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Christianisme - Page 17

  • La jonction judéo-chrétienne

    Souvent, la meilleure preuve d'une théorie reste son pouvoir explicatif et quand dans la recherche académique, on arrive à proposer une théorie unique qui soudainement unit et rend compte d'un ensemble de données autrement sans relations apparentes entre elles et inexplicables, c'est souvent un indice selon lequel on a rejoint la vérité”. (p.173)

     

    John Bergsma,Jésus et les manuscrits de la mer Morte-révélations sur les origines juives du christianisme,Bayard éditions,Qumrân,esséniens,Jean-Baptiste,Maïtre de Justice,étude biblique,Avril 2021Il existe des liens évidents entre “Jésus et les manuscrits de la mer morte” découverts au siècle dernier. Les écrits de Qumrân appartenaient aux esséniens, une secte juive contemporaine de Jésus, qui prônait une vie communautaire pieuse et sainte. Radicaux dans leurs rites proches des textes de l'ancien testament, ils attendaient la venue de deux messies (sacerdotal et royal) pour une fin des temps imminente, sous la direction du Maître de justice ( qui faisait office de grand prêtre).

    Le bibliste et spécialiste de ces manuscrits, John Bergsman a scruté pour ce livre paru chez Bayard éditions, quelques détails du nouveau testament qui ne sauraient s'expliquer sans l'influence essénienne.

    Bain rituel, baptême, eucharistie, effusion de l'Esprit-saint...autant de rites communs avec le christianisme naissant, issus du judaïsme ancien. L'organisation même de l'église des premiers temps ou les pouvoirs sacerdotaux des apôtres sont calqués sur des habitus déjà existants.

    L'auteur avance l'hypothèse de l'éducation essénienne de Jean-Baptiste et l'appartenance à la secte du rédacteur de l'évangile de Jean pour mieux saisir certaines subtilités ou incohérences des évangiles (le jeune homme nu vêtu de lin au jardin des oliviers, le déroulement de la cène dans un quartier et selon le calendrier essénien...).

    Farouchement opposé aux saducéens ou pharisiens, Jésus aurait pu compter sur l'assistance des esséniens pour accomplir sa mission mais la construction de son royaume tout intérieur lui est propre comme la taille des pierres brutes de l'édifice ecclésial que sont les cœurs circoncis de ses disciples.

    Singulier également le message du Christ qui unifie les fonctions de prêtre et de roi, dont la nature lui sera reconnue comme divino-humaine et qui s'inscrit comme le Rédempteur de l'humanité pécheresse, alpha et oméga de la Création.

    Le livre est plaisant avec de courts chapitres thématiques et des résumés synthétiques. L'auteur passe en revue la recherche et les chercheurs récents sur les manuscrits de la mer morte et convoque les auteurs de théologie influents du point de vue américain. Il réfute également certains poncifs (l'authenticité de la lettre de Paul aux éphésiens notamment) et éclaire d'un angle neuf l'origine juive de certaines pratiques du christianisme (la symbolique du mariage ou le célibat des prêtres, une mythologie commune ténèbres vs lumière...).

    L'ouvrage insiste plus sur les rites alors que la matière des manuscrits de Qumrân est plus large. Leur philosophie est aussi et surtout d'inspiration prophétique et à forte teneur eschatologique (Melchisédech est attendu à la fin des temps). La figure et l'identité du Maître de Justice sont par ailleurs juste évoqués et des parallèles avec Jésus (inspiration, rôle et légitimité, discernement prophétique...) auraient pu être menés...peut-être le sujet d'un prochain essai ?...

     

  • Une lecture chrétienne d'Ezéchiel

    Une fois l'Esprit venu, il ne manque plus rien à la vie bienheureuse...Pour la plus grande partie, ils ont quitté la terre et les choses terrestres, et ils se tournent désormais vers le ciel et vers la vie qu'on y mène, car le Sauveur les a rendus tels pour sa part à Lui”. (p.81)

    Ezéchiel, prophète de l'Incarnation,Nicolas cabasilas,Marie-Hélène Congourdeau,Les Pères dans la foi,Migne,Editions du Cerf,Avril 2021Ézéchiel, prophète de l'Incarnation” est un travail de recension et de synthèse de trois exégèses d'un théologien byzantin du 14ème siècle, Nicolas Cabasilas, sur des versets attribués à Ézéchiel et effectué par Marie-Hélène Congourdeau (docteur en histoire et chercheur au CNRS en histoire byzantine) aux éditions du Cerf, dans la collection “les Pères dans la foi” qu'elle dirige.

