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dépression

  • Une humanité en peine

    "L'évolution de nos gènes et les performances exceptionnelles de notre cerveau nous ont doté de ce pouvoir de créer, en même temps qu'ils nous ont rendus vulnérables aux désordres de l'esprit". (p.46)

     

    raphaël gaillard,un coup de hache dans la tête,éditions grasset,schizophrénie,bipolarité,dépression,art,créativité,troubles mentaux,Février 2022Un coup de hache dans dans la tête, paru chez Grasset, est un essai atypique sur le lien entre créativité et troubles mentaux. Après son titre accrocheur, la rigueur scientifique (études en neurosciences) est de mise pour progresser dans la confirmation d'intuitions pratiques puisque Raphaël Gaillard est psychiatre à Saint-Anne. Également normalien de formation et sensible à la culture, l'ouvrage s'enrichit naturellement de réflexions philosophiques, artistiques ou littéraires puisque le code ADN du créatif partage in fine celui du schizophrène (1% de la population), du bipolaire (2à 3 %) ou du dépressif (1 personne sur cinq potentiellement) et que la mince frontière entre les deux est affaire de représentation du réel. Elle pourra confiner à l'oeuvre d'art chez l'un alors que le dénommé malade saurait se perdre dans les méandres de la pensée. 
    A l'ère de la conscience (collective et transpersonnelle) le cerveau atteint peut-être, selon l'auteur, son paroxysme de fonctionnement mais les réactions différent quant au traitement de l'information augmentée.
    Cette loterie aléatoire ne permet pas, à l'aune de cette sérieuse étude, de stigmatiser les uns ou de les catégoriser, ce qui reviendrait, à rebours, à déprécier l'oeuvre d'un auteur borderline, si l'on étudiait l'histoire de l'art par exemple. D'autant plus qu'une fêlure toute mentale, ce "petit coup de hache dans la tête qu'ont  les grands artistes" (qui est une citation de Diderot), pourrait aussi permettre à l'infortuné patient de court-circuiter la pensée et d'accéder à un autre langage : l'inspiration céleste ou Verbe, voire l'imagination active (les surréalistes ou le courant des mélancoliques en témoigne).
    Profondément empathique, Raphaël Gaillard nous offre une belle leçon d'humanité pour mieux revenir sur nos jugements hâtifs envers le handicap psychique et notre définition de la folie, desquels le chamane a récemment été réhabilité.

     

  • Les racines d’Anna-Meï

    Comme un oiseau dans les nuages, Syros, Sandrine Kao, roman ado, Chine, Taïwan, dépression, généalogie, piano, janvier 2022« Grâce à toi, j’avais filé mon enfance sur fond bleu tendre, la coloration des beaux jours, et racé un chemin cotonneux et agréable comme un nuage. »

    Anxi, Jingjian, Quanzhou en Chine ou Sandimen, Tainan, Kaohsiung sur l’île de Taïwan, autant de lieux qui ne disent pas grand-chose au lecteur ni à Anna-Mei, l’héroïne de Comme un oiseau dans les nuages, écrit par Sandrine Kao aux éditions Syros. Ces endroits lointains font pourtant partie prenante des origines de l’adolescente. Peut-être même peuvent-ils expliquer les raisons de son profond mal-être. Pourquoi sa fidèle grand-mère Yifei, qu’elle appelle Ama, ne lui a jamais vraiment parlé de sa jeunesse, de sa famille et de ses ancêtres asiatiques ? Anna-Mei, qui se rêve pianiste mais échoue lamentablement à un grand concours va devoir creuser cette piste pour se découvrir elle-même.

    « Éliminer le Feu et le Tan, réguler le Qi, débloquer le Foie, apaiser l’Esprit, rééquilibrer le Yin et le Yang … Bon tout ça d’accord. Le Feu, le Qi, je savais à peu près à quoi ça correspondait »

    Le roman ado est un dialogue entre petite-fille et grand-mère, narratrices du récit chacune leur tour. On suit leurs parcours, celui des générations précédentes et la petite histoire croise la grande histoire de la Chine et de Taïwan. Les destinées des différents membres de cette famille sont à la fois tragiques et romantiques. La vie semble se jouer d’eux et pourtant une aura lumineuse transparaît à travers leurs épreuves. Chaque génération semble transmettre un lien d’espoir à la génération suivante. Anna-Mei semble contenir à elle seule les tragédies, les doutes et la lumière de ses ancêtres, et notamment la lignée des femmes. Tout cela est dur à porter pour une jeune fille de seize ans, perdue dans les tracas, tous aussi difficiles de l’adolescence. L’aspirante pianiste va petit à petit percevoir ses origines d’un œil neuf, et non plus seulement à travers le regard de ses camarades français. En effet le récit se déroule au début de la pandémie et les personnes ayant des traits asiatiques sont vus comme des porteurs potentiels du Covid 19 et sont dénigrés.

    « Ça me fait penser à une Cendrillon inversée : l’héroïne, Zhou, serait la mal-chaussée qui n’arrive pas à rentrer son pied dans de si petits souliers, […] »

    Comme un oiseau dans les nuages nous emmène sur les routes chinoises puis taïwanaises à travers différents régimes et croyances. Ama, née dans l’Empire du milieu, ayant grandi sur l’île de Taipei, est un pont entre les cultures, les années et les façons de voir les maladies. Le récit est plutôt âpre et n’épargne pas le lecteur mais il garde la douceur que laisse présager son titre. C’est aussi un hymne à la liberté de mener sa vie comme on l’entend, surtout en tant que femme. Par ailleurs, Sandrine Kao sait ménager le suspens à chaque chapitre. À la fin de l’histoire, l’envie d’en savoir plus sur ces deux pays asiatiques mais aussi sur notre propre arbre généalogique nous taraude. À partir de 14 ans.

    Image: Édition Syros