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Choeur - Page 61

  • Plénitude du vide universel

    "L'approche scientifique permet de vérifier nos intuitions et nos intuitions donnent une direction à suivre pour la science. Ainsi esprit scientifique et esprit intuitif voire religieux vont naturellement de pair. Nous n'avons qu'un seul esprit" (p.54)


    zen.jpgVincent Keisen Vuillemin est un pont original entre le bouddhisme zen (qu'il pratique depuis 35 ans et enseigne en Suisse) et les avancées récentes de la physique quantique (physicien de métier au CERN de Genève). Dans "Zen et physique quantique" paru aux éditions Deux Océans, il relate ses deux passions, sa compréhension des disciplines et leurs ressemblances.
    Les points de convergences tournent autour de la notion de vide (sunyata) dont les séquences parsèment les phases de pensées. Ces instants d'éternité hors espace-temps constituent la quête de la méditation zazen et la nature véritable de l'esprit, vaste et grand.
    Le vide ou vacuité, loin du concept nihiliste, s'apparente à "une force créatrice possédant en son sein toutes les possibilités d'existence" (p.93)
    Cette potentialité dynamique est proche de l' énergie noire qui représente 75 % de l'univers (et dont seul 4 % est connu), prélude à tout noumène.
    Le bouddhisme est une religion sans dieu créateur mais une analogie peut s'apparenter, ici en aparté, avec la matière vierge (Marie, Mahomet le prophète illettré) dont sera issu le Verbe, parole de Dieu, qui est dit Lumière de l'univers (le Christ en personne ou le texte du Coran). Un parallèle peut donc être fait en terme de clarté (le Verbe) ou d'éveil au sens d'illumination de l'esprit.
    Pour revenir au texte, le bouddhisme zen n'est pas une croyance mais une forme d'expérimentation scientifique sur soi, ce qui le rapproche du paradigme de la physique dans ses démonstrations et conclusions.
    L'Univers comme le méditant ne se posent pas dans l'absolu la question de leur existence (liée à la temporalité) en tant qu'entités séparées mais se perçoivent comme reliés au tout, à l'infini, en interdépendance totale avec les éléments de la création.
    Cette approche et cette réalisation sont, pour l'auteur, initié au zen par ses deux maîtres authentiques Taisen Deshimaru et Étienne Makusho Zeisler, les seules viables à terme pour sauver la planète et vivre en paix avec son environnement.
    Dans la lignée des bodhisattvas, pour qui "dans la vie de tous les jours, l'absolu et le relatif, la vacuité et l'existence sont intimement associés" (p.98), Vincent Keisen Vuillemin signe un ouvrage généreux, clair et accessible à tous, permettant d'approcher subtilement l'éthique et la spiritualité du moine zen, entrecoupé comme toujours d'histoires édifiantes piochées dans la tradition (koans, poêmes, contes...).


    "Voir sa vie du point de vue de chaque instant est voir que nous manifestons à chaque instant le domaine de l'éternité, celui de l'unité, de l'impermanence, et de la vacuité...dans lequel aucune souffrance n'apparaît...dans l'instant l'impermanence se transforme en vérité. C'est l'expérience de la sagesse, une connaissance très profonde de nous-mêmes". (p.193)

     

  • Le Royaume, oeuvre subconsciente

    le royaume.jpg

    Nouvelle création scientifico-spirituelle de Maud Lefebvre, écrite a trois mains, pour des plans séquences futuristes (avec néanmoins une bande son d'aujourd'hui) mettant en scène un(e) jeune ado et un adulte dans un vaisseau proche d'un trou noir, prélude à une fin des temps lointaine mais pourtant proche.
    Les références cinématographiques sont à nouveau présentes, notamment "2001 l'odyssée de l'espace", pour ses créations visuelles, la voix de l'Intelligence artificielle ou la jeune créature potentiellement à l'origine  de l'Univers.
    L'écriture va très loin, aux confins du temps et à un croisement pluridisciplinaire total, philosophico-mystique, quantico-sciencefictionnel, historico-cosmogonique !
    Tout comprendre est une option, ressentir intuitivement l'esprit de la pièce une évidence, au risque de se laisser happer parfois par une certaine abstraction.
    Puisant dans le répertoire de ses pairs, la metteuse en scène propose une œuvre originale sur la cause originelle, en y mêlant les capacités inexplorées de l'esprit, de quoi susciter de vives discussions à la sortie...