    Les trois textes sont distants dans le temps et montrent bien l'affinage de la réflexion chrétienne (fond et forme) de son auteur (d’exégèse à catéchèse pour le dernier commentaire) ainsi que l'évolution de sa foi. Avec les années, l'Incarnation prend poids et cause dans le cœur et l'esprit de Nicolas Cabasilas, et il devient lui-même observateur participant en tant qu'homme nouveau, rené en Christ, la distanciation s'estompe.

    Le travail minutieux de madame Congourdeau donne à lire les textes dans leur version de l'époque avant d'aborder leur explicitation. Son introduction et guide thématique de lecture sur ces trois fragments (elle est aussi responsable de la traduction et des annotations) sont une invite à découvrir l’œuvre majeure de Nicolas Cabasilas, “La vie en Christ”, en 4 volumes. Intérêt et curiosité naissent pour cet auteur méconnu.

    Moins connu également qu'Isaïe, le choix et l'originalité de l'étude : le grand prophète Ézéchiel. Si le premier convoque le “serviteur souffrant”, on doit au second des symboles forts comme le “tétramorphe” (le char constellé d'ailes et d'yeux du premier chapitre) ou les “ossements desséchés” (chap 37,1 à 14), signes de la résurrection.

    L'interprétation de ces versets clés est ici résolument christo-centrée, reprenant la nature divino-humaine du Sauveur. Plus selon l'auteur, tout concoure à l'Incarnation et à la révélation ou parousie du Fils de l'homme, à la fois dans l'entièreté de la Bible et dans les signes extérieurs apparents. Le temps de l'Histoire sainte se confond avec l'histoire de l'humanité. In fine la matière se spiritualise puisque l'Esprit se corporalise (idée chère à Henry Corbin), afin que l'homme soit, sur le modèle du Christ.

    Selon Nicolas Cabasilas toujours, les prophètes sont parmi les élus de Dieu, christophores avant l'heure (du Jugement dernier). Ils partagent une même identité et une même communion ou communication céleste, verticale, hors espace-temps, là où le Verbe prend forme.

    A relire les textes prophétiques, insufflés, il s'avère difficile malgré les lectures historico-critiques, de démêler le temps de la prophétie et leur adresse. L'inspiration d'un verset peut en effet être à la fois temporelle et universelle car toute symbolique : révélation passée qui parle d'un futur par une vision dans l'éternité de la Présence...

    Néanmoins et pour résumer, ce petit opuscule est riche de promesses et vérifie l'adage selon lequel le salut de l'âme (religieuse par nature) et l'éveil de la conscience passent notamment par le déchiffrement de l’Écriture et la perception aigüe de ses images ou symboles prophétiques. (analogies, associations et méditation).

     

  • Ludovig, un Pot-en-ciel

     

    "Il y a 1% de schizophrènes dans notre monde mais quelle est la véritable folie ? N'est-elle pas celle de se couper de l'unique sens de nos existences, i.e suivre Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie ?...Peut-on trouver plus de 1% de personnes qui fassent vraiment l'effort transformant de cette métanoïa ?...Dieu se cache mais si peu sont disposés du fond du cœur à le rechercher...Mettre le Christ à la première place m'a relevé de terre, a brisé les chaînes de mes dépendances, m'a lavé de toute cette d'échéance, et m'a fait sortir de l'obscurité à Sa lumière”. (p.158)

