Premier souvenir de Mafalda : au collège, en cours d'espagnol. Traduire ce que voulait dire l'héroïne, difficile ! Peut-être est-ce sa bouille ou son air déterminé plutôt que ses paroles "énigmatiques", Mafalda m'a aussitôt plu ...Album - Page 2
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Mafalda notre héroïne
Premier souvenir de Mafalda : au collège, en cours d'espagnol. Traduire ce que voulait dire l'héroïne, difficile ! Peut-être est-ce sa bouille ou son air déterminé plutôt que ses paroles "énigmatiques", Mafalda m'a aussitôt plu ...Aujourd'hui, elle fête ses 60 ans, Quino, son auteur argentin décédé en 2020 aurait sans doute été très fier ! En effet, Glénat réunit 13 autrices qui lui rendent hommage avec l'album Mafalda, mon héroïne. Les dessinatrices ressuscitent ainsi la petite fille à notre époque. Le plus amusant est de découvrir les nouveaux traits de Mafalda à travers les coups de crayon de chacunes d'entre-elles. À commencer par la première de couverture où apparaît une Mafalda toujours pétillante et souriante avec ses épais cheveux noirs et sa belle robe rouge accompagnée de son amie la Terre, merci Pénélope Bagieu.Plusieurs autrices imaginent leur rencontre avec Mafalda et c'est pour le moins décoiffant. Florence Dupré La Tour (argentine, qui a grandi avec ses albums) et Maëlle Reat doivent raconter à la petite-fille l'état actuel du monde..."plus tu es en bas de l'échelle sociale plus tu as d'étages à monter" dixit cette dernière. Sympa la veste-survet' rouge pour Mafalda ! Chez Véro Cazot et Maud Begon, la pauvre enfant se retrouve projetée par erreur 60 ans plus tard. Sa mère travaille, ses amis sont totalement à l'aise avec "l'uberisation", les vidéos en ligne et le métier d'influenceuse pour Susanna. Petit coup de cœur pour les dessins et la réinterprétation trop "cute" des personnages.En 2024, Mafalda se bat plus que jamais contre le patriarcat, ce ne sont pas Soledad Bravi et Agathe de Lastic qui diront le contraire. Notre héroïne préférée retrouve tous ses amis et a toujours beaucoup d'ingéniosité et de diplomatie pour régler les conflits. Les dessins sont vraiment très précis et les trois couleurs blanc, noir, rouge siéent parfaitement à Mafalda. Chapeau à Marie Bardiaux-Vaïente et Gally. Même après 60 ans la jeune senior s'indigne toujours contre le statut de la femme, de l'enfant ou s'affole contre la dernière trouvaille de Manolo "Une clémentine sans peau emballé dans du plastique". Elle n' a rien perdu de son esprit avec Anne Simon.La cause animale a trouvé une nouvelle égérie avec celle qui rêve depuis toujours que le monde aille mieux. Emilie Gleason nous permet de voyager dans l'imaginaire féerique de Mafalda. Ça fait du bien même si la réalité nous rattrape toujours. D'ailleurs, ça y est, l'héroïne est devenue adulte, n'est-ce pas Aude Picault ? Elle doit travailler et supporter les humeurs de Susanita enceinte mais heureusement elle a toujours horreur de la soupe. Ouf !Le mot de la fin revient à Florence Cestac qui rassemble deux héroïnes Mafalda et Olive Oyl...vive la BD féminine et féministe !Lien permanent Catégories : Album, Amour, Art, Bande dessinée, Féminisme, Histoire, Humour, Jeunesse, Loisirs, société 0 commentaire -
La joie dans le jeu
Cutouts est sans doute l'album le plus représentatif du trio gagnant composant The Smile. Loin d'être des "chutes" d'une session d'enregistrement, les 10 chansons de haut niveau émotionnel du troisième opus sont une mosaïque de couleurs et de fusions de styles, un concept expérimental varié et créatif. Pour certains déjà joués en début de tournée (2022), les titres trouvent ici une texture définitive et s'insèrent dans un tout cohérent, libre d'attaches et de carcans. L'écoute répétée suscite magie et émerveillement, comme le dernier film de Coppola. L'ouverture est le maître mot, adjoignant l'impro jazz à la palette musicale déjà bien fournie.
