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Christianisme

  • Trois frères en religion

    Pour devenir pleinement humain, il s'agit de devenir feminin, de devenir Marie. Tel est à mon sens, l'enseignement fondamental du Coran...parce que, s'il y a un éveil possible de la transcendance en nous-mêmes, il est déclenché par la prise de conscience de notre maternité divine (A. Bidar - p.62).

     

     

    5084.jpgAlbin Michel publie un échange épistolaire entre le romancier Eric Emmanuel Schmitt, le journaliste Pierre Assouline et le philosophe Abdennour Bidar, intitulé pompeusement et maladroitement "Un juif, un chrétien, un musulman : fraternels ou fratricides ?

    En bons lettrés et humanistes qu'ils sont, on se doute que le dialogue sera de peu de piques mais plutôt d'une convergence de vue (la place de la femme, l'Amour de Dieu pour sa création ou encore le drame et l' enfermement de la littéralité...). 

    Récit en trois parties - qui sommes-nous, comment vivons-nous, où allons-nous ? - le livre atteint des hauteurs littéraires mais aussi spirituelles quand il se fait l'herméneute de l'esprit de la Révélation et rend commun certains idiomes (Marie et l'ouverture au féminin, la prière et la grâce, l'Amen la curiosité culturelle et cultuelle...). 

    A. Bidar est un musulman progressiste, d'obédience soufie qui ne souffre pas de potentiels reproches judéo-chrétiens (E.E Schmitt et P. Assouline sont amis de longue date) sur l'Islam (pour lui pas de "mécréant-Kafirun" mais des "autres croyants" par exemple) ou le Coran (il est ouvert à sa critique), grâce à sa lecture intériorisée et symbolique de la religion et du livre Saint.

    La réunion de ces trois érudits, frères d'âmes et unis de coeurs, produit un scripte riche, inédit et fécond, au bénéfice du dialogue interreligieux. Une suite serait bienvenue pour une profondeur de points de vue, sur des sujets plus dogmatiques et donc clivants (le messie, l'eschatologie, le cas Jésus, l'au-delà, l'imago Dei...).

     

  • L'énergie des espoirs

    miracle.jpgL'auteur Jean-Philippe de Tonnac a vu sa vie et ses projets bouleversés lors de l'annonce à l'été 2023 de sa maladie de Charcot. En Quête du Miracle - l'âme et le corps face à la mort, publié chez Albin Michel, relate de sa nouvelle vie, mélange de voyages thérapeutiques, séjours hospitaliers, excursions spirituelles ou religieuses (depuis sa rencontre avec le moine Charbel) et bien sûr actes bienveillants du quotidien (les chats, les amis, les rencontres fortuites...). Bien loin de se laisser abattre par la (mauvaise) nouvelle, il met toutes les chances de son côté pour prolonger son espérance de vie, par la foi, le régime alimentaire, les avancées et expérimentations médicales ou encore l'exploration de sa psyché s'entendant au corps tout entier (plantes maîtresses ou enthéogènes, guérisseurs à mains nues, thérapies holistiques...).
    Son corps le lâche un peu plus chaque jour néanmoins, le rendant lourd et dépendant, à l'opposé de son âme qui s'allège par la connaissance ou l'entourage aimant/aidant.
    Ce livre est avant tout celui d'un résistant et d'un amoureux de la vie, sonné mais pas k.o et qui est conscient qu'en "partageant l'intime réduit, dans l'épreuve terminale, à sa plus simple nudité, (cela) acquiert valeur universelle (p 151)".
    On sort galvanisé par ce témoignage résolument tourné vers la vie, la mansuétude et la gratitude (sa femme Renata la première). Le voyage est total, dépaysant et sidérant de pistes explorées. Le miracle (retrouver ses facultés motrices) n'a pas (encore) eu lieu mais le Vivant, lui, ne meurt pas et traverse déjà  l'ouvrage de toute part, rien qu'en termes de synchronicités ou de cœurs qui s'ouvrent sur ce chemin de libération du moi. 