    3D_schizo.jpgLes éditions Docteur Angélique publient un court témoignage autobiographique poignant et sincère de Ludovig Pot, "De la schizophrénie à Dieu".
    Il s'agit ici presque d'une reconsidération de l'état de malade  psychique en une forme de possession démoniaque (entendre des voix suicidaires, défaitistes et négatives à souhait), au sens où l'entendait Jésus thaumaturge à l'époque de sa vie publique.
    Même si l'auteur est à présent stabilisé avec un traitement préventif, rien ne le distingue d'une personne saine lambda si ce n'est qu'intérieurement gîte un Homme nouveau. Combien d'années de combat (chutes et rechutes), d'ascèse (vœux de pauvreté et chasteté), d'épreuves (la plus grande étant l'écart du monachisme), ou de solitude pour finalement solidifier et cristalliser en son intériorité un Moi que le chrétien identifie au Christ en soi, à la couleur de Paul : "Ce n'est plus moi mais le Christ qui vit en moi"
    D'excentré excentrique (les mauvaises fréquentations, les addictions, les blasphèmes en tous genres), le plus souvent inconscient et, tel un fantôme, absent de soi, Ludovig a su s'apaiser, se réconcilier, se reconstruire, persuadé d'avoir été aidé en l'œuvre par son ange protecteur. En quête de sa "véritable maison" ( une voix parmi d'autres au début) c'est son identité de croyant véritable qu'il a trouvé et la vocation christique de se donner pleinement à autrui et aux plus démunis, en charité et grâce.
    Un discernement trie désormais ces voix, opère une distanciation d'avec les néfastes et sait reconnaître et diffuser la lumière du Verbe qui est amour et miséricorde, pour soi, son vécu (c'est l'intérêt principal de l'ouvrage) et l'humanité entière (le fameux Plan divin !...)
    C'est presque une lutte eschatologique qui se livrait dans sa psyché "malade" (puisqu'à son insu), comme écartelé entre être la réincarnation du messie ou celle de l’antéchrist... Il a eu la prescience, pour guérir ou tout au mieux se sentir équilibré, d'aller puiser aux paroles des sages et saints (le livre en est émaillé) afin de s'insérer au sein de la hiérohistoire en tant que témoin lumineux soumis à des forces ténébreuses. Et Dieu sait que la bataille est loin d'être terminée !
    Le Christ appelle toujours mais combien souhaitent in fine le statut si peu envié car parsemé d’embûches, d'élu ?
    Ludovig Pot s' inscrit sur cette longue liste, sous le patronage de l'église, de ses rites et de ses lieux de pèlerinage : Jérusalem, Medjugorje, Compostelle. On lui souhaite bien évidemment bon vent.

     

  • Le supplément d'âme du corona-virus

     

    Shafique Keshavjee,La couronne et les virus,Editions Saint-Augustin,Editions Het-pro,Mars 2021Dans "La couronne et les virus", paru aux éditions Saint-Augustin et Het-pro, Shafique Keshavjee nous donne, sous forme légèrement romancée, des clés pour appréhender cette période de confinement subie, par son côté pile, lumineux, spirituel.
    Il est question d'âme sœur, une certaine Li Ying qui entre en contact avec l'auteur par mail. De prime abord intéressée par ses livres (il est pasteur réformé en Suisse et milite pour l'inter-religieux) une correspondance se tisse entre eux où se déroule son histoire personnelle (elle est apparemment au contact des porteurs du virus). Dès lors, intimité oblige, se dévoilent aussi les relations proches de la mystérieuse avatar (dont le célèbre médecin lanceur d'alerte de Wuhan) et surtout son intérêt pour les religions et sagesses universelles (Tao, messianisme juif, islam et christianisme non dévoyés), sa marotte et fil linéaire, qui est aussi celui de Shafique...ces deux là sont fait pour dialoguer, s'entendre et se comprendre : le meilleur ferment de l'Orient et de l'Occident qu'Einstein appelait de ses vœux pieux.
    L'histoire intelligemment construite et élaborée nous replonge dans les mois les plus anxiogènes de l'épreuve covid pour mieux la réécrire de façon symbolique et amener une réflexion plus ouverte et élargie sur la couronne de grâce et de désir,
    kheter en hébreu, qui est notre potentiel spirituel en naissant et sur les nombreux virus qui polluent, empoisonnent ou asphyxient nos initiatives d'élévation, en soi ou envers autrui.

    "La couronne de Vie est pour les combattants des virus".

