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  • Ciel Blanc ou L'appel des profondeurs

     

    ...Dans les profondeurs de la terre et de la nuit,

    Dans l'épaisseur du sommeil et de l'oubli,

    Nos racines puisent encore sous la mémoire et sous la mort

    Je les croyais absentes et soudain je perçois

    Nous sommes perchés sur des épaules des géants... (chanson "les géants")

     

    Les œuvres réussies sont toujours le fruit d'un collectif uni autour d'une vision commune et les œuvres magiques sont nimbées d'amour.

    Le canadien Lubomir Arsov avait déjà frappé fort l'an dernier en présentant "In Shadow" sur le net, inspiré de quelques archétypes jungiens à forte teneur symbolique. Le collectif Ciel Blanc nous propose à son tour ce projet artistique au titre éponyme. C'est made in France, artisanal, original, intelligent, complet et spirituel à souhait ! Ciel Blanc,Héphaïstos, le cœur du monde,Le gué-éditions,Étienne Appert,Guillaume Darcq, Antoine Chartier,Laurent Mathis,Pascal Pourré,Benjamin Sabalot,Leila Artigala,Raphael Xaubet,Myriam Gherbi,Christian Lepère,,Rémy Foucherot,Jérome Alinot,David Michriki,Arnaud Desjardins,Gilles Farcet,Archétypes,symboles,Jung,interprétation des rêves,Catherine Marchand,récit initiatique,Moebius,Dali,Boucq,David Lynch,Miyazaki,Stanley Kubrick,Alexandro Jodorowsky,Jim Jarmush,Allen Ginsberg,Arthur H,Pink Floyd,Who,Novembre 2018

    Le bel objet c'est un dvd (qui comprend le moyen métrage HEPHAISTOS le cœur du monde, deux documentaires explicatifs avec Catherine Marchand, thérapeute jungienne et 8 clips tirés du film) et un cd des 7 chansons rock qui collent parfaitement au film.

    Tout cela est en ligne ici pour "inscrire notre travail dans l’économie du don" (avec paiement libre) ou sur commande, pour soi ou pour offrir à un esprit libre ou en passe de le devenir un jour.

    Tout Enfant véritable vibrera à l'évocation de symboles universels (que l'on retrouve dans les contes ou les mythes) tout en apprenant l'histoire d'Hephaïstos, le dieu forgeron.

    Plus qu'une quête initiatique, il s'agit ici de retrouver son visage originel, dissimulé sous le vernis sociétal ou culturel et respirer enfin, si l'on veut bien entendre cette voix(e) qui provient des profondeurs.

    En prime un entretien avec le porteur du projet Étienne Appert.

     

    ...Franchis le gouffre vers l'inconnu

    Oublie tout, deviens fou,

    Goûte à la lumière de l'entrevue,

    Passe le pont, cogne ton front sur l'infini,

    ici ici ici... (chanson "le pont")

     

    crédit photo : Le Gué Editions.

  • Nayla Tabbara incarne la paix de l'Islam

    Pour ceux qui auront cru et fait le bien , Dieu sera tout amour. ( S. Mazigh)

                                                                      ...  leur donnera d’aimer. (E. Montet)

                                                                      ... manifestera pour eux un amour. (R. Khawam)

                                                              Coran 19,96

     

    Les femmes se réapproprient des domaines exclusivement réservés aux hommes, notamment en matière de religion et c'est une avancée, un juste retour des choses et un bien.

    Nayla Tabbara,Marie Malzac,L'Islam pensé par une femme,Aydan,Bayard-Editions,Novembre 2018Nayla Tabbara, autrice de "L'Islam pensé par une femme" (Bayard Editions), rappelle qu' à l'origine de la Révélation du Coran, comme pour le message de Jésus, les revendications des femmes, leur "cri de détresse" face à leur situation de quasi esclave ou objet sexuel, fut entendu à l'époque par le Créateur. Des droits jusque là inexistants leur sont alors accordés légalement concernant l'héritage, le mariage, ou encore la précellence de la monogamie.

    Au temps du Prophète (très entouré de femmes et au-delà de la polémique sur son dernier mariage avec une jeune fille dont on ne saurait dater l'âge en vérité) certaines étaient imams, d'autres faisaient l'appel à la prière...et les assemblées étaient encore mixtes. Le Prophète encourageait ces dernières à apprendre et enseigner et certaines étaient des combattantes endurcies prenant soin des blessés...

