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Livre - Page 41

  • Les dialogues avec l'Ange

    Coran 35,28. Il y a pareillement des couleurs différentes, parmi les hommes, les animaux et les bestiaux. Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah. Allah est, certes, Puissant et Pardonneur.

     

    jambet.jpgLes élus de Dieu sont de tout temps, éternels, exemples vivants d'une relation inspirée à Dieu. Une intelligence commune ou lumière de l'esprit, accompagne ces témoins de vérité pour un discernement au-delà des apparences, pouvant aller jusqu'à "la révélation de l'intériorité diversifiée des êtres humains"(p.228), ce qui constitue en soi un événement eschatologique.
    Dans "Le philosophe et son guide - Mullâ Sadrâ et la religion philosophique" paru chez Gallimard, Christian Jambet se fait à nouveau l'herméneute du philosophe shiite (1571-1641) dans sa conception élogieuse et rehaussée du savant qui vient après les prophètes et les Imams duodécimains (qui sont les preuves de Dieu selon Mohammad-Ali Amir Moezzi) mais dont l'existence est caution jusqu'à la fin des temps.
    Le savant ou philosophe (en référence au néoplatonisme hellénistique) n'a de cesse de perfectionner son intellect, la fine pointe de l'âme, en vue de percevoir le Réel (ou dévoilement de l'essence) conformément à l’œil divin. Cette illumination du "cœur spirituel" le place de facto dans la "vie dernière" ou vie véritable, évoquée dans le Coran comme étant destinée aux rapprochés de Dieu, puisqu'il s'agit d'un effacement (de progressif à définitif) de la personne au profit du Messager intérieur (l'Autre en soi, le double lumineux) qui est Présence.
    Mullâ Sadrâ fustige les tenants de la religion exotérique, essentiellement des juristes, qui ne s'intéressent qu'au monde d'ici-bas et à la perpétuation de l'ignorance, contrairement au contenu de la gnose composé de connaissances théologiques, psychologiques ou eschatologiques, qui sont la base d'un juste discernement. Les fidèles de son époque, ritualistes et littéralistes sont pour lui les ennemis véritables de la religion, qu'il définit par "l'ensemble des savoirs ésotériques directement inspirés par Dieu" (p.291).

    On le perçoit, l'Islam politique et conquérant récent a tout d'une hérésie aux yeux du philosophe platonicien, pour qui "en sa perspective eschatologique, l'ici-bas se révèle pour ce qu'il est, le miroir inversé de l'ordre réel"(p.242)...
    Christian Jambet fait œuvre de traducteur et d'exégète (alternant le dense et l'ardu avec le limpide et les fulgurances) du philosophe dont la réflexion et les conclusions apparaissent plus que jamais contemporaines. Les savants ou exégètes spirituels de la Parole inspirée, passés ou présents constituent bien des jalons essentiels à la révélation ésotérique du message. Dans un souci d'élévation (perfectionnement moral) et de rapprochement du chœur divin, ils essentialisent la connaissance jusqu'à tendre a l'objectivité de leur science, un moyen pour tous de se repérer et progresser encore, en ces temps troubles mais passionnants.


    "Par ses alliances comme par ses effets politiques, la religion du savant eschatologique s'est transformée en une religion de ce monde , réduisant progressivement à peu de choses le pouvoir des authentiques tenants de la voie spirituelle comme celui des esprits animés de volonté messianique, tout cela par la toute puissance de l’État" (p.337).

     

  • Un oasis plus vrai que nature

     

