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Histoire - Page 24

  • La magie d'une conscience en éveil

     

    "Nous allons passer d'une phase tournée vers l'ego à une phase vraiment transpersonnelle. Une telle conscience sera la conscience de l'empathie pour l'ensemble du vivant et de la biosphère, une plus grande solidarité, une sensibilité artistique, spirituelle et esthétique plus importante. Les sociétés seront bouleversées dans leur fonctionnement même." (p.41)

    merlin.jpgLes éditions Véga-Trédaniel sortent "
    Merlin-La magie de la conscience", un livre au contenu et à l'architecture originaux, ludico-pratique. A la fois dense et léger dans ses thématiques (son, eau, conscience, temps, Univers) profond mais fugace dans ses explorations, l'ouvrage de Philippe Rosset allie théorie et pratique, accompagné d'un cd de 7 méditations sur des symboles arthuriens.
    Merlin, dont la légende est résumée, trône comme archétype d'un nouveau modèle de perception d'une réalité modifiée et réenchantée. Il est l'homme sans âge, connecté et magicien de la conscience.
    La lecture est comme un voyage dans les pas de
    C.G Jung (notions de mercure alchimique ou de fripon divin, évocation du processus d'individuation) et en hommage à Emma Jung sa femme qui se passionna pour "la légende du Graal" toute sa vie.

    On surfe également en imagination sur cette terre mythique (pays Galles, Angleterre), tout en flirtant avec de nouveaux courants de pensée (Romuald Leterrier qui fait la préface, Philippe Guillemant, pour les français...) qui redéfinissent la notion de conscience en accord avec les théories des physiciens quantiques.
    Ces auteurs, comme d'ailleurs
    Philippe Rosset, sont sans doute les véritables continuateurs de l'esprit jungien, à la fois touche à tout et précurseurs d'un nouveau paradigme de la conscience dont la source est non locale et hors temps. La notion de vide quantique (tout n'est qu’énergie et informations) côtoie les expériences de rétrocausalité (un futur qui envoie des synchronicités dans le présent) ; les visions chamaniques en états de conscience modifiés dressent une nouvelle nomenclature des multivers ou de la relativité du temps (importance également des pensées sur le métabolisme composé essentiellement d'eau) ; l'astrologie rejoint comme science le parcours ou destin personnel inscrit de façon codée dans la plénitude d'un Soi unifié...Autant de pierres à l'édifice d'un monde nouveau dont l'essence est lumière.
    Le cap et la ligne directrice de l'ensemble se veut résolument optimiste. L'idée globale est une orientation vers un futur désirable, une apocalypse joyeuse (au sens originel de révélation ou dévoilement du Réel) où l'on renoue avec l'émerveillement et la magie, un monde du tout possible guidé par la joie et l'Amour.
    Les sept méditations sonores associant la nature (lieux, plantes, minéraux, sources), la création de conscience et la magie de la régénération (images, énergie, pensées) constituent le cœur et la mise en pratique des thèses du livre.
    L’émerveillé
    Philippe Rosset s'immisce dans l'interstice, la fêlure de l'espace-temps, la bulle d'éternité d'où Merlin l'enchanteur déploie ses ailes et appelle ses disciples : "Merlin est à l'image même de l'univers décrit dans les hypothèses actuelles : il est l'éternel mouvant, l'absolu savoir encyclopédique du monde, l'ensemble de toutes les incarnations, la mémoire du passé et du futur de l'Univers". (p.90)
    Un livre pour et à méditer donc.