    Puis, comme dans le christianisme, elles se sont vu décroitre en pouvoir et représentativité jusqu'à l'arrivée des premières missionnaires chrétiennes à la fin du 19ème, soit après quelques siècles d'obscurantisme et de patriarcalisation de la religion. L'origine du port du voile en est un exemple frappant.

     

    Théologienne et exégète, l'interprétation du Texte de Nayla Tabbara va dans le sens de "la compassion, de la solidarité et de la miséricorde divine", à l'inverse de l'attitude réactive et "d'immaturité spirituelle" actuelle de l'Islam majoritaire.

    Elle rappelle ainsi d'emblée qu'Allah (textuellement le Dieu), est avant tout pourvu de matrices ("Matriciant et Matriciel" comme le suggérait Chouraqui) donc Miséricordieux et qu'on ne saurait le définir par un genre, un nom ou une qualité, comme l'Homme d'ailleurs, créé à son image...

    Au terme de "soumission" elle préfère celui d'"abandon confiant" ; de même il ne s'agit pas tant de "craindre Dieu" que d'en "prendre conscience" et pour elle le Coran n'est pas qu'un "guide d'instruction" qui légitimerait l'imitation ou l'attitude purement légaliste mais au contraire une base pour "dialoguer avec le réel", "libérer sa pensée" et se voir comme "le prolongement créatif de Dieu".

    Face à la mauvaise presse de l'Islam et à sa crise actuelle (intolérance, communautarisme, attitude belliqueuse, suffisance...) elle préconise une action trine : "spiritualité, pensée critique et action sociale".

    L'essai regorge de citations de penseurs musulman(e)s issu(e)s de la mouvance libérale et/ou féministe actuelle (Farid Esack, Fadi Daou, Riffat Hassan, Amina Wadud, Nasr Hamid Abu Zayd...) à laquelle l'autrice s'identifie, elle-même vice-présidente de Aydan, une organisation qui promeut l'altérité religieuse et milite pour la solidarité, la diversité et la dignité humaine à travers une dizaine de pays arabes.

    Pour preuve de son ouverture, ce livre écrit avec l'aide de Marie Malzac, journaliste à la Croix, ses années de formation passées dans des établissements chrétiens ou son attachement à l'émir Abd El Kader, qui milita pour les droits de l'homme en Algérie et défendit une communauté chrétienne à Damas. Nayla Tabbara rappelle que "le fin mot du Coran (si l'on en fait une lecture chronologique car la cinquième sourate est la dernière révélée) est un appel à la réconciliation, à l'ouverture et à la convivialité entre gens du Livre (sourate 5,5 et 5,48)".

    Reste à espérer que ce courant nouveau, bienveillant et dépassionné devienne majoritaire au sein de l'Islam (le port du voile est globalement en régression, certaines mosquées deviennent mixtes, des femmes refont l'appel à la prière...) et que, porté en partie par des femmes, il puisse fédérer sur des principes de "bien commun, de dignité humaine et de justice", valeurs originelles de l'Islam. Et si la guerre ou "djihad", prôné par certains versets contre l'"infidèle" et dont on sait qu'il est avant tout un combat contre soi-même, consistait à combattre avant tout les idées reçues transmises de génération en génération par des hommes pour des hommes en dépit d'un contexte de bienveillance envers l'humanité, envers toute l'Humanité...

    Crédit photo : Bayard

  • La Cie Inouïe invite au voyage intérieur

    Voyage supersonique,Thierry Balasse,compagnie inouïe,Cécile Maisonhaute,Benoit Meurant,Thomas Leblanc,theatre de la Renaissance,Yi-King,Oullins,Novembre 2018Thierry Balasse est un passionné de musique et un bidouilleur de sons électro-acoustiques. C'est à de véritables expérimentations sensorielles qu'il convie ses spectateurs petits et grands, comme avec ce Voyage superSONique qui nous emmène avec son équipage, et à bord de son vaisseau ultra-technologique, à la découverte de la profondeur des océans et de ses monstres marins jusqu'à celle du cosmos et de son trou noir. Les yeux fermés ou grands ouverts, la magie opère réellement et l’imaginaire perçoit l'univers créé par la Compagnie Inouïe dont «Le vœu n’est pas de divertir mais de faire bouger quelque chose dans l'esprit, dans la façon de voir le monde, de l'entendre et de l'écouter».

