"Ni abri, ni refuge, ni serre, le désert est plutôt un creuset où, grâce à un certain feu, qui sera à la fois celui des passions et celui de l'Esprit Saint, un métal noble sortira purifié de ses scories, où un nouvel alliage verra le jour, audacieux, neuf, inconnu jusqu'à présent. Ou pour employer une image biologique et biblique à la fois, le désert est une matrice où, dans les douleurs inévitables d'un enfantement , un nouvel être viendra au jour, l'Homme nouveau, créé en Jésus-Christ, dans la justice et la sainteté". (p.69)
Dom André Louf (1929-2010) fut un moine savant contemporain, écrivain, traducteur et accompagnateur spirituel de surcroît, dans la droite lignée de l'école traditionnelle chrétienne pour ce qui concernait l'intériorité de l'homme en quête de Dieu.
Charles Wright, écrivain et journaliste, a exhumé des écrits intimes du père trappiste, lui permettant de devenir son biographe (le chemin du cœur paru en 2017) et "l'homme intérieur" paru chez Salvatore Éditions est un recueil de ses interventions publiques sur le sens du travail intérieur, un chemin d'élévation où il s'agit paradoxalement de parvenir à un état d'humilité proche du cœur christique, où la volonté de Dieu opère absolument.
On y découvre un érudit, fin connaisseur des Pères de l'église grecs et orientaux (Ruusbroec, Saint Séraphim de Sarov, Isaac le Syrien, Saint Jean Cassien...) anciens ou modernes mais aussi de la psychologie des profondeurs dans sa branche psychanalytique, dont il s'inspira tout en lui donnant une limite métaphysique :
"Ce joyeux repentir n'a rien à voir avec le sentiment diffus de culpabilité, avec les remords de conscience qui hantent la psychologie de tout homme et que l'on a parfois confondu avec une action de l'Esprit Saint... Celui-ci ne mord jamais, il oint, il console, il est douce onction. Le repentir chrétien est à l'opposé de la culpabilité qu'elle vient guérir en profondeur"...(p.120)
Il fut, en le lisant en filigrane, un fin connaisseur de la psyché humaine, de ses travers et voiles cachant le soleil ou feu du discernement, et sachant séparer et reconnaître le "gendarme" du "maître intérieur" à ses fruits. Autrement dit différencier le petit ego avec ses tares (orgueil, amour propre, vanité, susceptibilité...) et l'esprit sain en ses qualités de "spontanéité, liberté et joie profonde", tout un art pour sortir du repli sur soi et aller vers un rayonnement de l'être.
La force et l'attrait de ces conférences thématiques (la prière, le repentir, la solitude,, l'ascèse...) sont issus d'un vécu, d'une relation nourrie de l'esprit sain et d'un cœur contrit que Dieu peut investir totalement :
"L'ascèse c'est laisser éclater la joie de Dieu en nous, et la force de Dieu en nous, qui est l'Esprit Saint" (p.150)
C'est une véritable naissance en esprit que nous laisse entrevoir le Père Louf, en fin connaisseur de la voie érémitique et de ses pièges.
Il est, par ses écrits encore et son aura authentique, une balise dans le désert de la solitude et du jeûne (au monde) pour qu'advienne par frictions, une conscience, une personne, une autorité, un esprit de discernement, un Moi Roc...et devenir témoin d'un Réel transfiguré par un Plan divin.
Un auteur à découvrir ou à retrouver ici dans ses "homélies laïques".
“C'est uniquement cette rencontre qui crée en l'homme la métanoïa, ce retournement du "noûs", la volte-face du cœur, où l'homme se dessaisit de toute prétention de justice, de toute ambition de sainteté même, cède devant Dieu, et se livre à Lui, pour s'apercevoir que l'étincelle de la colère un instant redoutée s'est muée instantanément en un brasier de tendresse infinie, celle d'un dieu qui est Feu consumant mais qui consume par l'amour”. (p.87)
La Fontaine de Pierre édite un inédit de C.G. Jung en français : "Symboles oniriques du processus d'individuation". Il s'agit de la retranscription de deux séminaires donnés en Amérique (Bailey Island et New York) avant la seconde guerre mondiale, à un public averti par la résonance de l'inconscient. Ce matériau brut (on entend Jung dans son oralité) préfigure les thématiques et concepts que le psychiatre zurichois développera quelques années plus tard dans ses différents livres (Tout est déjà là en l'état), avec une focale sur les mandalas, figures et symboles de compensation et d'auto-guérison du Soi lorsque des conflits submergent la conscience.
Les élus de Dieu sont de tout temps, éternels, exemples vivants d'une relation inspirée à Dieu. Une intelligence commune ou lumière de l'esprit, accompagne ces témoins de vérité pour un discernement au-delà des apparences, pouvant aller jusqu'à "la révélation de l'intériorité diversifiée des êtres humains"(p.228), ce qui constitue en soi un événement eschatologique.
Sous l'angle psychanalytique, une relation entre deux personnes est beaucoup plus riche qu'on ne le croit puisque des “archétypes” sont à l’œuvre dans la psyché de chacun (la persona, l'ombre, l'animus...), sans compter les esprits des ancêtres et autres anges gardiens pour peu que l'on soit croyant...c'est dire la complexité d'un couple.
Phillipe Guillemant est une caution scientifique, médiatiquement populaire, en vogue.
C'est une véritable nourriture êtrique, légère et digeste, que nous propose le prolixe
Jean-François Alizon