     

  • La jonction judéo-chrétienne

    Souvent, la meilleure preuve d'une théorie reste son pouvoir explicatif et quand dans la recherche académique, on arrive à proposer une théorie unique qui soudainement unit et rend compte d'un ensemble de données autrement sans relations apparentes entre elles et inexplicables, c'est souvent un indice selon lequel on a rejoint la vérité”. (p.173)

     

    John Bergsma,Jésus et les manuscrits de la mer Morte-révélations sur les origines juives du christianisme,Bayard éditions,Qumrân,esséniens,Jean-Baptiste,Maïtre de Justice,étude biblique,Avril 2021Il existe des liens évidents entre “Jésus et les manuscrits de la mer morte” découverts au siècle dernier. Les écrits de Qumrân appartenaient aux esséniens, une secte juive contemporaine de Jésus, qui prônait une vie communautaire pieuse et sainte. Radicaux dans leurs rites proches des textes de l'ancien testament, ils attendaient la venue de deux messies (sacerdotal et royal) pour une fin des temps imminente, sous la direction du Maître de justice ( qui faisait office de grand prêtre).

    Le bibliste et spécialiste de ces manuscrits, John Bergsman a scruté pour ce livre paru chez Bayard éditions, quelques détails du nouveau testament qui ne sauraient s'expliquer sans l'influence essénienne.

    Bain rituel, baptême, eucharistie, effusion de l'Esprit-saint...autant de rites communs avec le christianisme naissant, issus du judaïsme ancien. L'organisation même de l'église des premiers temps ou les pouvoirs sacerdotaux des apôtres sont calqués sur des habitus déjà existants.

    L'auteur avance l'hypothèse de l'éducation essénienne de Jean-Baptiste et l'appartenance à la secte du rédacteur de l'évangile de Jean pour mieux saisir certaines subtilités ou incohérences des évangiles (le jeune homme nu vêtu de lin au jardin des oliviers, le déroulement de la cène dans un quartier et selon le calendrier essénien...).

    Farouchement opposé aux saducéens ou pharisiens, Jésus aurait pu compter sur l'assistance des esséniens pour accomplir sa mission mais la construction de son royaume tout intérieur lui est propre comme la taille des pierres brutes de l'édifice ecclésial que sont les cœurs circoncis de ses disciples.

    Singulier également le message du Christ qui unifie les fonctions de prêtre et de roi, dont la nature lui sera reconnue comme divino-humaine et qui s'inscrit comme le Rédempteur de l'humanité pécheresse, alpha et oméga de la Création.

    Le livre est plaisant avec de courts chapitres thématiques et des résumés synthétiques. L'auteur passe en revue la recherche et les chercheurs récents sur les manuscrits de la mer morte et convoque les auteurs de théologie influents du point de vue américain. Il réfute également certains poncifs (l'authenticité de la lettre de Paul aux éphésiens notamment) et éclaire d'un angle neuf l'origine juive de certaines pratiques du christianisme (la symbolique du mariage ou le célibat des prêtres, une mythologie commune ténèbres vs lumière...).

    L'ouvrage insiste plus sur les rites alors que la matière des manuscrits de Qumrân est plus large. Leur philosophie est aussi et surtout d'inspiration prophétique et à forte teneur eschatologique (Melchisédech est attendu à la fin des temps). La figure et l'identité du Maître de Justice sont par ailleurs juste évoqués et des parallèles avec Jésus (inspiration, rôle et légitimité, discernement prophétique...) auraient pu être menés...peut-être le sujet d'un prochain essai ?...

     

  • Une lecture chrétienne d'Ezéchiel

    Une fois l'Esprit venu, il ne manque plus rien à la vie bienheureuse...Pour la plus grande partie, ils ont quitté la terre et les choses terrestres, et ils se tournent désormais vers le ciel et vers la vie qu'on y mène, car le Sauveur les a rendus tels pour sa part à Lui”. (p.81)

    Ezéchiel, prophète de l'Incarnation,Nicolas cabasilas,Marie-Hélène Congourdeau,Les Pères dans la foi,Migne,Editions du Cerf,Avril 2021Ézéchiel, prophète de l'Incarnation” est un travail de recension et de synthèse de trois exégèses d'un théologien byzantin du 14ème siècle, Nicolas Cabasilas, sur des versets attribués à Ézéchiel et effectué par Marie-Hélène Congourdeau (docteur en histoire et chercheur au CNRS en histoire byzantine) aux éditions du Cerf, dans la collection “les Pères dans la foi” qu'elle dirige.

