blogger hit counter

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Les plutériens, un spectacle bien vivant !

     

    Les Plutériens est un spectacle à collaborations multiples. Charles Pennequin, auteur-poète lillois a écrit un livret pour l'Arfi (un collectif de musique jazz et improvisée basé sur Lyon) qui souhaitait de longue date jouer un opéra, à son image, déjanté. Spirito, le chœur de chambre professionnel dirigé par Nicole Corti est venu donner de la voix et du féminin (elles sont 8 sur scène) au sein de cet "opéra-space" dont deux solistes-acteurs (Marie Nachury et Antoine Läng) sont les personnages principaux...ainsi que Cantos, la machine qui voulait devenir humaine.

    Les plutériens,Charles Pennequin,Arfi,Spirito,Nicole Corti,Guillaume Bailliart,Marie Nachury,Antoine Läng,Xavier Garcia,Julie Ricassé,Romain Nicolas,Gaspard Gauthier,Martin Barré,Elvire Tapie,Coline Galeazzi,Théatre de la renaissance,Nuits de Fourvière 2019Guillaume Baillard, jeune metteur en scène, a su fédérer, temporiser et faire jouer ces joyeux drilles en apportant des outils scénographiques pour décomplexifier la trame narrative.

    Un projet ambitieux donc, estampillé "Nuits de fourvière" et qui suscita l'engouement de tous les acteurs engagés. Le résultat est assez novateur, parfois dérangeant, presque punk dans l'esprit.

    L'histoire emprunte les codes de la science fiction (avec de savoureuses références aux films du genre) tout en jouant avec pour le coté décalé. De même, la partition musicale s'affranchit, pour le coup, des règles de l'opéra pour proposer une lecture à la fois collective et individuelle (ils sont 11 dont 2 batteurs sur scène du collectif ARFI) de l’œuvre toute en apesanteur.

    Le spectacle est total, sur scène et dans la salle et se joue du temps par la richesse de sa proposition. On peut vite être débordé par le voyage, sans repères et avec les décibels parfois élevés, mais la théâtralité ajoute de l'humour, de la dérision et du recul pour ce projet qui se veut tout sauf élitiste, prétentieux ou je je-m’en-foutiste. Au bout des deux heures, un vaisseau bien sonore, car humain, a traversé le silence de l'espace !

    Choeur a rencontré Nicole Corti, Guillaume Baillard,  et Guillaume Grenard, trompettiste et membre de l'ARFI, à la sortie du spectacle joué au Théâtre de la Renaissance (en partenariat avec les Nuits de Fourvière). Un audio de 10 minutes :

    podcast

     

  • Gilles Farcet milite pour un centre en l'être

    "La voie est une dynamique par laquelle un être humain s'engage dans un processus alchimique de transformation (énergétique)…Il s'agit de faire émerger un sujet responsable et aimant, capable de participer à la guérison plutôt qu'à la maladie du monde" (p.17)

     

    boussole brouillard.jpgGilles Farcet est un être ouvert, accessible, à l'esprit clair et éclairé. Nous l'avions interrogé pour la sortie de son fulgurant premier roman en connaissant son passé de chercheur de vérité, d’écrivain et d’instructeur spirituel.

    « Une boussole dans le brouillard » paru aux éditions du Relié, combine ces trois aspects de sa personne et constitue de ce fait un livre très personnel, un témoignage qui lui tient à cœur.

     

    L'auteur s'est attelé à « mettre en perspective, clarifier et préciser » des notions et termes à visée spirituelle dont il est coutumier, exercice dans lequel il est crédible et qualifié. Il explicite ce qu'est la voie ou le chemin, le sens du travail sur soi (la sadhana), l’intérêt d'un groupe de travail (la sangha), l'objectif et les bienfaits d'une cristallisation autre qu’ego-centrée mais aussi les différences entre Instructeur, Maître et Libéré vivant, entre la thérapie et la relation au guide spirituel, entre l’expérience et la réalisation ultime (la libération au sens tradition du terme).

    On retrouvera ici également l’évocation de son maître spirituel Arnaud Desjardins, son enseignement et sa lignée (Swamiji Prajnapand) mais aussi ceux du siècle passé, de Yvan Amar, Lee Lozowick à Krishnamurti en passant par Maharshi ou encore Ma Ananda Moyî…ils furent légion.