    Ainsi de nos pensées, émotions, sensations qui peuvent vite tourner par polarité et si l'on ne fait preuve d'une certaine souplesse ou fluidité, vers le côté obscur de la stigmatisation, du repli sur soi ou encore de l'idolâtrie.
    Chaque personnage (de fiction ?) du récit devient allégorie d'un concept ou d'un complexe psychologique avec ses deux aspects antagonistes (ombre et lumière) que la vie viendra titiller et dont la savante alchimie influencera la qualité future du fruit, l'être spirituel à faire naître en soi.
    Brillante démonstration, fond et forme, d'un itinéraire de vie toujours sur le fil, fragile mais ô combien précieux aux yeux de Celui qui modèle l'âme humaine et rend possible sa transformation.

     

  • Dieu est une brise légère

     

    Le malentendu dans nos rencontres avec Dieu, c'est que nous allons vers Lui avec une requête limitée. Nous attendons “quelque chose”. Il veut nous donner “quelqu'un”. C'est lui-même et Sa tendresse sans mesure qu'Il veut nous offrir. C'est Lui qui veut mendier une réponse à Son amitié”. (p.247)

     

    Stan Rougier, prêtre et écrivain-conférencier catholique français nous livre aux éditions Artège son testament spirituel : “Au souffle des béatitudes”.

    L'exercice lui permet de récapituler ses souvenirs de rencontres littéraires ou charnelles depuis sa jeune communion jusqu'à ses 90 printemps, fraichement rescapé qu'il est de l'épisode Covid.

    Leitmotiv de sa vie et de cet ouvrage : la joie de vivre qui ne l'a quasiment jamais quitté depuis sa rencontre avec Jésus :

    La joie n'est possible en plénitude que si nous avons trouvé sa source ultime : Dieu”(p.188).

    A travers ses émotions intenses en tant qu’aumônier, ses voyages à travers le monde en tant que prêtre, ses rencontres comme écrivain-conférencier (les papes, Christiane Singer, André Chouraqui...) ou ses lectures spirituelles (Saint François d'Assise, Antoine de Saint Exupéry notamment), la figure de l'autre l'a souvent émerveillé, comme reflet du dieu-Homme qu'il porte en lui.

    Joie et louange sont comme les deux faces d'une même réalité : l'amour filial”. (p.269)

    Ce livre synthétique est également une brillante relecture des passages clés de la Bible (psaumes, Prophètes, Sagesse, Job, Apocalypse, Évangiles...) à travers le prisme de la joie, l'annonce de joie étant le “premier et dernier mot des évangiles, le premier et dernier mot de l'existence”. Et l'on redécouvre pour ainsi dire ce qui parsème en filigrane le texte Saint judéo-chrétien, du début à la fin, avec parfois un souci de la traduction et donc de l'interprétation dont il est friand et coutumier, tant le sens peut être biaisé sans l'épreuve de la vie chrétienne qui va avec.

    Philosophes, saints, écrivains célèbres ont accompagnés sa vie en esprit mais il ne les place pas au-dessus des nombreux visages rayonnants moins connus ou anonymes qu'il côtoya lors de l'exercice de ses fonctions comme parangon de l'Amour de Dieu.

    La joie du chrétien vient avant tout de ce qu'il se sent aimé par Dieu d'un amour fou. Il croit en un Dieu empêché par notre indifférence et magnifié par notre amour. Il croit en un Dieu qui nous a confié sa création pour la continuer”. (p.215)

    A l'orée de sa vie, fervent croyant de l'au-delà et à ne garder que l'optimisme et les souvenirs de petites et grandes victoires de la lumière (sur les forces ténébreuses), on sent Stan Rougier allégé d'une vie qui pesa pourtant lourdement sur terre (son aura dans les foyers de charité en particulier, les nombreux témoignages de gratitude reçus de son vivant).

    Si l'on me demandait de résumer en quelques mots la mentalité hébraïque, je répondrais volontiers : l'amour de la vie et la joie de l'action de grâces pour l'amour dont Dieu aime son peuple”. (p.216)

    Stan Rougier s'est toujours identifié à un fils d'Israël par essence à travers son noviciat. Il le croit, sa force fut cette joie inébranlable qui fit de sa vie une louange perpétuelle. Estimant avoir beaucoup reçu il n'eut de cesse de communier par l'amour avec son prochain. Son regard éveillé lui a même fait oublier l'inimitié puisque tout concourt au joyeux plan divin, sur la terre comme au ciel des fixes.

    Un livre léger, pétillant et festif, comme des bulles de champagne !