    Les trois textes sont distants dans le temps et montrent bien l'affinage de la réflexion chrétienne (fond et forme) de son auteur (d’exégèse à catéchèse pour le dernier commentaire) ainsi que l'évolution de sa foi. Avec les années, l'Incarnation prend poids et cause dans le cœur et l'esprit de Nicolas Cabasilas, et il devient lui-même observateur participant en tant qu'homme nouveau, rené en Christ, la distanciation s'estompe.

    Le travail minutieux de madame Congourdeau donne à lire les textes dans leur version de l'époque avant d'aborder leur explicitation. Son introduction et guide thématique de lecture sur ces trois fragments (elle est aussi responsable de la traduction et des annotations) sont une invite à découvrir l’œuvre majeure de Nicolas Cabasilas, “La vie en Christ”, en 4 volumes. Intérêt et curiosité naissent pour cet auteur méconnu.

    Moins connu également qu'Isaïe, le choix et l'originalité de l'étude : le grand prophète Ézéchiel. Si le premier convoque le “serviteur souffrant”, on doit au second des symboles forts comme le “tétramorphe” (le char constellé d'ailes et d'yeux du premier chapitre) ou les “ossements desséchés” (chap 37,1 à 14), signes de la résurrection.

    L'interprétation de ces versets clés est ici résolument christo-centrée, reprenant la nature divino-humaine du Sauveur. Plus selon l'auteur, tout concoure à l'Incarnation et à la révélation ou parousie du Fils de l'homme, à la fois dans l'entièreté de la Bible et dans les signes extérieurs apparents. Le temps de l'Histoire sainte se confond avec l'histoire de l'humanité. In fine la matière se spiritualise puisque l'Esprit se corporalise (idée chère à Henry Corbin), afin que l'homme soit, sur le modèle du Christ.

    Selon Nicolas Cabasilas toujours, les prophètes sont parmi les élus de Dieu, christophores avant l'heure (du Jugement dernier). Ils partagent une même identité et une même communion ou communication céleste, verticale, hors espace-temps, là où le Verbe prend forme.

    A relire les textes prophétiques, insufflés, il s'avère difficile malgré les lectures historico-critiques, de démêler le temps de la prophétie et leur adresse. L'inspiration d'un verset peut en effet être à la fois temporelle et universelle car toute symbolique : révélation passée qui parle d'un futur par une vision dans l'éternité de la Présence...

    Néanmoins et pour résumer, ce petit opuscule est riche de promesses et vérifie l'adage selon lequel le salut de l'âme (religieuse par nature) et l'éveil de la conscience passent notamment par le déchiffrement de l’Écriture et la perception aigüe de ses images ou symboles prophétiques. (analogies, associations et méditation).

     

  • L'esprit du Tibet animé

     

