blogger hit counter

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Le chemin vers l'étoile

    le chemin à l’envers,claire mazard,syros,2021« Une toute petite pousse, fragile. On l’arrache. Ailleurs on la plante. […] Quelqu’un en prend soin. L’arrose comme il faut, l’aime. La petite pousse se redresse vaille que vaille.  Grandit. On l’arrache à nouveau »

    Métaphore limpide , parmi celles distillées dans le roman, pour comprendre le besoin qu’a Anne, l’héroïne, de retrouver son enfance, pour comprendre, se comprendre et pouvoir avancer sereine.

    Le Chemin à l’envers de Claire Mazard publié par Syros : est-ce bien un roman, un récit personnel, une autobiographie ? Peut-être un peu tout ça à la fois. On retrouve dans ce livre, qu’on ne peut lâcher jusqu’à la fin, le même vertige que dans Je te plumerai la tête (son précédent roman). Impossible de ne pas être happé par l’enfance de cette petite Anne, de frissonner avec elle devant le comportement de ses parents, de sa famille. Le lecteur suit son chemin sinueux, oppressant et malgré tout lumineux, vers la vérité. L’adolescente puis l’adulte pressent qu’il lui manque quelqu’un ou quelque chose, est-ce l’amour, que ses parents n’ont pas su lui donner ? Est-elle la seule à avoir souffert et pourquoi ?

    L’ouvrage, qui s’adresse aux adolescents et aux adultes, peut trouver un écho en chacun, quelle que soit son histoire. Il est un baume pour ceux qui ont souffert dans leur enfance. Une histoire qui montre aussi, au fil des pages, l’importance de l’art, de la nature et des petites choses « insignifiantes » dans une vie . « Anne ne retient que les bêtises », déclare sa mère. C’est peut-être ce qui la sauvera et lui permettra de mener l’enquête, tel un détective (ou une romancière), et de saisir la nature profonde des membres de sa famille et des absents.

    A travers ce récit, Claire Mazard, nous livre aussi ses recettes d’autrice. Pour écrire un livre, il faut assembler et rassembler, fouiller, questionner, examiner et trouver un fil conducteur puis refaire Le chemin à l’envers, comme pour retrouver son enfance.

    « Les petits clins d’œil de la vie. Pour qu’on garde espoir en elle », ou le réconfort d’un roman qui libère du chemin tracé d'avance ...

    Photo : Syros

  • La jonction judéo-chrétienne

    Souvent, la meilleure preuve d'une théorie reste son pouvoir explicatif et quand dans la recherche académique, on arrive à proposer une théorie unique qui soudainement unit et rend compte d'un ensemble de données autrement sans relations apparentes entre elles et inexplicables, c'est souvent un indice selon lequel on a rejoint la vérité”. (p.173)

     

    John Bergsma,Jésus et les manuscrits de la mer Morte-révélations sur les origines juives du christianisme,Bayard éditions,Qumrân,esséniens,Jean-Baptiste,Maïtre de Justice,étude biblique,Avril 2021Il existe des liens évidents entre “Jésus et les manuscrits de la mer morte” découverts au siècle dernier. Les écrits de Qumrân appartenaient aux esséniens, une secte juive contemporaine de Jésus, qui prônait une vie communautaire pieuse et sainte. Radicaux dans leurs rites proches des textes de l'ancien testament, ils attendaient la venue de deux messies (sacerdotal et royal) pour une fin des temps imminente, sous la direction du Maître de justice ( qui faisait office de grand prêtre).

    Le bibliste et spécialiste de ces manuscrits, John Bergsman a scruté pour ce livre paru chez Bayard éditions, quelques détails du nouveau testament qui ne sauraient s'expliquer sans l'influence essénienne.

    Bain rituel, baptême, eucharistie, effusion de l'Esprit-saint...autant de rites communs avec le christianisme naissant, issus du judaïsme ancien. L'organisation même de l'église des premiers temps ou les pouvoirs sacerdotaux des apôtres sont calqués sur des habitus déjà existants.

    L'auteur avance l'hypothèse de l'éducation essénienne de Jean-Baptiste et l'appartenance à la secte du rédacteur de l'évangile de Jean pour mieux saisir certaines subtilités ou incohérences des évangiles (le jeune homme nu vêtu de lin au jardin des oliviers, le déroulement de la cène dans un quartier et selon le calendrier essénien...).

    Farouchement opposé aux saducéens ou pharisiens, Jésus aurait pu compter sur l'assistance des esséniens pour accomplir sa mission mais la construction de son royaume tout intérieur lui est propre comme la taille des pierres brutes de l'édifice ecclésial que sont les cœurs circoncis de ses disciples.

    Singulier également le message du Christ qui unifie les fonctions de prêtre et de roi, dont la nature lui sera reconnue comme divino-humaine et qui s'inscrit comme le Rédempteur de l'humanité pécheresse, alpha et oméga de la Création.

    Le livre est plaisant avec de courts chapitres thématiques et des résumés synthétiques. L'auteur passe en revue la recherche et les chercheurs récents sur les manuscrits de la mer morte et convoque les auteurs de théologie influents du point de vue américain. Il réfute également certains poncifs (l'authenticité de la lettre de Paul aux éphésiens notamment) et éclaire d'un angle neuf l'origine juive de certaines pratiques du christianisme (la symbolique du mariage ou le célibat des prêtres, une mythologie commune ténèbres vs lumière...).

    L'ouvrage insiste plus sur les rites alors que la matière des manuscrits de Qumrân est plus large. Leur philosophie est aussi et surtout d'inspiration prophétique et à forte teneur eschatologique (Melchisédech est attendu à la fin des temps). La figure et l'identité du Maître de Justice sont par ailleurs juste évoqués et des parallèles avec Jésus (inspiration, rôle et légitimité, discernement prophétique...) auraient pu être menés...peut-être le sujet d'un prochain essai ?...