Cinq années à se côtoyer, deux années de tournée à se synchroniser, la patte et l'univers de Tom Skinner se fait ici de plus en plus prégnante, amenant les complices de longue date Thom Yorke et Jonny Greenwood à s'amender et s'adapter, changer leur état d'esprit, toujours à essayer de trouver la note juste et livrer un son nouveau. L'inspiration se fait de moins en moins cérébrale et œuvre à des territoires inconnus, plus pop ou intégrant chœurs et/ou saxo-clarinette (Robert Stillman). Pas de hit ni de qualificatif pour sonder un titre en particulier tant l'album entier regorge de singularités. Sans doute des trois disques le plus à l'image d'une vraie alchimie trinitaire et gage de plus encore à venir, sous ce format souple, instinctif et surprenant de libertés. -
Justice pour tous
JUSTICE (Gaspard Augé et Xavier de Rosnay) signe avec Hyperdrama, un album dance et dense, de haute volée. La croix comme emblème, ici ressuscitée en corps, dans un sarcophage de verre, JUSTICE s'accommode d'un univers évangélique à résonance universelle. Mondialement connus, ils ne sont pas juste seconds après les Daft Punk mais désormais fer de lance de l'électro french touch du label Ed Banger.
Hyperdrama est une claque auditive défiant les étiquettes. L'opus est varié, hypercréatif dans sa fusion de styles musicaux ; équilibré entre le lourd (son massif dans la lignée de "stress") et le léger (voix en falsetto), le lounge et la dance, les voix et les nappes mélodiques, les instruments (basse, drum, saxo) et les machines.
Émotion et pesanteur parsèment l'écoute, comme un subtil mélange entre le cinématographique Discovery et le très organique Random Access Mémory des Daft Punk. Mais la comparaison s'arrête là pour qualifier un son fusionnel et expérimental digne des meilleures productions mondiales actuelles, rendant hommage allègrement par touches à des classiques musicaux des décennies passées.
Reste à ressentir le rendu sur scène pour se faire une idée de l'impact de ce concept (4eme album ) résolument altruiste, qui fait cohabiter tous genres et auditeurs. Justice joue t'il la bande son de l'apocalypse ? -
Un rire eco-cathartique
Reno Bistan est un chanteur poète caustique engagé. Radio Bistan est son troisième disque solo sorti en 2019, un concept radiophonique narrant le premier jour de l'élection d'un président-chanteur écologiste, dans un royaume imaginaire. Artiste associé au théâtre du Grabuge, dont Géraldine Benichou est la malicieuse metteuse en scène, le disque a pris une forme théâtralisée qui chemine allègrement dans toute la France et passait par l'Iris de Francheville.Un show calibré, millimétré à quatre voix ; une écriture au cordeau, ciselée et cinglante ; le tout ponctué d'un tour de chant maîtrisé et entraînant. Claudine Pauly (chant, piano et voix) et Noémie Lacaf (chant et voix) apportent beaucoup en présence scénique. Elles enrobent et accompagnent avec grâce, la voix fluette (entre Mathieu Boggaert et Ours) de Reno. Elles jouent également les journalistes d'un jour, pastichant des émissions phares de France Inter (Léa Salami, le jeu des mille heureux, Macha...), en compagnie d'un fougueux et désopilant Sylvain Bolle-Redat qui campe une série de personnages truculents.
La pièce est bien huilée, efficace et sans temps mort. Les infos sont mises à jour et s'adaptent à la ville hôte, dans un souci interactif et bon enfant.
Côté écriture, toute l'actualité politico-écologique et les non mesures de ces quarante dernières années sont passées au filtre mordant d'Olivier Minot et clamées sur différents registres (chant, reportage, infos) : un véritable exutoire jubilatoire pour les personnes éco-sensibles. Évidemment l'utopie (la première journée de l'élection au Bistan) est grossièrement exagérée et un poil radicale. Pour ceux qui hésitent entre rires et pleurs reste l'option joie et légèreté. C'est celle que nous retenons pour ce petit spectacle affiné et affirmé, d'intérêt public.
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Beauté voilée

Avec un deuxième album Wall of Eyes, de prime abord mièvre et incomparable, the Smile nous propose, à l'écoute hi-fi, une musique complexe, exigeante, inelligente et créative. Ces artistes qui se nourrissent ces derniers mois de conscience, de respect et d'amour du public (une tournée internationale sold out), pondent en retour, avec certes beaucoup de génie, un album de 8 pépites, quintessence de leur art, fusion de genres, voix et rythmes planants comme dans un état entre-rêve éveillé. La caresse côtoie le bruit (magma sonore), l'harmonie le strident mais l'album est équilibré, suave même.
S'habiller de beauté, tel est le credo de cette proposition artistique pour auditeurs matures, aptes à percevoir l'intention première derrière le chaos apparent, ou plutôt les nuances subtiles dans ce qui semble amalgamé.