     

    De toute éternité, Dieu est une communion de personnes : le Père est la source, le Fils le visage, l'Esprit Saint est la ferveur” (p.290)

     

  • En quête de la voie des maîtres

    L’œuvre de Gurdjieff brille dans le monde contemporain non seulement comme expression magistrale de la voie des maîtres dans la diversité de ses concepts philosophiques et l'efficience de ses méthodes pédagogiques, mais aussi comme réactualisation de la philosophie des cultures majeures de l'Antiquité occidentale”. (p.324).

     

    Contempler c'est comprendre intelligiblement, rationnellement une vérité ou essence dicible des phénomènes cosmiques composant la réalité”. (p.141)

     

    Patrick Négrier,Gurdjieff et la voie des maîtres,La Pierre Philosophale éditions,Jeanne de Salzmann,Ashyata Sheyimash,Castaneda,Voir,Récits de Bélzébuth à son petit fils,Janvier 2021Patrick Négrier publie un nouvel opus sur “Gurdjieff et la voie des maîtres” aux éditions la Pierre Philosophale, dessinant avec ses trois précédents ouvrages, une quaternité sur le sujet.

    Les deux principaux écrits du Maître caucasien dont l'immense et populaire “Récits de Bélzébuth à son petit fils” sont prétexte dans cet essai-bibliothèque à évoquer la tradition originelle ou voie des maîtres par opposition à celle des rites, dont les ramifications sont proche-orientales, Judéo-chrétiennes ou encore grecques anciennes (Platon, Socrate, Pythagore...). L'auteur insiste notamment sur l'aspect philosophique de l'enseignement et décortique bon nombre de termes ou d'idées codées du livre fleuve, se faisant ainsi “herméneute moderne de mythes anciens”.

    La bibliographie inclut tout ce qui touche de près ou de loin à Gurdjieff que Patrick Négrier découvrit vers l'âge de 20 ans. Même s'il n'a jamais fréquenté les groupes, on mesure à quel point il a approfondi ses connaissances personnelles en suivant les signes laissés dans les "Récits de Bélzébuth", tel un élève assidu et érudit mais de façon autodidacte. Il obtint également des informations de première main avec deux de ses élèves directs, Solange Claustres et Paul Beckman.

    De nouveau on accède à une somme de dévoilements plus particulièrement sur les différents types d'idiots auxquels on portait des toasts dans les groupes Gurdjieff, et sur la figure toute pythagoricienne d'Ashyata Sheyimash qui comprit parmi les premiers, l'horreur de la situation propre aux êtres humains à travers le temps : leur processus de destruction mutuelle.

    Fort de son autorité en la matière Patrick Négrier avance cependant quelques conclusions personnelles inappropriées.

    Il remet en question la fiabilité de l'enseignement du bras droit de Gurdjieff, Jeanne de Salzmann, en sa tournure mystico-évasive (en concentrant son attention sur le mystère, l'incontournable, l'insondable, elle fait l'apologie de la nescience), lui reprochant sa posture méditative silencieuse, prélude nécessaire à toute irruption d'une raison objective (le Verbe à notre sens). L'auteur, philosophe de formation mais pourtant adepte de l'enseignement de Castaneda ne fait pas le rapprochement avec l'exercice de “stopper le monde” qui donne un coup d'arrêt au mental et à la raison reine pour laisser advenir le langage du rêve ô combien symbolique et irrationnel. D'autre part le Christ n'est-il pas né d'une vierge, soit ésotériquement parlant le Verbe ne provient-il pas d'un silence mental dans une pureté loin de l'abstraction ? Une des thèses de l'auteur est de voir en Gurdjieff un "philosophe rationaliste" eu égard à ses Maîtres théoriques (Frédéric Lenoir perçoit aussi un “Christ philosophe”...) mais à lire les deux volumes parus récemment sur les groupes de paris (comptes rendus brutes de son enseignement aux cotés de Jeanne de Salzmann) il est dépeint comme très pragmatique, concret et cru dans ses explications avec une analyse plutôt scientifique et empathique des attitudes étriques de ses élèves.