     

    Gilles Farcet place aussi sa praxis dans la lignée et l'esprit des groupes Gurdjieff dont A.Desjardins consacra dix années de sa vie. On comprend ainsi mieux, dans cette optique, le handicap cuisant dont chacun est nanti (le tyran intérieur) et qui n'est qu'un réflexe, une stratégie de survie pour affronter le monde et son incohérence à vue d'enfant. (L'organe Kundabuffer selon Gurdjieff). On comprend également que l'homme ne peut véritablement agir (et non pas réagir) que sorti de sa mécanicité, ce qui exige la création d' un centre intentionnel.

    Cette cuirasse du petit ego souffrant a besoin de l’œil d'un témoin bienveillant pour cesser d'exercer son emprise possessive et de contrôle sur tous les domaines de la vie et surtout permettre à l’individu nouvellement né d'entrer véritablement en relation au lieu de se sentir séparé. « le but c'est de ne plus fonctionner à partir de l'ego mais du Tout, de l'ensemble incluant l'ego (p.245)…être responsable c'est être en mesure d'aimer (p.248)". Voilà pour la boussole.

     

    Quant au brouillard, à l'heure du net, il s'agit de la nébuleuse new age, du pullulement d’éveillés auto-proclamés promettant le "satori-éclair" ou encore toutes thérapies ou techniques de développement personnel axées sur le renforcement de l'ego, qui ne remplaceront jamais une ascèse éthique, rigoureuse et parfois longue avant d'atteindre une certaine maturité spirituelle, « 100% adulte, libre de papa et maman » (Citation de Swamiji Prajnapand – p.130). L'intérêt d'un instructeur dont la filiation est reconnue c'est qu'il ne se permet pas de jouer impunément avec le vivant. Éthique et techniques avisées sont les signes de son intégrité.

    Car non, rien ne s'obtient sans effort ou implication de sa personne entière et "tout engagement sur la voie est un travail de dénuement où il y plus à perdre qu'à acquérir, notamment l'attachement et l'identification à ses illusions". On pourrait croire que la vie se charge de nous mettre le doigt sur ce qui fait mal en nous, notre traumatisme originel. Mais encore faut-il avoir des yeux aptes à voir, un cœur apte à saisir et d'avoir la volonté d'"extraire un sens de l'épreuve subie", ce qui seul est quasi impossible, à moins d'une grâce divine (l'ouverture de l’œil-témoin ?) ...

     

    Une boussole dans le brouillard est un livre instructif, pensé comme un lexique pratique de la voie mentionnant aussi ses figures de proue. Son mérite est de replacer chacun à sa juste place, sans offenser personne. Tout à chacun y puisera la réponse à ses questionnements et des pistes utiles pour la suite de sa quête. Même si cela n'est pas voulu, un tel exercice peut parfois confiner à l'universel dans le sens ou l'être partage un langage commun.

     

    Nous souhaitions lui poser quelques questions (6,18 et 11 minutes) à partir de ce dernier livre :


    podcast

    podcast

    podcast

     

    « La voie consiste à cesser de chérir des opinions... cesser de m'identifier à mon monde" (p.165)

     

  • Hardies, les bergères guerrières !

    À l'occasion du Lyon BD festival , Chœur a décidé de lancer un cycle sur les pépites de la bande dessinée. Et puisque l'exposition imaginée par Sandrine Deloffre (coordinatrice du festival) intitulée Badass, les héroïnes de la bande dessinée jeunesse, nous a bien plu, nous nous en inspirons...

    les bergères guerrières,tome 1 la relève,tome 2 la menace,amélie fléchais,jonathan garnier,glénat,lyon bd festival 2019,sandrine deloffre,badass les héroïnes de la bande dessinée jeunesseLes Bergères Guerrières (Glénat) de Jonathan Garnier (scénario) et Amélie Fléchais (dessin)

    Voici Molly,  lointaine cousine de Mérida (dans le dessin animé Rebelle) par sa chevelure, sa détermination et peut-être son origine géographique. La jeune fille rousse rêve de devenir une bergère guerrière, un ordre inventé par les femmes, pour les femmes afin de défendre leur village. Ici les filles manient l'arc et les flèches et les garçons gardent les bêtes, tout en rêvant de revêtir à leur tour la cape des Bergères Guerrières. Chaque recrue possède un bouc, équivalent d'un cheval, avec qui elles s'entrainent. 

