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Histoire

  • La fine pointe de l'âme

    Cette période romane trouve son équilibre entre ce qui appartient au cadre fixe, traditionnel, inaltérable, sacré et ce qui appartient à l'univers de la marge, toujours instable, en création, profane, c'est a dire au monde en devenir qui est par essence indivisible (p.37).

     

    Ortaire de Coupigny,Ortaire de Coupigny, artiste plasticien et écrivain féru de théologie et d'histoire d'art médiéval, publie l'Entrelacs et le Serpent - art médiéval et interprétation biblique, chez l'Harmattan.
    Dans ce petite essai touffu, agrémenté de nombreuses illustrations de l'auteur, l'entrelacs est questionné dans son rapport au foisonnement (végétal et de manducation), à la mutation (séparation) ou au désir d'unité (attachement), en lien avec des symboles clés de la Bible (le serpent, le dragon, les animaux...), des concepts (le mal, les ténèbres, le chaos primordial...) ou des textes saints (genèse, apocalypse, job, nouveau testament...).
    Un ouvrage ouvert qui n'assène pas de vérités. A lire l'investigation judicieuse et érudite de l'auteur, on se prend même à son jeu, en sondant notre ressenti et en cherchant une explication de ces enluminures propres aux copies du Moyen-Age.

    Ainsi pour qu'advienne le silence d'avant le Verbe (le Christ en soi), nous passons souvent par un déluge émotionnel, une sorte d'inflation égotique nous empêchant d'y voir clair et semblable à un nid de serpents, plus terrestre que céleste, plus ténébreux que lumineux. Cette nébuleuse nécessaire s'amenuise dès le retour de la conscience discriminante qui naît de la transmutation de l'énergie animale...Mais l'auteur est plus savant !

     

  • Les dessous de la foi

    ...Il n'y a pas de raison pour qu'il ne se soit pas passé là, ce qui se passe pour les auteurs inspirés : la motion divine laisse intacte l'instrument humain qu'elle trouve et qu'elle utilise, et c'est avec tout ce qu'il est et tout ce qu'il sait déjà humainement que l'auteur transmet le message et lui donne forme (p.83)...

     

    9782841374502-Editions-Millon-Louis-Massignon-et-les-amis-de-Notre-Dame-de-la-Salette-MASSIGNON-Louis-1_1463.pngLe 19 septembre 1846 à la Salette eut lieu une apparition mariale avec un message eschatologique, adressé à deux berger.e.s de 11 (Maximin) et 14 ans (Mélanie). Il y était aussi question d'Apôtres des derniers temps et de règles d'un Ordre de la Mère de Dieu (avec fondation de couvents), qui était apparue, dans la vision, en pleurant...sur les péchés de l'Église et ceux des hommes de ce temps.
    Dans Louis Massignon et les amis de Notre-Dame de la Salette, paru chez Jérôme Millon éditions, sont exhumées des correspondances inédites, présentées et commentées par Jean Moncelon. On y discerne l'implication de l'orientaliste à l'édification de cet ordre (notamment le don d'un bâtiment par son frère mais aussi ses relations rapprochées avec les principaux acteurs du mouvement) et à la reconnaissance de Mélanie Calvat en tant que voyante, sainte et témoin d'un message secret prophétique. Léon Bloy et Jacques Maritain firent aussi partie du cercle d'influence mais l'ordre disparut physiquement a la mort du chanoine Thiéry (1868-1955), le principal instigateur du foyer de consacrées et audiant de l'appel.
    Peu en effet,  reconnurent en son temps, la véridicité du témoignage (mis par écrit trente ans après) ou l'ouverture  mystique de la bergère (après la vision qui fut contemporaine de celles d'Anne-Catherine Emmerich), même parmi les prêtres locaux.
    L'avertissement de Marie concernait nommément les représentants corrompus d'une église destituée de l'esprit sain et d'une colère de l'Agneau de la parousie si le redressement n' avait pas lieu dans un futur proche, pour l'humanité pécheresse.
    Fausse prophétie ? Ordre mis sur pied trop tôt ? Récit falsifié ou fabriqué de la voyante ? C'est dans toutes ces questions légitimes que l'ouvrage nous (re)plonge, faisant revivre les actes de foi ardents du siècle dernier. Manque peut-être à cette compilation minutieuse et approfondie, un rappel du message secret révélé en 1846, à lire ici.

