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Choeur - Page 2

  • L'universalité du trauma

    Que ce soit par la respiration Rebirth ou une autre technique, revivre sensoriellement le trauma d'origine permet effectivement de se libérer de la répétition, à condition d'être capable, en tant qu'adulte, d'accepter de vivre ce processus sensoriel et de se laisser, en quelque sorte, crucifier par ce qui nous effraie (p.184).



    Jean-Charles Bouchoux,Ces traumas qui nous possèdent - comprendre pour guérir,trédaniel éditions,Jean-Charles Bouchoux, écrivain, psychanalyste et hypnothérapeute, publie chez Trédaniel éditions Ces traumas qui nous possèdent - comprendre pour guérir.
    L'ouvrage est une enquête à l'échelle internationale avec des psy, guérisseurs, chamanes ou pasteurs exorcistes qui, à l'image de la description d'un éléphant dans le noir, possèdent chacun un lexique et une grille de lecture psycho-culturelle pour qualifier une sensation d'être possédé par un mauvais génie/esprit/entité parasite/démon intérieur...que l'auteur qualifie après analyse syncrétique, de trauma. Ce trauma peut être lié à la naissance, l'enfance, être transgénérationnel ou même métaphysique...L'antidote consistera toujours, selon lui, à revivre sensoriellement la peur inhérente  en la laissant nous habiter pleinement. Un petit bémol néanmoins, J.C Bouchoux insiste sur l'importance d'avoir un centre, un socle, un témoin différencié en soi, ce qui nécessite une certaine pratique spirituelle ou thérapeutique (méditation, analyse, thérapie holotropique, sessions chamaniques...), pour ne pas se laisser submerger par une vague dissociative (issue de l' inconscient). Cela ressemble un peu à l'imagination active chère à C.G Jung ou au rêve des sorciers tel que décrit par Carlos Castaneda.
    En conscience, le sujet revit une sensation ancienne, une mémoire inscrite dans son corps (spasme, contraction, douleur...) pour mieux l'intégrer et la dépasser car, de l'ombre, jaillit parfois un trésor initiatique.
    Un livre clair, intéressant et intégratif qui milite pour la coopération des savoirs anciens/nouveaux, Orientaux/occidentaux, scientifiques/spirituels.

     

  • Vivants, de corps et d'esprit

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    Soirée rayonnante ce mercredi 3 Juin au festival des Nuits de Fourvière, avec deux artistes programmés ayant en commun d'être solaire.
    Yael Naïm s'est émancipée d'une forme de classicisme avec une proposition plus électro pop et des textes introspectifs, touchant une certaine épure, dans cette première partie. Tout est drapé de blanc immaculé sur scène avec une énorme bulle gonflée, ainsi l'artiste, comme prête pour ses noces intérieures, après une période chaotique à l'approche de la quarantaine. On sent qu'elle  prend du plaisir sur scène avec ses nouveaux titres rythmés (wow, multicolor...) ou mélancoliques (la fille pas cool, when we go to bed...), issus du dernier album expérimental Solaire ; et qu'elle aime philosopher avec le public. Cette embardée sans son acolyte David Donatien explore profondeur et appréciable folie. Dommage que le public ne communie vraiment qu'à la toute fin du set, lors d'une revisite jazzy de son tube planétaire new soul.
    Bertrand Belin arrive ensuite en terrain conquis. Ce baroudeur quinqua possède un univers attachant et singulier, dans la lignée des songwriters rock ébréchés et poètes. Souvent comparé (Bashung, Nick Cave...), il apparaît solide et posé, entouré de six musiciens confirmés (dont 3 claviéristes ) qui délivrent un groove monstrueux et chavirant. On espère une trace (un album live pour marquer le coup ?) de cette tournée qui fait bien évidemment part belle au dernier album Watt mais revisite des anciens titres plus sobres, qui sonnent comme jamais.
    La fosse jubile et danse, tranche avec les arènes pleines mais figés comme la pierre. Une esquisse de l'homme nous est donnée, avec l'envie de se plonger dans son répertoire et ses textes syncopés. Son humanité transparaissait au cinéma mais transcrit sur scène une bonhomie, une joie d'être communicative avec un son orchestré, puissant et maitrisé. Malgré son charisme certain, il ne prend pas toute la lumière et invite à une vision périphérique de la scène.  
    20 ans de carrière, un déjà 8ème album, il n'est pas là pour rien...un grand monsieur de la chanson française, artiste accompli. Merci les Nuits pour ces re-découvertes atypiques !