    Petite explication de texte (10 min) avec les trois protagonistes clés : Maud Lefebvre, Agnès d'Halluin et Arthur Fourcade (qui joue aussi l'adulte) :


    podcast

  • Chuter pour mieux se libérer

    Après la chute, Marie Leymarie, syros, octobre 2021, gymnastique, Jeux olympiquesLes jeux olympiques de Tokyo viennent de s’achever, ceux de Paris sont déjà en ligne de mire pour les athlètes. Les spectateurs devront attendre trois ans pour assister aux compétitions tandis que la plupart des sportifs s’y préparent depuis leur enfance. Dans le roman Après la chute de Marie Leymarie, chez Syros, c’est le cas de Lilou, 16 ans. L’histoire se déroule en 2020 et la jeune fille s’entraîne pour les J.O du Japon. Il lui reste quatre mois pour parfaire ses enchaînements de gymnaste. Pour être prête, elle a intégré le pôle Espoir de Toulon depuis ses 11 ans, loin de sa famille.

    - C’est cool, avait-elle dit. Si tu pars à Toulon, je vais avoir la chambre pour moi toute seule.

    C’est grâce à sa grande sœur que Lilou a commencé la gym à l’âge de quatre ans, d’abord pour l’imiter. Très vite, la petite fille veut impressionner Julia, la rendre fière d’elle. Lilou finit par dépasser son aînée, attirer le regard de son entraîneuse et provoquer l’admiration de son père. Dès lors, la gymnastique prend toute la place dans sa vie et elle travaille d’arrache-pied. Dans le même temps, la sérénité familiale se dégrade entre la grande en perpétuelle rébellion, la petite dernière Clara, enfant différente, et les parents un peu dépassés. Lilou est la seule dont le chemin semble déjà tout tracé et qui fait la fierté de ses parents.

    Elle enfile son justaucorps, rapidement, en tirant sur le tissu élastique, hop un bras, hop l’autre, et vite, les deux chevillières.

    Lorsqu’on veut être sportive de haut niveau, on apprend à maîtriser son corps mais aussi à ne pas trop l’écouter. La douleur fait partie de l’apprentissage tout comme le dépassement de ses peurs. Les entraîneurs, Philippe et Camilla, sont là pour nous pousser, évaluer nos progrès et vérifier notre poids. Lilou, comme ses camarades, est habitué à un rythme soutenu et éreintant, une hygiène de vie impeccable en évitant de se plaindre au moindre bobo. Lorsque l’adolescente a mal à la cheville (depuis deux mois), elle préfère se taire et continuer l’entraînement. Sauf que ce jour là elle chute aux barres et le verdict tombe : deux mois d’arrêt à quatre mois des jeux olympiques.

    Elle remonte sur l’agrès, sonnée, les bras tremblant. En petit automate bien huilé, elle refait son tour et demi, comme on le lui a appris, pour ne pas perdre les points.

    Comment arrêter un sport du jour au lendemain quand on y consacre ses journée depuis l’enfance ? Comment garder la niaque pour retrouver sa place en haut du podium ? Comment occuper son esprit à autre chose que la gym ? Comment accepter le regard déçu de sa famille, de ses entraîneurs ? Comment revivre avec ses parents et ses sœurs qu’on a quitté à 11 ans ? Comment vivre les compétitions de ses camarades à distance ? Comment percevoir le silence de ses coachs ? Comment déconstruire ses préjugés sur les autres et sur soi-même ? Comment apprendre à s’aimer ?

    - Je veux pas dire que ma vie est mieux que la tienne. - Tu veux pas le dire, mais tu le penses, riposte Margaux. Depuis des années, tu le penses.

    Le livre de Marie Leymarie nous plonge dans la tête de Lilou, gymnaste espoir et dans sa difficulté à vivre une adolescente hors-norme. Elle répond aux questions que peuvent se poser de jeunes sportifs mais aussi tous les adolescents du monde qui se construisent et se découvrent à travers leurs passions ou leurs déceptions et les liens qui les unissent à leur familles, souvent complexes. Un beau roman profond qui nous fera regarder les athlètes de Paris 2024 avec un autre œil et surtout ceux qui ont vu leur rêve s’effondrer avant.

    Image: Éditions Syros

  • Perséphone sonne à ta porte

    mon beau grimoire,chrysostome gourio,collection hanté,casterman,octobre 2021,halloweenSous les capuches, la lumière pâle donne aux visages des allures de crânes et, à l’extérieur, la pluie s’abat sur les vitres dans un étourdissant fracas.