    Invincibles-900x1278.jpgLe bouddhisme tibétain vise la conversion des cœurs plutôt que le ressentiment ad nauseam. La compassion et le pardon sont les maîtres-mots de ce manga à destination de la jeune génération, la dernière selon le Dalaï-Lama à pouvoir sauver notre planète de son extinction, par la force de l'esprit et avec des actes qui partent du cœur. Le titre "Les invincibles" qualifient leur grandeur d'âme (endurance, empathie...)
    Depuis l'ingérance (ou colonisation) de la Chine sur le Tibet en 1959 (1/6ème de la population décimée) beaucoup ont fui en Inde dans l'espoir un jour de retrouver leur patrie et son chef spirituel. Ce dernier, s'il prie pour ses persécuteurs, s'est fait moine errant pour défendre la cause, en édifiant un Potala intérieur, en souvenir du palais de Lhassa, demeure des lamas.
    De tout cela il est question dans cette BD écrite par Sofia Stril-Rever qui se met en scène dans une histoire inspirée de faits réels. Elle commence par la rééducation physique et mentale de Maya, qui vient de perdre une jambe dans un attentat terroriste. L'héroïne va ainsi découvrir et s'intéresser à la tragédie tibétaine à travers la méditation. Cela la conduira jusqu'en Inde et au delà vers une renaissance et une aventure humaine à déplacer les montagnes. L'histoire touche même au merveilleux (les pouvoirs secrets) et à l'invisible (la prescience du massothérapeute Bernard Dubreuil) par le biais ingénieux et intelligent de cette anime-action dessinée en(tre) ombre et lumière par la mangaka Kan Takahama (merveilleuse auteure de La lanterne de Nyx et Le dernier envol du papillon, à découvrir). Il y a une certaine fraîcheur à voir le dalaï-lama et son histoire, ainsi croqués, à destination d'un lectorat plus jeune ( de 14 à 90 ans...), à l'initiative de Massot éditions.
    On mesure également à la lecture de ce roman graphique, l'importance de l'alliance franco-tibétaine, pays proches en philosophie spirituelle et conception des droits de l'homme. Une forte mobilisation sur les réseaux sociaux a permis de faire connaître et avancer la cause tibétaine, un exemple de dépassement de soi en vue d'un meilleur vivre ensemble.

     

  • En quête de la voie des maîtres

    L’œuvre de Gurdjieff brille dans le monde contemporain non seulement comme expression magistrale de la voie des maîtres dans la diversité de ses concepts philosophiques et l'efficience de ses méthodes pédagogiques, mais aussi comme réactualisation de la philosophie des cultures majeures de l'Antiquité occidentale”. (p.324).

     

    Contempler c'est comprendre intelligiblement, rationnellement une vérité ou essence dicible des phénomènes cosmiques composant la réalité”. (p.141)

     

    Patrick Négrier,Gurdjieff et la voie des maîtres,La Pierre Philosophale éditions,Jeanne de Salzmann,Ashyata Sheyimash,Castaneda,Voir,Récits de Bélzébuth à son petit fils,Janvier 2021Patrick Négrier publie un nouvel opus sur “Gurdjieff et la voie des maîtres” aux éditions la Pierre Philosophale, dessinant avec ses trois précédents ouvrages, une quaternité sur le sujet.

    Les deux principaux écrits du Maître caucasien dont l'immense et populaire “Récits de Bélzébuth à son petit fils” sont prétexte dans cet essai-bibliothèque à évoquer la tradition originelle ou voie des maîtres par opposition à celle des rites, dont les ramifications sont proche-orientales, Judéo-chrétiennes ou encore grecques anciennes (Platon, Socrate, Pythagore...). L'auteur insiste notamment sur l'aspect philosophique de l'enseignement et décortique bon nombre de termes ou d'idées codées du livre fleuve, se faisant ainsi “herméneute moderne de mythes anciens”.

    La bibliographie inclut tout ce qui touche de près ou de loin à Gurdjieff que Patrick Négrier découvrit vers l'âge de 20 ans. Même s'il n'a jamais fréquenté les groupes, on mesure à quel point il a approfondi ses connaissances personnelles en suivant les signes laissés dans les "Récits de Bélzébuth", tel un élève assidu et érudit mais de façon autodidacte. Il obtint également des informations de première main avec deux de ses élèves directs, Solange Claustres et Paul Beckman.

    De nouveau on accède à une somme de dévoilements plus particulièrement sur les différents types d'idiots auxquels on portait des toasts dans les groupes Gurdjieff, et sur la figure toute pythagoricienne d'Ashyata Sheyimash qui comprit parmi les premiers, l'horreur de la situation propre aux êtres humains à travers le temps : leur processus de destruction mutuelle.

    Fort de son autorité en la matière Patrick Négrier avance cependant quelques conclusions personnelles inappropriées.

