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nico prat

  • Le freak c'est chic !

    Ayant forgé son style dans un cinéma d'exploitation où tout est permis, où le corps est un terrain de jeu pour les excès, il injecte de la crasse, de l'humour noir, du grotesque et une énergie punk dans des produits destinés à être lisses et universels. Son cinéma (...) issu de la marge et adoubé par Hollywood, est une remise en question permanente de l'asepsie du divertissement de masse  (p.77).


     
    Nico Prat,La perversion selon Sam Raimi,Playlist Society,evil dead,Bruce Campbell,spiderman,slapstick,Guillermo Del Toro,Nico Prat signe avec La perversion selon Sam Raimi, chez Playlist society, un essai probant et pointu sur l'ADN du cinéaste geek, fou de technique et d'idées géniales, le père du classique Evil Dead et de son acteur fétiche Bruce Campbell.
    Alternant films artisanaux plus personnels (Evil dead, jusqu'en enfer, Darkman...) et commandes de studios hollywoodiens (la trilogie spiderman avec Tobey Maguire, le monde fantastique d'Oz...), il avance serein malgré les critiques médiatiques ou mainmise des producteurs sur certaines de ses œuvres. Son plaisir c'est d'explorer les failles de ses personnages (les zones d'ombre comme la culpabilité, la perte ou le double maléfique) ou d'ouvrir des brèches "slapstick" (style d'humour impliquant une part de violence physique volontairement exagérée) dans un linéaire conventionnel. Cette forme de perversion est inédite au cinéma mais heureusement tolérée. Comme Guillermo Del Toro, il est fasciné par les monstres, les freaks, les créatures infernales et s'en amuse, leur trouvant sans doute du piquant pour relever un scénario morne. Les plus belles œuvres ne sont-elles pas la création de déviants talentueux ?
    L'humanité transparaît du coup souvent par des détails (une mimique, une parole, une blague...) injectés dans la pellicule pour rappeler peut-être que ce n'est que du cinéma et que l'intention derrière est avant tout ludique et irrévérencieuse.
    Nico Prat est fan et spécialiste de l'œuvre de Sam Raimi. Sa fidélité et son appétit de compréhension (nombreuses sources consultées) ont conféré une trame à cet essai, à laquelle nous ne pouvons qu'adhérer.
    En ressort une curiosité renouvelée pour visionner des parts manquantes de sa filmographie. Cette "perversion" assumée, loin de le disqualifier aux yeux de ses pairs, confère plutôt à son œuvre un charme majeur, sans cesse renouvelé.  

     

  • Mad Max décodé

    "Si Max se laisse aller à la violence, c'est qu'il est devenu fou (mad), comme il le redoutait. Son basculement dans la folie est d'abord celui de la société toute entière : le monde en train de sombrer emporte Max avec lui". (p.51)


    mad.jpgDésert, bolides, guerre au nom de l'essence...le décor futuriste de la saga culte est crédible et décliné en 4 épisodes sur 40 ans. L'univers et la vision post-apocalyptique de
    Georges Miller persiste au sein des films de genre SF, révélant Mel Gibson en 1979 dans le rôle de Mad Max, guerrier de la route ayant perdu sa femme et son enfant, errant au volant de son V8 dans un monde où des hordes de punks SM font régner la loi du plus fort.
    Des films coups de poings, viscéraux, en mouvement, violents et radicaux qui inspireront bon nombre de héros vengeurs solitaires (equalizer, à vif,...) . Qui n'a jamais été gagné de telles émotions irrationnelles dans sa voiture ? La folie parcourt les routes. Ce qui nous sépare de l'anarchie et de l'état nature c'est un accord sociétal, une vie en commun, et parfois un cocon familial où l'amour règne.
    Cet anti-héros, Max Rockatansky a connu les deux antan, ce qui lui permet peut être de garder un semblant d'humanité et des valeurs qui contaminent dans son giron femmes ou enfants rencontrés ici ou là.
    Dans
    Mad Max, au-delà de la radicalité, 6 auteurs collaborateurs de Playlist Society (Lloyd Chéry, Manouk Borzakian, Alexandre Mathis, Élise Lépine, Erwan Desbois, Nico Prat) dissèquent l’œuvre avec brio (à l'origine des podcasts de chaque film), sourçant leurs hypothèses agrémentées de nombreuses anecdotes (metteur en scène, production, acteurs,...). Les points de vues se complètent et enrichissent l'analyse dystopique puisque les épisodes sont quasi chronologiques et similaires.
    Georges Miller, taxé de visionnaire lors de la sortie de Fury Road (2015), a réalisé intégralement les 4 opus ce qui en fait son œuvre la plus personnelle et obsessionnelle. L'évolution se situe surtout dans la toile de fond qui calque les préoccupations environnementales, sociétales et sociales de l'époque, notamment le rôle de plus en plus clé et prégnant  de la femme (Furiosa jouée par Charlize Theron dont le prochain opus s'intéressera a sa jeunesse) pour un éventuel changement de paradigme, car l'homme tue de façon innée.
    Petit livre plaisant donc qui permet de s'immerger à nouveau dans la psyché hallucinée et sauvage de
    Georges Miller. L'homme semble avare de renseignements mais comme tout artiste passionné il porte en lui visuellement ce punk-road-opéra et sut séduire la profession pour lui faire une place de choix...dans notre imaginaire aussi !