  • Une affaire de croyances

    Jean-Marc Vivenza,la Nouvelle Gnose,éditions Dervy,franc-maçonnerie,démiurge,mal,âme divine,corps de lumière,Jean-Marc Vivenza propose une petit essai concis sur la Nouvelle Gnose, aux éditions Dervy.
    Après présentation et définition de la gnose, duelle et unitive, il explique ses ramifications pré-chrétiennes, sa condamnation pour hérésie au second siècle mais surtout sa survivance initiatique d'abord secrète puis en plein jour avec les manichéens, les cathares, les rose-croix, les shiites ismaéliens ou duodécimains, la Kabbale juive puis la franc-maçonnerie sous ses différentes formes, jusqu'à aujourd'hui.
    Cette doctrine ésotérique universelle, qu'on retrouve dans certains aspects de la religion, suppose globalement l'emprisonnement de l'âme, divine par nature, dans un corps ou une matière "mauvaise", démiurgique, qui expliquerait l'existence du mal. Ce corps-prison nécessite, dans les courants initiatiques, un travail de sape de l'ego (Le corps-mental) pour s'en désidentifier et fusionner consciemment par étapes, avec le corps de lumière, immortel, qui réintégrera la Source du Dieu bon à la fin des temps.
    L'auteur, très calé, cite une multitude de noms et de mouvements affiliés au gnosticisme, dont les contemporains Guénon, Schuon ou encore Henry Corbin. Au-delà des dogmes et des institutions, cet enseignement traditionnel et initiatique un peu nébuleux s'éclaire dans cet essai, toute proportion gardée, avec la règle du silence qui prévaut dans les loges.
    Et si la matière redevenait sacrée ? Si la lumière de la conscience éclairait chaque zone d'ombre du cadavre-monde ? Si la création était  re-suscitée par une âme universelle ? Les partisans du 'corps-geôle' résisteraient-ils à cette révolution annoncée dans les textes sacrés "officiels", pour les partisans de la foi ? 

     

  • Une réflexion mûrie

    D'un point de vue psychanalytique, cette éthique peut être comprise comme une désintrication du religieux et du surmoi, telle que l'ont analysée des penseurs héritiers de Freud et de Lacan. Elle ne nourrit pas le fantasme d'un Dieu persécuteur intériorisé, surveillant les pensées et désirs, mais ouvre un espace où le sujet peut consentir à sa finitude sans se haïr lui-même. En ce sens, l'éthique évangélique est une éthique de la castration assumée, non de la toute-puissance morale...elle ne construit pas un surmoi religieux, mais libère un espace de responsabilité adulte, où la foi n'est plus une contrainte mais une confiance  (p.161).