    Il remet en question la fiabilité de l'enseignement du bras droit de Gurdjieff, Jeanne de Salzmann, en sa tournure mystico-évasive (en concentrant son attention sur le mystère, l'incontournable, l'insondable, elle fait l'apologie de la nescience), lui reprochant sa posture méditative silencieuse, prélude nécessaire à toute irruption d'une raison objective (le Verbe à notre sens). L'auteur, philosophe de formation mais pourtant adepte de l'enseignement de Castaneda ne fait pas le rapprochement avec l'exercice de “stopper le monde” qui donne un coup d'arrêt au mental et à la raison reine pour laisser advenir le langage du rêve ô combien symbolique et irrationnel. D'autre part le Christ n'est-il pas né d'une vierge, soit ésotériquement parlant le Verbe ne provient-il pas d'un silence mental dans une pureté loin de l'abstraction ? Une des thèses de l'auteur est de voir en Gurdjieff un "philosophe rationaliste" eu égard à ses Maîtres théoriques (Frédéric Lenoir perçoit aussi un “Christ philosophe”...) mais à lire les deux volumes parus récemment sur les groupes de paris (comptes rendus brutes de son enseignement aux cotés de Jeanne de Salzmann) il est dépeint comme très pragmatique, concret et cru dans ses explications avec une analyse plutôt scientifique et empathique des attitudes étriques de ses élèves.

    Par ailleurs existe t-il une seule façon de comprendre les récits et l'enseignement de Gurdjieff (faut-il chercher à tout comprendre d'ailleurs) ? Pourquoi s'adresserait-il plutôt à des raisons qu'à des intuitions ou des ressentis ? Voulait-il attirer à lui un seul type de personne par un seul canal de communication ? Tous ceux qui ont découvert les Récits intégralement ont forcément été touchés mais pour un résultat peut-être différent d'autrui. L'un s'est dirigé vers les arts martiaux, l'autre à entrepris la lecture interprétative du Coran, un troisième s'est mis à peindre des paysages galactiques, qui sait ? Pourvu que l'acte (Travailler au perfectionnement intellectuel et moral de soi) concourt à l'avènement du Royaume des Cieux, du Bien à venir donc...C'est le propre d'un Maître d'appartenir à l'univers (et non à une classe ou caste) comme la Source de connaissance à laquelle il est censé s'abreuver. L'unité qui relie toutes choses est moins une perception intellectuelle qu'une aperception globale, fruit d'un discernement étrique (christique pour le Chrétien véritable), d'une vision, d'une clarté de l'essence.

     

  • L'union du Ciel-Esprit et de la Terre-Mère

     

    L'objet du yoga est de faire descendre la conscience supramentale sur la Terre, de l'y fixer, de créer une espèce nouvelle où le principe de la conscience supramentale régira la vie intérieure et extérieure, individuelle et collective” (p.187)

     

     

    Aurore-900x1447.jpgLes éditions Massot signent un très bel essai de Cristof Alward-Pitoëff : “L'aurore d'une vie nouvelle”, sur les vies parallèles et singulières de Sri Aurobindo (Aurobindo Ghose :1872-1950) et Mère (Mirra Alfassa née en France :1878-1973) qui finiront par œuvrer de concert en Inde, pour un changement spirituel et politique d'envergure (en tant qu'indien, Aurobindo voulait donner une vision exemplaire de la spiritualité).

    L'auteur est un témoin participatif de l'aventure. Il a connu Mère, la naissance d'Auroville (une ville créée en 1965 et vouée à l'unité humaine proche de Pondichéry), dans laquelle il réside actuellement et nous propose une brillante synthèse de l'enseignement de ces deux grands géants de la spiritualité.

    L'ouvrage, lettré, poétique et truffé de hautes envolées de l'esprit, est émaillé d'extraits de poèmes, lettres et paroles qui suscitent l'envie de connaître d'avantage cette philosophie novatrice.

    Ce binôme légendaire prônera donc la descente et l'intégration du “supramental” sur Terre, cette “simple présence au monde et impensable légèreté d'être (p.92)...ce pouvoir de connaissance et d'action naturellement conscient de la Vérité (p.142)”, devenant eux-mêmes découvreurs et terreau d'expérimentation de cette “influence divine, paix, Lumière, force qui travaille”.