     

  • Une nation qui fait corps

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    La compagnie australienne Circa, mondialement connue et dirigée par Yaron Lifschitz, donnait son 6ème spectacle, Revoir les étoiles, aux Nuits de Fourvière, qui fête ses 80 printemps cette année.
    Placement millimétré, corps en mouvement permanent, adresse, mélange de force et souplesse, avec toute la panoplie des circassiens modernes (Mat, tremplin, tissu aérien...), et accompagnés d'un quatuor original de musiciens (guitare électrique, cuivres, violon et programmateur électro), sous la composition musicale de Jethro Woodword ...n'en jetez plus !
    Les douze acrobates (5 filles/7 garçons) nous en mettent plein la vue, maîtres de leurs corps et solidaires dans l'effort. Il s'agit littéralement de sortir de l'enfer Dantesque (chutes et lourdeur des corps) pour s'élever, virevolter et toucher les cimes étoilées, à plusieurs c'est encore plus beau.
    Des moments de grâce individuels émergent du magma collectif, mettant à l'honneur chaque artisan de l’œuvre, en première mondiale à Lyon.
    Effrayant et haletant car souvent risqué mais merveilleux dans le résultat, de nombreux tableaux défilent sous nos yeux, certains plus inventifs que d'autres mais toujours avec poésie, soutien et une forme de ballet incessant.
    L'Australie en impose par sa force physique et sa technicité, un futur succès international amplement mérité !

  • Un engagement qui fait écho

    Feu Chatterton,Terrenoire,Dinaa,festival Paroles et musiques,Zénith de Saint-Etienne,Marc-ANtoine Perrio,Arthur teboul,Protégé.e,Labyrinthe,Maison vide,Saint-Etienne,Mai 2026

    Feu Chatterton est un grand groupe, solide, uni et généreux. En tête d'affiche pour la dernière date du festival Paroles et Musiques avec les locaux Terrenoire et la jeune Dinaa, ils ont mis le feu au Zénith de Saint-Etienne.
    Fraîche et engagée, Dinaa a bien lancé la soirée avec sa pop simple et décomplexée, à découvrir, avant les deux poids lourds de la soirée, qui firent monter la température du Zenith.
    Six mois après son concert au Fil, Terrenoire revenait dans le chaudron stéphanois avec les frères Herrerias toujours aussi enthousiastes, après la tournée sobre et éthique Protegé.e, et entourés d'une belle équipe dont le talentueux Marc-Antoine Perrio à la guitare et basse. Le show a gagné en maturité et dégage une force tranquille avec toujours ce travail magnifique sur les harmonies vocales, seul (Théo) ou à deux (avec Raphaël). Le show est carré, engagé et dansant. Attachant comme celui de Feu Chatterton, sensiblement de la même génération.
    La part belle au dernier album Labyrinthe, dans ce dernier set festivalier, avec le très beau et mélodieux Ce qu'on Devient, le monumental et cristallin Sous la Pyramide ou le lourd péchu électro Le Labyrinthe. Les hits furent aussi de la partie avec Allons voir, la Malinche, Mille Vagues, Nouveau Monde ou encore l'Affiche Rouge de Louis Aragon, d'actualité récente. Le concert fut un mix entre moment suspendus, forts en émotions et morceaux transe ; entre son  massif et versions plus acoustiques, avec toujours cette voix décalée et subtilement incarnée d'Arthur Teboul, également auteur. Le groupe a cette capacité à arrêter le temps et nous offrir des instants de grâce parce qu'il donne et se donne beaucoup mais aussi en proposant un univers en phase avec l'époque, avec des thématiques et des mots qui résonnent profondément en soi. Ils sont vrais, tout simplement, authentiques en émotions et engagement...ligne directrice de cette soirée de clôture. 

     

  • La fine pointe de l'âme

    Cette période romane trouve son équilibre entre ce qui appartient au cadre fixe, traditionnel, inaltérable, sacré et ce qui appartient à l'univers de la marge, toujours instable, en création, profane, c'est a dire au monde en devenir qui est par essence indivisible (p.37).

     

    Ortaire de Coupigny,Ortaire de Coupigny, artiste plasticien et écrivain féru de théologie et d'histoire d'art médiéval, publie l'Entrelacs et le Serpent - art médiéval et interprétation biblique, chez l'Harmattan.
    Dans ce petite essai touffu, agrémenté de nombreuses illustrations de l'auteur, l'entrelacs est questionné dans son rapport au foisonnement (végétal et de manducation), à la mutation (séparation) ou au désir d'unité (attachement), en lien avec des symboles clés de la Bible (le serpent, le dragon, les animaux...), des concepts (le mal, les ténèbres, le chaos primordial...) ou des textes saints (genèse, apocalypse, job, nouveau testament...).
    Un ouvrage ouvert qui n'assène pas de vérités. A lire l'investigation judicieuse et érudite de l'auteur, on se prend même à son jeu, en sondant notre ressenti et en cherchant une explication de ces enluminures propres aux copies du Moyen-Age.