    READY_PLAYER_TWO_poster.pngWade et ses amis sont de retour pour une nouvelle aventure romanesque aussi haletante mais plus riche, complexe et contraignante dans ce "Ready player two" imaginé par le très entouré Ernest Cline et paru chez Michel Lafon.
    Auréolé de son succès planétaire avec le carton du premier tome et son adaptation cinématographique signée Steven Spielberg, il démontre avec brio par cette digne suite réussie qu'il n'a rien perdu de sa créativité narrative.
    La lecture s'apparente à une connexion matricielle virtuelle et visuelle à l'Oasis mais donne aussi accès au monde organique fou, fantasque et délirant auquel Ernest Cline est relié.
    Wade WATTS, son alter ego, est désormais riche et célèbre. Il a non seulement hérité de la fortune, maison et empire de James Halliday en résolvant l'énigme de l'Oasis (une plateforme d'edutainment virtuelle mondiale) mais il a surtout décidé avec ses acolytes associés (Shoto, Aech, Art3mis), de commercialiser le premier casque immersif (première interface cerveau-ordinateur non invasive) légué et conçu par Halliday avant sa mort.
    L'humanité est plongée depuis en majorité dans ce monde plus vrai des avatars et de la réalité augmentée, au sein duquel une nouvelle quête occupe le temps, retrouver les 7 fragments de l'âme de la muse d'Oasis, Kira, femme du meilleur ami du créateur (Og), en vue de ressusciter son esprit digital. Une contrainte temporelle s'ajoute à cette nouvelle quête quand l'IA d'Halliday, Anorak, menace d'exterminer les gamers si on ne lui restitue pas ces fragments à temps.
    L'auteur propose une exploration totale et déjantée, sur fond d'énigmes à déjouer, de sept mondes inspirés de la pop culture geek d'avant le 21eme siècle où tout est enregistré avec netteté, précision (souci du détail), émerveillement et profond respect. On passe d'un jeu vidéo vintage à l'univers mythique de Prince (le paradis des fans, très drôle) en survolant la culture télé éducative des années 80, l'univers de Tolkien ou le cinéma de John Hugues (la folle journée de Ferris bueller, maman j'ai raté l'avion...).
    Le roman pèse le danger et les atouts de la technologie numérique : le casque ONI s'il permet de se mettre et de vivre une expérience sensorielle totale dans la peau d'autrui (le corps physique peut "hiberner" 12 heures au maximum avant séquelles) souffre de failles sécuritaires et peut mettre en danger mortel ses millions d'utilisateurs. De même pour l'intelligence artificielle qui peut rendre un esprit éternel (souvenirs, caractère, aspect physique...) et augmenté mais aussi provoquer sa rébellion comme l'ont dénoncé de.nombreux films de SF.
    Cette idée d'un monde parallèle subtile et aux ressources infinies rejoint celui commun à toute métaphysique où l'esprit flirte avec l'immortalité. Ce temps et ce monde est celui de l'éternel présent où tout est possible, vivant, connecté. Pour retrouver son âme de guerrier intrépide et séduisant ainsi que son esprit enfantin, curieux de tout et intuitif, il est bon de trouver et de se connecter à la Source, qui de tout temps aura fait couler beaucoup d'encre et dont Ernest Cline connait apparemment le chemin.

     

  • Les mots du mystique

     

    mystique.jpg

    Les éditions Artège publient "Qu'est-ce qu'un mystique - quand Dieu devient évident" de Max Huot de Longchamp, un père spécialiste de ce type de littérature.
    C'est un court essai sans prétention que de compiler et synthétiser des passages écrits par des mystiques chrétiens de tous siècles passés (2ème partie) que l'auteur présente brièvement (le lexique de la 3ème partie) après avoir défini l'expérience mystique, ses caractéristiques et phases, ses formes et son fond christique (1ère partie).
    Il est vrai que le christianisme est une mystique en soi puisque l'union avec Dieu vécue et décrite dans les évangiles n'est l'apanage que d'un petit nombre d'élus en apparence semblables à tous mais avec un statut de co-créateur et de thaumaturge caché que perçoit l’œil aiguisé de l'esprit.
    Le choix des textes donne cependant à ces derniers un caractère précieux, presque élitiste alors qu'ils ne souhaitent en tout qu'annihiler leur propre volonté. L'auteur précise néanmoins en amont que le mystique est "
    obligé de dire l'indicible, de découvrir des virtualités cachées dans les mots, et de ce fait de leur donner une richesse qu'ils n'avaient pas encore" (p.24).
    On regrette cependant des références plus modernes (littérature, rap, cinéma) qui auraient démontré que la chaîne n'était pas rompue et que l'esprit Saint œuvre sans discontinuer auprès de croyants de tous bords.

