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théatre des celestins

  • Le paradoxe du libéralisme

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    Le ventre des cerveaux, créé au Théâtre des Célestins de Lyon, propose une immersion dans une émission de radio pour évoquer la journée de la Planète. Musique et mets relevés, consommées avidement et sans modération, sont au rendez-vous, désavouant le propos alarmiste et pessimiste de l'état du monde et du vivant.
    Cette fable moderne documentée et savamment écrite, s'inspire de classiques comme La Grande bouffe de Marco Ferreri au cinéma, qui déjà à l'époque moquait une classe plutôt bourgeoise et sa perpétuation par inertie. On pense également aux films du suédois Ruben Ostlünd auréolé d'or à deux reprises par un parterre de stars aisées cibles.
    Sharif Andoura tient bon la barre du navire qui s'apprête a légèrement tanguer, en bonne compagnie de l'élégante Emmanuelle Bercot et du désopilant Jean-Charles Clichet. Mention spéciale également à Ferdinand Niquet-Rioux qui campe deux personnages truculents.
    Le duo Jules Sagot et Christophe Montenez, formé à l'École supérieure de théâtre Bordeaux Aquitaine nous prend en otage (consenti) pendant presque deux heures, avec prompts rebondissements et surprises d'arrière plan (Léo Fernique et Candice Bouchet surprenants). Ils peignent avec brio les paradoxes d'une élite à la fois pyromane et incapable de se réformer (consommer mieux et moins plutôt que beaucoup et de façon énergivore) ou de réfréner ses appétits, faute de réel pouvoir décisionnaire, à la fois individuel et collectif. Le public lui-même, souvent apostrophé, semble tout à coup hésiter quand une question lui est directement posée...

     

  • La rose fleurit sans pourquoi

    Room,James Thierrée,La compagnie du Hanneton,Anne-Lise Binard,Ching-Ying Chien,Mathias Durand,Samuel Dutertre,Hélène Escriva,Steeve Eton,Maxime Fleau,Nora Horvath,Sarah Manesse,Alessio Negro,Théâtre des Célestins,Lyon,Juin 2022

    C'est à une drôle de représentation que nous avons assisté au théâtre des Célestins avec l'équipée de James Thierrée. Le temps semble avoir peu d'emprise sur l'homme et la passion s'étoffe avec le chant (La lyrique Sarah Manesse), la musique et la danse. Un véritable groupe festif de 10 musiciens, une chanteuse et une danseuse (l'autre s'étant blessée) vont chorégraphier des tableaux animés et changeants puisque le décor est aussi mouvant que la gamme de jeu des artistes.
    Room, la pièce, ce sont des semblants de pièces mais qui intègrent le public pour la joie du jeu et du partage avec une palette d'émotions et de visuels chocs. On passe du rire à l'étonnement, de la poésie au riff de guitare tonitruant, avec des comiques de répétitions (le téléphone, le pourquoi, le blabla...) qui interrogent le processus de création et sa crédibilité.
    Sans trame narrative raisonnée ni réflexion autre que l'énergie latente et le génie créatif (et burlesque) de chacun, le spectacle est sans étiquette autre que le plaisir d'être ensemble et de célébrer le rythme intérieur plutôt bouillonnant et détonnant.

    James Thierrée assume de façon totalement décomplexée cette  tangente musicale et son goût pour la danse (avec la très élastique Ching-Ying Chien il s'en donne à coeur joie) en gardant ce lien fort à l'homme sauvage et l'enfant.
    Profondément relationnel, il sublime ses acolytes dans des saynètes privatives pour qu'ils impriment la toile de fond. Tel un chœur au service de l'auteur ils font corps derrière la mise à nu de leur mentor : une pièce on ne peut plus collective.
    La cacophonie est souhaitée et montrée, contrebalançant la beauté du geste. De réponses au sens de la vie, James n'en reçoit pas (du Saint Esprit de la caméra) mais au sujet de la création, il sait que le chaos est inextricablement imbriqué à l'harmonie et qu'il en est un digne représentant. Le style musical accompagne cette métamorphose, oscillant entre fanfare, cantate, opéra rock ou folie punk. Une proposition originale et décalée.

    Crédit photo : Richard Haughton pour les Célestins.

  • Un "dimanche" ensoleillé

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    Tout juste auréolé de deux prix Maeterlinck de la critique pour le "meilleur spectacle" et la "meilleure création artistique et technique", Dimanche, du collectif bruxellois Focus et Chaliwaté détonne par sa créativité et son originalité.
    Les trois compères auteur/trices , metteur/euses en scène et acteur/trices (Sicaire Durieux, Julie Tenret et Sandrine Heyraud) s'en donnent à cœur joie et rivalisent d'ingéniosité physique et poétique pour évoquer par plusieurs saynètes (des documentalistes animaliers à la famille subissant les éléments chaleur et vent violent), le tragique et effrayant dérèglement climatique (les sons de Brice Cannavo sont terrifiants) contrebalancé par ce ton plutôt burlesque et comique qui confine à l'absurde.
    Les références à Chaplin ou Keaton sont assumées pour le théâtre gestuel, Philippe Genty à nos yeux, pour la presque magie, tout en incorporant d'autres disciplines artistiques : marionnettes, théâtre d'objets ou vidéo.
    Il y a cependant une vérité qui point au milieu de tout ce chaos, c'est cette possibilité pour l’être humain de créer et de jouer avec la matière-corps pour la transfigurer en quelque chose de lumineux. L'espoir est permis !

    A voir jusqu'au dimanche 25 Octobre au Théâtre des Célestins.

    Petit entretien audio (5 min) avec Julie Tenret

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