    Par ailleurs existe t-il une seule façon de comprendre les récits et l'enseignement de Gurdjieff (faut-il chercher à tout comprendre d'ailleurs) ? Pourquoi s'adresserait-il plutôt à des raisons qu'à des intuitions ou des ressentis ? Voulait-il attirer à lui un seul type de personne par un seul canal de communication ? Tous ceux qui ont découvert les Récits intégralement ont forcément été touchés mais pour un résultat peut-être différent d'autrui. L'un s'est dirigé vers les arts martiaux, l'autre à entrepris la lecture interprétative du Coran, un troisième s'est mis à peindre des paysages galactiques, qui sait ? Pourvu que l'acte (Travailler au perfectionnement intellectuel et moral de soi) concourt à l'avènement du Royaume des Cieux, du Bien à venir donc...C'est le propre d'un Maître d'appartenir à l'univers (et non à une classe ou caste) comme la Source de connaissance à laquelle il est censé s'abreuver. L'unité qui relie toutes choses est moins une perception intellectuelle qu'une aperception globale, fruit d'un discernement étrique (christique pour le Chrétien véritable), d'une vision, d'une clarté de l'essence.

     

  • L'homme et sa double origine

     

    Caïn n'est donc plus la figure du méchant par excellence, c'est au contraire celle de l'homme dans son plein épanouissement, l'homme ayant assumé la totalité de son être. Il est à la fois le meurtrier mais aussi le créateur de la civilisation, le fondateur. En lui, les pulsions de vie et de mort cohabitent, sans se nier l'une, l'autre.” p.81


    Si l’œdipe est un arbre (vertical), le Caïn est un rhizome, proliférant dans toutes les directions, charriant haine et amour mêlés, d'un horizon à l'autre.” (p.171)

     

    Gérard Haddad,A l'origine de la violence - d'oedipe à Caïn, une erreur de Freud ?,Salvator éditions,Freud,Lacan,Bible,mythes,Christ,Janvier 2021Les éditions Salvator publient “A l'origine de la violence – d'Oedipe à Caïn, une erreur de Freud ?”.

    Dans ce livre consensuel et synthétique (il regroupe des éléments épars de ces trois derniers ouvrages), Gérard Haddad aborde le complexe de Caïn (définition et crédit), l'origine de sa réflexion (les attentats islamistes dont beaucoup sont commis par des frères), ses ramifications (les traces du complexe laissées par Freud et Lacan) et son importance pour le mouvement psychanalytique futur. Il apparaît en effet vital d'appréhender et interpréter autrement le drame humain que par le seul parricide. Et intégrer le “Caïn refoulé” permettrait, selon l'auteur, à l'institution psychanalytique, de progresser sans s'entredéchirer.

    A travers l'étude de la genèse biblique (“la société humaine et sa culture surgissent à travers un fratricide”) et de quelques auteurs classiques (Shakespeare notamment) , il cautionne son intuition première et adjoint au célèbre complexe d'Œdipe celui plus collectif et souterrain de Caīn et de la violence fraternelle. Car si l'Oedipe se résout généralement dans l'amour par la mort ou castration symbolique du sujet, le Caïn lui nous accompagne plus longuement et peut devenir source de guerres sur un plan extérieur mondialisé (“un fratricide à grande échelle”)...
    Il donne également des exemples de pacification et de pardon (Joseph et Isaac/Ismaël bibliques, Mandela, Gandhi, Yitzhak Rabin...) avant de proposer un chemin de guérison, “un chemin idéal de sainteté et de justice”.

    Caïn est le double (“Il naît de l'angoisse primordiale du double”), l'ombre tapi dans notre inconscient, l'autre en devenir ou potentiel, peut-être celui que les ésotéristes de tous bords nomment l'”être”(par opposition à l'égo), d'origine céleste, en tout cas obéissant à d'autres lois, de la reconnaissance à la co-naissance ? Sa non-réalisation ferait tomber l'humain dans une forme de fanatisme que seule la loi et la peur du gendarme stopperait.
    Le Christ est pour certains ce frère lumineux, rançon de Caïn et fin de la malédiction, de la violence extérieure. Au-delà des chapelles ils Le reconnaissent comme l'archétype de l'esprit, né d'en haut et à qui il est louable de céder la place dans une attitude respectueuse, le Connaissant étant relié à la Source, Il est naturellement d'un rang plus élevé.