    Entre Pink Floyd, Cosmos 1969, l'an dernier et John Cage avec Yi-King le 4 Décembre prochain au Théâtre de la Renaissance, Thierry Balasse et sa compagnie se montrent prolifiques et larges d'esprit.


    podcast

    Photo: Théâtre de la Renaissance

  • Le retour en force d'Artémis

    Jean Shinoda Bolen,Artémis l'esprit indomptable en chaque femme,Editions Guy Trédaniel,Jung,mythe d'Atalante,Aphrodite,Hécate,Mérida,rebelle,Hunger games,Malala,Marina Chapman,Septembre 2018ARTÉMIS, l’esprit indomptable en chaque femme (Editions Guy Trédaniel), est un livre dense (300 pages) autour de la notion d’archétype. Jean Shinoda Bolen, son autrice, est une thérapeute américaine jungienne qui en donne la définition suivante : «  c'est un modèle, un mode inné d'être et de réagir -certains plus instinctifs que d'autres- présent dans l'inconscient collectif", soit la totalité de la psyché.

    Si Artémis est une déesse du panthéon grec associée à la vie sauvage, la chasse, les accouchements et la lune, son pendant humain et mortel est Atalante dont le mythe la dépeint abandonnée, recueillie et allaitée par une ourse avec pour armes futures de survie et de défense, un arc et un carquois de flèches.

    Récemment au cinéma, Mérida dans rebelle ou Katniss Everdeen dans Hunger games ont personnifié cet « esprit indomptable ». La colombienne Marina Chapman, recueillie par des singes a 5 ans ou la pakistanaise Malala, mutilée par des Talibans sont autant d'exemples vivants selon l’Autrice, de la résurgence actuelle de cet archétype car ce sont des femmes capables de résilience malgré un destin que l'on croirait fatal.

    Les femmes modernes qui ont l’archétype d’Artémis actif en elles «  viennent au monde avec une solide détermination, une volonté forte et une grande capacité de concentration. A cela s’ajoute souvent un sens de la justice, une attitude égalitaire et un besoin affectif de protéger les plus fragiles qui ne peuvent se protéger eux-mêmes » (p.251). Elles ont également «  le sens de la sororité et une affinité avec les causes féministes"(p.49).

    Jean Shinoda Bolen part du mythe d'Atalante pour mieux expliciter cet archétype en l'agrémentant d’exemples puisés dans la culture actuelle et en s'appuyant sur son vécu et celui de femmes proches d'elle. L'essai est assez complet sur la question et l’on comprend mieux comment certains mythes persistent et demeurent actifs dans la psyché de certains individus pour les aider à ne pas fléchir et accomplir un destin qui engage parfois celui d’un collectif, en l’occurrence ici le vaste mouvement pour les droits d’égalité et de liberté des femmes.

    Évidemment L’essai valide une des théories du psychiatre suisse Carl G. JUNG sur les archétypes (l’Autrice évoque aussi Aphrodite ou Hécate) mais on pourrait tout aussi bien parler de chamanisme et d'esprit tutélaire ou encore d'ange gardien ou de prédestination dans d'autres types de croyances.

    Le dessin de couverture est en soi évocateur de puissants symboles d'une femme accomplie, reliée à la fois à sa matrice et à ses racines spirituelles.

    Pour Jean Shinoda Bolen il est clair que nous assistons à un retour de l'esprit d'Artémis, prélude demain peut-être à un retour du féminin au pouvoir pour inverser, s'il est encore temps, la course effrénée de la folie patriarcale destructrice de liens, ressources et perspectives…et revenir à un temps Matriciel comme il en exista avant les dieux masculins. C’est en tout cas le souhait et l’espoir d'une militante de la première heure. Un livre important, un livre testament.

     

  • Le malade (dans l’) imaginaire du Raid

    Le malade imaginaire,Molière,Mohamed Brikat,compagnie le Raid,Leandre Benoit,Claire Bourgeois,Franck Fargier,Simon Gabillet,Sidonie Lardancher,Cécile Marroco,Jacques Vadot,Siegrid Reynaud,Julie Lascoumes,Théâtre du Gai Savoir,Lyon,novembre 2018Le Raid est une jeune et prometteuse compagnie lyonnaise de 10 acteurs de tous âges, soudés et coachés par le capitaine de troupe Mohamed Brikat .

    Son répertoire alterne le classique, ici Le malade imaginaire de Molière, mais aussi des auteurs contemporains.