    Ainsi pour qu'advienne le silence d'avant le Verbe (le Christ en soi), nous passons souvent par un déluge émotionnel, une sorte d'inflation égotique nous empêchant d'y voir clair et semblable à un nid de serpents, plus terrestre que céleste, plus ténébreux que lumineux. Cette nébuleuse nécessaire s'amenuise dès le retour de la conscience discriminante qui naît de la transmutation de l'énergie animale...Mais l'auteur est plus savant !

     

  • Les dessous de la foi

    ...Il n'y a pas de raison pour qu'il ne se soit pas passé là, ce qui se passe pour les auteurs inspirés : la motion divine laisse intacte l'instrument humain qu'elle trouve et qu'elle utilise, et c'est avec tout ce qu'il est et tout ce qu'il sait déjà humainement que l'auteur transmet le message et lui donne forme (p.83)...

     

    9782841374502-Editions-Millon-Louis-Massignon-et-les-amis-de-Notre-Dame-de-la-Salette-MASSIGNON-Louis-1_1463.pngLe 19 septembre 1846 à la Salette eut lieu une apparition mariale avec un message eschatologique, adressé à deux berger.e.s de 11 (Maximin) et 14 ans (Mélanie). Il y était aussi question d'Apôtres des derniers temps et de règles d'un Ordre de la Mère de Dieu (avec fondation de couvents), qui était apparue, dans la vision, en pleurant...sur les péchés de l'Église et ceux des hommes de ce temps.
    Dans Louis Massignon et les amis de Notre-Dame de la Salette, paru chez Jérôme Millon éditions, sont exhumées des correspondances inédites, présentées et commentées par Jean Moncelon. On y discerne l'implication de l'orientaliste à l'édification de cet ordre (notamment le don d'un bâtiment par son frère mais aussi ses relations rapprochées avec les principaux acteurs du mouvement) et à la reconnaissance de Mélanie Calvat en tant que voyante, sainte et témoin d'un message secret prophétique. Léon Bloy et Jacques Maritain firent aussi partie du cercle d'influence mais l'ordre disparut physiquement a la mort du chanoine Thiéry (1868-1955), le principal instigateur du foyer de consacrées et audiant de l'appel.
    Peu en effet,  reconnurent en son temps, la véridicité du témoignage (mis par écrit trente ans après) ou l'ouverture  mystique de la bergère (après la vision qui fut contemporaine de celles d'Anne-Catherine Emmerich), même parmi les prêtres locaux.
    L'avertissement de Marie concernait nommément les représentants corrompus d'une église destituée de l'esprit sain et d'une colère de l'Agneau de la parousie si le redressement n' avait pas lieu dans un futur proche, pour l'humanité pécheresse.
    Fausse prophétie ? Ordre mis sur pied trop tôt ? Récit falsifié ou fabriqué de la voyante ? C'est dans toutes ces questions légitimes que l'ouvrage nous (re)plonge, faisant revivre les actes de foi ardents du siècle dernier. Manque peut-être à cette compilation minutieuse et approfondie, un rappel du message secret révélé en 1846, à lire ici.

  • Une affaire de croyances

    Jean-Marc Vivenza,la Nouvelle Gnose,éditions Dervy,franc-maçonnerie,démiurge,mal,âme divine,corps de lumière,Jean-Marc Vivenza propose une petit essai concis sur la Nouvelle Gnose, aux éditions Dervy.
    Après présentation et définition de la gnose, duelle et unitive, il explique ses ramifications pré-chrétiennes, sa condamnation pour hérésie au second siècle mais surtout sa survivance initiatique d'abord secrète puis en plein jour avec les manichéens, les cathares, les rose-croix, les shiites ismaéliens ou duodécimains, la Kabbale juive puis la franc-maçonnerie sous ses différentes formes, jusqu'à aujourd'hui.
    Cette doctrine ésotérique universelle, qu'on retrouve dans certains aspects de la religion, suppose globalement l'emprisonnement de l'âme, divine par nature, dans un corps ou une matière "mauvaise", démiurgique, qui expliquerait l'existence du mal. Ce corps-prison nécessite, dans les courants initiatiques, un travail de sape de l'ego (Le corps-mental) pour s'en désidentifier et fusionner consciemment par étapes, avec le corps de lumière, immortel, qui réintégrera la Source du Dieu bon à la fin des temps.
    L'auteur, très calé, cite une multitude de noms et de mouvements affiliés au gnosticisme, dont les contemporains Guénon, Schuon ou encore Henry Corbin. Au-delà des dogmes et des institutions, cet enseignement traditionnel et initiatique un peu nébuleux s'éclaire dans cet essai, toute proportion gardée, avec la règle du silence qui prévaut dans les loges.
    Et si la matière redevenait sacrée ? Si la lumière de la conscience éclairait chaque zone d'ombre du cadavre-monde ? Si la création était  re-suscitée par une âme universelle ? Les partisans du 'corps-geôle' résisteraient-ils à cette révolution annoncée dans les textes sacrés "officiels", pour les partisans de la foi ?