    Octobre est entamé ! Vous avez moins d’un mois avant de vous trouver un costume à faire pâlir un mort. Halloween, ça vous dit quelque chose ? Mais si ! C’ est le temps des citrouilles tueuses, des potions empoisonnées et des sorcières des cimetières ! Soyez prêt à vous planquer derrière un chaudron de bonbons visqueux car l’heure de la vengeance a sonné pour Perséphone, échappée du livre Mon beau grimoire de Chrysostome Gourio collection Hanté des éditions Casterman. (Grincement de porte)

    Sorcière, Sorcière, Tu vas nous laisser faire !  Sorcière, Sorcière, Ou tu vivras un enfer !

    Perséphone, élève de 6ème, est harcelée au collège par les trois K alias trois garçons de sa classe qui « Kiffent » se moquer des sorcières. Oui, parce que selon eux c’en est une ! Au lieu d’avoir peur d’elle, ils s’amusent à l’effrayer, voir à profiter de la jeune fille. Perséphone a peur de l’avouer à Nathalène sa seule amie. Les garçons continuent donc leur petit manège. Et si c’était vraiment une sorcière, ne devraient-ils pas plutôt s’en méfier ? De toute façon, il faut toujours faire attention avec une fille acculée. Persécuter quelqu’un n’est ni anodin ni sans risque de retour à l’envoyeur … (Bruit de molosse affamé)

    Parce que mon père est le gardien du cimetière et qu’on habite en plein milieu. On a une grande maison et un super jardin, entourés de milliers de tombes.

    On frisonne, on rit, on s’offusque, on ne voudrait pas être happé dans cette histoire, mais c’est trop tard, on l’est quand même. On aimerait éviter d’être hypnotisé alors on ferme les yeux. On ne peut plus lire, il faut les rouvrir. Le grimoire nous attend patiemment, telle une araignée ou comme Perséphone et son chat Hadès. Un peu de courage, bon sang ! (Rire de sorcière amère)

    Au loin, elle entend un rire. Infernal. Épouvantable. Une victoire. Et elle aperçoit, dans les nuées, une silhouette sombre qui écarte les bras en signe de bienvenue.

    Un petit livre réservé aux fans d’horreur qui aiment lire des bouquins hantés à la bougie le soir d’Halloween en sirotant un cocktail grenadine-tomate-rouge-sang bien sûr. C’est à partir de 12 ans, pour les plus téméraires. (Miaulement de chat-zombie)

    Image: Éditions Casterman

  • Les sources de sagesse

    Lili : Est-ce que chacun a son guide, son Ange instructeur?
    -Non.
    Nous sommes faits de foi.
    Celui qui a la foi a son Maître.
    Et la foi, c'est SA FORCE.
    Si tu crois que j'ai une voix - je peux parler.
    Si tu ne le crois pas je suis muet.
    Si tu crois que je suis toi, je le serai : c'est la foi placée en haut.
    Tu peux placer ta foi aussi en bas,
    cela ne dépend que de toi.
    Aujourd'hui, les diables font du bruit et les Anges ne chantent pas.

    (Dialogues avec l'Ange 23L -140)

     

    leloup.jpgJean-Yves Leloup renoue avec l'excellence (à laquelle il nous avait habitué avec ses commentaires de l'évangile de Marie par exemple), la profondeur de vue et l'amplitude du sujet dans "Qui est mon maître - à l'écoute de notre maître intérieur", paru aux Presses du Châtelet.
    Le livre est un tryptique, une variation sur le Maître intérieur, dans la tradition (le sage, le chaman, le savant, le Saint), chez le poète Rilke (dans les lettres à un jeune poète) et assimilé à la figure de l'ange dans les écrits religieux (Bible) ou assimilés (les Dialogues avec l'Ange ou DAA).
    La quaternité en tant que symbole de complétude est mise à l'honneur sous forme de schémas synthétiques incluant les 4 fonctions de Jung, les 4 vivants de la mandorle, les 4 anges des D.A.A et les 4 voix(es) du “Je Suis” ontologique ou nom divin.
    Les études sont évidemment christo-centrées puisque Jésus et le Père étaient en relation unitive, à la fois chemin, voie et perspective de réalisation pour le chrétien. Le Christ est perçu comme synthèse et maître essentiel au fur et à mesure qu'on avance dans l'étude.
    Jean-Yves Leloup souligne l'importance d'être toujours disciple, ouvert de cœur et d'oreille car "C'est notre regard et notre cœur qui sont pauvres ou indifférents si plus vivifiés par la poussée créatrice, par cette enfance éternelle qui s'étonne, sans naïveté, de tout ce qui existe"(p.66). Ainsi le découvre t'on à la pointe de la recherche sur les études historico-critique du Coran, également dans l'approfondissement et la rumination de l'enseignement des anges de la révélation des Dialogues ou de la Bible. A ce titre il ne renie pas l'ego, comme c'est traditionnellement le cas, pour le terrasser telle une abomination, mais l'inclut dans un projet collaboratif divino-humain de transcendance et d'ouverture : "La présence de Dieu dans l'être humain ne détruit pas l'humanité mais l'illumine de l'intérieur, le rend plus humain dans sa transparence au divin"(p.157).

