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Choeur - Page 87

  • Mélissa Zehner actualise la sirène d'Andersen

    tete brulée 1.jpgAu commencement était le conte, la petite sirène d'Andersen, lu par une jeune femme sensible aux symboles et à la modernité des rôles. Au final une réflexion sur l’idéal féminin qui s’émancipe de la fatalité avec zeste d'écologie.

    On assiste médusés à un foisonnement d’idées, de l’écriture à la mise en scène, alternant légèreté et profondeur, rythme et pauses, rires et larmes. Mélissa Zehner accorde également de l'importance à la sonorité des paroles, imagées ou crues.

    C'est le défaut de la jeunesse de vouloir souvent trop en dire et de passer à côté de la simplicité narrative, mais c'est aussi sa force de témoigner d'une complexité allant à l’encontre de schémas préétablis ou de dénoncer des forfaits impunis avec fougue et brio.

    Mélissa Zehner, ancienne élève de l'école de la Comédie de Saint-Etienne, avait déjà expérimenté le conte lors de sa formation. rencontre avec l'autrice :


    podcast

    Une tête brulée sous l'eau se joue jusqu'au 20 octobre à la Comédie de Saint-Etienne.

  • Ervart, un hold-up mental et théâtral

    ervart ou les derniers jours de frédéric nietzsche,hervé blutsch,laurent fréchuret,théatre de l'incendie,stéphane bernard,jean-claude bolle-reddat,james borniche,maxime dambrin,vincent dedienne,margaux desailly,pauline huruguen,tommy luminet,marie-christine orry,Édouard signolet,flore simon,alain deroo,laurent castaingt,colombe lauriot prévost,caroline frailich,françoise chaumayrac,pierre grange,françois pellaprat,sébastien combes,elsa jabrin,arnaud olivier,slimane mouhoub,la comédie de saint-Étienne,théâtre du rond-point,espace des arts de chalon-sur-saône,théatre de la croix-rousse,octobre 2018L'association Blutsch-Fréchuret détonne pour cette joyeuse folie qu'est Ervart (joué par Vincent Dedienne) dont l'aventure ne fait que commencer. On n'a pas l'habitude d'assister au théâtre à la dissection et à l'exploration déjantée d'une psyché malade de jalousie et à ses projections sur un environnement lui aussi bien débridé.

    Les neuf comédiens convoqués, comme autant de sous personnages d'un mental en fusion, s'en donnent à cœur joie pour dynamiter les codes du théâtre classique et faire de cette œuvre très originale un sommet de tragi-comédie aigüe

    Et Nietzsche dans tout cela ? Lui aussi perdit raison à force d'inflation et l'on se demande si Ervart n'est pas hanté par son fantôme...ou peut-être l'inverse ?

     

    Rencontre avec Laurent Fréchuret du Théatre de l'Incendie, l'un des deux complices de cette ré-création onirique.


    podcast

     Le spectacle vient de se terminer à la Comédie de Saint-Étienne et se joue jusqu'au 13 octobre au Théâtre de la Croix-Rousse.

    Retrouvez également ici l'interview de Vincent Dedienne pour son premier seul-en-scène au festival d'Avignon en 2016.

     

  • Un Stabat Mater incarné

     

     Stabat Mater,Giovanni Battista PergolesiCaroline Mutel,David Bobée,Sébastien d'Hérin,Bobie M’foumou,Salvatore Cappello, Aurore Ugolin,Thibault Noally,Anaëlle Blanc-verdin,Gabriel Ferry,François Costa,Laurent Gaspar,Rémy Petit,David Van Bouwel,les nouveaux caractères,Projet ADOMA,Théatre de la Renaissance,Oullins 2018Entretien avec Caroline Mutel et David Bobée, les co-metteurs en scène d’un Stabat Mater imagé par les corps en souffrance d’un migrant (le danseur congolais Bobie M’foumou) ou d'un acrobate (le circassien italien Salvatore Cappello).

    Le spectacle est un présent actualisé qui amène chacun à apporter de l'attention à ce qui se joue sur et en dehors de la scène.

