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mai 2026

  • La plaie du Vivant

    L'écran s'est glissé entre nos corps et le monde et l'empathie se meurt. L'intuition aussi. Les conditions pour soumettre l'esprit sont réunies. Devenir un résistant aujourd'hui, c'est retrouver le chemin de l'empathie...par la douleur...qui nous relie (p.183)

     

    duboc.jpegGislaine Duboc sort son troisième livre chez Véga Éditions "Laisse la Vie entrer dans ta vie", plutôt centré sur l'avènement de l'I.A, des réseaux sociaux, des écrans et de leurs dangers.
    Les membres de sa famille et de son cercle d'amis défilent, et se confient ; un dialogue se construit, ainsi qu'une méthode de vision-investigation, menant à un dénouement, une meilleure compréhension de la problématique et de sa solution.
    A l'heure des élus de la "tech" qu'elle nomme les "handicapés du sensible", qui font basculer le monde et les nouvelles générations dans un rêve de l'esprit, un univers connecté, Gislaine Duboc veut encore croire à la reliance terrestre (la nature, le cercle restreint, les rencontres) et céleste (les disparus, les esprits bienveillants...). Chamane dans l'âme, elle démontre comment l'inspiration advient, à partir du corps et d'un cœur empathique, éveillé, vibrant, intuitif. 
    Jamais avare d'un conte initiatique, cette sagesse incarnée titille les consciences par des appâts de mots imbriqués, visionnés, inspirés.
    Véritable star des réseaux avec ses courtes vidéos en pleine nature, sur des sujets d'actualité, elle pressent comme beaucoup le danger d'une technologie aliénante et tueuse de sensations, captivant l'attention de ses adeptes, avec un nouveau Dieu omniscient, porteur d'une vérité indubitable (google ? Chat GPT ?).
    L'espoir domine l'ouvrage, avec la Vie qui sourd à l'intérieur et alentour, contrecarrant les plans les plus diaboliques et qui resserre les liens plutôt qu'elle ne les distant. Reste aussi cette foi en un Créateur bienveillant et Miséricordieux, qui saura in fine faire le tri entre le bon grain et l'ivraie, pour qu'advienne un monde véritablement nouveau, relié plutôt que connecté, outil plutôt que maître, à l'image du mental.

  • La vague des émotions

    Quand viendra la vague, Julien Thonnat, Anastasia James, Compagnie Les errances enchantées, Théâtre de l'Uchronie, mai 2026, Alice Zeniter

    Quand viendra la vague est une pièce écrite par Alice Zeniter et qui se jouait au Théâtre de l'Uchronie avec Anastasia James (également metteuse en scène) et Julien Thonnat, de la compagnie Les Errances Enchantées.


    Un couple vivant sur une île pour minorer la catastrophe d'une vague meurtrière, procède à toute sorte de jeux pour décider qui sauver. L'île, le couple ultime, le jugement dernier, la vague, l'arche de Noé...autant de références assumées à un scénario eschatologique où deux humains président à la destinée de l'humanité avec humour, fantaisie, jalousie ou approfondissement de leurs sentiments amoureux.


    Rythme et profusion de rôles, scénographie onirique (le rocher, les costumes...), conscience écologique : c'est l'humanité qui se révèle à mesure de la montée de la vague, après que la tempête émotionnelle soit passée.


    Intensité du jeu, cas de conscience et sentiment d'urgence ponctuent cette pièce jusqu'à un final déroutant.
    Rencontre avec les deux protagonistes à l'issue de la représentation :


    podcast

  • Un buffet iconique

    Clochards-Celestes-2526-Buffet-Gratuit.jpg

    Nous avons assisté à la dernière représentation de Buffet Gratuit par l'atelier 404, écrit et mis en scène par Louis Ferrand, au Théatre des Clochards Célestes.
    Dans un futur proche, les curseurs de l'effondrement climatique et socio-politique sont poussés à fond et des groupes révolutionnaires éthiques (ils répondent à une charte démocratique) survivent malgré la pollution et l'avarie en eau et nourriture.
    Le buffet en question sera donc maigre et inédit, questionnant la justice climatique, la lutte sociale et la société démocratique.
    Lula Paris, Amélie Zekri, Solal Viala, Elise Martin et Théo Perrache occupent à tour de rôle brillamment l'espace et font exister ce groupuscule révolutionnaire auquel le public prend fait et cause. Des inflexions participatives lui donne un aspect ludique et immersif : chaque public assisté à un spectacle unique.
    Beaucoup de rythme dans cette pièce, outre un casting réussi, mais aussi de la poésie, de l'humour et des talents cachés (le chant d'Amélie Zekri et d'Elise Martin), font de Buffet Gratuit une réussite.
    Rencontre avec l'auteur d'un texte ciselé et mûrement réfléchi, Louis Ferrand (10 min 30), à suivre.


    podcast

  • Une réflexion mûrie

    D'un point de vue psychanalytique, cette éthique peut être comprise comme une désintrication du religieux et du surmoi, telle que l'ont analysée des penseurs héritiers de Freud et de Lacan. Elle ne nourrit pas le fantasme d'un Dieu persécuteur intériorisé, surveillant les pensées et désirs, mais ouvre un espace où le sujet peut consentir à sa finitude sans se haïr lui-même. En ce sens, l'éthique évangélique est une éthique de la castration assumée, non de la toute-puissance morale...elle ne construit pas un surmoi religieux, mais libère un espace de responsabilité adulte, où la foi n'est plus une contrainte mais une confiance  (p.161).