    Leitmotiv de toute expérience mystique, le fait bien analysé par le
    Père Longchamp que cette dernière soit subite, réelle, gravée à vie et indicible. Chez les chrétiens elle est d'abord une rencontre, puis un apprivoisement et une cohabitation , enfin une "co-naissance", une présence lumineuse qui est vérité et autorité.
    Ce qui compte c'est de trouver la Source à laquelle s'abreuve le mystique, l'union à Dieu, la reliance.
    "
    L'expérience mystique est une prise de conscience particulièrement nette de la présence agissante de Dieu en qui elle se révèle" (p.20).
    Autant de textes que de preuves d'un possible en cette vie pour qui le peut car "
    l'union transformante", la perception nouvelle de la création, l'incarnation du christ en soi est, faut-il le rappeler, une vie donnée ?
    L'auteur décrit bien le processus à la fois direct (métanoïa) et la lente transformation dans le temps, des effets surnaturels du débuts à la contemplation en passant aussi par la nuit noire de l'âme avant son union avec Dieu, parfois avant la mort physique.
    Reste toutefois l'Idée que la mystique dans ses mots, est plus proche d'un texte comme le Cantique des cantiques que celui de l'Apocalypse or le rappel d'un temps qui nous est compté peut autant, voire plus, édifier qu'une union de l'âme à dieu. Rappeler que nous sommes mortels et que seul compte l'instant ne constitue t'il pas en effet l'essence du message mystique et prophétique ?

     

  • Brigitte Pietrzak, chamane d'âme

     

    "Le chamane est souvent l'ultime recours après un abominable parcours jalonné d'échecs et d'impasse...dans l'absolu il n'y a pas d'obligation de résultat. Le chamane n'est ni un magicien ni un sorcier mais avant tout un priant qui sert d'intermédiaire auprès de ses esprits alliés...le miracle s'opère quand on retrouve la liberté d'être soi".


    ciel.jpgDans "Ciel blanc, ciel noir-une initiation au chamanisme mongol", paru chez Mama éditions, Brigitte Pietrzak évoque ses premiers pas en tant que chamane, décrivant minutieusement la fonction (vêtements, accessoires, déroulement d'une cérémonie...) sans folklore ni sensationnel, ainsi que la liste de ses principaux
    alliés, esprits animaux (la salamandre, le cobra blanc, le loup, l'ours, l'aigle royal, le corbeau, le léopard des neiges, le renne...) ou angélico-humains (le grand guerrier, le Viking, l'ange de la bibliothèque, l'archer...).
    Se sentant comme appelée à 49 ans, suite à la lecture de Corine Sombrun entre autre, elle sent avec force et persuasion avoir rendez vous en Mongolie avec la chamane Enkhtuya, de la tribu des Tsaatans, derniers éleveurs de Rennes. Cette intuition se confirmera des la première rencontre avec la révélation de sa vocation (“on naît chamane”) par la remémoration de certains signes dans son parcours de vie et surtout la confirmation par les alliés ou "ongods". Dès lors l'initiation commence, sur les plans terrestre et céleste et les premières guérisons viennent confirmer une fibre thaumaturgique.
    Ouverture à l'invisible, capacité de détachement du mental, clairvoyance et claire audience, porosité de l'égo, écoute et empathie, connaissance des règles de la pratique...autant de qualités, dons ou états d'être à parfaire en sus d'un bon ancrage au sol pour accueillir le message des "ongods" ou esprits tutélaires, qui se dévoilent en fonction des problématiques. L'attitude du soigné compte beaucoup, par sa foi et son lâcher prise, dans l'efficacité du geste, de la parole ou de l'attitude qui viendra dénouer ou débloquer un complexe souvent énergétique.
    Plus proche de notre mentalité on pense à l'imagination active de Jung (exposée dans "le livre rouge"), une forme de rêverie ou voyage consciente à la découverte de la symbolique des profondeurs. Ce que montrent les esprits de la problématique, dans un acte amoureux, les symboles numineux agissaient de même pour la psyché, en vue d'une réunification de complexes opposés. Ici d'ailleurs chaque allié est présenté dans sa vision archétypique et vibratoire.
    On comprend à la lecture du livre que la relation de confiance qui s'instaure entre guérisseuse et soigné est primordiale. Ce et ceux qui nous entourent sont toujours prêts à servir et remettre en vie un désordre, pourvu qu'une clarification et qu'un abandon de la volonté parfois trop interventionniste, se fasse de la part des belligérants
    Ombre et lumière se côtoient et s'entremêlent au sein et autour de la hutte pour un rééquilibrage presque taoïste des énergies.
    C'est toujours d'amour qu'il s'agit, dans ce texte comme dans la pratique, le contraire d'une folie désincarnée puisqu'il s'agit de se relier dans un acte de pure foi, à l'aide céleste présente partout et en tout.

    Un livre lumineux, numineux et incantatoire.