    Les matrices sont touchées par tant de violence perpétrée envers des corps saints ou innocents et la profondeur du chant (Caroline Mutel : soprano et Aurore Ugolin : mezzo-soprano) couplée à l’exécution parfaite et minimaliste des musiciens (dirigés d'un même souffle par Sébastien d'Hérin des "nouveaux caractères") amène une communion immédiate du public .stabat mater,giovanni battista pergolesicaroline mutel,david bobée,sébastien d'hérin,bobie m’foumou,salvatore cappello,aurore ugolin,thibault noally,anaëlle blanc-verdin,gabriel ferry,françois costa,laurent gaspar,rémy petit,david van bouwel,les nouveaux caractères,projet adoma,théatre de la renaissance,oullins 2018

    Ce Stabat Mater est également une « histoire de famille » issue de rencontres évidentes et passionnelles entre acteurs du drame à la fois baroque et contemporain, expurgé certes de son aspect religieux mais relié et par conséquent fidèle à une certaine unité.


    podcast

    Crédit Photo : Arnaud Bertereaux

     

  • Le Bossu est en lien avec le féminin divin

     

    Le Bossu dans les contes, les mythes et la littérature,La Fontaine de Pierre,Jung,Marie Louise Von Franz,Inconscient collectif,nain,bouffon,Bès,Mythes précolombiens,légende arthurienne,Notre Dame de Paris,Commedia Del Arte,2018"Le Bossu", paru à la Fontaine de Pierre, est le fruit d'un travail personnel sur des dizaines d'années, de Monica Malamoud. Cette dernière fut une adepte de la psychologie des profondeurs telle que pratiquée et développée par Jung et ses disciples. L'auteure, elle même analysée par Barbara Hannah, aida notamment à la publication des œuvres de son amie Marie-Louise Von Franz.

    Non destinée à être publiée à l'origine, cette étude posthume comporte six parties distinctes, chacune étant une amplification de la figure et du thème du Bossu (par extension du nain et du bouffon), dans des comptines, en Égypte antique, dans les cultures précolombiennes, dans la littérature médiévale française, dans Notre Dame de Paris de V. Hugo et dans la commedia Del Arte.

    Long et profond voyage donc, dès lors qu'il s'agit d'analyse psychologique, à travers la musique, le théâtre, l'histoire et la culture littéraire, domaines choyés par Madame Malamoud on imagine.

     

    Historiquement parlant, le bossu-nain n'a pas toujours été connoté de façon péjorative ou négative. On le retrouve en effet sous la forme du Dieu protecteur Bès en Égypte, proche du frère jumeau de Quetzalcoatl, Xolotl au Mexique (donc lié au Cosmos) et récemment, même si le cinéma n'est pas abordé dans cet opus, à l'honneur dans des films comme "willow" ou encore "Bilbo le Hobbit". Protecteur, bien-aimé des enfants, en lien avec la nature et les animaux magiques, proche de l'Amour...Ces aspects représentent la face lumineuse voire numineuse du symbole.

    Il cristallise par contre également, à travers les siècles chrétiens, l'ombre et les projections maléfiques des fidèles, soit le mal incarné, comme pour les figures de Judas, de Belzébuth ou encore des sorcières. Il peut apparaitre laid, méchant, difforme ou rustre dans les romans anciens de chevalerie par exemple et leurs actes parlent effectivement contre eux. Face sombre donc.

    Au-delà cependant de la dualité du personnage, ce que démontre bien l'auteure avec l'analyse de Quasimodo, c'est qu'il est un paradoxe vivant, un archétype représentant l'esprit religieux naturel, proche du sentiment féminin et tend, en ce sens, à l'universalité (dans le monde matriarcal originel, pendant du monde patriarcal spirituel).

    Pour les familiers de Jung ou non, contes, mythes et littérature sont conviés pour l'amplification du thème et de nombreux parallèles sont tracés avec la figure du Christ (le poids terrestre de la croix, du chemin de vie) mais jamais le joug de ce dernier n'est évoqué, lui qui fut également méprisé en tant que témoin de l'Amour.

    En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. » (Matthieu 11,28-30).

    Il y avait là pourtant un lien intéressant à creuser avec le symbole de la bosse (comme avec ces gens qui finissent par se courber sous le poids de leur vécu) et le fameux Messie souffrant d'Isaïe ployant sous le poids des souffrances de l'Humanité, un Messie profondément féminin là-aussi.