    Ils rayonneront de cette mutation en profondeur malgré et envers les forces destructrices à l'oeuvre dans le monde au début du 20ème siècle, puisque, comme le rappelle Mère “La seule attitude vraiment efficace est un don parfait, total, fervent, de son être à Cela qui est au-dessus de nous et qui seul a le pouvoir de tout changer” (Entretien du 29 Oct 58).

    Bien entourés (Alexandra David Neel ou encore Satprem...) et bien guidés (ils eurent tous deux de grands rêves numineux et visionnaires), leur cheminement fut parsemé de synchronicités heureuses (l'indépendance de l'Inde, la construction d'Auroville...) et ils furent, de leur vivant, élevés à un rang quasi divin, couple mythique par excellence. A la mort d'Aurobindo, Mère saura notamment se connecter à son esprit, elle qui avait des connaissances en occultisme, confirmant l'immortalité de ce dernier.

     

    Leur philosophie offre de nombreux parallèles avec l'enseignement des “Dialogues avec l'Ange” qui furent révélés à la même période (pendant la seconde guerre mondiale) mais connus du public seulement dans les années 80 par Gitta Mallasz.

    On y parle aussi des noces entre matière et esprit, Amour et Lumière ; de la naissance du Nouvel Homme ; d'une Conscience cellulaire transcendant la mort ou Co-naissance ; d'une union de l'homme et de l'Ange assimilable au “supramental”, sans religiosité aucune.

    Un mode de vie ou une façon d'être “naturelle” selon Gitta, réconciliant “vie matérielle et spirituelle” d'après Mirra.

    Même si l'Inde est le modèle et cadre spirituel (les Védas, la Gita...), comment ne pas évoquer les similitudes entre ce “supramental” et l'Esprit-sain, le symbolisme du Matrimandir (le dôme méditatif au centre d'Auroville) et la Jerusalem céleste dans l'Apocalypse (les chiffres 4 et 12 par exemple) ou la Sphère présente au centre du Dôme et dans les Dialogues avec l'Ange...

    Cet essai vient nous rappeler que la tradition est une, sœur et science de l'esprit et que, comme annoncé dans les textes sacrés, la conscience humaine vit une évolution, un changement de paradigme tout en retournant à la Terre et donc à la Vie (la Mère). Ce “yoga de transformation de la nature” est une interprétation ésotérique possible (ou spirituelle) du message religieux (qui est Un), son application pratique à l'approche d'un nouveau monde régi par l'esprit, dont le Christ fut précurseur et modèle parfait.

     

    Chacun doit savoir s'il veut s'associer à un vieux monde prêt à mourir, ou travailler pour un monde nouveau et meilleur qui se prépare à naître...avant de mourir, le mensonge se déchaine. Pourtant les gens ne comprennent pas la leçon de la catastrophe. Devra t'elle arriver avant qu'ils ouvrent les yeux à la Vérité ?”

    (Paroles de Mère vol 1-p.212).

     

  • L'essence de l'Imam Ali dévoilée

    Dans le sunnisme, l'autorité religieuse est représentée par le Coran. Dans le shi'isme, qui considère le Coran comme un “guide muet, silencieux”, seul l'Ami ou l'Alllié de Dieu (wali), le Maître de l'Ordre (sahib/wali al-amr), le sage initiateur (alim), représenté notamment par la figure de l'imam, “le livre parlant”, peut légitimement remplir ce rôle sacré. En communication avec les anges et avec l'Esprit-Saint, le Guide Sage prolonge ainsi la prophétie grâce à sa réalité théophanique, à sa nature (la constitution quintuple de son esprit) et à la fonction initiatique. Tous ces aspects sont désignés dans le shi'isme par le terme de “walaya” dont la figure de Ali est le symbole suprême. (p.219)

     

