réel Editions.

     

    *Votre réflexion mûrie d'un travail sur l'inconscient marque profondément le sujet conscient avec le temps : il s'agit ici d'évoquer l'existence d'un virus actif dans la psyché et transmis depuis des siècles... A qui d'ailleurs imputer la responsabilité de cette “souffrance immémoriale des femmes” ? L'homme doit-il s'amender ?

    Dans l’inconscient collectif de l’humanité se condense toute son histoire depuis les origines et nous naissons déterminé-e-s par celle-ci à la naissance sans en être conscients. Cette histoire résonne de ce que j’ai appelé la souffrance immémoriale des femmes, et cette histoire est déjà préformée par nos ancêtres préhumains primates, totalement marqués par la compétition entre les mâles, la maltraitance exercée sur les femelles, et la guerre systématique entre les clans. On ne peut pas dire que les hommes d’aujourd’hui sont a priori coupables de cette situation car ils ne font qu’en hériter mais ils sont fondamentalement responsables pour en prendre conscience et changer cette histoire en s’ouvrant à leur féminité intérieure, à remettre en question le règne du masculin unilatéral pour vivre une relation harmonieuse entre masculin et féminin, qui est amour. Les hommes, mais bien sûr les femmes aussi sont appelés à ce grand rendez-vous et reçoivent une interpellation que nous pouvons lire dans leurs rêves nocturnes. L’enjeu pour l’avenir de l’humanité sur cette terre est qu’ils acceptent d’entendre l’interpellation.

    *C'est souvent après coup que l'on sent que l'archétype genré était présent dans un échange. Comment se manifeste t'il concrètement ? Quand sait-on que l'on a affaire avec l'animus ou l'anima ?

    Il faut comprendre que l’animus dans l’inconscient des femmes est comme un homme et que l’anima dans l’inconscient des hommes est comme une femme. En tant que masculin, l’animus est puissance d’affirmation, pensées, principes, logos. Le problème est qu’en tant qu’il est un archétype de l’inconscient collectif, c’est une énergie collective, trans historique, transgénérationnelle. Il n’est donc pas au commencement de la vie d’une femme sa puissance d’affirmation personnelle et il ne fait que l’enfermer ou la réduire aux stéréotypes et aux rôles qui se sont condensés dans l’histoire de sa famille et de sa société, l’enfermer dans des attitudes de soumission ou au contraire de colère et de meurtrissure de toutes sortes, en inflation ou en déflation.

    L’anima, en tant que féminin, relève du domaine de l’affect, de l’humeur, du sentiment, de l’éros, de l’intériorité. Mais, tout comme pour l’animus, elle est une énergie inconsciente collective, transhistorique, transgénérationnelle. Dès lors, au commencement de la vie d’un homme, cette énergie ne lui est pas personnelle et ne se manifeste pas pour son épanouissement mais en étant conforme aux rôles qui se sont condensés dans l’histoire de sa famille et de sa société. Elle peut prendre la forme d’un éros aliéné, dysfonctionnel, dans sa vie, qui le détourne sous mille et une formes possibles (allant de l’inflation à la déflation) du véritable amour.

    Je me souviens d’un film d’il y a quelques années qui s’intitule, si je me souviens bien « La dispute ». Pas vraiment un très bon film, mais très intéressant pour donner un exemple vivant. Ce film montre d’abord un couple qui s’est constitué par amour et qui s’aime vraiment. Un soir, ils reçoivent à diner toute la famille de la femme. Une fois celle-ci partie, l’homme saute impulsivement sur la femme et lui dit « chérie, viens allons faire l’amour ! ». Mais la femme, tout aussi impulsivement, le repousse en lui disant : « non ! Fais la vaisselle d’abord ! ». Cette opposition de points de vue va dégénérer au long du film en une dispute terrible sur plusieurs jours qui va détruire leur couple, alors qu’ils s’aiment vraiment. On reconnait dans cet affrontement un duel meurtrier entre l’anima de l’homme qui est impulsivement éros et l’animus de la femme qui est impulsivement position de principe abstraite et donc logos. Les deux, anima et animus, ne sont pas dans cette histoire des expressions personnelles de leur amour, mais comme des dieux au-dessus de leurs têtes qui les manipulent et n’ont que faire de leur bonheur réel. L’anima, ici n’est pas l’expression personnelle de l’éros de l’homme et l’animus, l’expression personnelle du logos de la femme, mais des énergies de l’inconscient collectif façonnées dans l’histoire qui les ignorent impitoyablement en tant qu’individus.