    Dynamisme, écoute et rythme (L’expérience du festival d'Avignon y aura sans doute contribué) pour cette adaptation en costumes d’époque. On rit beaucoup dans la salle car la joie dans le jeu est communicative et les trouvailles scéniques ancrées dans notre quotidien (arts urbains notamment).

    Mohamed Brikat et ses amis ont pleinement saisi ici l'esprit communicatif et malicieux de Molière et ont su rendre sa dernière pièce ludique et accessible.

    Le metteur en scène répond à nos questions en compagnie de Cécile Marroco (Toinette) et Jacques Vadot (Argan), deux des comédiens.


    podcast

    Prochains spectacles du Raid :

    Orphelins du 14 au 18 novembre au Théâtre des Clochards célestes

    Prophète sans dieu en mars au Théâtre de l'Iris à Villeurbanne

    Photo: Compagnie Le RAID

  • La Profondeur du chant de Léonard Cohen

     

    J'ai toujours en tête une chanson

    J'ai toujours en tête une chanson

    Qu'Anjani pourrait chanter

    Elle évoquera nos vies ensemble

    Elle sera très légère ou très profonde

    Mais rien entre les deux

    J'écrirai les paroles

    Et elle écrira la mélodie

    Je ne serais pas capable de la chanter

    Car ça montera trop haut

    Elle la chantera magnifiquement

    Et je corrigerai son chant

    Et elle corrigera mon écriture

    Jusqu'à ce que ce soit mieux que magnifique

    Puis nous l'écouterons

    Pas souvent

    Pas toujours ensemble

    Mais de temps à autre

    Pour le restant de nos jours. (p57)

     

     

    léonard cohen,the flame,nicolas richard,adam cohen,editions du seuil 2018The Flame (éditions du Seuil Sept 2018) est un recueil de notes, poèmes et chansons, confectionné en partie par Léonard Cohen et son fils Adam Cohen pour une parution posthume.

    On y retrouve les chansons de ses trois derniers albums, des notes inédites glanées dans ses nombreux carnets ainsi que des autoportraits.

    Le livre document est à l'image du personnage : secret, solitaire et aimant.

    Même s'il était célèbre, on sent qu'il n'était pas dupe du personnage extérieur acclamé par les foules (autodérision de ses dessins).

    Ses autoportraits parfois cyniques dénotent un manque de confiance en soi et il se demande souvent s'il est parvenu, au terme de sa vie, à la hauteur de la tâche ou de la mission esquissée par d-ieu (c'est ainsi qu'il l'écrit). A t'il bien entendu d'ailleurs cette Voix entres toutes, se demandera t-il tardivement ?

    Son vécu et son incarnation semblent profondément christique, lui qui nourrissait des foules mais qui souffrait dans sa chair pour la misère du monde. Parolier de l'Amour qu'il avait dû rencontrer intérieurement, sa vision de la divinité était à la veille de sa mort plus proche d'un Job ou d'un Jésus crucifié.

    Ses textes sont emprunts d'une profonde humanité avec quelques élans mystiques. Il se considérait comme "mission-né" pour l'écriture. Il griffonnait partout en toute occasion sur tous les supports à sa disposition. Son fils Adam nous rappelle en préface que "L'écriture était sa raison d'être. C'était le feu qu'il entretenait, la flamme la plus significative qu'il entretenait. Elle ne s'est jamais éteinte...Chaque page qu'il a noircie fut la preuve de l'incandescence de son âme."

    Sa vision des événements était très poétique mais penchait pour une dominante de couleurs plutôt sombres. On imagine que ses chansons furent souvent retravaillées avant d'êtres portées à la vue de tous.

    Lui qui se voyait sans véritable talent, il possédait une voix, reconnaissable entre toutes, mélancolique, profonde et habitée ; toujours grave et sensuelle, reliée à un cœur aimant blessé par la vie, l'amour, la mort.

    Ses textes témoigneront de l'éternel chantre de l'amour, humain et divin qu'il fût jusqu'au bout même dans les périodes de doute ou d’épreuves.

    Ce qu'il tenait à léguer à l'humanité, dans sa profonde humilité, c'est cette flamme qui éclaira son âme de la noirceur qu'il traversa, dans son monde intérieur comme extérieur.

    léonard cohen,the flame,nicolas richard,adam cohen,editions du seuil 2018

    crédit photo : leonardcohen.com