Nos coups de cœur pour l'année qui fut et celle qui vient...
Musique
*Lost - Camelia Jordana / Laurent Bardainne
Camélia semble s’être re-trouvée sur cet album Lost en collaboration avec Laurent Bardainne sur des mélopées trip hop, soul, pop ou de chanson traditionnelle. Profondeur du chant et expérimentation sonore, racines arabes pour un disque de musique universelle, cris et lassitude d'une jeunesse stigmatisée mais déterminée, consciente et politisée. Le fruit maîtrisé d'une époque, un futur classique.
Cinéma / Série
*Ready Player One – Steven Spielberg / Ernest Cline
Les anciens font de la résistance et le spectacle est toujours aussi merveilleux. Il y a des codes et des références qu'on qualifie de geek mais qui ont tout simplement à voir avec l'éthique et l'unité de cœur. C'est l’esprit de l’Enfant éternel qui plane sur ce film mythique.
*Le grand bain – Gilles Lellouche / Ahmed Hamidi / Julien Lambroschini
Acteur "bankable", avec des rôles d'éternel mec dragueur et sûr de lui, Gilles Lellouche paraissait correspondre à cette image aussi dans la vie. En voyant son film, on comprend que penser cela était une erreur. Le grand bain est un film drôle, d'une extrême sensibilité, parsemé d'une touche de poésie et le scénario sort des sentiers battus. La bande de comédiens fait rêver, pas seulement parce qu'ils sont déjà connus et reconnus mais par leur jeu tendre, juste et sincère. Et puis on aurait presque envie, nous aussi, de nous inscrire à la natation synchronisée...
*Twin Peaks return – David Lynch / Mark Frost
On est face à une œuvre originale sans comparatif tant la série est indissociable de son créateur. Le mystère s'épaissit et reste entier mais des clés comme autant de thématiques nous sont données avec parcimonie. Fascination de et pour cette troisième et dernière saison : un film testament d'une époque, d'un pays et de ses croyances.
Spiritualité
*A l'heure d’Israël – André Chouraqui / Léon Ashkenazi
Document exceptionnel exhumé d'archives de la famille d’André Chouraqui, un dialogue des années 70 avec Léon Ashkenazi sur les fondements politiques et religieux du sionisme. Un livre à valeur éducative, informative et passionnelle. La teneur des échanges est d'un très haut niveau spirituel. Un livre phare sur le sujet
Théâtre
Harlem quartet – Elise Vigier / James Baldwin
Cette pièce nous plonge dans l'atmosphère du Harlem des années 50: comment une bande d'adolescents noirs grandit dans un pays miné par les tensions raciales, familiales, avec la guerre au Vietnam en toile de fond. Le public frissonne, enrage, découvre l'amour, la solitude et la soif de réussir en même temps que Hall et ses amis. Le spectacle terminé, relire les écrits de James Baldwin semble indispensable et encore nécessaire à l'heure actuelle.
Il n'y a de mauvais départ dans la vie ou de vilaine histoire de naissance que dans la psychologie de chacun. Quand on recoud ses fragments de peaux successives, quand on recompose un film fait de bouts d'images positives, aidé en cela par des mains tendues au hasard du chemin, alors naît l'individu, le Je singulier, la personne originale, la conscience aiguisée.
Avec le roman de Jésus, livre posthume de Jean Mercier (1964-2018) qui fut rédacteur en chef à la Vie et paru aux éditions Quasar, on replonge dans les évangiles comme si on y était encore. L'histoire est maintenant bien connue de tous mais la focale mise sur certains témoins des actes ou paroles du Christ différents des canoniques, donne un petit coup de fraîcheur et d'originalité. Le récit est humanisé, là où dans l’évangile on n'a que son ossature. Ce petit livre (publié initialement dans le magazine la Vie) est à visée éducative sans infantiliser le lecteur. Il est surtout moderne par le vocable utilisé et actualise la vision chrétienne en intégrant les dernières mises à jour ( une opinion de Benoit XVI, la légère modification du credo…).
La dévotion au sacré cœur de Jésus n'est pas une nouveauté car des représentations artistiques de l'icône remontent pour certaines aux premiers siècles chrétiens. Seuls les 17e et 18e siècles ("périodes de corruption morale et de perversion intellectuelle, tout du moins dans les grandes villes..."), pourtant dits des lumières, ont perdu la trace de son office ou l'ont détourné, jusqu’à l'analyse scientifique du suaire de Turin au siècle dernier (par le docteur Pierre Barbet notamment - Les cinq plaies du Christ.) qui vint par ailleurs confirmer les visions de la mystique Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690) à Paray-le-monial Sur le cœur vulnéré ou transpercé de Jésus.
Nouvelle flèche décochée du carquois du collectif le Raid après
"Sept reines - épopée d'un chagrin d'amour, est un trio féminin où les marins sont les enchanteurs et les sirènes les désenchantées". C'est ainsi que le collectif Le Bleu d'Armand, resume la pièce. L'auteure, Martinage, définit son texte, fruit d'un long processus d'écriture d'allers-retours avec les principales protagonistes du drame puisqu'il est question d'un chagrin d'amour presque fataliste pour la dernière reine d'entre les sirènes. Derrière les paillettes, les écailles brillantes et Claude François qui invitent à la fête, on assiste à la déliquescence d'un royaume fantasmé.