    "J'ai toujours été prête, je suis née prête", explique Molly à sa mère. Les lectrices aussi sont "nées prêtes" pour rencontrer enfin une héroïne qui les représente. Les garçons peuvent aussi s'identifier sans problème à Molly ou Liam, son grand ami. Quand aux adultes, à eux de rattraper leur retard en entrant dans l'univers d'Amélie Fléchais et Jonathan Garnier. Le village, la lande verte, les bergeries, la mer déchainée, la terre sacrée, le massif des griffes noires ou encore l'île des sorciers: de quoi partir à l'aventure vers des paysages colorés, avec des personnages au caractère bien trempé et aux traits expressifs, sans oublier la bouille des animaux et autres créatures imaginaires. Le scénario est très drôle et rythmé, avec de belles trouvailles tant dans les dialogues que les dessins. Vivement la suite des aventures des Bergères Guerrières !

    Le tome 1: La relève  et le tome 2: La menace sont déjà sortis, le tome 3 devrait sortir le 25 septembre prochain !

    Crédit photo: glenat.com

  • Un Requiem incarné

    requiem fragments,wolfgang amadeus mozart,laurence equilbey,yoann bourgeois,hélène carpentier,nathalie perez,eva zaïcik,jonathan abernethy,christian immler,insula orchestra,accentus choeur,guilhem chatir,sonia delbost-henry,nicolas mayet,jean-yves phuong,sarah silverblatt-buser,alexandre tondolo,marie vaudin,sigolène petey,edouard hue,david hanse,bénédicte jolys,les nuits de fourvière,juin 2019

    Lundi de pentecôte sur Fourvière. Il a plu toute la journée mais l'accalmie se présente en soirée et le public venu assister au Requiem (fragments) de Mozart est au rendez-vous.

    Par frilosité des instruments anciens de l'Insula Orchestra on nous annonce qu'ils seront à l'abri des regards, mais le spectacle est ailleurs.

    A la direction musicale, Laurence Equilbey est seule à la manœuvre au milieu d'une fosse pour le coup déserte et sa direction se fera par vidéo projection. Un parterre de chœur s'avance. Ils sont 22 plus 4 solistes, habillés de vêtements simples mais uniformes à dominante bleu, blanc et gris (Sigolène Pétey aux costumes). Ils approchent et entament le mythique Requiem.

    La version qui sera donnée dure peu de temps au total puisque qu'il s'agit de l'originale inachevée par Mozart (pas plus de 25 minutes avec des plages allant de 1 à 5 minutes) et non pas de celle plus connue de son élève.

    Les silences de l’œuvre, part manquante, seront occupés par les 8 danseurs du chorégraphe Yoann Bourgeois. Ceux-ci apparaissent rapidement dans le spectacle, déboulant d'une immense plateforme lisse comme un toboggan. Ils sont comme happés par le vide, le pas de trop qui les emmènent inexorablement vers l'inframonde et ses fosses charriant les morts. Métaphoriquement parlant ils peuvent aussi être vus "comme des larmes (qui) coulent les corps, sur la page noire du destin", selon le scénographe, un mantra entêtant qui ne cessa d'inspirer la création de Yoann Bourgeois pour cette méditation sur la mort.

    requiem fragments,wolfgang amadeus mozart,laurence equilbey,yoann bourgeois,hélène carpentier,nathalie perez,eva zaïcik,jonathan abernethy,christian immler,insula orchestra,accentus choeur,guilhem chatir,sonia delbost-henry,nicolas mayet,jean-yves phuong,sarah silverblatt-buser,alexandre tondolo,marie vaudin,sigolène petey,edouard hue,david hanse,bénédicte jolys,les nuits de fourvière,juin 2019

    Par la suite des tableaux animés se succèdent évoquant des scènes de vie et des petites morts : chutes, entraide, réussites collectives ou individuelles, passions, deuils, efforts...Le tout sous le regard bienveillant d'un chœur maintenant en haut de la structure et qui scrute, tels des anges, les faits et gestes d'une humanité livrée aux épreuves de la vie.

    A la toute fin, ils rejoindront par le même procédé de chute les 8 danseurs pour finir réunis dans un ballet et une ronde joyeuse et unifiante. Et l'on pense inévitablement aux dernières images du film primé Tree of Life de Terrence Malick où, sur une plage, les vivants et les morts se retrouvent pour partager l'amour et les souvenirs communs.

    La bonne idée du spectacle, outre cette rampe géante en tôle ondulée, c'est aussi cette roue giratoire mécanisée au sol, sur différentes vitesses (comme la roue du potier) et qui accentue la mise en mouvement des choristes et danseurs. Ils jouent avec la pesanteur, avancent à différents rythmes, ce qui donne du relief au ballet chorégraphique.