Enregistré en partie dans le mythique studio Abbey Road, the Smile, avec Sam Petts-Davies comme producteur, a su capter l'essence de l'universalisme propre aux Beatles en innovant sans cesse pour ne pas se laisser posséder ou capturer. Un trio post Radiohead (Yorke, Greenwood et Skinner) à haut potentiel mélodique et rythmique, qui trouve dans Wall of Eyes une alchimie indémodable. A Splendid Time is guaranted for all ! -
L'under gronde
Après avoir mis à l'honneur des activistes engagés dans le projet de compilation par les damné.e.s de la terre, Rocé nous livre sa version de la lutte avec Bitume (Hors Cadre) et cela sonne classique.
Compositeur aux magnifiques beats épurés et métissés (mention spéciale pour "Il pleut dans ma tête" ou "interlude"), le message est ici brut, sans concept ni volonté de plaire, direct et radical.
Rocé apporte une vision fraîche nourrie de la subculture, indépendante et revendicative, dont le rap est une excroissance : Le modèle dominant n'a ni projet (une tête ?) ni foi et ne craint pas le chaos (le cherche ?). Les opprimés (issus des colonies notamment) ont des valeurs, des idées-haut(es), une énergie (un feu intérieur), un vécu qui mérite écoute,considération ou apprentissage (le lien avec le Vivant entre autre), en vue d'une autonomie ou d'une liberté personnelle, dans un climat sous pression.
Le ton est professoral, l'alerte est vitale. Un nouveau monde, un "champ de possible" peut naître d'esprits affutés, conscients et résistants (à l'image de Big Red ou de Ol Kainry en feat), pour un futur désirable et une juste place en son sein.
Il y a clairement des méprisés, une souffrance commune, un instinct de survie mêlé d'espérance, une attitude combative face à l'adversité, qu'illustre l'artiste de façon minimaliste, avec beaucoup de force et d'amour, en musique et pulsation.
Du niveau, de la hauteur, de la verve, des rêves...un album sous haute tension qui décrit avec brio notre modernité déshumanisée et la nécessaire alliance avec l'instant, afin qu'une présence soit. -
Ninlil, vole aux Vents
La Terre est parcourue de vents. Ils viennent de si loin et de si haut. Ces vents ont un secret. Ce n’est ni l’origine de leur force, ni leur souffle ni les tempêtes qu’ils déclenchent. Non, il s’agit d’autre chose. D’une enfant, oui, exactement ! On l’appelle La fille des quatre Vents. Myriam Dahman (texte) et Paul Echegoyen (dessins) ont choisi de nous conter son histoire. Glénat Jeunesse a suivi en éditant son album. Nous voici donc embarqués dans la demeure de Borée, le Vent du Nord, Euros, celui de l’Est, Notos du Sud et enfin Zéphyr de l’Ouest. C’est dans l’immensité du ciel que va donc grandir Ninlil, leur fille. Elle ne fait pas trembler les arbres ni déclencher la pluie puisqu’elle est une simple humaine, née dans une forêt sur notre bonne vieille Terre. Pourtant sa vie n’est pas aussi limpide qu’une brise fraîche d’été.Ces longs cheveux blancs séparés en deux et parsemés de fils d’or et de perles de couleurs, ces grands yeux bleus et sa jolie frimousse piquée de tâches de rousseur. La fille des quatre Vents ne passe pas inaperçue dans la foule d’une ville. Entourée de tourbillons, d’air chauds ou froids, de bouffées d’orage, elle ne peut qu’attirer le lecteur ou le spectateur. En effet, c’est un conte qu’on a envie de lire à haute voix, debout, en montrant les magnifiques couleurs et paysages créés par Paul Echegoyen. Les mots scintillants ou enveloppants du texte de Myriam Dahman se retrouvent en image. Nous prononçons avec force les phrases en gros caractère et l’histoire de Ninlil prend vie. L’autrice fait naître une galerie de personnages qu’ils soient humains, animaux ou éléments. Elle les relie tous comme pour montrer leur nécessaire coopération et imbrication. Le tout forme une belle ode à la nature et à son cycle à travers les âges.
Voici un conte au grand format qui touchera petits et grands et qui fait chaud au cœur. La liberté s'y engouffre sans qu'on puisse l'arrêter. Cet album donne envie de respirer un grand coup, de sentir les embruns qui viennent de très loin, d’écouter le chant du vent et d’aller voir en forêt si Ninlil ne s’y balade pas incognito !
Image: Glénat Jeunesse