    Par ailleurs sa nomenclature en première partie de l'ouvrage sur les "prophètes-archétypes" liés chacun à une fonction de l'être (émotions, la foi, désir ..), intègre intelligemment la figure essentielle du Paraclet, sorte de synthèse de toute la lignée biblique et instigateur d'une poïétique ou Parole créatrice, à l'extrême insufflée.
    Il est aussi beaucoup question de La source dans cet opus, "Présence de Je Suis...Présence d'un espace simple silencieux et pur...un vrai soleil", dont le lien est à rétablir en soi, pour à nouveau respirer la Vie, aimer, être en paix ou être centré sur une respiration naturelle, plutôt ventrale, propre à l'enfant et d'où émergent les rêves nocturnes...
    En résumé, le Maître, d'un point de vue chrétien, prend différents noms (Ange, Père, Christ en soi) dont la fonction et la symbolique différent mais se complètent : une Trinité à l’œuvre, vécue dans une interrelation et un axe plutôt vertical, avec cette idée et vision originale d'un dieu à faire naître en chacun pour qu'Il existe et se dévoile au monde in fine.


    S'ils vous demandent : " Quel signe de votre Père est en vous? " - dites-leur : " C'est un mouvement et un repos ". (Logions 55 évangile Thomas)

     

  • A peindre l'âme

    "Mon cœur s'est ouvert...assez pour que de cette brèche s'écoule un flux de réminiscences, un accéléré de souvenirs, liés les uns aux autres, comme les perles d'un collier  Je me suis vue plus jeune..., à divers âges de ma vie, et j'ai compris, sans corps, sans cerveau, sans pensées, depuis un moi plus vaste que moi-même, que tout ce vécu n'avait pas eu d'autre but que de me conduire à cet endroit précis du monde". (p.158)

     

    barillé.jpgDesclée de Brouwer publie le 6 Octobre "Sur les pas de Shiva" d'Élisabeth Barillé, dans sa collection prestige "arpenter le sacré" à destination des voyageurs en quête de sens.
    De ce livre sous titré "en Inde dans la lumière d'Arunachala", on ne sait s'il s'agit d'une commande éditoriale (une part de romancé auquel cas) mais l'écrivaine qui est coutumière de ce pays, nous le restitue brut d'un regard dessillé, sans illusions sur les projections d'un passif spirituel glorieux ou fantasmé (les nombreux éveillés du siècle passé notamment) et dont il reste des bribes de souvenirs propices à l'émerveillement, chez les autochtones.
    Pour Elisabeth Barillé l'exercice est prétexte à l'évocation de son identité et de ses racines chrétiennes (russe orthodoxe par sa mère), de ses itinérances et de sa quête spirituelle à vouloir toucher l'essence même du noyau humain.
    C'est donc aussi en parallèle de l'aventure hindoue du Père Henri Le Saux qu'elle situe ce nouveau voyage, centré sur et autour de la montagne Arunachala qu'elle va explorer sous tous les angles. Mont à l'aura mythique et empreint de vénération , le "Seigneur Shiva même" pour Ramana Maharshi (1879- 1950), le dernier grand éveillé au regard infini, éternel, Amoureux, dont une multitude vint à sa rencontre au sein même de la roche sacrée pour recevoir le darshan ou vision contemplative.
    La baroudeuse au style délicat, raffiné et  riche en couleurs dresse également de façon subtile un abécédaire complet du vocable indien inhérent à leur spiritualité, "où tout conspire à la transe, l'égarement, la dissolution".
    On se demande si au final cet ultime foot-trip, condensé de toutes (s)ces empreintes relatives au lieu et à la culture, sera bénéfique et salvateur pour celle qui se passionne et se questionne sur l'identité ultime, cette conscience que l'on dit demeurer malgré la mort physique, qui n'est donc pas liée au corps-mental et irradie de lumière les regards ténébreux. La révélation nous tient en haleine jusqu'à la dernière ligne.
    Un livre intimiste, prenant, synthétique sur l'Inde spirituelle et porteur d'un souffle retrouvé là-bas.

