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serpent

  • La fine pointe de l'âme

    Cette période romane trouve son équilibre entre ce qui appartient au cadre fixe, traditionnel, inaltérable, sacré et ce qui appartient à l'univers de la marge, toujours instable, en création, profane, c'est a dire au monde en devenir qui est par essence indivisible (p.37).

     

    Ortaire de Coupigny,Ortaire de Coupigny, artiste plasticien et écrivain féru de théologie et d'histoire d'art médiéval, publie l'Entrelacs et le Serpent - art médiéval et interprétation biblique, chez l'Harmattan.
    Dans ce petite essai touffu, agrémenté de nombreuses illustrations de l'auteur, l'entrelacs est questionné dans son rapport au foisonnement (végétal et de manducation), à la mutation (séparation) ou au désir d'unité (attachement), en lien avec des symboles clés de la Bible (le serpent, le dragon, les animaux...), des concepts (le mal, les ténèbres, le chaos primordial...) ou des textes saints (genèse, apocalypse, job, nouveau testament...).
    Un ouvrage ouvert qui n'assène pas de vérités. A lire l'investigation judicieuse et érudite de l'auteur, on se prend même à son jeu, en sondant notre ressenti et en cherchant une explication de ces enluminures propres aux copies du Moyen-Age.

    Ainsi pour qu'advienne le silence d'avant le Verbe (le Christ en soi), nous passons souvent par un déluge émotionnel, une sorte d'inflation égotique nous empêchant d'y voir clair et semblable à un nid de serpents, plus terrestre que céleste, plus ténébreux que lumineux. Cette nébuleuse nécessaire s'amenuise dès le retour de la conscience discriminante qui naît de la transmutation de l'énergie animale...Mais l'auteur est plus savant !

     

  • La mémoire à vif

    kounen.jpgAvec Doctor Ayahuasca, paru aux éditions Trédaniel graphic, Jan Kounen nous livre ses croquis de l'expérience intérieure qu'il a vécu et vit encore au Pérou, après 24 ans, en immersion avec le peuple Shipibo et ses chamans guérisseurs (dont Kestenbensa).
    Le roman graphique, œuvre ethnologique, est comme un guide d'une initiation à la médecine indigène, ses diètes, ses chants et son breuvage hallucinatoire, l'ayahuasca, issu de la décoction de deux plantes locales. 
    L'auteur cinéaste retrace sa découverte de l'invisible organique (en soi) et inorganique (les esprits alliés). Il partage ses visions et perceptions de décorporation ou de perte d'identité mais aussi ses ravissements lors de visions luminescentes et fabuleuses d'où émerge un nouveau centre.
    Manuel dessiné à usage pédagogique, il rappelle le long travail de nettoyage psycho-émotionnel (l'ombre) avant d'entrevoir la lumière de manière pérenne. Comme dans tout rite initiatique, des années de labeur consciencieux sont nécessaires avant d'atteindre les cimes (se relier verticalement notamment).
    La particularité de cette culture chamanique réside dans l'alliance avec le végétal et ses esprits (que possède chaque plante) pour se purifier, s'harmoniser et se protéger durant notre passage sur terre. Le corps est en effet assimilé à un vaisseau qu'il convient de perfectionner et d'entretenir pour que le voyage stellaire (la cosmologie est importante également) se déroule pour le mieux.
    Questionnant depuis l'enfance la réalité de ce monde, il nous prouve avec détails infimes, minutie et précision, l'existence d'une autre réalité imagée et symbolique que les peuples indigènes ont de tout temps préservé, malgré la christianisation et l' étiquette de folie accolée.
    Ironie du sort, c'est vers eux que se tourne désormais le monde entier pour retrouver équilibre personnel et éthique envers la planète.