    Michel Leconte,Jésus après les dogmes - Histoire, critique et liberté de croire,Karthala éditions,dogme,rituels,théologie contemporaine,exegèse historico-critique,Michel Leconte, psychologue de formation et passionné de théologie, publie chez Karthala éditions, dans la collection Sens et Conscience, Jésus après les dogmes - Histoire, critique et liberté de croire.
    Le livre est salvateur car il remet Jésus l'homme, son message et l'esprit qui l'animait, au centre : son "amour des ennemis, sa justice pour les pauvres, sa liberté face aux pouvoirs". Michel Leconte, fervent chrétien, remet aussi en question le dogme, récité selon lui  mécaniquement ; la sacralisation eucharistique (qui ne l'est plus) avec son aspect magico-superstitieux, et plus globalement l'emprise doloriste et culpabilisante de l'institution ecclésiale.
    Il nous livre ce qu'il a conscientisé d'une psychanalyse approfondie, confrontée à l'exégèse historico-critique et à la lecture de théologiens contemporains, pour qui Jésus n'était pas Dieu mais son "porteur" et son reflet. De même pour la résurrection qu'il perçoit comme "un souffle, une force de vie...une parole qui ressuscite les vivants...et fait lever l'amour au milieu du désespoir (p.86)". Quelque chose a survécu de l'homme que valida Dieu même après sa mort, dans son absolutisme et ses choix de vie radicaux. Un Dieu pour le coup immanent plutôt que transcendant, avec lequel une relation d'amour confiante est possible et que l'on sent présent ou absent (selon notre aveuglément émotionnel) mais qui épouse la condition humaine et l'accompagne dans la souffrance et l'épreuve, la finitude aussi et plus encore...loin d'un Tout-Puissant Omniscient et que Jésus laissait transparaître.
    Ouvrage mature d'un penseur libre donc mais qui, petit bémol, à force de rejeter sous couvert d'incrédulité infantile, ne reconnaît ni la fonction de Messie, ni la naissance virginale de Jésus par Marie, prélude à notre sens, au moins symboliquement, à l'avènement du Verbe : un terreau silencieux, au-delà du mental, dans la foi au Saint Esprit.
     

  • Un sujet qui fait mouche

    Coran 22,73 : Hommes, il vous est proposé une parabole, écoutez la : Ceux que vous adorez au lieu de Dieu ne peuvent créer une mouche, quand bien même ils s'uniraient pour cela. Si la mouche leur enlevait quelque chose, ils ne sauraient le lui faire restituer. Le solliciteur est aussi faible que le sollicité.

     

    Mouches un portrait,Peter Geimer,Macula éditions,Avec Mouches, un portrait, Peter Geimer (directeur du Centre allemand d'histoire de l'art à Paris) signe chez Macula éditions, un petit essai culturel et naturel du drosophile.
    Souvent maudites, associées aux sale, aux maladies, au lieutenant du diable Belzébuth (le seigneur des mouches) même, ce drôle de petit insecte génère de la nuisance sonore, alimentaire et infectieuse.
    Dans l'histoire de l'art, il apparaît sur certaines toiles comme un trompe l’œil ou symbole du quotidien, en littérature tantôt empathique tantôt méprisant et au cinéma comme génétiquement proche de l'humain. Des études naturalistes à base de croisements ont d'ailleurs été menées pour mieux comprendre notre spécificité.
    Neuf types principales originelles de mouches peuplent le monde, plus ou moins nocives (on pense à la mouche tsé tsé), et il n'est que le Coran qui nous la présente comme un fléau positif, instrument de Dieu (27,73), alors "qu'une sainte mouche serait du point de vue de l'histoire de l'art une impossibilité, et du point de vue théologique un sacrilège"(p.89).
    Original et érudit, ce portait des mouches est affaire de représentations. Ici globalement repoussoir et méprisé, l'insecte ailé  "domestique" m'a cependant toujours paru doux, familier et réconfortant, plus angoissant en nombre il est vrai. Une réputation exagérée, ignorée ou minorée en serait-elle la clé ?

     

  • Sur la terre comme au ciel

    "Faire la volonté de Dieu, c'est faire entrer en moi Jésus et Sa joie divine. C'est être Sa consolation. C'est mettre en moi Sa Présence, sa Présence irradiante" (p.257).