    "Celui qui est joyeux irradie. L'élan de vie est amour. Il distribue la générosité du vivant. Il la manifeste. L'obscur cède, face à l'absence de prise pour la peur et la tristesse"

     

  • Le système actuel est antichristique

     

    L'antichrist va capter les pensées des hommes et mettre ses pensées dans leurs pensées pour les amener à se comporter comme il le souhaite, c'est une véritable conditionnement” (p.159)

     

    l'antichrist les signes de sa venue,Jean-Marc Thobois,Emeth éditions,Nouvel Ordre Mondial,APocalypse,Parousie,apostasie,Islam,Juin 2021Emeth éditions publient “l'Antichrist, les signes de sa venue”, un livre posthume (la covid l'a emporté en mars 2020) d'un exégète protestant reconnu, spécialisé dans l'eschatologie et dont on avait apprécié l'intervention dans le documentaire “Les sept églises de l'Apocalypse”.

    Pour Jean-Marc Thobois le texte biblique est inaltérable et sa méditation ou ruminement lignée après lignée (il est issu d'une famille d'Huguenots) est le garde-fou d'une conscience en éveil...jusqu'à ce que la créature s'émancipe de son Créateur, change les fondements de la création et veuille orgueilleusement se hisser au rang du Démiurge. Or le “progrès” que l'on nous vend depuis le milieu du siècle dernier (qui correspond selon l'auteur à Mai 68) ne servirait qu'à instaurer une “brisure” au sein de l'harmonie, l'apostasie propice à l'avènement de l'antichrist et donc de la fin des temps. Que cette entité soit une personne importe moins que le système qui la porte et il ne fait aucun doute que le temps de Pharaon (63 familles contrôlent 90 % de la finance mondiale) se reproduise sous fond d'asservissement au tout numérique (identité, données, attention, travail...).

    Ce constat du danger de la machine, synonyme de fin des relations humaines (désacralisation du mariage, banalisation du divorce, émancipation de la femme, théorie des genres...) est d'après lui, sciemment programmé (le Nouvel Ordre Mondial) pour mieux amener l'humain au repli sur soi et à la dépendance des objets ou services connectés, puisque plus rien d'autre n'aurait de sens.

    Cette thèse, ce travers, se propage de plus en plus, y compris chez des non religieux, éclairant chacun sur son rapport à la technologie et finalement sur le sens qu'il souhaite donner à sa vie. On voit par exemple que l'épisode Covid a accéléré des changement d'emploi, de partenaire ou de villégiature, en soi un mal pour un bien.

    La seule différence avec le présent essai c'est qu'il qualifie cette période d'apocalyptique, prélude à une guerre des forces de lumière contre celles des ténèbres (justes contre méchants, Messie contre serpent) et à l'avènement d'un Messie roi et prophète (la Parousie du Christ pour les chrétiens) pour contrer et entériner celui de l'antichrist.

    J.M Thobois nous donne en ce sens une grille de lecture “religieuse” intéressante et cohérente des événements (une partie du Coran et les hadiths sur la fin des temps partagent cette vision), qui aurait suffi à elle-même sans y mêler des positions somme toute assez réactionnaires (les rôles préétablis de l'homme et de la femme, le faux prophète Mahomet, antisionisme égal antisémitisme...), basées sur l'étude de textes à qui l'on peut faire dire tout et n'importe quoi. Car c'est bien connu, la lettre tue et l'esprit seul vivifie. Sans lui le sens de la prophétie est perdue et la loi reste morte.

    Qui par exemple saurait nier que le Coran possède aussi un souffle ? Est-ce de la propagande d'accuser les sionistes de colonisateurs, eux pour qui le Messie est d'ailleurs le peuple élu entier ? Faut-il forcément choisir un peuple-camp ou les “élus” peuvent-ils être épars au milieu de toute nation, religion (ou absence), couleur, genre ?

    Il est dit en lettres de feu (Ézéchiel) qu'à la fin le cœur de pierre serait remplacé par un cœur de chair, qu'enfants et vieillards prophétiseraient, que chaque adhérent donc serait un livre ouvert actualisé (pour la connaissance du bien et du mal), soit une véritable revivification de la Parole en souffle et vérité, que l'on ait ou pas étudié.

    L'auteur aime à rappeler en leitmotiv une phrase de David Wilkerson (dans “la vision”) ; “Dieu tient tout sous son contrôle” et prône la patience et la persévérance dans les épreuves par la foi et la remémoration de la Parole, puisque in fine la Lumière sera. Encore s'agit-il de distinguer entre toute parole sacrée, celle datée historiquement et celle valable de toute éternité, grâce du souffle saint accessible et commun à toute l'humanité.