     

    La voie de la psychologie des profondeurs milite pour une réunification des contraires et donc une nécessaire intégration de l'ombre pour retrouver l'unité psychique (le hiérogamos ou noces alchimiques), celle de l'Enfant. Elle va donc à l'encontre de la tradition religieuse pour qui le mal est extérieur à soi mais qui prive le croyant de la connaissance de l'aspect ombrageux et terrifiant du Créateur, présent dans la totalité psychique et dont le Bossu est un symbole.

    Une belle entrée en matière donc du concept d'inconscient collectif propre à Jung avec cette étude dans la lignée des travaux de Marie-louise Von Franz sur les contes de fées.

     

  • Francesco et le Hang, une histoire d'Harmonie

     

    Francesco Agnello,Hang II,Aircac,Chapelle de l'oratoire,equinoxe de chateauroux,trident de Cherbourg,Forum 104 Paris,2018Je suis un homme, associé à la chapelle de l'Oratoire à Avignon depuis de nombreuses années pour le festival et partenaire de "chrétiens en Avignon". J'ai une formation de percussionniste, je suis pédagogue auprès d'enfants et également metteur en scène (entre autres Pierre et Mohamed, Charles de Foucauld, le prophète, les Fioretti...). Je joue du Hang (qui signifie main en bernois), un instrument complet, récent (mis au point en 2000 et fruit de 25 ans de recherches par ses créateurs suisses Félix et Sabine), aux vibrations infinies, que j'intègre dans chacune de mes mises en scène...Je suis, je suis ? Francesco Agnello bien évidemment !

    Son actualité est cette fois musicale puisqu'il vient de sortir Hang II, fruit de ses rencontres et improvisations depuis quelques années. Chacune des 12 musiques de l'album est une invitation à l'exploration intérieure, chaque écoute est une ouverture à un champ de possible en terme de voyage émotionnel, sensitif ou imagi-natif. Pas de titres "pour ne pas orienter l'auditeur et rester large (*)", un concept à l'image de Francesco, l'être.

    La musique est ici "intuitive, fruit d'improvisations et de collages, proche parfois de la musique en boucle dite contemporaine" (des auteurs comme Glass ou Reich que ne renie pas l'auteur) mais assurément d'inspiration féminine. A part deux titres plus rapides et rythmés (N°16 et 17), le percussionniste de formation livre ici une prestation plus sensible, douce et d'avantage à l'écoute de soi que dans la performance ou la maîtrise technique. Il aime à dire que "la présence féminine est un déclencheur de création".

    Avec ce disque et cet instrument "tout est neuf, sans point de comparaison et sans loi précise, tout est affaire de travail et de découverte personnelle". Mis au point au début de notre siècle, le Hang est capable de sentiments et se prête aisément à l'inspiration du moment, en se mariant avec d'autres cordes, percussions ou instruments à vent. Généreux et ouvert à l'autre, Francesco Agnello a fait découvrir gratuitement à des centaines de personnes déjà, sur Avignon et ailleurs (Il est aussi le premier artiste à jouer dans des théâtres nationaux à l'Equinoxe de Chateauroux ou au Trident de Cherbourg) ce curieux objet, accompagné ici ou là par une trompette, un trombone, un saxophone, des danseurs, des comédiens ou encore une cornemuse...

    Il jouera en Novembre et Décembre prochain à Paris 6ème, au forum 104 rue de Vaugirard.

    Pour se procurer l'album, il suffit de laisser un message sur son site.

    Extrait de la piste 16 de l'album Hang II :
    podcast

    *Cette note est le fuit d'un entretien téléphonique avec l'auteur.

  • Instants d'éternité en compagnie de G. Ringlet

    Gabriel Ringlet,La grâce des jours uniques,Albin Michel,Louvain,Célébration religieuse ou laïque,rituels sacrés, instant d'éternité,culture,partage,septembre2018

     

    Gabriel Ringlet (écrivain, poète et théologien belge) est un homme de culture dont les actes portent des fruits. L’un d'eux est ce livre paru chez Albin Michel, La grâce des jours uniqueséloge de la célébration, à la fois beau et pratique qui, en plus de donner quelques pistes de re-création, propose une méthode de réflexion active sur la façon la plus juste de célébrer des moments de vie.

    Deuil, naissance, baptême, mariage, office …autant de passages rituels qu'il est bon de moderniser, à la suite de Vatican II ( constitution Sacrosanctum Concilium du 4 Décembre 1963 : "le prédicateur est invité à relire la Parole à la lumière de l'actualité" et "tous les participants sont des célébrants"), mais aussi de réenchanter pour faire sens, marquer d'une pierre de conscience ou tout simplement re-susciter l'envie de se mettre en marche vers l'à venir, par une parole ou un acte juste.