  • Une oeuvre alignée

    judas-404-comics.pngJudas est une œuvre singulière qu'on découvre haletant. Où Jeff Loveness, l'auteur, va t'il nous emmener ? Quelle est sa version des faits ? Comment comprend t'il cet archétype du traître ?
    L'histoire se situe en enfer et intègre des passages d'Isaïe et de l'Apocalypse (les créatures de l'enfer), faisant de Judas la figure du serviteur souffrant rejeté par Jésus et Dieu, évangélisant à son tour jusqu'à la fin des temps, ce lieu de damnation, après le passage éclair et le pardon du Christ à son égard...car il faut bien un vilain, bouc émissaire, dans l'affaire !
    Les dessins et couleurs de Jakub Rebelka et le lettrage de Colin Bell presque cubiques et souvent épineux (anguleux), soulignent l'aridité et le désespoir du lieu, avec des tons crépusculaires ou des représentations infernales.
    Lucifer y joue aussi un rôle central dans la première partie, brouillant la piste d'une possible rédemption finale de l'humanité.
    Le graphisme associé au destin surprenant de Judas outre tombe marque l'esprit d'idées neuves et irrigue l'imaginaire en positif, avec une traduction française d'Aurélien Lemant (Marie-Paule Noël à la relecture).
    Pour construire sa trame, Jeff Loveness a puisé dans des versions alternatives (apocryphes et gnostiques) qui sonnent plus juste (ce qu'a bien rendu l'illustrateur) qu'une simple trahison mythique, un projet qui faillit ne jamais voir le jour sans un salvateur assentiment d'un collectif.      

  • Une vie donnée

    À le regarder, tout était tellement plus simple. Dans son clair regard de vieillard, il me semble avoir entrevu quelque chose de cette vie éternelle que le jeune homme riche cherchait avec tant d'avidité (p.68).


    réussir à vivre,adrien candiard,éditions du cerf,posséder,coeur libre,christ,autre,donner sa vie,être heureux,prophète Aggée,vie éternelle,Octobre 2026Dans Réussir à Vivre paru aux éditions du Cerf, Adrien Candiard prend le contre-pied de "réussir sa vie", dans une résonance évangélique.
    Vouloir son propre accomplissement ne souffre en effet souvent pas d'imprévu ou d'obstacles (je n'ai pas le temps de ou pour, parmi tant d'exemples), alors que ne pas vivre pour soi permet de supporter épreuves et contraintes, en offrant sa vie à l'Autre en soi, le "Tu" christique, présent aussi parfois en l'autre, extérieur à moi. Un dialogue fécond exempt de solitude éclot alors, une sorte de soliloque dont le fruit est un don : ici une parole, là un acte conscient ou encore une présence pacifiante.
    Adrien Candiard, dominicain au couvent du Caire, prend appui sur le prophète Aggée et la réponse de Jésus au riche prétendant à la vie éternelle, pour broder sa réflexion et l'acheminer vers un cœur libre de posséder et donc d'aimer toute la création. 
    Un petit essai précis, concis, inspiré et inspirant pour confondre les parvenus par la profondeur de vue et redonner un sens noble et sacré à la vie : honorer le Vivant !

  • L'homme augmenté

    L'humain est de plus en plus dégoûté de son humanité, et lui préfère le règne animal humanisé et divinisé par la technologie. En effet, en général, cette singularité autocréée et autocréatrice se bestialise. Selon ses adeptes, celle-ci échapperait à l'incarnation humaine (p. 85).


    philippe arino,la singularité est la marque de la bête,éditions du panthéon,enquête sourcée,animal technologique,antéchrist,bête de l'apocalypse,renaissance,phénix,christ-roi,discernement,septembre 2026Philippe Arino mène l'enquête autour du mot singularité et estime que La Singularité est la Marque de la Bête, au sens apocalyptique du terme.
    Dans cet essai passionnant et éclairant des éditions du Panthéon, les sources sont multiples, d'élitistes (conférences, entretiens, lectures...) à populaires, avec le visionnage alerte et critique de programmes télévisés phares (Star Academy, the Voice, Joséphine ange gardien...).
    Résultat ? Partout l'empreinte, la patte, la griffe sémantique ou symbolique d'un animal technologique qui avance (si peu) masqué. Ce système promeut une idéologie et des  valeurs de résilience pour des individus qu'on automagnifie à l'excès. Un temps laissés pour compte (porteurs d'une plaie qui ne guérit pas), ces derniers renaissent tel le phénix, forts de leur différence qui les singularise aux yeux de tous (une voix, une signature, un ton...), avec l'aide de mentors mais sans référence aucune à un don ou une aide divins.
    Fervent catholique, Philippe Arino discerne là les prémices d'une future marque (au front et sur la main droite) antéchristique, y compris dans les rangs ecclésiastiques, pour l'avènement d'un monde renouvelé avec un Christ-roi au visage sublimé.
    Ce royaume-monde valoriserait surtout la force mentale au détriment d'une foi intérieure altruiste (le Christ en soi), soit une co-naissance qui relativiserait le règne d'un égo tout puissant...Un livre qui devrait éveiller en chacun, avec humour et rythme, l'épée du discernement.