    Michel Leconte,Jésus après les dogmes - Histoire, critique et liberté de croire,Karthala éditions,dogme,rituels,théologie contemporaine,exegèse historico-critique,Michel Leconte, psychologue de formation et passionné de théologie, publie chez Karthala éditions, dans la collection Sens et Conscience, Jésus après les dogmes - Histoire, critique et liberté de croire.
    Le livre est salvateur car il remet Jésus l'homme, son message et l'esprit qui l'animait, au centre : son "amour des ennemis, sa justice pour les pauvres, sa liberté face aux pouvoirs". Michel Leconte, fervent chrétien, remet aussi en question le dogme, récité selon lui  mécaniquement ; la sacralisation eucharistique (qui ne l'est plus) avec son aspect magico-superstitieux, et plus globalement l'emprise doloriste et culpabilisante de l'institution ecclésiale.
    Il nous livre ce qu'il a conscientisé d'une psychanalyse approfondie, confrontée à l'exégèse historico-critique et à la lecture de théologiens contemporains, pour qui Jésus n'était pas Dieu mais son "porteur" et son reflet. De même pour la résurrection qu'il perçoit comme "un souffle, une force de vie...une parole qui ressuscite les vivants...et fait lever l'amour au milieu du désespoir (p.86)". Quelque chose a survécu de l'homme que valida Dieu même après sa mort, dans son absolutisme et ses choix de vie radicaux. Un Dieu pour le coup immanent plutôt que transcendant, avec lequel une relation d'amour confiante est possible et que l'on sent présent ou absent (selon notre aveuglément émotionnel) mais qui épouse la condition humaine et l'accompagne dans la souffrance et l'épreuve, la finitude aussi et plus encore...loin d'un Tout-Puissant Omniscient et que Jésus laissait transparaître.
    Ouvrage mature d'un penseur libre donc mais qui, petit bémol, à force de rejeter sous couvert d'incrédulité infantile, ne reconnaît ni la fonction de Messie, ni la naissance virginale de Jésus par Marie, prélude à notre sens, au moins symboliquement, à l'avènement du Verbe : un terreau silencieux, au-delà du mental, dans la foi au Saint Esprit.
     

  • Modernité de l'Apocalypse

    Les poèmes d'Ellul se dévoilent devant nos yeux dans toute leur beauté, leur richesse et leur ambiguïté...Ambiguë, la parole l'est bien. Celle d'Ellul ne fait pas exception. Ce n' est pas seulement a cause du contenu de sa poésie que celle-ci est parfois difficile à saisir, c'est avant tout parce qu'elle est un déploiement particulier, esthétique, de sa théologie de la parole (p.39).


    Poète du Tout-Autre,Yannick Imbert,éditions olivétan,Jacques Ellul,Silences,Oratorio,poésie,Livre rouge,C.G Jung,théologie de la parole,parolel imagée,christ,dieu,APocalypse,Mai 2026Dans Poète du Tout-Autre, Yannick Imbert, professeur d'apologétique, présente une introduction à la poésie de Jacques Ellul, aux éditions Olivétan.
    Ses deux recueils de poésie, Silences et Oratorio, ont été publiés à titre posthume car il "ne pouvait (décemment) pas se révéler". 
    Cette petite apocalypse, au sens de dévoilement de l'intime, pour un penseur très influent sur les plans sociologique et théologique, est la quintessence et le fruit d'une vie (intérieure). Oratorio fait même figure de "livre rouge" d'Ellul (comme pour C.G Jung), préfigurant son étude future sur l'apocalypse et l'unité sous-jacente de domaines à priori antagonistes,  dans son œuvre bibliographique.
    On passe un bon moment avec cet essai érudit et exigeant de Yannick Imbert sur un auteur qu'il vénère et dont il a saisi l'importance de la prose. L'ouvrage n'est pas  l'exégèse d'une "théologie de la parole" mais une tentative, à l'aune des thématiques (vanité, liberté, ville, Dieu...) travaillées par Jacques Ellul (1912-1994), de donner quelques clés de lecture. Le reste, affaire de "parole imagée", visions christiques d'un homme de foi et d'espérance, représente son intuition du sens de l'Histoire et de la Présence/absence de Dieu.
    Les extraits, nombreux, ne suffisent pas à saisir l'ensemble du souffle poétique, ni son degré d'inspiration. S'y plonger, lors de leur réédition, sera peut être la prochaine étape. Mais on peut certainement qualifier sa parole de Verbe, nourriture circonstanciée, vision sublimée et manduquée d'un texte hallucinant et halluciné, la Bible et son apex, l'Apocalypse de Jean.