     

    Rester chrétien dans le temps de l'antichrist, c'est garder la Parole et savoir que si nous le faisons, nous serons gardés par Dieu. Dieu seul peut nous tenir debout.” (p.202)

     

  • Belles âmes

    old soul,nancy guibert,editions courtes et longues,2021,ferus,loups,canada,richard wagamese,bernard assiwini,elisabeth stewart,jean-françois chabas«Emâ, aucun ours brun n’est assez effrayant pour nous empêcher de défendre ceux qu’on aime. Je lis dans vos yeux que vous aussi, vous en avez un jour affronté un. Et que vous l’avez vaincu ».

    Réserve naturelle, forêt sauvage, meute de loups, grands espaces...Vous voici en Mauricie au Canada. C’est dans ce décor à la fois idyllique et effrayant que se déroule l’histoire. Celle de quatre personnes qui ne se connaissent pas mais ont toutes un point commun. Elles se sentent seules, incomprises, sont confrontées à une vie semée d’embûches et tentent tant bien que mal de réparer leurs cicatrices. Le nouveau roman de Nancy Guilbert, Old Soul aux Éditions Courtes et Longues a sa part d’ombres mais il est parcouru d’actes lumineux. Certains personnages font sciemment le mal et d’autres apportent foi en l’humanité. Quelques scènes sont terribles et les suivantes valent la peine d’être partagées, amplifiées. Les loups, magnifiquement décrits, paraissent dangereux et pourtant si solidaires envers ceux qui les protègent.

    « Après deux heures d’une course effrénée, je finis par m’effondrer au pied d’une souche d’arbre mort, en larmes. Je hurle ma colère et ma frustration, mes cris se perdent dans le fracas de l’écume qui frappe la roche de la rivière du loup ».

    Brindille, Will, Emâ et Mahikan, sont impressionnants de courage et offrent des ailes aux lecteurs. Ils donneraient presque envie de les rencontrer dans la vraie vie. Une petite fille lectrice compulsive, un infirmier au cœur débordant, une amoureuse des loups et un ado épris de liberté du peuple des Atikamekw (Premières Nations) . Chacun est si fort et fragile à la fois tout en inspirant le respect. Les bouffées d’angoisse qui montent à la gorge sont immédiatement remplacées par de l’oxygène pur et frais venu des forêts épaisses et froides du Québec. Le mal y est englouti sous des élans poétiques, des brassées d’amour et des dessins d’oiseaux libres. Les chants, distillés tout au long du roman, comblent les peines en rassemblant les humains et bêtes par delà les océans et les années.

    « Pete n’a rien dit, quand tu es enfin rentré chez vous avec une haleine de chacal et déguisé en homme des cavernes ? On s’est rencontré après et je ne le lui ai jamais avoué. On éclate de rire ».

    La liberté, la non-violence, la solidarité humaine et animale, le respect, la place des Premières Nations, la nature, la famille, le silence et la paix nourrissent la trame de ce roman qui porte si bien son nom. L’âme des lecteurs en sort enriche et apaisée. En refermant le livre, on a juste envie de dévorer les autres histoires de la romancière Nancy Guibert.

    Matikan, « le loup » du peuple des Atikamekw rappelle d’autres héros qui, comme lui, ont du mal à trouver leur place dans un monde d’ « hommes blancs» qui traite les habitants des premières Nations avec mépris (pour ne pas dire pire). L’histoire de Saul, de la nation Ojibwé, qui doit renoncer à ses traditions, dans Jeu blanc de Richard Wagamese, fait écho à celle de Matikan. L’auteur est lui-même ojibwé.

    Un jeune indien est accusé de meurtre dans Justice pour Louie Sam. Elisabeth Stewart s’est inspirée d’une histoire vraie pour écrire ce livre éclairant sur le statut des peuples premiers. Les rêves rouges de Jean-François Chabas se penche sur les légendes et croyances autochtones et nous raconte la vie de Lachlan et Daffodil près du lac Okanagan, toujours au Canada. Ici aussi la nature est essentielle et fait partie de l’histoire. Enfin Bernard Assiniwi (de la nation des Cris) retrace la naissance et la fin tragique des Béothuks, peuple disparu de Terre-Neuve dans la La saga des Béothuks.