    Ali, le secret bien gardé,Mohammad Ali AMIR-MOEZZI,CNRS Editions,second messie,Imam cosmique,Archétype céleste,Novembre 2020Pour “Ali, le secret bien gardé” paru chez CNRS Éditions, Mohammad Ali AMIR-MOEZZI compile, pour notre plus grand bonheur, des éléments de recherches universitaires récents sur les figures mystiques d'Ali Ibn Abi Talib, gendre et cousin du Prophète Mohammad, qui fut également le quatrième calife de l'Islam naissant (656-661). On voyage à travers l'histoire moyen-orientale et chaque partie de l'ouvrage constitue une couche de peinture supplémentaire du portrait spirituel de l'Ami fidèle, jusqu'au noyau primordial, tel qu'il fut perçu par les musulmans shi'ites.

    Cet opus vient en complément de “La preuve de Dieu” (Éditions du Cerf) que représentaient les Imams saints de la religion shi'ite (branche duodécimaine), dont il est dit ici qu'Ali est l'Archétype et modèle originel.

    Auréolé des Attributs de la divinité à travers les siècles par ses partisans, initiés et maîtres spirituels (soufis ou shi'ites) ou philosophes islamiques, son statut sacré remonte à l'origine de la tradition alors qu'il combattait et recevait l'Initiation aux cotés du Prophète Mohammad.

    Les études historiques et philologiques le présentent, du point de vue shi'ite, comme le Messie attendu à la fin des temps alors que le Prophète fut assimilé au Paraclet en tant que réceptacle de l'Esprit-sain. En tout cas avant que l'Islam ne s'institutionnalise et prenne consistance dans l'Histoire, l'Heure de l'Eschaton n'arrivant finalement pas.

    De son statut messianique, Ali perdit la dimension apocalyptique mais en gardera les principales fonctions spirituelles,...nature théophanique et guidance inspirée...et celle d'Imam par excellence.”

    Ce “Secret” de la Raison illuminative et illuminatrice d'Ali en tant qu'Herméneute du Coran pour son sens ésotérique (la walaya), fut à demi caché pour cause d'assimilationnisme mais aussi par peur de représailles de la part des tenants officiels de la Vérité (en l’occurrence les futurs sunnites).

    La thèse shi'ite officieuse évoque en effet une falsification et amputation du Coran original par ceux-là même qui y étaient désignés comme ennemis de la famille de Mohammad. Furent donc gommés des noms (ennemis et amis), des fonctions (la dimension messianique d'Ali notamment) et des commentaires ésotériques qui rendaient la lecture du Coran plus claire et sans ambiguïtés aucunes.

    Le Prophète avait appelé ses fidèles à la “walaya” de Ali, prouvant ainsi la supériorité de l'ésotérique, de l'esprit, du “batin” dont Ali est le symbole et porte-parole, sur l'exotérique, la lettre, le “zahir” dont il était lui-même le messager”. (p.58)

     

    Après son assassinat il acquiert une dimension mythique, mystique voire cosmique qui, comme le Christ, est en lien avec la Lumière de Dieu, porteur des Attributs (qualités ou Noms) et Organes de Dieu (œil, mains, bouche...). Sa représentation (les fameux shama'il ou portraits portatifs) comme support de contemplation (vejhe) parmi les adeptes de sa religion (Din-Ali) est d'ailleurs un exercice recommandé pour aiguiser l’œil du cœur et conscientiser le “corps de lumière” de l'Imam et de chaque imam de sa lignée initiatique.

    Même si ses superlatifs se sont atténués au fil du temps (comme pour le Christ qui est assimilé désormais à un philosophe...), des millions de fidèles lui confèrent encore un statut quasi théophanique. Idem pour les douze imams dont les dons prophétiques n'ont jamais scellés l'herméneutique du message divin, codé et protégé secrètement (technique de la taquiyya) jusqu'à l'avènement du Résurrecteur dont on sait qu'une part d'Ali sera constitutive de son essence.

    Un livre référence qui brosse un portrait intérieur complet et érudit de l'Imam Ali.