     

    *Chaque genre (hétéro, homo, trans) porte en sa psyché un archétype du genre opposé avec lequel, à terme, il est juste et bon de s'unir (mariage symbolique) pour mener une vie harmonieuse. Le poids de cette souffrance semble être la même pour tous et partagée entre tous, une souffrance mémorielle de l'humanité en quelques sorte ?

    Tout être humain, quelle que soit sa condition sexuelle, est traversé dans sa psyché par ce que j’appelle « une pulsion de mariage intérieur » et que Jung appelle le Soi. Cette pulsion travaille dans l’inconscient à la confrontation entre le moi de la femme et son animus et le moi de l’homme et son anima. L’enjeu de ce travail intérieur est que les deux pôles conscient et inconscient se rencontrent, se reconnaissent et se transforment jusqu’à s’aimer et devenir des amants intérieurs de telle sorte que se réalise l’individuation, l’unité de l’être, son ouverture à l’amour. Pour les trans la modalité semble différente, je l’étudie dans mon livre avec un exemple de rêve à l’appui mais en réalité, c’est toujours cette ouverture à l’amour qui se cherche.

    L’enjeu est que anima et animus ne soient plus dans la psyché d’un individu des « dieux » étrangers et indifférenciés mais deviennent des manifestations personnelles de leur être réel, les ouvrant à l’amour. On cultive et renforce le travail de cette pulsion du mariage intérieur dans une psychanalyse centrée sur les rêves, en suivant le chemin initiatique qui se déroule pour l’analysant de rêve travaillé en rêve travaillé. Ce qui se découvre au cours de ce cheminement, c’est la souffrance immémoriale des femmes, la souffrance de la féminité, qui s’est condensée au cours de l’histoire humaine, et qui affecte aussi bien les femmes, les hommes, leurs animus et anima. L’enjeu d’une telle psychanalyse est de favoriser dans leur vie l’arrivée de synchronicités positives ouvrant à l’amour, pas seulement sous la forme d’un couple, mais aussi comme amour de la vie, réconciliation amoureuse avec la vie, quel que soit l’âge du sujet.

     


    *L'essence du Soi est féminin dites-vous. Il nous veut en relation (Intérieure ou extérieure), l'inverse du repli sur soi en fin de compte ?

    C’est le rêve étonnant d’une contemporaine, que je relate dans mon livre, qui présente le Soi comme féminin. Il délivre un enseignement qui nous montre que le Soi désire aujourd’hui se faire reconnaitre centralement comme féminin, d’abord pour relever la féminité depuis si longtemps marginalisée, mais aussi parce que l’archétype féminin est précisément l’archétype de la relation, de l’ouverture à l’altérité, de l’union. Or, c’est précisément l’union harmonieuse entre le masculin et le féminin que vise le Soi. Ce qui nous permet de comprendre que forcément, cette union est d’essence de féminine, de même que sur le plan concret de la sexualité, l’union du sexe masculin et du sexe féminin se fait dans le sexe féminin.

    *Que nous dit ce nouveau symbole du Soi sur le dieu monothéiste ? A t'on occulté Sa part de féminin (qualités, valeurs) ? Plus, son essence est-elle féminine ? On peut même se poser la question du creuset du Verbe, de son origine symbolique ?

    Dans la spiritualité biblique, le Verbe, c’est le Saint Esprit, et le mot « esprit » en hébreu, rouah’, est féminin. Et pour les premiers chrétiens, le Saint Esprit était féminin. Ce n’est qu’au 4eme siècle après Jésus-Christ que l’Eglise a décrété que le Saint Esprit était masculin ! D’autre part, Jésus appelait Dieu abbah. Je démontre dans mes livres précédents que c’est un mot féminin, un Père divin féminin, centré sur l’amour

    *Comment panser le féminin blessé ? Le verbe ou l'Intellect y est-il pour quelque chose ? Quid des autres centres (sensation, intuition ou sentiment) ? Peuvent ou doivent-ils participer à la guérison ?

    Toutes les fonctions psychologiques interviennent bien sûr dans ce grand-œuvre du mariage intérieur qui réunit en harmonisation toute la psyché humaine. Mais est-ce que vraiment le but est de « panser » le féminin blessé ? Je crois plutôt qu’ils se « panse » lui-même lorsque l’on devient conscient que la féminité n’est pas « une pauvre petite chose » toute faible, qui aurait toujours besoin d’un masculin fort « de gros bras », mais qu’elle est ce qui fait qu’un être humain est réellement humain, dans la mesure même ou la caractéristique de l’être humain dans la nature est précisément sa capacité à s’ouvrir à l’altérité, ouverture féminine par essence.