    Laurence Equilbey souhaitait travailler avec le chorégraphe Yoann Bourgeois depuis longtemps. La mise en espace du Requiem fut sa condition "sine qua non". Collaboration réussie puisque la cheffe d'orchestre, lorsqu'elle ne dirige pas avec intensité ses musiciens et choristes, observe avec émerveillement le ballet des danseurs, tel un témoin privilégié. Ainsi en va t'il également des danseurs portés par ce chœur vibrant des notes célestes de Wolfgang Amadeus.

    Qui est vivant, qui est mort ? Qu'est-ce que la vie, quel est son sens ? Y a t-il une survie et si oui de quoi ? Autant de questionnements en suspens dans cette œuvre singulière, hybride, où rien n'est jamais figé.

    Crédit photo : Les nuits de Fourvière

  • André Cognard convoque l'esprit de l'Aïkido

    André Cognard,Aïkido,Editions Dervy, Sensei Kobayashi Hirokazu,Académie autonome d'Aïkido,Morihei Ueshiba,Mai 2019Dans Aïkido, paru aux éditions Dervy, André Cognard rend hommage à l’enseignement de son maître Sensei Kobayashi Hirokazu (1929-1998) qu'il côtoya pendant 25 ans et avec l'autorisation de qui il fonda l’académie autonome d'aikido.

    La pratique auprès de ce dernier fut une voie au sens spirituel du terme car ce disciple d'Ueshiba Sensei était comme le fondateur de la discipline, à la fois mystique et guerrier.

    L'auteur et enseignant 8eme Dan de la voie (do) de l'harmonisation () des énergies (ki) prône la paix et le retour à l’unité (donc la liberté) par la pratique. Le livre révèle de nombreuses anecdotes sur ce maître dont il fut l'élève, le soutien et le confident. On y parle de techniques, d'attitudes et d'état d'esprit mais aussi beaucoup d'états intérieurs et de passages comme autant de morts successives. La concision est de mise dans l'écriture (147 pages denses) virant parfois à l'abstraction ardue lors de certaines théorisations de "ressentis" mais l'ensemble est équilibré et les derniers chapitres lumineux, plus clairs et aérés lorsque Sensei Cognard évoque la liberté que procure la pratique de l'aïkido.

    Les "hommes volants" le sont par échappement momentané à la loi de la gravitation, lorsque l'ego se dissout dans le jeu et que le "je" mental a totalement laissé la place à l'esprit.

    Ce livre sous titré "l'enseignement secret d'un disciple de Morihei Ueshiba" relate notamment un processus de naissance à l'esprit car Maître Kobayashi "était insaisissable au sens propre en ne laissant jamais l'attaquant fixer son attaque mais l'obligeant sans cesse à fixer son esprit".

    De longues années de pratique amènent l'individu à se fixer dans son centre soit "la profondeur de l'être en soi", en quittant les tensions égotiques. Cette ascèse de "polissage de l'égo" sape ses résistances (ou forces) en "renonçant au pouvoir sur autrui et donc sur soi-même".

    Pour André Cognard il s'agit ici de la première étape, celle de "l'esprit qui fait bouger le corps".

    Mais la voie alors reste un cheminement en territoire inconnu car c'est "quand le corps fera bouger l'esprit que se fera le pas ultime" (p.147). Ainsi des mémoires ou scories "transgénérationnelles" voire mêmes "transincarnationnelles" dont semble s'être affranchi l'auteur auprès du maître qui sut l'amener à mourir à lui-même et à l'image de soi dans autrui. Et l'on pense ici au fameux "fana" des soufis, soit l'extinction de la personne en Dieu ou à la parole de Jésus de renaître d'en haut que ne reniait pas le Sensei ou encore au célèbre koan "qui étions-nous avant de naître".andré cognard,aïkido,editions dervy,sensei kobayashi hirokazu,académie autonome d'aïkido,morihei ueshiba,mai 2019

    On le voit, l'Aïkido est un chemin qui a du cœur également et qui interpelle les corps avant tout. Cet art martial est une nouvelle façon de tisser des relations qui ne soient pas de l'ordre d'un pouvoir de domination mais bel et bien de compassion envers autrui et sa demande d'aide (plaidoyer de l'être séparé pour un retour à l'unité) que représente toute attaque verbale ou physique.

    Tout se recoupe et apparaît en filigrane un langage presque objectif d'une relation autre basée non plus sur l'apparent ou l'illusion mais le réel, le vrai monde, le monde de l'esprit, l'invisible senti, ji sekaï selon l'expression de Sensei Kobayashi, où tout est harmonie...

    @credit photo : Dervy et aïkidojournal.fr