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lumière - Page 2

  • Serviteur et maître

    "Pour être le parfait transmetteur de la parole et de la science divine, pour guider les hommes, pour connaître Dieu, il doit être un serviteur pur et épuré de toute attribution à soi de ce qui n'appartient qu'à Dieu, afin de ne rien lui associer de son adoration et sa mission...L'expérience spirituelle de la servitude est réalisation de l'unité. Le serviteur nie toute divinité en lui-même et en tout être pour l'attribuer à Dieu seul". (p.120-121)


    serviteur.jpgDenis Gril, islamologue spécialisé dans la recherche de la sainteté et du soufisme, publie aux éditions du Cerf une compilation thématique sur la figure du prophète Muhammad en spiritualité musulmane : le Serviteur de Dieu.
    Son approche et les prismes choisis pour l'étude s'avèrent inédits, originaux, voire atypiques et permettent de redécouvrir le statut et la fonction, la stature et la ponction (on conservait ses cheveux pour actes de guérison, certains buvaient l'eau de ses ablutions...) du dernier (le Sceau) des prophètes envoyés. Ainsi revit-il sous nos yeux
    en chair (vénération du corps vivant et mort), dans ses rapports conjugaux (il eut 9 femmes dont Aïsha), ou en compagnie des premiers compagnons, notamment son porteur de sandale et parfait récitateur du Coran naissant, Abdallah Ibn Mas'ûd.
    Plus qu'un simple illettré recevant une révélation à partir de 40 ans, Muhammad jouit, à travers les sources musulmanes traditionnelles, d'une aura quasi similaire à celle de Jésus pour les chrétiens, à la différence que le Coran renie toute déification. Les pieux compagnons sont témoins comme les Apôtres, sa vie confère au symbolisme (paroles et actes, en privé ou en public), son corps est miraculeux; son pouvoir d'intercession rappelé (Il sera témoin de tous les prophètes lors du Jugement dernier) et la révélation (qui s'étendra sur 23 ans) est empreinte de numineux.
    Les musulmans soufis garderont d'ailleurs , dans une moindre mesure avec certains hadiths révélés, le goût et la sacralisation des paroles inspirées  par l'esprit de sainteté (Le prophète fut même qualifié de Père en Esprit), Ibn Arabi en fer de lance.
    L'ouvrage évoque aussi le caractère singulier et précellent de Muhammad, premier conçu et dernier envoyé, véritable flambeau et lumière différenciée mais co-substantielle à Dieu (la double profession de foi en Islam). “Serviteur de Dieu” spécifie l'état du plus haut degré de réalisation spirituelle puisque rejetant toute association : la personne brûle pour ne laisser que la divinité être, l'état de fana des soufis.
    Ajoutons ici que celui qui a beaucoup reçu a beaucoup à donner aussi. Les spirituels de l'Islam à travers leurs chaînes de transmission ont donc aussi véhiculé de Muhammad  une image de maître enseigneur "humble, humain et simple...dont le caractère était le Coran".
    La fraternité qui régnait entre les pieux compagnons, le silence et la vénération qui les accompagnait en présence du Prophète susceptible à chaque instant de délivrer une parole insufflée (Hadith) ou révélée (Coran), sa relation particulière à Dieu et son effort de perfection...tout ceci forge un modèle initiatique dont les soufis hériteront et plus globalement les ésotéristes de tous bords.

     

  • L'univers cosmique du chamane

    “Seule la conscience est éternelle. Si tu la touches, ton être psychique survit. C'est la clé de l'immortalité de l'âme”.(p.28)


    journal.jpgJournal de l'invisible, transcrit par Brigitte Pietrzak, nous livre de courts dialogues avec des entités des trois mondes (ciel blanc, terre, ciel noir). L'intérêt de l'ouvrage, à la manière des dialogues avec l'Ange, c'est la valeur d'enseignements des esprits-guides sur de nombreux sujets : de la pierre aux étoiles, des préoccupations terriennes (colère, jugement...) et naturelles (pierre, arbre, eau...) aux plus hautes considérations cosmologiques ou métaphysiques, en passant par le devenir des âmes, avant et après l'incarnation.
    Il est beaucoup question de lumière et de vibration, pour que la terre se mette au diapason de l'univers. L'incarnation est vue comme un formidable tremplin si l'on se lie avec la matière en acceptant sa spiritualisation.
    "
    C'est la manifestation de la Création dans sa plus large dimension, telle que le Divin l'a voulue. Elle constitue le plus bel ouvrage sur nous connaissions". (p.52)
    L'importance est mise sur le cœur (compassion, empathie), organe de la joie et de l'amour et sur la nécessaire fin de règne du mental, dans un futur proche, afin que disparaissent les murs entre soi et l'autre, pour parvenir (c'est le Plan divin) à une conscience unitive horizontale, un destin humain commun.
    La Conscience (d'origine non locale) est également primordiale, fruit d'une maturation ou d'un alignement avec la Source, en tout cas d'une harmonisation intérieure pour toucher l'ivresse (l'énergie divine) et créer dans la joie et le don.
    Ce
    Journal de l'invisible s'apparente à une cartographie mentale du chamane, apte à s'aventurer dans des mondes parallèles ou invisibles en lâchant prise justement d'avec son mental. La formation, sensibilité et fonction (ou mission) de Brigitte Pietrzak oriente ses questions posées à brûle-pourpoint et la richesse presque intimiste des réponses.
    Présenté dans la collection “chanels” de Mama Éditions, le livre ne ment pas sur le mode de révélation et son contenu éthérique. Loin du côté moralisateur des religions (et son corollaire le jugement), le monde dévoilé perd en manichéisme ce qu'il gagne en lien coopératif puisque tout obéit in fine à un plan divin unitif.
    L'invisible concoure à notre évolution et élévation, c'est ce qu'il est bon de retenir de ce livre surprenant, différent et éclairant,.


    “
    Vous êtes le chaînon manquant à l'harmonie universelle. Le futur vous appelle à une transformation et vous conduit à une nouvelle évolution, où votre nature physique intégrera l'Esprit. Jusque dans la matière, selon son plan, le Divin devra s'exprimer”. (p.60)