    Vivre en Dieu à l'école de Mère Yvonne-Aimée de Malestroit,Joel Guibert,éditions Artege,sainte Thérèse,béatification,mystique,sainte,Avril 2026Avec Vivre en Dieu à l'école de Mère Yvonne-Aimée de Malestroit (1901-1951), les éditions Artège signent un nouvel essai du père Joël Guibert, dans une visée de béatification.
    Il faut dire que sa vie entière, ses écrits, ses dons (bilocation, sanctification d'hosties souillées...), ses inter-actions (le réconfort de sœurs, le rachat d'âmes) et sa renommée mondiale, la font entrer dans un modèle de sainte catholique, au même titre que la petite Thérèse, qui fut son modèle.
    Tentée et adepte de souffrances ("mon Amour me fait aimer la souffrance pour m'unir à mon Bien-Aimé" - p.255), elle réfute le dolorisme pour évoquer la sagesse de la Croix "dont la Joie profonde est le fruit (p.237)".
    Confiante dans le plan de Dieu, elle apprend à s'en remettre à Sa volonté en laissant Jésus œuvrer à travers son cœur, ses yeux et ses mains, pour devenir outil de Miséricorde.
    Livre informatif mais aussi de portée évangélique, Joël Guibert nous remémore la spécificité toute chrétienne, une vie "à partir de Dieu", dans  une relation "vivante et vivifiante" éprouvée dans les actes (une pulsation, une vibration, une joie qui demeure...), les pensées (le discernement) et les prières du quotidien.
    Plus globalement et c'est encore le cas ici avec Yvonne-Aimée de Malestroit, les mystiques sont des aiguilleurs de l'être qui incarnent la quintessence de l'enseignement christique. Ils sont le rappel d'une praxis ésotérique incandescente qui perdure malgré l'essoufflement des institutions. Ils sont le soufflet sur les braises !

  • Le phénomène religieux

    La religion est un phénomène relationnel...et social...En ce sens, être religieux est un facteur de protection respectable. L'appartenance à un groupe religieux procure un sentiment de solidarité et d'identité, mais elle dicte également la manière de croire, de prier, de se comporter, d'aimer et de haïr (p.31).


      
    Nicole Aknin,Anna Cognet-Kayem,Philippe martin,Religions, déviances et psychopathologie,presses universitaires de BordeauxSous la direction de Nicole Aknin (psychologue), Anna Cognet-Kayem (psychanalyste) et Philippe Martin (professeur d'Histoire), les presses universitaires de Bordeaux publient Religions, déviances et psychopathologie, un projet universitaire pluridisciplinaire, prolongement d'un colloque, autour de la religion, de ses satellites et de ses traces dans les représentations psychiques.
    Plaisant à lire et varié dans ses approches, l'ouvrage peut néanmoins parfois  apparaître comme une charge envers la religion rituelle et dogmatique. Certains auteurs lui opposent en effet la spiritualité, d'autres lui reprochent son formalisme mais globalement des pratiques ancestrales subsistent (talebs, mpiandry...), proches de la superstition ou un temps apocryphes (l'exorcisme, la sorcellerie ou la possession collective), qui pallient (par rapidité ou coût moindre ...) une praxis de reliance (le re-ligere de religion).
    Des croyances irrationnelles aux esprits maléfiques, à des fantômes  ou à des possessions transgénérationnelles inondent les psychés en profondeur (l'inconscient collectif de Jung ?) et deviennent le sujet de disciplines étiologiques ou géobiologiques.
    Globalement, après une lecture attentive de l'essai, la religion "peut  être à l'origine de traumas réels ou supposés" mais son versant méritoire est rarement abordé. Quid de la foi, de la lecture parfois  apaisante des livres sacrés, de la guérison des cœurs par l'intermédiaire de l'esprit sain et du temps, dans une approche interreligieuse ? L' occasion en effet d'approfondir ce qui n'a été perçu que superficiellement en devenant de facto psycho-pathologique...
    En réalité, c'est plutôt un syncrétisme des croyances qui occupe souvent les esprits en quête, flirtant de temps en temps avec les soins "parallèles" quand le miracle de la foi, par de vaines prières, atteint sa limite.