    Tel un acte de psychomagie (je pense à Jodorowsky), chaque geste ou attention du rituel vient nimber de magie l'instant par un artifice ou un complice littéraire, musical ou théâtral. La richesse de l'adjonction entraîne souvent celle d'un auditoire ému ou touché par cette sacralisation nouvelle et réfléchie. Il peut s'agir aussi d'amplification (je pense à Jung) quand la lecture du jour vient s'insérer dans une histoire plus vaste, œcuménique, interreligieuse ou historico-sociale.

    Le livre alterne célébrations du quotidien (avec des anonymes) et célébrations des jours saints au prieuré de Louvain où Gabriel Ringlet invite depuis des années des artistes ou écrivains au parcours singulier ou qui privilégient l’ouverture à l'autre ou à la transcendance (acteurs, metteurs en scène, clowns, auteurs,...).

    Mais C’est quand il évoque des histoires d'anonymes croyants ou non que l’auteur touche au plus près de l’émotion avec un regard poétique sur la vie et les êtres, des mots simples et qui touchent au cœur.

    Un Livre de plus certes mais pas un livre vain. Il aura le mérite de nous léguer la mémoire de gens extra-ordinaires qui croient encore qu'un acte ou une parole mûrie peuvent tout simplement faire du bien et parfois même guérir l’âme d’un individu ou celle d'un collectif…les petits miracles du quotidien en quelque sorte...

     

  • Black is (still) beautiful

    « America great again », non cette phrase n’est pas prononcée par Donald Trump mais par un membre du Ku Klux Klan des 70’s dans le nouveau film de Spike Lee. Ce petit détail, parmi d’autres, pointe le doigt vers l'actuel président des États-Unis. Tout en rappelant l’histoire et les dégâts causés par le Ku Klux Klan (appelé « l’organisation » par ses membres), le réalisateur dépeint également l’Amérique d’aujourd’hui toujours ravagée par un racisme ambiant où le KKK semble encore avoir de beaux jours devant lui. Il suffit de penser au rassemblement des suprémacistes blancs transformé en émeute contre des antiracistes qui causa la mort d’une jeune femme à Charlottesville en 2017. Et Donald Trump de renvoyer les deux camps dos à dos …

    Blackkklansman, j'ai infiltré le ku klu klan, Spike Lee, John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier

    Dans Blackkkansman, un flic noir (le premier de la ville de Colorado Springs) décide d’infiltrer le KKK.  Pour cela il doit convaincre ses collègues et son patron, tout en subissant du racisme de la part de certains flics se croyant intouchables. Ces mêmes policiers violentent régulièrement les femmes et les hommes noirs pour s’amuser ! Quant aux membres du Klu Klu Klan, ils ne détestent pas seulement les noirs mais aussi les juifs, les homosexuels et les communistes. Ron Stallworth (John David Washington – oui le fils de Denzel !) et son collègue juif Flip Zimmerman (Adam Driver) risquent gros au contact de leurs « nouveaux amis » du KKK local. Ce scénario aussi drôle que glaçant pourrait rester une comédie acide si elle n’était pas inspirée d’une histoire vraie. En revoyant des scènes du film Naissance d’une Nation (1915), ouvertement raciste et en écoutant certains récits de noirs lynchés dans les années 1900, le rire laisse place à la nausée.

    Blackkklansman, j'ai infiltré le ku klu klan, Spike Lee, John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier

    Spike Lee a beau ridiculiser, à juste titre, les membres du Ku Klux Klan, leur insondable bêtise demeure aussi dangereuse aujourd’hui qu’hier.  

    On sort du film à la fois ébloui et terrifié. On se rassure en se disant que le KKK est vraiment très loin de chez nous. Et puis on se rappelle toutes les remarques insidieuses lancées par des gens se croyant « entre bons français », certains chroniqueurs diffusant des idées nauséabondes dans les médias et autres réseaux sociaux et surtout la montée des partis populistes dans toute l’Europe : comme un air de déjà vu sur le vieux continent. Évidemment si vous croisez un membre du KKK, il vous dira que tout cela n’a jamais existé …