     

  • La fine pointe de l'âme

    Cette période romane trouve son équilibre entre ce qui appartient au cadre fixe, traditionnel, inaltérable, sacré et ce qui appartient à l'univers de la marge, toujours instable, en création, profane, c'est a dire au monde en devenir qui est par essence indivisible (p.37).

     

    Ortaire de Coupigny,Ortaire de Coupigny, artiste plasticien et écrivain féru de théologie et d'histoire d'art médiéval, publie l'Entrelacs et le Serpent - art médiéval et interprétation biblique, chez l'Harmattan.
    Dans ce petite essai touffu, agrémenté de nombreuses illustrations de l'auteur, l'entrelacs est questionné dans son rapport au foisonnement (végétal et de manducation), à la mutation (séparation) ou au désir d'unité (attachement), en lien avec des symboles clés de la Bible (le serpent, le dragon, les animaux...), des concepts (le mal, les ténèbres, le chaos primordial...) ou des textes saints (genèse, apocalypse, job, nouveau testament...).
    Un ouvrage ouvert qui n'assène pas de vérités. A lire l'investigation judicieuse et érudite de l'auteur, on se prend même à son jeu, en sondant notre ressenti et en cherchant une explication de ces enluminures propres aux copies du Moyen-Age.

    Ainsi pour qu'advienne le silence d'avant le Verbe (le Christ en soi), nous passons souvent par un déluge émotionnel, une sorte d'inflation égotique nous empêchant d'y voir clair et semblable à un nid de serpents, plus terrestre que céleste, plus ténébreux que lumineux. Cette nébuleuse nécessaire s'amenuise dès le retour de la conscience discriminante qui naît de la transmutation de l'énergie animale...Mais l'auteur est plus savant !

     

  • Les dessous de la foi

    ...Il n'y a pas de raison pour qu'il ne se soit pas passé là, ce qui se passe pour les auteurs inspirés : la motion divine laisse intacte l'instrument humain qu'elle trouve et qu'elle utilise, et c'est avec tout ce qu'il est et tout ce qu'il sait déjà humainement que l'auteur transmet le message et lui donne forme (p.83)...

     

    9782841374502-Editions-Millon-Louis-Massignon-et-les-amis-de-Notre-Dame-de-la-Salette-MASSIGNON-Louis-1_1463.pngLe 19 septembre 1846 à la Salette eut lieu une apparition mariale avec un message eschatologique, adressé à deux berger.e.s de 11 (Maximin) et 14 ans (Mélanie). Il y était aussi question d'Apôtres des derniers temps et de règles d'un Ordre de la Mère de Dieu (avec fondation de couvents), qui était apparue, dans la vision, en pleurant...sur les péchés de l'Église et ceux des hommes de ce temps.
    Dans Louis Massignon et les amis de Notre-Dame de la Salette, paru chez Jérôme Millon éditions, sont exhumées des correspondances inédites, présentées et commentées par Jean Moncelon. On y discerne l'implication de l'orientaliste à l'édification de cet ordre (notamment le don d'un bâtiment par son frère mais aussi ses relations rapprochées avec les principaux acteurs du mouvement) et à la reconnaissance de Mélanie Calvat en tant que voyante, sainte et témoin d'un message secret prophétique. Léon Bloy et Jacques Maritain firent aussi partie du cercle d'influence mais l'ordre disparut physiquement a la mort du chanoine Thiéry (1868-1955), le principal instigateur du foyer de consacrées et audiant de l'appel.
    Peu en effet,  reconnurent en son temps, la véridicité du témoignage (mis par écrit trente ans après) ou l'ouverture  mystique de la bergère (après la vision qui fut contemporaine de celles d'Anne-Catherine Emmerich), même parmi les prêtres locaux.
    L'avertissement de Marie concernait nommément les représentants corrompus d'une église destituée de l'esprit sain et d'une colère de l'Agneau de la parousie si le redressement n' avait pas lieu dans un futur proche, pour l'humanité pécheresse.
    Fausse prophétie ? Ordre mis sur pied trop tôt ? Récit falsifié ou fabriqué de la voyante ? C'est dans toutes ces questions légitimes que l'ouvrage nous (re)plonge, faisant revivre les actes de foi ardents du siècle dernier. Manque peut-être à cette compilation minutieuse et approfondie, un rappel du message secret révélé en 1846, à lire ici.