     

    "Je n'oublie pas le Christ, comment le pourrais-je ? Sa venue, son don, sa présence, son mystère m'offrent une planche d'intime salut qu'il n'appartient pas à la raison de renier. Pour embrasser quel autre mystère ? Le Christ m'offre une demeure si vaste que je peux y loger le monde". (p.47)

     

  • Le garçon qui devait s'affirmer

    Le garçon qui ne voulait pas parler, Cassandra O'Donnell, Flammarion Jeunesse, septembre 2021, harcelement, mutismeAsante grommelle intérieurement en saisisant le verre et le porte lentement à ses lèvres. Sa mère l’observe, attend quelques secondes qu’il se mette soudainement à parler, puis, comme tous les matins, pousse un gros soupir déçu.

    Asante ne s’exprime pas. Pour quoi faire puisque les autres le font pour lui ? Pas besoin d’ouvrir la bouche pour comprendre les cours ni pour jouer au foot avec Jordan et Karim ses potes de toujours. Même avec sa mère, qui est seule à l’élever, il suffit d’obéir sans broncher. En sixième tout le monde le sait et personne n’y fait plus attention. Seulement dans le roman Le garçon qui ne voulait pas parler écrit par Cassandra O’Donnell et édité par Flammarion Jeunesse, l’arrivée de Morgane va tout chambouler.

    Toutes les têtes se tourne vers elle. Asante entend quelques élèves murmurer : - Elle a regardé Google ? - Elle se prend pour une prof ? - Elle veut participer à Question pour un champion ou quoi ?

    Elle est une nouvelle voisine qui vient d’emménager, ne connaît personne au collège et a atterrit dans la même sixième que lui. Morgane est brillante, Morgane est souriante, Morgane porte des pulls démodés. Bref, pour les gens de la classe, cette fille est bizarre. Ils ne manquent pas de lui rappeler et se moquer d’elle devient le jeu favoris des élèves. Asante ne dis rien, comme toujours, et pourtant il n’en pense pas moins. Mais que se passe t-il dans sa tête exactement ? Quel avis a-t-il sur Morgane ? Que perçoit-il de la situation ? Cela reste un mystère puisqu’Asante n’ouvre plus la bouche depuis longtemps. Pourtant ne serait-il pas temps de s’exprimer dans cette histoire ? De faire un pas vers l’autre ?

    - C’est toi qui ne parle pas et c’est moi qui suis bizarre ? Rigole Morgane en lisant sa réponse.  « Moi c’est pas pareil, j’ai une excuse », écrit-il avec humour.

    Dans ce court roman, pour les 10-13 ans, Cassandra O’Donnell aborde subtilement les thématiques du harcèlement, des traumatismes de l’enfance et de l’affirmation de soi à l’adolescence. Appartenir à un groupe est souvent plus important que de défendre sa propre opinion, sans doute pour éviter de se retrouver comme Morgane, rejetée. En effet, tout à chacun peut devenir harceleur ou harcelé sans forcément de raison apparente autre que sa place au sein d’une classe ou d’un collectif.

    Ce livre peut donc servir de base à une réflexion au collège avec des élèves. Il est d’autant plus d’actualité qu’il y est question des réseaux sociaux, notamment snapchat, du droit à l’image* puis à la vie privée que les enfants ne connaissent pas et qui reste, encore aujourd’hui, assez flou pour les adultes. Malgré un ou deux clichés sur la banlieue et ses habitants ce roman est à découvrir pour les futurs et les nouveaux collégiens ainsi que leurs familles.

    *On ne peut diffuser la photo d’une personne sans son autorisation sur Internet, que l’on soit à l’origine du cliché ou qu’on le partage. Toute personne dont la vie privée est exposée sur Internet sans son consentement peut obtenir réparation du préjudice subi et demander le retrait immédiat du contenu diffusé.

    Image : Flammarion Jeunesse