    Image: Éditions courtes et longues

  • Le retour du refoulé

     

    La source collective de toutes ces contradictions se situe selon moi dans l'expérience de l'être femme telle qu'elle s'engramme dans l'inconscient collectif comme souffrance immense liée à un statut multiséculaire d'infériorité et d'humiliation”. (p.30)

     

    genres.jpgSous l'angle psychanalytique, une relation entre deux personnes est beaucoup plus riche qu'on ne le croit puisque des “archétypes” sont à l’œuvre dans la psyché de chacun (la persona, l'ombre, l'animus...), sans compter les esprits des ancêtres et autres anges gardiens pour peu que l'on soit croyant...c'est dire la complexité d'un couple.

    Pierre Trigano, analyste et philosophe, revient avec une bonne nouvelle en la matière sous forme d'un petit livre précis et pointu de Réel Éditions : “Des sexes et des genres, des amantes et des amants – une approche jungienne”. Il focalise sur l'archétype du genre opposé en chacun de nous (animus et anima ou schématiquement notre représentation idéalisée de l'autre sexe présent dans la psyché) et poursuit la réflexion entamée sous l'égide d'Agnès Vincent sur “l'âme des femmes” en s'intéressant cette fois-ci à la “souffrance immémoriale” de ces dernières à travers l'histoire, les civilisations, la culture et les modèles historico-générationnels.

    Si ces dernières portent en elles dans leur psyché un “animus” en partie blessé (archétype du genre masculin avec ses qualités d'affirmation, de pénétration et de logos) par des siècles de répression et d'humiliation, il en va de même chez l'homme dans sa part d'”anima” (archétype du genre féminin avec ses qualités d'accueil, d'ouverture et d'éros) puisqu'à preuve du contraire l'homme nait d'une femme et que l'inconscient collectif (sorte de matrice universelle d'où sont notamment issus les rêves) regorge de l'histoire symbolique de l'Humanité.

    Ce qui pourrait s'apparenter à un scénario relationnel sans fin et traumatique à souhait présente cependant, aux vues des données cliniques, une éclaircie salvatrice puisqu'il semblerait selon l'auteur, que le Soi (ou sorte d'imago dei qui unifie les contraires) présent également en chacun, veille à ce que l'amour triomphe in fine, en clarifiant ou pansant ce déni du féminin dans l'animus/anima transgénérationnel. Des images ou symboles numineux finissent par apparaître dans les rêves ou visions qui amèneront, chez la personne en travail sur soi, une réconciliation positive avec sa part claudicante ou inférieure.

    Le genre (hétérosexuel, homosexuel ou trans) est parfois directement en lien avec une part de cette psyché non reconnue ou déniée (par réaction ou rébellion) et l'identité sexuée, si elle est naturellement pleinement assumée, n'empêche en rien ce travail de se dénouer activement en conscience par la mise à plat et l'interprétation du matériel onirique. Les rêves, voie royale de l'inconscient , évoquent souvent des alliances avec des figures, comportements ou attitudes qui sauraient combler des manques, qu'ils soient inflationnistes (colère), déflationnistes (haine ou déni de soi) ou conformistes (reproduction d'un schéma familial). Le livre est d'ailleurs agrémenté de rêves, y compris certains intimistes de l'auteur.

    Pierre Trigano rappelle en outre que le Soi n'est symboliquement pas androgyne en essence mais plutôt féminin puisque sa fonction est d'être l'”Avec”(il apparait comme un sexe féminin dans certains rêves).

    Le féminin est donc doublement évoqué et mis à l'honneur dans cet opus (et dans toute l’œuvre de l'auteur) puisqu'il s'agit à nouveau de ne pas s'opposer frontalement et mentalement aux forces et énergies d'expression du féminin intérieur. Les mouvements sociaux récents (revendications féministes, me too, représentation minoritaire...) ne sont que le reflet d'un mouvement naturel de la psyché trop longtemps bafoué ou méprisé à qui il convient désormais, en accord avec un Centre de nature matriciel, de rendre ses lettres de noblesse et son rang ou génie, par l'homme trop souvent usurpé.


    L'enjeu intrapsychique pour tous les êtres humains sans exception, hétérosexuels, homosexuels et transgenres, est que se réalise une union intérieure harmonieuse en eux-mêmes, “un mariage sacré” entre leur moi (féminin ou masculin) et les figures de genre opposé dans leur inconscient. A cette condition, redisons-le, leur moi peut devenir libre et entier pour l'amour et aussi attirer les synchronicités positives du ou de la partenaire de l'amour”. (p.61)